AVEUX INTÉRESSANTS DU PREMIER ÉDITEUR
Il y avait au juste quatorze mois et dix-sept jours que j'étais à Londres, pour affaire de mon commerce , sans en être jamais sorti que pour me promener à Greenwich ou à Chelsea, lorsque, par une lettre de Bordeaux, datée du 20 mars, j'appris que ma chère épouse était heureusement accouchée d'un gros garçon qui
1 Ces Aveux sont, comme nous l'ayons expliqué dans l'Introduction, pour ainsi dire la prise de possession de l'ouvrage par de Sainte-Colombe, et sa marque de fabrique.
promettait bien de vivre. Cet événement qui, en France, n'eût coaaklé de joie, (foutant que la fécondité de ma femme (dont Dieu soit loué !) ne m'avait encore procuré que des filles (j'en ai cinq vivantes et il m'en est mort deux) ; cet événement, dis-je, qui m'eût dû causer toute la satisfaction possible, fut pour nioi un vrai coup de poignard. Je suis naturellement gai, point bilieux, et par conséquent d'une complexion fort éloignée de la jalousie. Je puis même dire, avec vérité, que jusqu'il cette annonce, je n'avais jamais pu comprendre comment on pouvait être attaqué de «cette maladie, -ei je l'ignorerais sans doute encore, sans les maudite complimente qui mt vinrent de tentes parte sur Ae nouvel héritier dont k Providence me gratifiait flâ iénrgcement. ie lus doue «CGaUf de cette nouvelle; le poison de la jalousie coula daas mes veines Ht fen éprouvai toutes les horreurs.
Je cherchai à terminer le plus tôt possible ce
qui me retenait encore à Londres pour pouvoir aller assouvir ma vengeance. J'en formais mille projets vagues, et ces idées seules pouvaient apporter quelques adoucissements momentanés à la cruauté de mes peines. Enfin j'étais consumé par une fièvre ardente où l'amour, le dépit et la haine, en se combattant, faisaient succéder dans mon âme leurs feux, leurs tempêtes et quelquefois, comme tour à tour, leurs frissons et leurs glaces. A peine sortais-je de ma chambre : il me semblait que tout le monde était informé de ma honte, que chacun se riait de ma peine et me montrait au doigt. Quel plus cruel tourment que de se sentir la fable et la risée de ce même public, dont on cherche toujours à capter le suffrage par une conduite noble et exempte de reproche I
J'avais déjà passé huit jours en cet état de perplexité et de désespoir, sans me montrer dans les cafés ni dans les tavernes, ni dans les jardins publics, ni même à la Bourse, lorsqu'un
matin qu'uneaffaire indispensable m'y appelait, je voulus prendre une tasse de punch (je n'en avais point fait usage depuis la fatale lettre 4e Bordeaux); j'entrai au hasard daûs un de ces scientifiques cafés où se débitent les p ap e r s et les autres nouveautés de Londres. Un garçon me présenta un pamflet dont le titre piqua ma curiosité ; je donnai mon scheling, et je mis l'écrit dans ma poche.
Retiré dans ma chambre après le dîner, je me ressouvins de la brochure : c'était la Luctne de Johnson. Je me mis à en couper les feuillets et h en commencer la lecture; je l'eus bientôt dévorée. Au môme instant je me sentis un peu soulagé ; peu à peu ma tête ne se trouva plus aussi bourrelée ; mon esprit devint plus calme ; mon sang fut comme rafraîchi ; je dormis trois heures la nuit suivante (je n'avais pas fermé l'œil depuis quinzaine).
A mon réveil, je repris l'écrit de mon grand médecin, cet heureux baume qui avait réussi à
me procurer ma première tranquillité. L'ayant relu de nouveau avec toute l'attention dont j'étais susceptible, je fus presque aussitôt convaincu de la réalité d'une découverte aussi intéressante pour l'humanité, et à laquelle il m'importait tant d'applaudir.
C'était assurément bien malgré moi que j'avais soupçonné la vertu de ma digne épouse, et il avait fallu une circonstance aussi grave, et où toutes les apparences étaient contre elle, comme étaient une séparation de près de quinze mois et un éloignement de trois cents lieues, pour avoir pu élever dans mon esprit le plus léger doute contre la conduite de ma femme.
Voilà donc les heureux fruits que je sus tirer de la lecture de Johnson. Le calme succéda tout à coup aux troubles et aux orages de mon cœur; aussi j'eus bientôt recouvré toute la liberté d'esprit nécessaire pour mettre tranquillement fin à mes affaires et me disposer à repasser en France. Je profitai du premier
bâtiment qui se trouva chargé pour Bordeaux et je m'y embarquai avec mon livre consolateur.
Je fus reçu chez moi comme un bon mari doit l'être après une longue absence. Je ne voulus point troubler la joie domestique, et j'affectai le maintien le plus débonnaire, au point que je fis naître la sérénité sur tous les visages. Cependant, malgré mes réflexions sur la découverte anglaise, le nouveau né me tracassait fort, et je me résolus d'en avoir le cœur net par une explication ferme et sérieuse entre ma femme et moi.
Ce fut le matin du lendemain de mon arrivée que se passa cette conférence , que je redoutais , s'il se peut , encore plus que mon épouse. Elle ne me répondit d'abord que par un torrent de larmes ; je m'endurcis, et j'exigeai d'elle l'aveu d'une faute dont je roulais bien d'avance l'assurer du pardon. Elle protesta constamment de son innocence, et
m'avoua seulement qu'un jour un armateur nantais, lui ayant donné, ainsi qu'à plusieur» autres dame», une fête sur son bord, le bâtiment était un peu écarté en mer pour les promener à la fraîcheur le long de la rade; qu'elle s' était sentie indisposée, et qu'on l'avait
Sût passer avec sa sœur dans la chambre du capitaine pour s'y reposer ; qu'à son réveil elle avait rejoint la compagnie, plus fraîche et mieux portante ; qu'elle n'avait pas été un instant sente ; et que cependant ce jour-là même était l'époque décidée d'un événement auquel eUe ne comprenait rien.
