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et baisa une seconde fois les doigts maigres de sa protectrice.
— Cela TOUS attriste, reprit madame de Castelmare, en passant la main sur ses pau* pières, comme pour essuyer une larme et chasser de pénibles souvenirs, j'ai tort ! Par-
Ions d'autre chose, parlons de vos espérances, de votre avenir, de vous enfin. Cela est plus gai, n'est-ce pas? Voyons oii en sont nos petites affaires: puisque ma nièee n'a pas voulu se rendre à nos communs désirs , avervous d'autres vues, songez-vous à prendre femme?
— Non, répondit Lionnel qui avait ses projets, et qu'une affection si causeuse impatientait un peu.
— Je comprends cela, répondit madame de Castelmare ; quand on a manqué une alliance aussi convenable, aussi bien assortie, il est difficile de songer au mariage. Pauvre garçon ! j'en ai toujours voulu à ma nièce d'avoir repoussé votre main ! Et pour qui ? Pour un homme obscur, sans naissance , sans famOle ; pour un songe-creux qui ne s'occupe pas de sa femme; pour un homme enfin très
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m^di^cre : car, de]mUque je (connais ce Lucien Spalma, jamais je ne lui ai sarjms un jDot aimable, une repartie spirituelle. Dans notre temps, Lionnei, les jeunes femmes a'étaieot pas si folles, et le mariage ne ressemhlaiten rien à un roman. Sous TËmpûre, par .exemple, quan4 une jeune fille avait seize ans, on la mariait à un officier supérieur assez peu romanesque, mais chargé de pensions et d'honneurs. Un malheur mrrivait-il fit deveaait-pn veuve ? eh biçn ! conginie il fallait toujours des généraux, les maris ne manquaient jamais. Une de mes amies épousa IHiccessivement trois colonels de housards, encore la plaignait-on de ne pas avoir obtenu d'avancement.
Ce^tte dernière plaisanterie avait mis madame de Castelmare en gaieté ^ iiiais une toux funeste ; en arrêtant spn rire^ ramena sur sa figure une expression digne et solennelle.
Lionnei profita 4^ ce mpmeiit pcwr entrer en matière et expliquer Tobjet de sa visite.
-T- Madame 9 dit-il, d'un ton résolu quai* que poli, j'ai à vous parler d'uçe affiaire serieuse^
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— A m» parler i reprit vivement sn^daiiie deCastdware, que ne le dinez-vous plus t6t? Je SUIS k V9U9 eBQuyer de mes récits de vieille femme^-qiaand votfs étea venu pour me parler» et y oe qui est plus ea^tnM>rdinaire , d*une affaire sérieuse. Je remarque en effet que vetre figvre ert plus grave ee matin qu*à l'ordinAire et plus compassée. Qu'avez-vous donc , nu^a cher epfant? N*ètes-vous plus ce jeune hoi|ime 91 insouciant et si fou dont toutes les femmes fiont reloge? Seriez-vous exilé de Tortoni ou banni de TOpépa? Avez- vous rompu toutpfiote avec le plaisir?
— Le pacte est rompu en effet, dit Lionnel en soupirant , pon par moi « nifûs par luù
— Par le plaisir? demanda madame de Caatelmare en riant.
•*— Précisément. Je voua ai prévenu , iiadame, qu'il s'agissait d'une affaire sérieuse, veuillez m'écouier , de gràee*
— Je voufréeoute.
— Si je ne vous regardais pas, madamer, comine mia meilleure amie et comme ma se^ conde mère , dit Lionnel avec un ton de péebeur repenti qui lui seyait à merveille, je ne
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viendra» point , auprès de tous, accuser um» fiiutes , et TOUS confier mes erreurs. Hâas ! madame, le plaisir dont yoas parles est un ami perfide, qui conduit à l'abtme par des chemins fleuris , et dont la voix ne flatte que pour mieux tromper. • .
