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CHAPITRE XIV

Amendement

« Elle changera, j'en réponds. Je crois connaître la trempe de son esprit : il est fasciné, ébloui, trompé, séduit. Eclairons-là ; attendrissons son cœur ; montrons-lui la vertu ; rendons-la lui facile, aimable, disait un matin le vieillard à Durichemont.

— Oui, mon papa, vous avez raison, reprit vivement le jeune homme.

— Mais, hélas ! après, vous mettrez votre bonheur à détruire mon ouvrage ; à triompher d'un jeune cœur que nous aurons purifié de concert !

— Eh ! qui vous a dit que c'était là mon dessein ?

— Que feriez-vous?

— Ah ! que Lucile soit telle que vous la désirez ! Le Ciel alors m'inspirera ce que je devrai faire... Vous dites qu'elle ne connaît pas encore la vertu, cette fille charmante ; et pourtant, elle l'a fait naître dans mon cœur. Oui, depuis que je l'aime, mes dispositions changent... O Lucile, Lucile pour-

rai-je un jour avouer ma tendresse à la face de tout l'univers sans rougir! Oui, mon papa, le Ciel doit un miracle à son plus bel ouvrage : j'aime à me le persuader. Quand viendra le moment d'en être certain ? »

La Courton n'avait pas encore paru chez Durichemont depuis trois mois que Lucile y demeurait. On l'annonça tandis que le jeune homme et son guide s'entretenaient.

« Ne laissez pas aborder Lucile par cette malheureuse, dit le vieillard; qu'elle soit sa mère ou non, elle ne doit point la voir. »

On lui dit donc de ne plus se donner la peine de revenir, et qu'on serait exact à lui payer sa pension. Elle insista pour voir sa fille : on lui déclara que cela ne se pouvait pas, de manière à lui faire entendre que cela ne se pourrait jamais ; ensuite on la congédia.

Lucile venait de se lever. Durichemont passa dans son appartement. Jamais elle n'avait paru si belle. Elle baissa les yeux, en le voyant entrer, et rougit un peu. Son air n'était plus étourdi ; ses propos étaient moins décousus et plus sérieux ; ses regards plus timides. Elle avait lu la veille la petite histoire d'Erjiesti'ne, de Madame R.... Son jugement commençait à se développer ; ses idées s'étendaient. En finissant cette brochure, elle avait fait un retour sur elle-

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même : la conformité entre Durichemont et le Marquis de Clémengis était grande ; mais quelle différence d"Ernestine à elle ! (Cette différence, cependant, commençait à ne plus être aussi extrême que Lucile le croyait.)

Durichemont fut enchanté de la conversation qu'il eut avec sa maîtresse. Lucile n'était pas encore tendre ; mais elle paraissait disposée à le devenir. Lorsqu'elle fut habillée, et qu'il se vit seul avec elle, il lui parla de la Courton, et ne lui cacha pas qu'on venait de renvoyer cette femme. Lucile n'y parut pas fort sensible. Durichemont aurait désiré qu'elle eût marqué plus d'attachement pour sa mère : cependant, ce jour-là, elle lui paraissait si différente d'ellemême, qu'il ne put renfermer davantage dans son cœur, tous les sentiments qu'elle y faisait naitre.

Il était assis à côté d'elle : son bras pressait légèrement la taille de sa maîtresse. Lucile était à demi-penchée sur lui, et venait de le regarder avec un sourire enchanteur.

« Fille charmante, dit Durichemont à demi-bas, que je serais heureux si vous étiez tendre !... Je vous aime ; je vous adore... Vous seule pouvez faire ma félicité... Le seul désir que je forme, c'est de vous plaire ;

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la seule grâce que je vous demande, c'est le don de votre cœur... Je ne mérite peut-être pas un bien si précieux, s'il faut autre chose pour l'obtenir, que le respect et l'amour : mais prescrivez vous-même les conditions ; il n'en est aucune que je n'accepte... Ah ! Lucile ! que vos yeux paraissent tendres !... Fille adorable ! achevez... Un seul mot de votre belle bouche peut me rendre le plus heureux de tous les hommes.

— Je vous dois tout, Monsieur, reprit Lucile... Je vous dois peut-être bien plus que je ne m'en doute encore. Je ne sais ; mais il me semble qu'un voile épais est devant mes yeux : j'entrevois quelquefois un rayon de lumière, et tout aussitôt je retombe dans le même chaos qu'auparavant...

— (11 l'avait bien dit !...; Ah ! Lucile... (Oui, je le sens; elle fera mon bonheur... Eh 1 qu'importe si des erreurs, qu'elle ne connaissait pas, ont peut-être séduit ses sens : son esprit et son cœur sont purs encore...) Lucile I belle Lucile! un instant... heureux pour vous et pour moi va venir... Pardonnez... ma joie...

— Mais, qu'ai-je donc dit qui puisse la rendre si vive?

— Ah ! vous ne le sentez pas !... »

Les pernicieuses instructions de la Courton étaient oubliées : Lucile soupira, sans

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savoir pourquoi : elle ne déconcerta plus son amant par un rire atïecté. Durichemont enchanté, la quitta rempli des plus douces espérances.

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