Plein de mon auteur et dès lors plus tranquille, je le lui témoignai par un œil plus doux et un air où ne régnait plus aucune agitation ; mais j'insistai pour qu'elle m'expliquât les plus petites circonstances de cette étrange promenade. Je voulus savoir jusqu'au rhumh du vent qui régnait alors, quel degré de chaud ou de froid elle avait senti ; enfin quelles sen-
salions le contact de l'air lui avait fait éprouver. Les plus petits détails, loin de me paraître minutieux, me devenaient de moments en moments des plus intéressants ; en sorte qu'il n'y eut sortes de questions que je ne lui fis. Elle me répondait à toutes avec la plus grande ingénuité, et comme une personne nullement au fait des particularités physiques que je lui demandais. Néanmoins, en résumé de ses réponses et par l'idée que j'en pus prendre sur les dispositions du ciel en ce jour, vraiment particulier pour moi, je crus, ou pour mieux dire j'aimai à me persuader, que les vents avaient été pour lors au sud-ouest *; d'où je conjecturai que l'air au dessus de la mer étant ce jour-là dûment imprégné des molécules organiques si bien décrites par notre Pline moderne*, ma
1 C'est le zéphyr (vent d'Ouest) qui, d'après Virgile, féconde les cavales.
1 De Sainte-Colombe substitue ici et dans la suite les molécules organiques de Buffon aux animal-
femme en avait d'autant plus abondamment respiré qu'elle s'était trouvée dans un état d'anéantissement bien propre au relâchement des organes, et qu'ainsi il était très naturel qu'elle fût devenue mère sans s'en être aucunement aperçue.
Je dus tout mon repos à cet éclaircissement, à la suite duquel je lui fis le plus d'amitiés possible, de manière à lui faire oublier même que j'eusse eu quelques motifs de douter de son attachement pour moi. Aussi ne saurait-on être vraiment plus tranquille que je le suis depuis cette explication sur son compte ; en sorte que, sur le point où je me trouve de partir pour les Grandes-Indes, j'attendrai paisiblement et sans la moindre inquiétude tous les présents de cette nature qu'il pourra plaire au ciel de m'envoyer; mais cependant avec grand soin
cul es de Fauteur anglais. Nous ne signalons ce fait que pour faire remarquer que la mise en cause deBuffon, lui appartient tout entière.
d'engager ma femme, crainte de trop augmenter ma famille, de se défier de ces promenades an trop grand air, surtout lorsque le vent se trouve constamment dans la direction qui, celte fois, a été, contre son gré, si fatale à ma tranquillité.
Ami lecteur, telle es* an vrai mon histoire; tel est le remède que j'ai en le bonheur d'y employer. Je me fais un devoir de vous l'offrir; pnisse-t-il en pareil cas vous tranquilliser. Bans cette vue j'ai cru devoir, en bon citoyen, traduire et publier dans ma patrie Té* crit d'Abraham Johnson. En vous éclairant sur une vérité physique inconnue jusqu'à nos jours, elle opérera sans doute, comme elle Ta feit à mon égard, et dès lors elle deviendra la tranquillité des maris et la consolation des pires de famille. Que do ménages en dissension, que d'époux en divorce, que de jaloux avant comme après le mariage, verront nattre parmi eux la concorde, la confiance et l'estime
réciproques! Que d'innocentes persécutées, sacrifiées, méprisées, vont imposer silence aux brocards et aux calomnies !
Une femme éloignée de son mari le fait-elle jouir des droits de la paternité? A examiner les choses de près, on verra que c^fest le fruit de quelque promenade au grand air, par terre ou par eau. Cette femme se sera trouvée enveloppée, saisie par quelque courant d'air, et les molécules organiques dont il était chargé et qui y circulaient abondamment, n'attendaient qu'un souffle, une aspiration, un petit rhumb de vent particulier, pour aller se loger chez elle, et s'y développer à son insu, et sans qu'il y ait pu avoir le moindre concours de sa volonté.
Une veuve a des enfants dont la calomnie se plaît à nous nommer les pères ; pourquoi les chercher si loin? Pourquoi inculper la conduite réservée de cette dame? Elle aura pris l'air, et les molécules organiques qu'il charriait en cet
instant se seront glissées de ce fluide dans le sein de notre veuve.
Une fille deviendra mère avant l'hyménée; pourquoi la taxer de quelque faiblesse ? Il n'y a rien de plus simple et mieux dans la nature : son état n'est dû qu'à l'air qu'elle aura respiré.
Eh! pourquoi en effet l'espèce humaine serait-elle de pire condition que ces vils insectes qui, selon les meilleurs naturalistes, se multiplient sans accouplement? S'il est des graines de pucerons , si l'air où elles circulent les voit éclore et périr peu après leur naissance; si ces légions ailées se succèdent presque chaque jour, sans qu'on leur connaisse d'autre origine que ce grand véhicule où elles sont ballottées, entraînées et sans cesse en action, pourquoi n'y aurait-il point aussi dans ce même air des graines de toutes espèces d'animaux ? Et, pour mieux particulariser le problème, pourquoi n'y aurait-il pas dans ce fluide de petits atomes propres à la reproduction de
notre espèce, et qui n'attendent qu'un certain courant d'air pour aller se loger dans l'espace propre à leur développement et à leur organisation, sans d'ailleurs rien déranger dans la marche la plus apparente de la nature ?
Enfin n'a-t-on pas découvert des animaux qui, comme certaines plantes, viennent de boutures? Tel est le polype d'eau douce, dont chaque partie séparée du tronc se reproduit bientôt, prend forme, s'anime et devient à nos yeux un être complet, exactement semblable à celui auquel il était uni. Qui donc peut savoir tous les moyens que la Providence peut employer pour la multiplication de notre espèce?
