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l'escalier de la grosse tour, sous l'horloge dont les aiguilles, réunies pour marquer l'heure de minuit, lui rappelaient toutes les légendes merveilleuses de son enfance; alors elle entendait des bruits lointains de mort. Et les vieux chrétiens du villages avaient voir l'accomplissement de ses prophéties.
Trop sauvage pour s'attacher aux travaux domestiques, trop hautaine pour se complaire à ses devoirs de fille obéissante, elle donnait toute son àme à son frère René. Elle l'aimait avec souffrance et passion, ne sachant pas aimer sans souffrir, sans faire saigner son cœur. Un jour qu'ils se promenaient tous deux sous les châtaigniers, dans la robuste et verte antiquité d'un bois respecté, elle dit à son frère : « Tu devrais peindre tout cela. »
Pour elle, elle jetait ses rêves sur le papier. C'étaient des tableaux charmants et passionnés. René, qui avait déjà le secret des tristesses magnifiques et des désespoirs enchanteurs, lui révélait quelques lambeaux brûlants de Lu-
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crèce ou de Virgile. C'est ainsi qu'ils mêlaient leurs souffles sur la bruyère déserte, au bord des forêts. Communions dangereuses ! Si la volupté pouvait toucher cette grave Lucile, c'est bien dans le vague de la poésie et sous le voile d'une belle tristesse. Sublime et malheureuse enfant, elle nourrissait ainsi les chimères qui devaient la dévorer. Pourtant, c'est le frère et non la sœur chez qui d'abord la crise fut terrible. Il courait toute la nuit à l'aventure, ouvrait les bras, poussait de grands cris, haletant, éperdu. Puis il s'abattait lourdement et pleurait de longues heures. Il voulut mourir et alla jusqu'à mettre dans sa bouche le canon de son fusil de chasse. Enfin une fièvre violente le saisit. Il fut six semaines entre la vie et la mort. Lucile le veilla, le soigna, le sauva.
Cette âme en peine crut un moment reconnaître dans la réalité la forme de son rêve. Son frère aîné, qui venait quelquefois à Combourg,