LE RÔLE
porte; mais s'élançant au-devant de ses pas et tombant à genoux : — Lucien ! s'écria la jeune femme éperdue et les mains jointes, Lucien, je suis bien coupable !
Lucien s'arrêta.
— Madame, dit-il, je vous en prie, laissezmoi partir; il faut que je parte.
— Non, vous ne partirez pas! s'écria Amélie, avant de m'avoir enteûdue ; vous ne pouvez refuser de m'entendre.
— Parlez donc, dit Lucien, si vous croyez cela utile ; parlez.
Et il s'assit avec un air d'indifférence affecté, sur le canapé qui faisait face à la porte de sortie. Madame Spalma vint s'asseoir près de lui. . — Lucien, dit-elle avec lenteur et comme si elle eût mesuré chacune de ses paroles, je suis bien coupable ! oui, je vous ai offensé ! je vous ai méconnu; mais vous êtes bien vengé par mes chagrins, par mes remords.
Lucien la regarda. Jamais le repentir n'avait eu plus de contrition, la douleur plus d'abattement*
— Si vous saviez ce que je souffire, continua-t-elle, au lieu de m'accabler,. vous me
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plaiiidriei peut-être! Je duîs bien malheureuse!
— Malheureuse! vous? demanda Luden que jamais la peine d'autrui n'avait laissé indifférent; malheureuse, et pourquoi! Que TOUS manque-t-il de ce qui fait le bonheur ici-bas? N'ètes-vous pas riche, jolie, enviée?
— Et vous?
— Moi ! reprit Lucien dont la sensibilité commençait à s'éveiller, eh mon Dieu ! madame, que vous fait le sort d'un pauvre insensé?... Le peu de bonheur qu'il a goûté en eette vie, c'est à vous qu'il le doit. N'aveas-vous pas fait assez pour lui?
En parlant ainsi, Lucien se leva pour s'éloigner, mais il sentit la main de la jenoe femme se poser sur la sienne, et il tressailiit.
— Restez encore, dît celle-ci, voulez-vous m'arracher un moment de bonlyeur?
— Je ne vous comprends pas, dit Lucien, que des souvenirs plus clairs , des idées plus distinctes ramenaient enfin au sentiment réel de cette position bizarre ; avez-vous donc attendu ce jour pour me marquer tant d'intérêt, me témoignertantdedévouement? N'ètes-vous
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plus la même femme qui m'avez iacbgnemeiit trompé ? Allons , madame , ceci est un jeu ; tant de pitié pour le mari aurait lieu de dé* plaire à l'amant, et je ne veux pas qu'il puisse v<nis accuser d'infidélité. Vous êtes exacte aux rendez-vous qu'on vous donne , je veux être exact aussi au rendez-vous que j'ai ac*oepté. Laissez-moi donc, et épargnez-vous un repentir auqu^ je ne puis pas croire.
— Vous êtes bien cruel ! dit madame Spalma l'ceil humide; mais j'ai mérité vos reproches, j'ai mérité votre mépris ! Je ne me plains pas ! • ». Pourtant, si une douleur réelle, si un remords sincère pouvait expier ma £aute ; oh ! Lucien, je n'en doute pas, vous me pardonneriez.
La voix de madame Spalma était si émue^ que Lucien ne put se décider à la quitter encore.
— Madame , lui dit^il , votre repentir est juste, votre douleur légitime. Vous ne sévirez pas combieD d'illusions vous m'avez arrachées^ et quel bonheur vous avez détruit. Vous ne savez pas quel coeur vous avez brisé, quel homme vous avez offensé , et pour qui?...
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— Lucien!..*
— Ecoutez, reprit-il ; à ce moment suprême, j*ai besoin de vous dire combien je vous ai aimée , combien peut-être je vous aimerais encore. En vain, madame, j'ai voulu cacher sous un masque indifférent le chagrin qui me dévorait; cet amour, qui faisait mon tourment , en vain j'ai voulu l'étouffer dans ma poitrine, rien n'y a fait. Le jour, la nuit, en tout lieu, votre image me suiv«t.
. — Mais , demanda madame Spalma , celte dissipation que vous affectiez, cette gaieté qui semblait pour vous un parti pris ?