En Perse, les femmes stériles croient fermement qu'il leur suffit, pour devenir fécondes, de passer sous le corps d'un homme mort depuis peu de temps, et que les esprits animaux et volatils qui émanent de ce corps inanimé influent tellement, même de très-loin, sur elles, qu'ils ont la vertu de les revivifier et de les
mettre en état de devenir mères. Quelle sorte de raisonnement pourrait infirmer cette opinion, ou plutôt que pourrait-on apposer à l'expérience accréditée en ce pays?
D'autres encore recherchent constamment les canaux des eaux qui s'écoulent des bains particuliers à l'autre sexe, etelles attendent ponr les traverser à plusieurs reprises qu'il y ait un grand nombre d'hommes 1 . Alors elles s'empresse»* de remonter plusieurs fois ces eaux à l'endroit le plus proche de leur sortie ; et Tavernier, célèbre voyageur et témoin oculaire deoes faite, prétend que rarement la stérilité tient contre cette singulière expérience.
* Aristote, dans ses Problèmes, rapporte qu'une femme fat fécondée pour s'être tn ignée dans «ne euro d'où Tenait de sortir un homme. Albert le Grand, Deieeretis m ulie.ru m ne met pas en doute la réalité du fait et il l'explique. D'autres auteurs plus modernes sont moins persuadés, mais n'osent cependant en nier tontà-fajt la possibilité. Aristote! Albert-le-Grand l renforts auxquels notre auteur n'arait pas pensé !
Or, si les corpuscules qui émanent en ces cas des mâles vifs ou morts, ont la vertu de produire des effets aussi merveilleux, les germes aériens, les atomes organiques une fois supposés en action dans te vague des airs, leur réaction dans le sein des femmes n'est pas plus difficile à comprendre. Ainsi la fécondité sans copulation ou la génération solitaire, loin d'être un pur amusement ou une chimère philosophique et une rêverie de simple combinaison, est la découverte la plus utile et la plus importante comme la plus sérieuse dont notre siècle puisse et doive s'honorer.
Quant à moi, déterminé que je suis k frira participer uses concitoyens au bonheur que m'a procuré la lecture réfléchie de l'ouvrage de Johnson, et pour rendre compte de ce qui me concerne spécialement dans cette merveilleuse découverte, je n'ai que mon simple travail à j revendiquer, et encore se réduit-il à bien peu de chose , ne devant prendre sur moi que la
seule traduction de ce charmant ouvrage. Au reste, j'ai pris à tâche de rendre le plus fidèlement possible le texte de mon divin auteur, laissant même subsister quelques anglicismes, qu'un écrivain plus difficile ou plus au fait que moi du génie des deux langues, n'eût peut-être pas conservés. D'ailleurs j'ai ajouté quelques notes à celles de l'auteur, plus parce qu'elles m'ont paru nécessaires pour le commun des lecteurs, que pour me parer d'une érudition que j'ai abjurée par état.
L'arrêt du Parlement de Grenoble, couché tout au long à la fin de l'ouvrage, est une pièce authentique devenue très-rare ; elle est tirée du cabinet d'un curieux qui en conserve précieusement la minute et qui ayant bien voulu me la communiquer, me permit d'en faire emploi lors de la première édition de cette traduction, en 1750, et j'estime qu'on me saura gré de ne l'avoir pas omise dans cette seconde ; d'ailleurs cette pièce est indiquée dans la Pra-
tique de Ferrière, d'où Ton doit juger, d'après Tattache de cet auteur, que ce n'est point un être de raison.
Enfin, dans la première édition, j'avais laissé subsister le titre latin de l'ouvrage, tel qu'il se voyait sans aucune traduction dans l'original anglais. J'avais même cherché à en rendre en français toute l'énergie. Mais aujourd'hui, d'après diverses invitations de gens sages et estimables, et d'ailleurs pour moins alarmer les Âmes les plus timorées et les plus scrupuleuses * qui ne veulent plus ouvrir un livre qui leur aura déplu dans le titre, je me suis rendu à cette faiblesse en réformant l'inscription saillante et vraiment caractéristique que j'avais d'abord adoptée. Toutefois on n'en reconnaîtra pas moins l'analogie ou plutôt la conformité
* Voilà pour le garde des sceaux. Il nous paraît bien difficile après la lecture de ces derniers paragraphes de diviser la paternité des deux éditions de 1750 et de 1786 entre Moët et de Sainte-Colombe.
de l'édition actuelle avec les précédentes, quelque refonte que nous ayons faite au système général. Au surplus, libre à nos lecteurs de supprimer totalement notre nouveau titre et d'y substituer l'ancien ou plutôt cette expression familière et proverbiale : Autant en emporte le vent, ou toute autre qu'il leur plaira.
LUCINA SINE CONCUBITÏÏ
LETTRE adressée à Messieurs de la Sociéié royale
de Londres, dans laquelle on démontre
que la femme est un être plus parfait que l'homme
et bien supérieur à lui,
quant à la reproduction de notre espèce.
Messieurs,
Jje zèle ardent qui vous a toujours animés à faire tant de nouvelles et savantes découvertes, et les encouragements multipliés que vous ne cessez de prodiguer à ceux qui marchent sur vos traces et qui vous aident dans vos excel-
lentes recherches, (ce dont ces excellents mémoires que vous publiez chaque année dans vos célèbres Transactions philosophiques sont une preuve sans réplique), m'enhardissent à vous offrir une découverte extraordinaire, qui m'est tellement personnelle, que qui que ce soit n'oserait sûrement me la contester; elle joint d'ailleurs au mérite essentiel de la nouveauté, l'avantage d'être en même temps la plus intéressante pour toutes les sociétés les mieux policées; aussi ne pourra-t-on certainement pas lui refuser la palme sur toutes les connaissances dont le monde a été enrichi, depuis que la Philosophie est universellement reconnue comme une des premières sciences et comme celle qui fait le plus d'honneur à l'humanité.