Le ton de Lionnel était si insinuant et si humble , Texpression pénitente de ses traits contrastait si singulièrement avec Fair d'insouciance et de légèreté qui lui était habituel, que madame de Castelmare ne put réprimer Taccès de gaieté qui la gagnait.
— Mon Dieu ! Lionnel , où donc avex-TOiis pris ce ton de prédicateur janséniste , et ce style de puritain en extase. Si vous étiez femme, on vous prendrait vraiment pour une sainte pécheresse.
En disant ces derniers mots , madame de Castelmare se prit à rire de nouveau. lionnel garda Tair sérieux et fl*oid qu'il avait.
— PlAt à Dieu, reprit-tl gravement, que je ressemblasse empiétement à celle dont vous me parlez ! Une sainte pécheresse n'a que des remords ; j'ai pis que cela.
Qu'est-ce donc ? dit madame de Castelmare
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sans colère et prête à tout bien prendre.
— Des créanciers.
L'aveu était fait, le mot fatal prononcé, lionnel resta les yeux fixés en terre, l'attitude droite et immobile, on aurait cru qu'il se raidissait pour tenir tète à l'orage.
Après quelques instans de silence , la conversation se renoua ainsi :
— Avez-vous beaucoup de ces choses-là?
— Assez.
— Il fiiut les payer.
— Je le voudrais.
— Cela est donc bien cher?* ^ — Trop.
— LionneH Lionnel! voici qui est mal.
Gomment se fait -il qu'avec les vingt -cinq mille francs de rente que vous possédez , et six mille francs de votre place de maître des requêtes , vous trouviez le moyen de vous endetter?
— Mon Dieu \ madame, cela est tout simple, répondit Lionnel en levant ses yeux pour la première fois, il me sera facile de vous le démontrer. Mettez douze mille francs pour ie café de Paris, six mille pour l'Opéra; voilà
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mes dëp^Il^ea avouées, publiques, ostensiUes; tout mon revenu y est compris sans peiae. Restent donc les cadeaux, les promenades, les voyages, les dépenses secrètes enfin, qui me composent un excédant d'environ cent cinquante mille francs que je dois.
Il y avait dans i^s confessions de Lîonnel une confiance si naïve, un laisser-aller si spirituel, que madame de Casteln^are ne le trouva point blÀmable. Dans un autre temps, peutêtre, elle Teùt trouvé cbarmant*
— Eh bien ! dit-elle d'une voix affectueuse et douce : voyons, cherchons ensemble le moyen....
— Il est trouvé , rqprit vivenœat Lionnel. ^ Et lequel?
— Faites-moi nommer chargé d'affaares en Grèce.
— Rien que cela! Et si vous admimstrex les afiaires de la France comme les vôtres?
•^ Ifadame, écoutez. La place est officiellement vacante de ce matin. Nul doute doue qu'elle ne soit déjà demandée, et accordée peut-être. Si nous tardons davantage, plus d'-espérance. Mes créanciers refusent d'attea*
ilre; ^a me poursuit, oa sae... Vous voyeic bien, madianÇ) qu'il est impossible que je ne soispas chargé d'affaires» pour cela, que faut^ il faire? Rien qu'un mot au ministre, à votre neveu, qui. vous respecte et vous chérit. Me refusere2-vou6 cela? à moi ! 1^ fils d'une ancîej|uie amie l
Lionnel avait dit tout cela avec chaleur; sou geste avait pris jdus de vivacité, sa figure plus de mouvement : le prédicateur s'était fait avocat.
— Si je ne vous demandais cela , continuat^ii, que pour satisfaire une vaine ambition» oh ! alors vous auriez mille fois raison de yous opposer âmes désirs; mais ce que je fais, c'erî par honneur, par délicatesse, par probité; c'est pour satisfaire à des engagemens sacrés, pour ne pas flétrir le nom que je porte, la mémoire de ma mère!... Croyez-vous que j'aie tant de plaisir à retourner dans cetennuyeux et maussade pays ? Mais il le faut, et j'accepterai ma place comme on supporte un exil.
