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et hautain, administrant les affaires puMîques au gré de ses petites passions personnelles.
Lorsque Lucien arriva , et qu'il demimdfl d'un ton ferme et assuré à parler au ministre, les valets se prirent à rire , et un vieux solHciteur assis près delà porte d'entrée murmimi entre ses dents :
— Diable ! celui-là n*a pas l'habitude! Depuis six mois que j'attends mon tour!...
Lucien entendit cette observadon , et s'approcha de celui qui la faisait^
— Vous attendez depuis six mois? lui dilril.
— Oui , monsieur, tous les jeudis je suis à la place oii vous pie voyez , tout près de la porte que je ne franchis jamais.
— C'est une in£amie, dit Lucien , peut-être avez-vous d'intéressantes révélations à £ûre , des projets utiles à présenter.
— Certainement, monsieur, reprit le vieillard , j'ai plusieurs projets qui rendraient la France heureuse, et la replaceraient au premier rang des nations ; mais, que voulez-vous ! on n'écoute que les gens récommandés; et pour arriver jusqu'au ministre, la grande
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poile n'est pas la meilleure. — Cela est à la lettre, monsieur, chaque fois queje viens, je ne vois presque personne venir par ce c6té-ci. Ce qui me fait imaginer qn'on entre ailleurs. Aujourd'hui encore je suis le premier, et j'ai peur que l'audience ne soit fermée, ayant que mon tour vienne.
Ces paroles avaient excité la curiosité de Lucien et allumé sa colère. Il s'approcha de la porte d'entrée pour s'assurer de la vérité, et savoir s'il existait en effet un accès plus fa* cile pour la faveur que pour la justice. Ayant entendu du bruit dans le cabinet du ministre^ il prêta attentivement l'oreille, en détournant de temps en temps la tète pour écarter les soupçons des huissiers , et donner le change à leur surveillance.
— Ne vous souvient-il plus , disait une voix d'homme tendre. et mielleuse, de nos jours d'enfance à la campagne , de nos jeux dans les grands bois , de nos plaisirs si frais et si purs, de notre amitié naissante? Le temps a-t-il donc effiu^ tout cela de votre mémoire , et suis-je le seul qui me souvienne ? car rien de ces jours heureux n'est perdu pour moi; et au milieu
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des graves ennuis du présent qui m'assiègent, je regrette souvent les jwes légères du passé. Pourquoi êtes ^ vous donc si oublieuse et si cruelle?.... Oh l laissez votre main dans la mienne comme autrefois, laissez-moi encore vous appeler ma sœur, mon amie ; dites?....
— Non ! répondit une voix de femme étouf- §ée et presque éteinte, je ne le puis pas, je ne le d<Ms pas.
Quoique la voix qui avait prononcé ces mots fût méconnaissable , Lucien éprouva une forte commotion , et comme un mouvement de terreur mêlé d'un vif intérêt; il s'approcha de plus près encore , et écouta de nouveau.
— Songez bien , disait le ministre d'un ace^t plus ferme et plus sonore, que c'est le prix de la grâce que vous me réclamez.
— Horreur! murmura Lucien.
— Ecoutez-moi!.... continua- t-on dans le cabinet.
— Pour la dernière fois, non! répéta la mène voix de femme : adieu !
Lucien s'approcha violemmient de la porte, comme s'il eût voulu la renverser; cette voix ressemblait à s'y m^endre à celle d'Amélie.
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— Je veux entrer, dit Lucien d*une voix tonnante, il faut que je parle au ministre.
En ce moment un huissier cria d'un ton glapissant.
Messieurs, Taudience est fermée.
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Malheur! disait Oscar en se promenant à pas. agités dans la chambre que nous avons décrite au commencement de ce livre ; malheur ! faudra-t'il donc toujours se briser au port ! faudra-t-il aspirer sans cesse à un but qm recule incessamment ! voira chaque eSort nouveau une difficulté nouvelle, un achoppe^ ment à tous mes pas, et tomber si près du terme ! mes désirs trompés comme des imagi-
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giaationft futiles! mon espérance évanouie ^mmeune vaine fumée ! et quand j'avais toirt prévu, tout calculé d'avance ; n'y a-t-il pas là de quoi s'abandonner au plus invincible découragement? Pas une inconséquence dans mes paroles, pas une maladresse dans ma conduite, un plan merveilleusement conçu et merveilleusement exécuté , tout enfin pour réussir ; et quand le succès semblait certain, quand i'édificé s'élevait solide, pour détruire et renverser qu'a-t-il fallu? ia vertu d'une femme : Dieu n'est pas juste.
En écoutant ces paroles, en remarquant surtout l'expression singulière qu'Oscar donna à cette dernière phrase : Dieu n'est pas juste! l'homme le plus sceptique et le moins croyant aurait frémi d'indignation. C'est qu'ea ce moment Oaear n'avait plus ce& dehors symétiiques et polis, cette physionooiîe tranquille et ooaq>o8ée, loette parole sf^ituelle qu'il portût dans le monde ; le masque était jeté ; l'athée apparaissait dans tonte aa laideur. Ne vous imi^inez pas que Dieu fiât pour isii cette in- ' telligence souveraine qui juge toutes les actions humaines, et les pèse dans een éternelle
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I>alaooe ! G'ét«t un pouroir ayeugle et stupide qui s*opp08ait à sa volonté, un instrument passif qui se révoltait eontre son mattre, et qu'U eût voulu briser.
Dans son dépit, îl continua à exprimer les pensées tumultueuses qui se pressaient dans sa tète , tantôt par des acclamations sacca* dées , tantôt par des phrases inachevées, mais assez claires pour qu'on ne se méprit pas sur leur sens.
«-^ Les manuscrits que j*avaîs envoyés et qui devaient prévenir en ma faveur, des pro^ teotions puûssantes , un nom dans la presse ei^esaJBte , la recommandation d'une cousine et d'une amie d'enfance, quel concours de W" eoastaaees heureuses! Pourquoi avoir résisté au ministre? par amour I je ne voulais pas être sâtmé ainsi! Oh ! les femmes ! les femmes!
il se tut encore un moment comme pour marquer la transition d'une idée à une autre idée ; et reprenant avec fureur : Ce Lionnel , encore tai ! toujours sur mon passage , avec sa noblesse , ses hautes relations, sa légèreté briUante, son nom enfin ! si le ministre allait lui acoonder sa demande aujourd'hui ! demain!
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et l'avoir deux fois empêché de se battret... ' Oscar s'était assis : peu à peu ses idées se calmèrent, sa fureur se dissipa. Sur son visage la tranquillité reparut , et prenant le sang* firoid d'un mathématicien qui cherche la solution d'un problème : k quoi bon cette o^ëre d'enfent , dit-il ; au lieu de s'occuper du passé, ne vaut-il pas mieux s'assurer de l'avenir? Raisonnons.
Voici comment il raisonna :
— Deux choses s'opposent à l'accomplissement de mes projets , la résistance de madame Spalma aux désirs du ministre , et la concurrence de M. de Beauval; l'une vaincue, l'autre écartée , le succès est certain. Cherchons*
Ceci posé , Oscar, la tète entre ses mains et profondément attentif, fît un appel à toates les ressources de son esprit. Les combinaisoBS les plus savantes, les ruses les plus audacieuses , il en creusa les replis , il en s<mda la portée. Quant à madame Spalma , son parti lut bientètpris. Le soir même il devait lavoir chez madame de Castelmare , et Oscar ne reculait jamais devant une action utile , si inr fàme qu'elle fût. — Mais Lionne! ! le moyen