Cependant, Messieurs, ne m'accusez point de trop de présomption sur ce que je dis ici À mon avantage ; mais suspendez votre censure jusqu'à ce que je vous aie mis au courant de
ma découverte, par le détail que je me propose de vous en faire. Si j'ai eu le bonheur de la conduire à son entière perfection, c'est par le travail le plus constant et le plus assidu. En effet, il m'en a coûté plus de quinze ans d'une vie très - laborieuse pour porter ce grand œuvre à sa maturité, et lorsque la théorie la plus éclairée eut concouru avec la pratique pour m'en confirmer la certitude, ma première idée fut de passer en France, à l'effet d'offrir à l'Académie royale des Sciences les résultats de mes opérations, ou du moins de me mettre sur les rangs pour concourir aux prix de l'Académie de Bordeaux. En effet, c'est dans ces lycées que les philosophes s'empressent davantage d'entrer en concours les uns contre les autres, en y présentant autant de nouveaux problèmes que les fleuristes les plus en renom, et qui cherchent naturellement à se surpasser, s'étudient le jour de leur fête à étaler un plus grand nombre de nuances dans
leurs œillets ou leurs tulipes, aux yeux des amateurs, pour faire mieux juger de l'éclat et de la beauté de leurs couleurs.
Mais, faisant aussitôt réflexion que votre illustre Société pourrait peut-être se croire offensée si je ne lui offrais pas de préférence , comme un tribut digne de sa juste célébrité, la fleur et les prémices de mon secret, et que d'ailleurs vous pourriez dédaigner d'être mis en parallèle avec cette basse espèce de prétendus philosophes, qui se croient tels uniquement pour travailler journellement sur le flux et le reflux de la mer, sur la figure de la terre, sur les éclipses, ou sur les lois de la gravitation, amusement frivole des spéculatifs désœuvrés et des faiseurs d'almanachs, j'ai pris plus volontiers la résolution, toutefois avec le respect dû à un Corps aussi illustre que le vôtre, mais non sans quelque degré de présomption et d'amour-propre de m'en rapporter pour cette fois au Public, tout en m'adressant néanmoins di-
rectement à Vous, comme à ses plus illustres interprètes.
Ainsi, Messieurs, pour ne vous pas tenir plus longtemps en suspens, et ne vous pas détourner inutilement de vos grandes occupations, je consacre dans vos Registres, que j'ai découvert, et je vous prouverai d'ailleurs par les raisonnements les plus incontestables, réunis à l'évidence de la pratique la plus suivie, que les femmes sont l'être le plus parfait sorti des mains du Créateur, en un mot, qu'elles sont l'Être de préférence, d'autant plus supérieur au nôtre, que nous leur sommes totalement inutiles pour notre reproduction; en sorte qu'elles peuvent concevoir, mènera terme leur fruit et accoucher, sans avoir eu aucune sorte de commerce avec les hommes. Cette découverte est sans doute la plus admirable et la plus merveilleuse de toutes celles que l'on ait jamais soumises à votre examen, je puis avec raison me flatter que vous en conviendrez.
Pour satisfaire à l'avance ceux qui ont le coup d'oeil aussi pénétrant que vous sur les ouvrages les plus secrets de la Nature, il me suffirait sans doute de tracer ici l'histoire pu** renient physique des vaisseaux contenant la semence de Fhomme, et Fanatomie un peu détaillée des parties naturelles de la femme, et d'en tirer les inductions des principales bran-» ches de mon système. Mais comme j'ai à combattre, tant la simplicité des ignorants que les préjugés des demi-savants, ainsi que l'opiniâtreté des jaloux et des malintentionnés, je préfère décrire ici tous les développements de cette grande découverte en vous expliquant, dans toutes ses circonstances, ce qui m'en Ot naître la première idée, et par quelle progression et quels enchaînements de faits je suis parvenu, après bien des tentatives, à passer des conjectures à une entière démonstration.
Les lots de la divine Providence dans la distribution des divers états de la vie, sont fort
différents. C'est à chacun de nous à remplir de son mieux, et avec la plus parfaite résigna* ' tion, celui qui lui est échu dans l'ordre politique du pays où il vit. Mon destin, dans le partage de ces lots, me fixa à l'exercice de la profession de médecin dans une petite ville de province. Pour rendre mon sort plus fortuné et mon état moins borné, j'ai cru devoir joindre à ce premier talent la connaissance des maladies particulières aux femmes et surtout la pratique des accouchements.
Quoiqu'il ne convienne à personne de vanter son propre mérite, cependant j'estime qu'on peut, sans crainte de me trop enorgueillir, me permettre d'avancer à mon honneur que, par l'emploi du second de ces deux talents, j'ai en quelque sorte compensé les pertes que l'humanité pouvait faire en mes mains par l'exercice habituel du premier. Mon bonheur même me valut un certain nom auprès des femmes de mon canton ; en sorte que ma réputation s'é-
lai découvrant ainsi : que sa fille, non-seulement était enceinte, mais encore que, selon toutes les apparences, elle était fort près du moment de sa délivrance.
Peu s'en fallut, à cette annonce, que le vieux baronnet ne me dévisageât; cependant, se remettant peu à peu pour ce qui me concernait, mais frappé d'horreur de l'incoudjiite de sa fille, et en rejetant toute la faute sur le peu d'attention et de surveillance de sa femme, il tourna, avec plus de raison, son courroux contre la mère et la fille ; et dans l'ardeur de son déplaisir, ne ménageant plus rien, il rentra dans la chambre de la jeune personne, et l'accablant des reproches les plus vifs et les plus amers, il se plaignit dans les termes- les plus forts et les plus sanglants , qu'on lui eût caché un secret d'une aussi grande importance pour l'honneur de sa maison, et qu'on eût par une telle inconséquence couvert son nom d'un dés* honneur trop mérité. Malgré la vivacité des
clameurs et la rigueur outrageante des plaintes et des menaces d'un père si justement irrité, il était facile de remarquer sur le visage de la malade tous les caractères de l'ingénuité et de l'innocence. Pleine d'étonnement et de surprise, et paraissant d'abord ne se point décontenancer, elle se tourna vers moi, la bouche béante, comme pour se plaindre d'une aussi fausse et aussi odieuse accusation ; puis, son cœur suffoqué par la violence de son chagrin, elle tomba bientôt évanouie dans les bras de sa mère.