— Cette gaieté, madame, ah! puissiez- -vous ne jamais connaître une pareille gaieté! Puissiez- vous ne jamais savoir ce qu'on souffre à vouloir masquer d'une insensibilité feinte les angoisses du cœur, et comme le rire est souvent plus poignant que les pleurs.
En prononçant ces mots, Lucien laissa tom- .ber sa tète sur sa poitrine , ejt des larmes s'échappèrent de %&& yeux. Puis soudain, et comme pour échapper d'un bond aux idées pénibles qui Taccablaient , il repoussa Amélie qui s'était approchée de lui; et s'élançant une
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seconde fois vers la porte. — Adieu , madame, dit-*il avec effort , adieu ! Soyez heureuse !
Comment vous peindre alors le trouble et l'agitation de madame Spalma? Comment vous la représenter , se précipitant au-devant de son époux, et s'élançant dans ses bras? Qudi accent donner à ces paroles, qu'elle jeta comme un dernier moyen , comme un dernier effort : — Lucien , je n'ai jamais cessé de t'aimer !..« reste , je t'aime encore !
Je t'aime ! Il y avait bien long-temps que Lucien n'avait entendu prononcer un pareil mot ! Lui aimé ! Si pourtant cela était vrai; si, malgré un égarement passager , une inconséquence coupable , le fond du cœur était resté pur, n'y avait-il pas encore du bonheur à espérer?
— Amélie, dit-il d'une voix profondément émue , que venez-vous de dire ?. . . et pourquoi l'avez- vous dit? Il valait mieux me laisser partir sans éveiller en moi une pareille espérance, un pareil regret ? . . .
— Lucien , continua la jeune femme d'un accent mesuré, comme est d'ordinaire l'accent de la passion qui veut émouvoir ou persuader.
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ne vous souvient -il plus des jours fortiuiés que nous avons passés ensemble , des délices que nous avons goûtées?
— Je me les rappelle , dit Lucien ; et cornaient peut- on oublier de pareils souvenirs? Tout-à4'heure encore , pendant mon sommeil, en rêve , j'avais retrouvé le temps dont vous me parlez ; je vous revoyais comme vous étiea alors, plus aimante, si ce n'est plus belle; vous aviez encore de douces paroles pour mes chagrins, et vous m'appeliez Lucien, et je vous appelais Amélie ! Je vous ai dit que c'était un rêve.
— Pourquoi ce rêve , dit madame Spalma, ne deviendrait-il pas pour vous une réalité? Pourquoi désespérer ainsi du bonheur? Oh! si vous vouliez me pardonner, si vous me promettiez d'effacer à jamais ma honte de votre souvenir, de voir en moi comme jadis l'amante dévouéeet soumise, la femme qui vous a choisi entre tous les hommes !•••
Neuf heures sonnaient en ce moment* En ce moment aussi le masque tomba. Madame Spalma redevint la maîtresse d'Oscar, et comme un habile comédien oublie son r6ieen
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rentrant dans la coulisse : — Sauvé ! s'écriat-elle.
Ce mot produisit sur Lucien un effet si étrange et si inattendu , qu'il resta quelque temps sans parole et comme firappé d'immobilité. — Sauvé ! répéta-t-il sourdement , sauvé !
Qui? Ceci, ajouta- 1- il en haletant, était
donc un jeu infâme , une horrible comédie ! Ohl
La voix lui manqua. D'un bond il se précipita sur ses pistolets , et s'enfuit en écumant.
£t Jugtmrnt.
Lucien descendait avec vitesse, il tenait dans la main sa boite à pistolets, son visage était livide et tous ses traits décomposés. Tandis qu'il traversait le vestibule des appartemens, il vit Oscar de Savigny qui s'avançait à sa rencontre. Jamais la figure d'Oscar n'avait été si rayonnante ; l'orgueil et la satisfection qui s'y peignaient produisirent une impression funeste surFàme irritée de Lucien;
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il cette heure solennelle , Taspect d'une heureuse insouciance semblait insulter à sa douleur : aussi coudoya-t-il Oscar sans.prononcer une parole.