Ce flux de paroles avait étourdi madame de Castelmare ; Lionnel, la voyant à demi vaincue, s'empressa de lui apporter ce qu'il fallait
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pour écrire ; et quand la lettre de recommandation fut faite comme il la voulait, quand il eut baisé la main de sa protectrice en signe d'adieu et de reconnaissance, il se dirigea vers la porte de sortie; et, s'étant arrêté sur le seuil pour essuyer la sueur qui couvrait son iront : Ce n'est pas sans peine, murmura-t-il, si je suis chargé d'affaires en Grèce !
Chaîné d'affaires ! voilà donc quel était le but actuel, le projet immédiat d'Oscar et de Lionne] , mais, si nous ne nous sommes trompés, la différence entre ces deux hommes est assez marquée pour que nous n'ayons pas besoin d'y revenir : notre lâche d'ailleurs n'est pas entièrement accomplie.
Le troisième personnage que la nouvelle du Moniteur avait activement intéressé , n*était autre que Lucien Spalma. Avec sa mobilité CHrdinaire , il avait saisi cette occasion de don« ner le change aux idées pénibles qui l'agitaient , en se jetant dans un autre ordre d'idées, et de demander à l'imagination un peu de ce bonheur que la réalité lui refusait. Les paroles d'Oscar avaient d'ailleurs porté leur firuit, et plus elles l'avaient irrité d'abord,
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plus elles lui paraissaient maintenant sensées et rationnelles.
— Un homme, se disait-il, doit-il donc s'arrêter aux premiers chagrins qui l'accueillent dans la vie , comme un voyageur sans expérience aux premières épines du chemin? Parce qu'une femme faible a manqué d'intelligence et de cœur, en ai-je moins une carrière à achever, une destinée à accomplir?.... Que m'importe qu'un jeune fat ait plu mieux que moi à une jeune folle ? Cela ne devait-il pas être? et faut-îl m'étonner si cela est? Oscar avait raison. Moi! aller jouer ma tète contre celle d'un Lionnel ! L'enjeu n'est pas égal ; un pareil duel serait absurde.
Voici comment Lucien s'efforçait d^assoupir sa douleur^ de tromper sa misère. Mais , ibalgré tout, la plaie saignait toujours, et la blessure s'envenimait. — Ainsi, vous avez beau dorer de miel une coupe amèivi», le fiel denieure, Famertume reste au fond.
Pourtant dans lé cœur de Luckn les motifs de consolation étaient assez puissans , le cofitre-poids assez fort. Cette place qu'il aHaiC sollieiter, ce n'était pas par une étroite pensée
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d'égoasme , par un vil serrtiment d'iûtërét personnel. Chez lui, nous l'avons déjà dit, ce que la gloire a de plus pur, l'amour des hommes de plus élevé y trouvait place et lui échauffait le Cœur. Bans la candeur de sa conviction , daas la ferveur de son enthousiasme, nul obstacle ne devait l'arrêter. 11 irait trouver le ministre , sans recommandation , seul avec ses généreuses pensées, ses merveilleux plans d'avenir. Sans doute il eût désiré qu*Oscar n'eât pas égaré les manuscrits dépositaires de ses inspirations , mais il s'en fiait à sa parole , pour aplanir les difficultés , combattre les objections , vaincre les résistances. Il se rendit donc à l'audience du ministre , confiant et plein d'espérance.
Nofts déclar(ms ici que nous ne connaissons point, de viêUy une audience au ministère. Mais il Aous semble que cela est facile à imaginer : des banquettes garnies de solliciteurs; des valets insolens pour être fidèles aux bonnes traditions ; des huissiers criards ^ une porte accessible aux gens protégés , fer** mée aux gens obscurs; et au fond de tout cela, dans le sanctuaire, un homme médiôere