C'est une remarque générale que, depuis le médecin jusqu'au boucher, tous les états qui voient de près la souffrance et la mort, et qui sont sans cesse occupés à débarrasser la nature du nombre de ses productions, de crainte que le monde ne soit trop peuplé; c'est, dis-je, une remarque certaine que tous les états qui vivent le plus habituellement dans le sang, s'endurcissent à peu près également et renoncent en
quelque sorte à tout sentiment d'humanité et de compassion ; en sorte qu'ils sont comme épuisés dans leur âme et que leur cœur s'ouvre difficilement à la pitié. Cependant, quoique accoutumé depuis longtemps, par une habitude journalière, à voir de près les maux et la tristesse ; quoique formé par l'usage à une coutume inflexible qui m'empêche de laisser paraître sur mon visage les émotions dont mon cœur se peut trouver quelquefois susceptible, il y avait sans doute dans cette scène quelque chose de trop particulier et de trop intéressant pour ne me pas sentir affecté par l'état violent où je voyais que mon rapport avait jeté la jeune personne; en sorte que je me trouvai touché, comme malgré moi, et que je me sus mauvais gré de la confidence que je m'étais cru obligé de faire au père dans un cas aussi critique.
Biais la mère fit bientôt diversion à ces retours d'une pitié si extraordinaire de ma part
et à des mouvements si involontaires d'une tendresse compatissante. Elle commença par m'accabler des termes les plus insultants et des outrages les plus piquants. Comment avaisje, disait-elle, osé noircir la réputation de sa fille d'une façon aussi grossière et aussi indignement controuvée ; elle qui, à bon droit, pouvait être garante de la sagesse de son enfant, qu'elle n'avait jamais perdue de vue ; qui, sûre de ses moindres démarches, était caution qu'elle n'avait jamais pu dire deux mots en* particulier à qui que ce fût, ayant toujours été auprès d'elle l'Argus le plus surveillant ? En conséquence elle affirmait, dans les termes les plus forts et les plus cruels pour moi, que mon pronostic était de ma part l'invention la plus infernale et le mensonge le plus diabolique.
Elle ajoutait qu'elle ne pouvait imaginer comment son mari, qui savait jusqu'à quel point elle avait poussé la sévérité de sa vigilance, pouvait néanmoins m'avoir écouté avec tant
de patience, sans oolère et sans horreur ; et se récriant toujours sur la vertu et l'innocence incorruptible de sa fille, elle soutenait qu'elle ne pouvait être annoncée dans l'état où je l'expliquais que par un homme de mauvaise volonté, un ennemi pu un parfait ignorant Revenant ainsi à chaque instant contre l'atrocité de mon inculpation, elle ne promettait pas moins que de chercher partout à me décréditer et à tirer de ma lâcheté la plus juste comme la plus cruelle vengeance.
A mon tour je mis aussi de l'aigreur dans mes répliques, disant au père et à la mère que j'étais bien éloigné d'avoir mérité tant de reproches et tant d'injures; que je n'avais pas accoutumé d'être traité de la sorte ; que je savais très-bien à quel point semblables vérités étaient dures à l'oreille d'un père et d'une mère; mais que l'amour de mon devoir et l'obligation absolue de ma profession m'avaient forcé à une déclaration dont ils verraient bientôt l'urgente
nécessité; et puisque ma retenue (d'autant qu'eux seuls se rendaient coupables de l'éclat que j'aurais voulu empêcher) et mon zèle pour leur propre satisfaction étaient si mal récompensés, et n'avaient pu me mettre à l'abri d'un traitement aussi injurieux, quoique d'autant moins mérité, que l'état de grossesse était trop bien constaté pour qu'on pût élever aucun doute à ce sujet, mon humeur et ma délicatesse personnelle m'obligaient de me retirer, leur laissant le loisir de penser combien gratuites avaient été tant d'incartades. Aussi pris-je congé, et laissai-je cette famille désolée reprendre à loisir ses sens, ne doutant pas qu'on serait trop heureux de me rappeler aussitôt que le calme aurait succédé à un tel orage, et dès qu'ils auraient eu le temps de raisonner entre eux avec quelque réflexion.
Je ne me trompais pas. Dès le lendemain matin un équipage était à ma porte. À mon arrivée chez le bon gentilhomme, malgré les fu-
reurs de la mère, qu'elle pouvait à peine contenir, plus alors contre sa fille que contre moi, et quoique la jeune personne protestât toujours de son innocence, les affaires se trouvèrent bientôt trop avancées pour qu'il restât le moindre doute sur la justesse de mes indications. En effet, vers les cinq heures de la même aprèsmidi, j'amenai au monde le malin petit témoin, dont l'arrivée était si fatale à la réputation de la jeune fille et si nécessaire à la mienne.
Néanmoins, malgré cette conviction, qui n'était que trop concluante en ma faveur et qui tout en assurant ma propre justification fermait si bien la bouche à la mère, la nouvelle accouchée persistait toujours dans ses premiers dires; et attestant le ciel de son innocence elle continuait à faire les mêmes protestations à tous ceux qui l'approchaient; en sorte que sans Févidence qui résultait de la venue du petit poupon, on aurait eu bien de la peine à ne pas
ajouter foi à des déclarations aussi invariables; mais ce témoin irréprochable démentait tous ces dires et déconcertait avec raison toute cette famille.
La jeune personne relevée et ainsi mon ministère fini, je perdis de vue cette pucelle de nouvelle étoffe ainsi que ses père et mère. Je croyais même n'être plus dans le cas de m'en occuper précisément. Mais un jour j'eus occasion d'aller dans cette maison pour quelque autre objet relatif à mon état; me trouvant seul avec cette jeune personne, elle en profita pour avoir avec moi une explication particulière. Elle ouvrit la conversation en me prenant les mains et les serrant avec transport; son visage s'inonda d'un torrent de larmes, et me répétant avec force les mêmes assurances de sa vertu et de son innocence, elle priait le ciel de l'accabler de ses foudres, si jamais elle s'était prêtée aux approches d'aucun homme et si elle avait le moindre reproche à se faire sur cet
objet, et ne pouvant imaginer comment un pareil fait avait pu lui arriver.