— Oh vas-tu? lui dit ce dernier.
— Je vais au rendez-vous.
— Déjà f reprit Oscar d'un air et d'un ton ironiques, mais il y a deux heures que ces messieurs se sont lassés d'attendre.
— J'irai chez eux.
En prononçant ces mots, Lucien continua sa route; il entr'ouvrait la dernière porte, quand , du fond des appartemens , un cri se fît entendre , et l'on vit s'élancer madame Lucien Spalma.
Obsédée par cette idée fixe que Lucien connaissait la trahison de son amant et que les jours d'Oscar étaient seuls menacés, son esprit était demeuré en proie aux inquiétudes les plus vives. Elle était convaincue, mais sans le concevoir, que ce rAte pénible dont elle venait de rejeter le masqire , avait été joué pour sauver son amant; elle n'eût pas trouvé ponruo autre les paroles d'amour, de candeur et de repentir sur lesquelles la peur avait seule ré-
pandu l'accent de vérké. Aussi, quand les deux voix d'Oscar et de Lucien réunies vinrent frapper son oreille , tous les malheurs qu'elle avait long-temps pressentis se dressé* rent d'nn cmip devant elle avec une si extrême exagération, qu'égarée par le désespoir, et perdant toute retenue, la malheureuse fit un cri soudain, et se précipita échevelée vers Oscar. Dès qu'elle l'entrevit:
— Ne te hats pas ! ne te bats pas ! lui criat-elle ; et, saisissant la main de Savigny dans les siennes, elle sembla s'attacher à lui.
Oscar fra{^a du pied avec une horrible expression de rage, et, secouant le bras, il se dâiarrassa violemment d'Amélie qui, surprise et consternée, s'appuya contre la muraille pour contempler Lucien, et pour démêler sur son visage ce qu'elle devait croire. Ce fut alors qu'elle put entrevoir l'abtme dans lequel son emportement venait de les précipiter tous trois ; car jamais, dans ses rêves les plus épouvantables, elle n'avait vu Lucien tel qu'il était maintenant sous ses yeux. Pas une goutte de sang ne colorait ses traits, son regard était fixe et ses lèvres tremblantes ; on
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l'eût dit frappe de la foudre, car cette révéla^ tion inattendue le faisait douter un instant de la réalité des choses qu'il venait de voir et d'entendre.
£t cependant comment douter encore? une infâme passion ne venait-elle pas d'éclater dans l'effroi de la femme, et dans la brusquerie d'Oscar une indigne familiarité? Comment douter encore ! l'erreur seule d'Amélie ne parlait-elle pas assez haut? quelle autre révélation que celle d'une conscience coupable avait pu la conduire à signaler Oscar comme un acteur du duel ! N'était-ce pas le dénoncer?
Toutes ces réflexions et mille autres sillonnant, comme autant d'éclairs, l'esprit de Lucien, y laissèrent une clarté sombre qui ne s'éteignit plus, et lui fit désormais considérer le monde comme à travers un voile épais: tous les liens de mœurs, de préjugés, de convenances se rompirent autour de lui. Par une énergie peu commune, ses passions avaient, jusqu'à cette heure, conservé leur ensemble et leur harmonie primitives ; mais cette dernière catastrophe, impossible à prévoir et plus
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encolle à tolérer, les atteignit d*ua coup dont elles ne se relevèrent jamais. Depuis ce jour, le sentiment de la sociabilité périt dans Tàme de Lucien ; et désespérément il s'abandonna à un fatalisme instinctif, méconnaissant toutes les lois sociales et les bravant avec une dédaigneuse indifférence. Aussi, dans toute la scène étrange qui me reste à décrire, se montra-t-il inflexible et dur, comme s'il eût été l'image ou l'interprète d'une fatalité aveu» gle. Sans doute, à cet instant suprême qui ter* minait sa première existence pour en recommencer une autre, sans doute il crut à une mission ; sans doute il crut entendre une voix intérieure, qui lui dictait ses irrévocables décrets. Jeté par tant de déceptions hors des lois ordinaires, il sentait un immense besoin de justice; et, ne trouvant de recours nulle part, il se créa spontanément le juge et le bourreau de ceux qui l'avaient dégradé.
