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de l'écarter? comment s'en défaire? Plus d'une fois, il revint sur cette idée qu'il avait e£9eurée'' déjà ; mais l'occasion avait fui , il n'était plus temps. Fatigué à la fin de se perdre dans d'inutiles pensées, il se prépara à sortir. Le hasard 9 dit-il , m'a desservi jusqu'à présent , il me doit bien une récompense , et qui sait !... En ce moment on lui apporta la lettre suivante :
« Mon cher et bon ami ,
n Ma femme va en soirée chez sa tante ; je profite de cela pour réunir à souper tous mes amis. Je te préviens d'avance qu'il faudra laisser ta raison chez toi ; je neveux voir que des visages gais, n'entendre que de folles paroles. Dépouille donc pour ce soir ta robe d'austérité et de vertu : il n'y a de vrai an monde que le plaisir !
}> Ton ami , Lucien Spalha. »
— Cela est singulier , dit Oscar en lisant eette lettre, je n'ai jamais connu à Lucien tani de résolution ; il faudra voir. J'irai , et il répéta : Qui sait !
I>eux scènes en elBRet d'une natare bien opposée se passaient à Fhétd de Lucien. Pendant que Tëpouse, retitée dans sa ell ambre, s'occupait des préparatifs de sa toilette, des rubans qui devaient embellir sa robe, des fleurs qui devaient orner sa tète ; le mari se livrait avec ardeur à des occupations d*un autre genre. Par ses ordres et en secret, les domestiques avaient apporte à Fofice fout Tappareil d'un souper sbtiiptiieux. Janbais
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repas ne s'était annoncé si briHant, orgi« plus ma^niOque ; à la richesse des mets, à la proftisîoB des vins , on eût dit qu'une de ces intagioations folles qui n'obéissent qu'aux in* pirations du plaisir, avait présidé à l'ordon- Baoce du festin. Les hommes qu'on citait dans le DM>nde comme de bons convives et d'intrépides joueurs, Lucien les avait lui-même pré^ vernis, tout enfin annonçait une enivrante et joyeuse soirée. Et qui ne se serait étonné de cetétrai^ spectacle? Quel changement était survenu en Lucien? pourquoi cet air de fête inaccoutumé, ces apprêts insolites? pourquoi aussi ce mystère? et dans quel but attendait-on le départ de madame Spalma pour commencer le repas?
Quant à Lucien, après avoir écrit les lettres d'invitation dont nous avons vu déjà un mo^ dèle, il s'était jeté sur un divan, comme un homme qui, après avoir gravi un sentier pénible, veut du repos à tout prix. — Sa figure, ph» pâle encore qu'à l'ordinaire, ses yeux ternes et fixes, son front enfin qu'une sombre pensée plissait de temps en temps , contrastaient fortement avec l'apparence de joie ré-
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pandue dans toute la maison. D*où yenaitoda? pourquoi d'un cAtë ces symboles de joie , et de l'autre ces signes d'accablante tristesse? pourquoi cet abattement profond que Lucien s'efforçait en vain de démentir par ses paroles, de masquer par ses actions? que se passait-il dans le coeur de cetbomme, si faible et si malheureux ; et qui pourra nous dire le secretde cet esprit inquiet, de cette imagination tourmentée 7
Plus d'une fois , en donnant des ordres à ses gens , il essaya d'asséréner son visage et d'imposer à sa voix un ton libre et dégagé ; plus d'une fois même, et comme un acteur qui répète son r6le avant d'entrer en scène, il s'efforça de plaisanter et de sourire; mais son émotion le trahit, et, sous sa gaieté contrainte, le désespoir perçait encore ; lorsqu'enfîn an domestique, chargé de ce soin, vint lui annoncer que madame était partie , au lieu de l'expression ouverte et facile d'un prisonnier qu'on rend à la liberté, ce fut la résignation sombre, l'énergie factice d'un condamné qui ramasse ses forces pour le moment fatal. Vous ètes-vous figuré quelquefois la position d'un homme