Des protestations aussi soutenues, exprimées avec un si grand air de vérité et accompagnées de larmes aussi touchantes, me causèrent la plus sensible émotion. Hélas! qu'une femme est attendrissante en cet instant ! Cette scène, en un mot, fit en moi, je ne sais comment, une si forte impression que je me trouvai, malgré la conviction de mes sens et les oppositions de ma raison, comme porté à croire ce que cette jeune personne me disait.
Cette conversation me jeta dans la plus profonde rêverie; en vain chercbais-je à me persuader moi-même d'une innocence que tout conspirait à accuser; en vain cherchais-je dans mon esprit quelques moyens de disculper cette jeune personne. Tout s'accordait pour la condamner. Cependant, elle m'était devenue si intéressante, que je me retirai tout pensif, et je rentrai chez moi la tête tout occupée de
cette affaire et réfléchissant à sa nouveauté, mais sans pouvoir trouver aucun moyen de concilier des déclarations aussi singulières avec un fait qui les démentait entièrement.
Enfin, cette belle enfant m'avait, je l'avoue, tellement intéressé, que j'aurai voulu, pour toutes choses, me pouvoir déguiser la vérité des faits et la croire sur sa parole de la vertu la plus intacte. Je fus longtemps dans cette inquiétude et cet embarras ; mais un jour, tenant en main la Religion démontrée de Wollaston 1 , je tombai par hasard sur un passage qui me frappa subitement d'une telle lumière, que je commençai à lever dans mon esprit quelques doutes sur la certitude apparente d'un cas semblable.
* Wollaston (1659-1724), savant et moraliste anglais. L'ouvrage cité ici a été traduit eu français bous le titre de Tableau de la religion naturelle (1726).
Wollaston est l'aïeul du célèbre physicien du même nom auquel, entre autres découvertes, nous devons la chambre claire, une pile électrique, etc.
Ce passage est si intéressant et si concluant que vous me permettrez sans doute, messieurs, de le rapporter ici en son entier, d'autant que je le regarde comme la base et l'appui fondamental de tout mon système.
On trouve effectivement dans la cinquième section de l'incomparable ouvrage de ce grand philosophe, un article remarquable touchant la fameuse et importante question de savoir si les âmes des pères sont transmises par simple émanation dans leurs enfants, ou si elles entrent dans le fœtus d'une manière toute surnaturelle, au moment de leur naissance, sujet comme l'on sait bien digne de toutes les recherches des philosophes; mais par malheur, il sera toujours impossible de résoudre un problème aussi embarrassant et qui ressemble beaucoup à cette autre ancienne et savante question : Quel a été créé le premier de l'œuf ou du poulet 4 ?
4 Au rapport de Censorin, divers anciens philoso-
Voici donc le fameux raisonnement de mon auteur :
« Si la semence dont tous les animaux sont produits, » ce sont les propres termes du grand et savant Wollaston ; « si cette semence est, comme je n'en doute pas, composée d'ani» malcules déjà formés, et qui, distribués dans des endroits convenables, sont pris avec les aliments et peut-être même avec l'air', puis
phes prouvaient l'éternité du monde par ce raisonnement des plus concluants : non potes t omninô reperiri aves ne ante ova, vel ova ante .aves generata sint, cum et ovum sine ave et avis sine ovo gigni nonpossit. Cette intéressante question a été vivement agitée par d'autres anciens philosophes, comme on peut voir dans Macrobe en ses S a t u r n al e s, liv. vn, ch. 16, et dans Plutarque, qui l'appelle : -rocntopovxai -KoXXà nporfiora toiç ÇtjttitixoÎç icapexov 7cpo6Xspa aa pqov, chose douteuse et problème énigmatique, bon seulement à donner à deviner aux curieux. » — Note de Johnson.
* Les homogénistes sont en effet obligés de croire à cette dissémination des animalcules tout formés ou au "moins de leurs germes dans l'air; sans cela il leur serait assez difficile d'expliquer comment, dans cet endroit clos, qui
séparés dans le corps des mâles, par des espè- . ces de couloirs ou vaisseaux sécrétoires propres à chaque espèce, et ensuite logés dans les vaisseaux séminaires, où Us sont dans le cas de recevoir quelques additions et quelque influence particulière, et si, passant de là dans la matrice des femelles, ils y sont nourris plus abondamment et y prennent ainsi une croissance qui devient bientôt beaucoup trop forte pour qu'ils y puissent rester plus longtemps gênés et resserrés; je dis que si c'est là le cas ordinaire de la génération des différents êtres, etc. »
Peu après Woîlaston ajoute: «Je ne puis
reste généralement une quinzaine d'années vide de toua microzoaires, il s'y en trouve tout d'un coup une innombrable quantité. Il est vrai que, même dans l'hypothèse de la panspermie, il reste encore assez de difficultés pour expliquer comment il se fait que c'est à cette époque seulement que les couloirs dont parle Woîlaston sont aptes à conduire les germes dans le lieu qui leur est des* tiné.