Aussi, malgré le spasme douloureux imprimé sur tous les plis de son visage, les traits en étaient si sévères, l'expression si fixe et la décoloration si complète, qu'on eût dit un masque de fer représentant l'inflexible destin.
a^ UT«B TBOMIÈUE.
Quand il s'approelia d'Amélie pour lui pmt' àte la main, elle devint firdlde ocHBUie un nar^ bre; et tombant à genoux :
— Ayez pitié de moi.. é mnrmura-tH^Ue.
Mais lui, sans se baisser, sans même regarder la victime tremblante à ses pieds, il dit d'une voix creuse et brisée :
— Madame, était-ce lui qui me trompait?
— C'était lui.k. répondit -elle si bas qu'on l'entendit à peine, malgré le silence effirayant qui régnait.
— Les lettres qu'il vous écrivait n'étaient pas de sa main?
— Non, monsieur.
— Pourquoi?
-^ Par prudence.
— Vous avec donné l'antre jour un rendeivous dans ma maison; qui devait y venir ?
— C'était lui.
Lucien avait finit cet interrogatoire, avec la gravité d'un juge. Il s'approcba du meuble sur lequel était déposé sa boite à pistolets, il rouvrit, en tira les armes, et les (ÀïaargtSi toutes les deux avec tant de rapidité, qu'Oscar n'osa tenter la finte : il pâlit à son tour. AméUe,
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glacée d'épouvante, voulol se tratner vers la porte; mais Lucien Tenchalna d*un geste impératif, et s*adressant au séducteur : — Ce que madame vieut de dire est-ii vrai?
— Vrai, répondit Oscar.
— Eh bien! vous êtes morti répondit Lucien en rajustant.
L'expression d'une peur ignoble se répandit subitement sur le visage d'Oscar.
— Mais, monsieur ! disait*il d'une voix haie* tante, vous m'assassines; nesuis^je pas sans armes?
Le pistolet fut relevée
— Je n'avais pas d'armes non plus quand vous êtes venu me dérober l'honneur et les illusions qui font aimer la vie... Toutefois la vengeance ne doit pas imiter le crime dans ce qu'il a de lâche. Prenez l'autre pistolet, et ti« rons ensemble : Dieu est juste !
Oscar ne bougea point. U rassemblait toutes ses forces afin de poursuivre ce premier avantage; il s'enhardissait de cette misérable trêve; ne sachant pas combien les hommes changent au-delà de certaines limites, il espérait enoore dominer Lucien par sa persévérance.
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— Monsieur, dit-H avec une sorte de calme étudié, il est trop évident pour moi que le délire enchaîne toutes vos facultés. Le crime que vous avez failli commettre sur ma personne en est la preuve; car naguère je vous ai connu pour homme sage et vertueux. Pensez -vous qu'il me convienne de jouer une existence sérieuse et sensée contre Texistence d'un fou? Non ! je refuse votre dîiel, les enjeux n'y sont pas égaux; vous risquez une existence flétrie, moi je risque une vie qui s'annonce sous les plus favorables auspices.
— D'autres raisons, monsieur ! lui cria Lucien en agitant son pistolet.
— Et quelle raison meilleure me demandezvous donc ? Quelle raison meilleure que la disparité de nos positions? N'ètes-vous pas un homme convaincu d'incapacité^ tandis que sur moi maintenant reposent de graves intérêts. Monsieur, je suis chargé d'affaires à Constantinople !
il comptait étourdir Lucien , et l'irriter à force d'impudence; mais pareilles manœuvres n'étaient plus supportables; etXncien, par&itement calme, abaissa le canon de son pistolet.
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— ^Je VOUS ai demandé d'autres raiscms, dit-il .
C*est alors que , voyant tout espoir éteint , le misérable fut anéanti. Tel était donc le dénouement de ses longues et glorieuses machinations. Ainsi devait s'éteindre une vie qu'il était parvenu à se rendre si désirable ! Tantôt il se tordait les mains et cherchait quelque chose à dire, tantôt ses yeux semblaient adresser à son juge de lâches supplications. Ses dents s'entrechoquaient, et ses cheveux semblaient se dresser sur sa tète.
