SCÈNE III
LÉON, CAMPREDON, s'arrêtant au fond et regardant autour
de lui.
LÉON
Pourvu que je la retrouve, mon Dieu !... La retrouver... et pourquoi ?... A quoi bon ?...
CAMPREDON
Je ne m’y reconnais plus du tout... (Au domestique.) Qu’est-ce que cette belle chambre ?
le domestique, montrant Léon.
Le cabinet de M. Candal . (Il sort.)
CAMPREDON
M. Candal!... M. Léon Candal... Je ne te reconnais pas davantage.
LÉON
Puis-je savoir, monsieur?...
CAMPREDON
Ah ! ça I est-ce que je suis changé autant que ça aussi... depuis mon départ?
Jules Campredon !...
CAMPREDON
Allons donc ! ma foil je t’avoue, moi, que sans ton domestique, je n’aurais jamais deviné... Dame ! au lieu d’un petit garçon qui, en revenant de l’école, faisait les commissions du magasin, c’est un beau jeune homme très-bien mis, pour une noce, sans doute, les mains dans des gants blancs.
LÉON
Je n’en serre pas moins la vôtre.
CAMPREDON
Merci !... Tu ne me tutoies pas?
LÉON
Il y a une personne ici qui sera charmée de revoir son ami d’enfance... Je vais...
CAMPREDON
Ta sœur... La charmante petite... Attends, je suis prudent; j’ai à te dire quelque chose avant de la Yoir.
LÉON
Je vous écoute !...
CAMPREDON
Tutoie-moi... tu sais comme nos deux pères s’aimaient... nous les avons perdus tous deux... moi, je ne tiens pas à New- York, j’aime autant l’ancien monde ; d’abord moi, je tiens pour tout ce qui est ancien... les femmes exceptées... je veux venir en France, je veux m’y fixer, je veux m’y associer, je veux m’y marier !...