ni'empêcher d'en conclure qu'il y a des petits animalcules de toute espèce formés dès le commencement du monde par le Tout-Puissant, pour être la semence de toutes les générations futures; et il est certain que l'analogie de la nature dans d'autres exemples, ainsi que les observations faites à l'aide du microscope favorisent justement et même confirment totalement cette assertion. »
La lecture de ce passage me fit faire les plus sérieuses réflexions sur la grossesse de la fille du gentilhomme, dont je vous ai* tracé l'histoire. Je commençai par me dire à moi-même :
si d'aussi petits embryons, vrais animaux, déjà formés et dispersés çà et là dans la nature, sont dans le cas de passer dans les corps par la bouche avec l'air et les aliments , s'il ne leur faut qu'un réceptacle d'un certain degré de chaleur pour les dilater et les développer jusqu'au point où, devenus trop grands, ils ne puissent plus rester gênés et renfermés plus longtemps,
à peu près de même qu'il en arrive pour les concombres, qui sont forcés de s'entr'ouvrir lorsque les grains qu'ils renferment sont devenus trop forts pour être contenus davantage dans les loges qui leur étaient destinées ; si, enfin, c'est là tout le mystère de la génération (et l'expérience m'a depuis pleinement convaincu qu'il en est ainsi), pourquoi, dis-je, l'embryon humain ne pourrait -il pas être porté par le véhicule de l'air de suite dans la bouche de la femme et s'aller loger dans ses vaisseaux séminaires et dans sa matrice, y éclore -et prendre croissance, aussi bien que lorsqu'il y passe par le concours des organes de l'un et de l'autre sexe ? Pourquoi d'ailleurs ce petit animalcule serait-il indispensablement assujetti à faire un aussi long circuit et auraitil un progrès si tardif, en dépendant nécessairement de la voie usitée et plus connue, tandis qu'il pourrait prendre une voie bien plus courte pour venir au jour?
Quant aux tamis ou couloirs que notre grand philosophe place dans le corps des maies, il faut pardonner cette idée à son défaut de connaissance en anatomie. Aussi le seul doute qui me restât après la lecture de ce sublime passage, fut de savoir si les animalcules étaient réellement portés et comme nageant dans l'air, et s'ils étaient vraiment dans la possibilité de se glisser dans le gosier par la voie de la respiration, comme cet auteur le prétend, car j'étais accoutumé à croire qu'ils étaient tous logés sans exception dans les lombes des mâles. En effet, il paraissait évident que l'hypothèse de Wollaston une fois prouvée, dès lors la conséquence serait incontestable et des plus faciles à tirer.
Ici s'élevait un nouvel ordre de choses dans mon esprit ; nouvelle difficulté qui me paraissait insoluble ; nouvel embarras : tout me devint doutes et ténèbres. Dans le fait, je n'étais " pas absolument sûr de l'existence de ces petits
animalcules;. j'ignorais s'ils étaient réellement répandus dans la nature ou s'il n'en existait point; et quand ils auraient existé, je les supposais trop petits pour pouvoir jamais être découverts à l'œil nu ; et môme dans la supposition qu'ils pourraient être aperçus à l'aide d'un bon microscope, je ne savais pas où trouver ces endroits qui leurs sont convenables, où ils sont comme nageant et flottant, et d'où ils sont dans le cas de passer, avec l'air et les aliments, dans les corps auxquels ils sont homogènes, selon que nous l'assure notre illustre compatriote.
J'étais dans une perplexité si décourageante lorsque, très-près de renoncer à ce nouveau système, le hasard vint encore à mon secours et me tira d'embarras. Le voile tomba tout d'un coup, les ténèbres se dissipèrent, je crus voir un nouveau jour ; en un mot tous mes doutes furent éclaircis à la lecture d'un passage des Oéorgiques, que j'eus le bonheur de me rap~
peler et que je saisis avec avidité. Virgile y dit, avec les grâces ordinaires de sa poésie, que « les juments portent quelquefois la tête au vent, et s'arrêtant sur les montagnes, elles y respirent le zéphyr ou vent du couchant ; d'où il arrive souvent, par un effet qui tient du prodige, que sans s'être accouplées, elles conçoivent par la seule influence de ce vent ; elles courent ensuite à travers les vallons et les montagnes, sans jamais se tourner vers l'orient, mais toujours vers le septentrion ou vers le midi *. »
Or, personne ne doute que Virgile ne fut aussi grand physicien qu'excellent poëte et
4 Ore omnes versœ in zepbirum, stant rupibus altis, Exceptantque levés auras; et sœpe, sine ullia Conjugiis, vento gravide, m ira bile dictu, Saxa per et scopulos et depressas convalles Diffugiunt. (Non, Eure, tuos, neque solis ad ortus), In Boream Caurumque, autun de nigerrimus Auster Nascitur, et pluvio contristat frigore cœlum.
Géorgiq., m, y. 273.
habile écuyer *. Ainsi, me dis -je à moimême, ce n'est pas une idée hasardée de sa part que ce qu'il assure en cet endroit : qu'où a vu plus d'une fois des cavales devenir fécondes sans étalon, et seulement pour s'être tournées vers l'occident et avoir aspiré le vent soufflant de ce côté-là.
D'ailleurs, tous les naturalistes conviennent qu'il y a une analogie parfaite et même une entière conformité dans les procédés de la nature, et surtout dans celui qui tend à la perpétuelle reproduction, au moyen de la génération des différentes espèces d'animaux bipèdes ou quadrupèdes répandus sur la surface de la terre; il me vint donc dans l'esprit que ce que
1 La première traduction dit maréchal. Écuyer est plus poétique, mais D'indiqué peut-être pas aussi bien que maréchal romniscîence accordée, même de dos jours, au poète. Suivant bien des amoureux de l'antiquité, Virgile, comme Homère, a fait, sans s'en douter, non pas des poèmes, mais des encyclopédies. L'éloignement produit de ces mirages.
Virgile avait si clairement expliqué au sujet des juments, d'après sa propre connaissance, pouvait avoir également et par les mêmes voies son application aux femelles de l'espèce humaine.
Ainsi les beaux vers de ce grand poëte me firent faire heureusement deux pas vers ma découverte.