Encore agenouillée , la tremblante Amélie avait écouté ce dialogue avec une anxiété toujours croissante. Quand elle vit l'exécution si proche, sa respiration devint bruyante et saccadée , elle se laissa retomber lourdement, et ferma les yeux.
Cependant Lucien répétait : — Votre juge est sévère, mais il est équitable. Avez- vous quelque chose à dire?
O génie de l'intrigue ! science du monde et des hommes , ne pourrez-vous donc rien pour votre adepte? Vous l'avez porté jusqu'au but par-dessus tous les précipices, l'abandonne» rez-vousàce dernier moment? Vous saviez lui
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Muflier de» rvs«8 infernâtes contre les roués du monde ; et vous restez muets devant la colère d'un bonnéte homme l
— Lucien ! Lucien , ]>ar pitié ! Song«x à notre longue amitié! Lucien, pardonnes*
tel»! C'est un assassinat que vous aHez
commettre , Lucien !
Ainsi criait Oscar, et ses paroles se précipîtuent avec une rapidité d'autant plus grande, que le fatal instant apprcx^aît davantage.
— Grâce ! grâce pour lui ! murmurait en même temps la malheureuse femme sans oser relever la tète.
Ce tableau lamentable^ ces cris de désespmr et ces tortures ne semblaient pas même pénétrer jusqu'à l'Ame de Fexécuteur , tant il demeurait impassible.
Alors, par un dernier effort, le désespoir d'Oscar enfanta la ressource d'un odieux mensonge. La crainte le rendait capable de tout, et même de sacrifier celle qui s'était dévouée pour lui* Il s'adressa donc à Lucien.
— Vous vous êtes fait juge dans votre propre cause, puis-je etpérer de vous justice pour la mienne?
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— • Pttilez, répondit Lucien arec une admirable dignité ; et tâchez d'être sincère avtant que je aérai juste.
— Eh bien ! sacfaez'-le donc ! Ce n'est pas moi qui vous ai ravi cette femme, c'est vous qui me l'avez dérobée! car eHe était à moi, je vous le jure ; elle m'appartenait corps et àme, quand vous l'avez séduHe.
A ces mots, Amélie se redressa de toute sa hauteur; la honte fit refluer le sang à son visage, elle resta muette et comme pétrifiée.
Lucien gardait encore le silence. Oscar continua :
— Vous voyez donc que je n'ai pas versé sur votre nom l'infamie dont vous m'accusez. C'est vous qui l'avez prise. Ah ! souvenezvous donc que je vous écartais de ce fetal amour! Non, je ne vous ai pas volontairement offensé, Lucien! Ne me condamnez pas à payer une faute que vous avez commise.
— Prenez bien garde à ces paroles. Vous pouvez déplacer ma vengeance, non pas l'anéantir. Il ne me faut qu'une victime, mais il m'en faut une absolument. Eh bien! répondez. Est-il vrai que cette femme soît venue
a .. ao.
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déshonorée daQS mes bras? et si c'est vrai, faites qu'elle en convienne.
— Amélie! répondez, cna soudainement Oscar; et, pour la retirer de sa stupeur, il la secouait violemment. Amélie! mais avouez donc ! Voulez-vous me £aiire mourir? Avouez ! lui murmurait-il à Foreiile; pour votre salut même, avouez ! je vais vous chercher du secours.
Amélie s'inclina vers I^ucien avec une douleur sans égale, et sa langue pouvait proférer à peine quelques sons inintelligibles : Oscar l'encourageait avec une dégoûtante sollicitude. Enfin ces mots parvinrent aux oreilles du juge : — Ce qu'il a dit est vrai !
Puis vaincue par l'horreur de cet indigne aveu, quoiqu'elle n'en comprit pas toute Tétendue, Amélie chancela, ses membres se raidirent, et son amant la déposa sur un divan.
— Monsieur, lui dit Lucien, vous n'avez pas commis ce seul erimie envers moi. Depuis que vous me connaissez, comme un mauvais génie, vous avez marché sur ma trace infatigablement; vous avezdévoréma vie pour augmentei la vôtre; mais je ne me venge point de pareil-