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homme énergique et puissant. Peu à peu, par l'assiduité de ses soins et la continuité de sa présence, d'agréable qu'elle le trouvait, Oscar lui devint nécessaire. Puis, à mesure que Lucien perdu dans les rêves d'une imagination capricieuse , s'éloignait du monde réel et le négligeait , elle se rapprocha d'Oscar , et se serra, pour ainsi dire, contre lui, comme pour échapper au vide qui la menaçait , à l'ennui qui promettait de l'atteindre. Ce qu'il fallait à madame Spalma, c'était moins une occupation pour le cœur qu'une distraction pour l'esprit. Elle ne demandait pas qu'on l'aimât quelquefois, mais qu'on l'amusât toujours. Pour elle , l'amour n'était pas même de Vé^sme à deux. Vous concevrez facilement comment Oscar, avec cette persévérance ordinaire que vous lui connaissez, avec ce génie de détails qu'il pos« sédait à un si haut degré, avait su fixer exclusivement et dominer une pareille femme.
Aussi, tous ses plaisirs, tous ses chagrins, toutes ses pensées, toutes ses espérances , il en était le confident : c'était lui qui réglait ses désirs et dirigeait ses actions. L'amant avait dépossédé entièrement le mari. £n perdant
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Lucien, il eût semblé à madame Spalma qu'elle recouvrait sa liberté ; en perdant Oscar, qu'elle redevenait veuve.
Depuis surtout que Lucien avait rompu ouvertement avec une femme qu'il méprisait et qu'il s'efforçait de haïr, madame Spalma s'était dévouée plus que jamais à monsieur de Savigny. Peu de journées se passaient sans qu'elle le vit, et plus d'une fois la chambre nuptiale , fermée pour Lucien, s'ouvrit pour l'infâme amant, qui trompait si indignement celui qui fut son ami.
Il est donc impossible de ne pas reconnat» tre à quelle nature de réflexions madame Spalma se livrait en ce moment. De la haine pour Lucien , de la symphatie pour Oscar en faisait le fond. Et différente en ceci de certaines femmes qui plaignent au moins celui qu'elles trompent et accusent presque celui qu'elles aiment, son cœur n'avait pour l'un que du dégoût, pour l'autre qu'une vive sollicitude.
Au milieu de ce trouble et de cette agitation, la soirée fatale se reproduisit à son souvenir avec tous ses incidens et ses détails
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les plus minutieux. Ce rendez-vous , d*abûrd demandé par Oscar avec tant d'instance , et cette conversation si pleine d*une vague terreur et de sinistres pressentimens , et cette agrafe, enfin, garantie incertaine, sauvegarde inutile.
D'idée en idée , de souvenir en souvenir , madame Spalma fut ainsi amenée à ce moment de crise épouvantable , oii Lucien , derrière elle 9 avait surgi dans l'ombre ; et cette image encore se retraça à ses yeux si terrible et si , menaçante, qu'involontairement elle frissonna de terreur.
Un domestique avait été envoyé chez Oscar pour tâcher de le voir , et en obtenir une réponse. Oscar était absent. Que faire alors, mon Dieu ! et que penser ? Madame Spalma se résignait à attendre , lorsqu'on lui remit un billet conçu en ces termes :
(c Empêchez votre mari de sortir demain » avant neuf heures : il le faut à tout prix. » 77 la faut à tout prix!... Cette injonction laconique , cette recommandation si positive et si pressante jetèrent du jour à travers le dédale de pensées tumultueuses et de conjec-
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tures bizarres qui tourmentaient madame Spalma. Plus de doute maintenant, plus d'incertitude ! Lucien savait tout , avait tout découvert. Entre Tamant et le mari , il s'agissait de la vie : il fallait sauver l'amant à tout prix! Une circonstance singulière vint encore confirmer cette croyance d'une façon irrécusable. Un domestique, en entrant dans la cbambre oiji Lucien s'était enfermé depuis son retojir, avait vu son maître occupé à nettoyer des pistolets noircis par le temps , rongés par la rouille. Dès ce moment , la conviction de madame Spalma fut complète, et son parti irrévocablement arrêté.
Lucien , en effet , était rentré chez lui immédiatement après que les conditions du duel eurent été convenues. Le silence qu'il avait gardé avant son départ, il le garda à son retour; et si ce n'est la teinte enflammée qui colorait ses joues naturellement pâles , nul indice n'accusait les émotions violentes dont il se ressentait encore. Peu à peu même, quand il se &it retiré dans sa chambre, et que le calme de la solitude eut produit son effet ac-
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coutume, à la colère violente, à l'emportement des sens , au tumulte des idées haineu<« ses et vengeresses , succéda une résignation morne , et comme une résolution /bto/e. Lionnel ne lui apparut plus alors que comme l'instrument passif et aveugle d'une destinée dont il avait ressenti toute sa vie la funeste influence ; et le duel du lendemain lui sembla un terme marqué depuis long-temps à ses souffrances , un dénouement prévu et inévitable , un événement enfin indépendant de sa volonté , et qu'il devait subir sans impatience comme sans crainte , sans colère comme sans désir. Cette nouvelle préoccupation d'esprit, cette soumission aux lois d'une volonté inconnue , d'une fatalité invincible , expliquent assez l'incertitude de Lucien , et son soin minutieux à faire lui-même tous les apprêts d'un combat qui ne devait plus être une vengeance particulière, mais un acte de raison et de justice, et comme le jugement de Dieu.
Lorsque Lucien eut préparé ses armes , ce ne fut pas sa dernière disposition ; un devoir lui restait à remplir , une pensée à exécuter. Dans le cas où la mort lui fermerait à tout