‹ LucileChapitre 12 sur 27 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Luc lie est aimée

On se hâta d'effacer jusqu'aux vestiges des militaires exploits. La Courton donnait ses ordres avec une présence d'esprit et une résignation, suites de l'habitude. A huit heures, elle revint auprès de Lucile, dont il fallait achever de dissiper l'effroi.

« Maman, disait l'aimable fille, qu'ils m'ont fait peur ! Peut-on être si méchant, avec un son de voix si doux ?... Croyez-vous qu'ils ne reviendront plus?... »

Lucile n'avait pas achevé ces mots, que le bruit d'une voiture frappa leurs oreilles. Elle s'arrête à la porte ; la Courton vole, ne doutant pas que ce ne fût M. Durichemont. Il était au pied de l'escalier : elle lui fit de très basses courbettes, et voulait le complimenter sur sa figure et sa bonne mine.

« Je sais tout cela, dit le jeune homme ; mais, voyons, votre merveille est-elle làhaut ? »

La Courton le conduisit. Il entre, avec une démarche cavalière, aperçoit Lucile, qui tournait le dos par timidité.

« Qu'elle est bien taillée ! » s'écrie-t-il.

Il s'approche en souriant. Lucile le regarde, et d'un air sérieux, modeste, enchanteur, lui fait avec grâce une profonde révérence. II se disposait à l'embrasser ; il avait la main tendue, pour lui faire de ces caresses libres, ordinaires dans les lieux où il se trouvait. Un je ne sais quoi l'arrêta. Il lui semblait qu'il voulait dire : « Ma mie, ma mignonne » ; il ne prononça que : « Mademoiselle. » Tel est donc le pouvoir de la beauté ! Dès qu'elle le veut, l'endroit le plus infâme est un temple pour elle !

Durichemont était ébloui : il balbutia.

L'innocente Lucile ne sentait pas son triomphe : elle devint plus timide encore et plus touchante. Mais la Courton voyait tout : elle nageait dans la joie. Cette femme s'aperçut qu'elle pouvait parler sans être rebutée : elle s'empara de la conversation : on lui laissa le champ libre. L'âme de Durichemont avait passé dans ses yeux, avidement attachés sur l'aimable Lucile. Mille pensées différentes s'offraient à son esprit. Il n'avait qu'un regret, c'était d'avoir, par sa faute, laissé cette jeune personne quelques jours de plus entre les mains de la Courton ; il ne formait qu'un désir, c'était de l'emmener sur le champ. Cependant, lorsqu'il songeait que Lucile était fille de cette femme, il ne

pouvait s'empêcher de dire en lui-même : « Quelle origine, pour tant de beauté ! »

Occupé de ces idées, à peine Durichemont écoutait Tinfâme appareilleuse, qui faisait un ample étalage des mérites, talents et vertus de sa prétendue fille : il la voyait, c'était plus que tout ce que la Courton pouvait dire. Enfin il expliqua ses desseins, après avoir prié Lucile de passer un moment dans une autre pièce. Il prévint la Courton, qu'il avait un appartement tout prêt pour sa fille ; qu'il ne pouvait se résoudre à laisser un seul jour encore dans un lieu pareil une jeune personne qu'il voulait aimer.

« Mettez à vos soins le prix qu'il vous plaira, dit-il à la prétendue mère : pour M''"" Lucile, son sort est assuré. »

Les conditions furent proposées, acceptées, et le marché conclu. Deux mille livres de pension viagère pour la Courton, mille écus pour la jeune fille, qui devait être maitresse du fonds même dans deux ans. On la rappela.

'< Ne consentez-vous pas à me suivre, belle Lucile, dit le jeune homme, si votre mère le permet ? »

La jeune personne baissa les yeux : mais sa mère répondit pour elle. Chacun étant satisfait, Durichemont et la jolie Lucile, montèrent dans la voiture, et partirent.

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