Je devais au grand Wollaston l'idée que les animalcules reproductifs de chaque espèce d'êtres étaient dispersés çà et là dans des endroits à eux convenables, pour être la semence de toutes les générations futures et qu'ils n'attendaient qu'un véhicule qui leur fût assorti, pour aller se loger dans la place à eux destinée chez les femelles à l'effet de s'y développer et d'y prendre leur premier accroissement ;
D'un autre côté, Virgile, s'expliquant bien plus clairement sur ce procédé général delà nature, venait de m'apprendre qu'à sa connaissance diverses juments avaient été fécondées par un vent d'occident. Il était ainsi naturel
que je tirasse de cette instruction la conséquence que le côté d'où souffle le vent d'occident devait être regardé comme un de ces endroits convenables à rassembler ces petits animalcules dont parlait Wollaston et que ce vent d'ouest était d'ailleurs le véhicule propre à charrier ces petits embryons jusque dans le sein des femelles de chaque espèce.
Mais comme je suis bien éloigné de me lier à de simples hypothèses, et que je sais d'ailleurs qu'il ne suffit point de s'appuyer sur de grands noms, surtout dans un siècle aussi éclairé, où la philosophie expérimentale nous a rendus si difficiles qu'aucun fait n'est accepté, s'il n'est rendu sensible et palpable, je me déterminai à chercher des preuves évidentes et bien démonstratives de ce système avant de me hasarder à livrer mes idées au public.
Au reste, je n'ignore pas qu'il y a des gens qui ne doutent de rien, et assez singuliers pour se croire en droit de publier à tort et à travers
toutes les rêveries et tous les mensonges qu'ils se plaisent à forger , et qui en môme temps sont toujours prêts à attaquer avec hardiesse et arrogance ceux qu'ils voient n'être pas leurs dupes, comme ne voulant point ajouter foi à leurs dires. Mais pour moi, qui ne suis animé que par l'amour du vrai et qui ne cherche que l'avantage de mes concitoyens , je me croirais le plus indigne des êtres, si, de plein gré, je tentais de les amuser par des fables et les tromper par des illusions.
D'après ces principes qui ont toujours été mes guides dans toutes les actions de ma vie , je cherchai quels moyens il me serait possible d'employer pour intercepter, recueillir et avoir ainsi en ma possession quelques-uns de ces petits animalcules ballotés dans l'air du côté du couchant.
L'habitude où j'étais d'imaginer de nouvelles machines pour tous les objets de physique par lesquels j'amusais mes loisirs, me fit me livrer
avec ardeur à cette recherche. Après une infinité d'épreuves et de tentatives inutiles, je parvins d'abord à obtenir une sorte de microscope particulier qui me mit à portée de démêler ces petits atomes flottants dans le fluide de l'air; ce qui, comme on peut croire, m'encouraga merveilleusement à la poursuite de mes recherches. Enfin je vins à bout de fabriquer une machine cylindrico-catoptrico-rotundo-concavo-convexe dont je me propose de donner incessamment la figure principale avec tous ses développements, pour la satisfaction des curieux; elle est même déjà dessinée par Heymann et je la ferai graver par Vertue. Cette machine étant hermétiquement scellée par l'un de ses bouts avec une terre sigillée, dûment lutée selon les lois les plus exactes de l'électricité, à la fin je réussis à trouver une position convenable vers l'occident, dans laquelle je plaçai l'embouchure de cette espèce de trappe, de mauière à saisir un certain
nombre de ces petits animalcules nageant pour lors dans cette partie prolifique du ciel.
L'événement répondit à mon attente; et lorsque je fus en possession d'une quantité suffisante de ces germes, originaux d'existence, vrais atomes non encore déployés et les plus petits êtres de la nature , ce fut encore pour moi une opération bien difficile et à laquelle je ne parvins qu'après bien des tentatives infructueuses, que de les pouvoir prendre et fixer devant moi, de manière à pouvoir démêler leurs espèces, n'ayant dessein principal que de m'occuper de ceux spécialement destinés à notre propre reproduction. Enfin, je parvins à faire ce triage; et mettant à part ceux qui me parurent vraiment formés pour ce but particulier de la nature , je les répandis avec le plus grand soin, comme des œufs de vers à soie, sur du papier blanc, sous un bocal du grain le plus fin; précaution d'autant plus nécessaire que le moindre courant d'air pouvait les emporter.
Prenant alors mon meilleur microscope, je distinguai clairement que ces petits animal-» cules étaient de petits êtres humains de l'un et de l'autre sexe , exacts dans tous leurs membres, dans tous leurs traits caractéristiques et dans toutes leurs proportions ; en un mot je les voyais comme des candidats aspirants à la vie et n'attendant pour y arriver que le moment où ils pourraient être suffisamment imbibés d'air et ensuite d'une nourriture à eux convenable, lorsqu'ils auraient passé par les vaisseaux homogènes de la génération.
Après ce premier succès , bien propre comme vous devez le penser à m'encourager à suivre mon entreprise, je continuai de faire nombre d'expériences de toute nature, mais qui seraient trop longues et trop ennuyeuses pour que j'ose vous les détailler. Tout ce qu» je veux vous en dire est qu'elles me coûtèrent une année entière d'un travail d'autant plas pénible qu'il m'y (allait apporter l'attention 1a
plus sérieuse ; mais, à la fin, j'eus l'inexprimable satisfaction d'établir solidement toutes mes idées sur la doctrine des embryons et sur celle de l'air qui les contient et des vents qui en sont le premier véhicule.
Je trouvai donc en résultats, que comme la génération des insectes est pour l'ordinaire amenée par un vent d'Est, les animalcules destinés à la reproduction des êtres humains viennent toujours par un vent opposé, à savoir par celui du couchant ; mais ce que les uns et les autres de ces deux sortes d'essaims ont entre eux de commun, est qu'il paraissent à l'œil nu encore plus petits que des mites, et qu'ils semblent tous uniquement destinés à la même fin d'existence, fruges consumere nati, n'ayant d'autre but que de consumer les fruits de la terre.
Souvent, tandis que j'examinais ces petits atomes avec mon microscope, mes idées s'exaltaient, mon imagination se montait et devenait
toute romanesque. Je me représentais la diversité des états et des conditions par lesquels ces petits embryons pourraient passer lorsqu'il leur arriverait un jour d'être appelés à l'existence humaine, à laquelle ils tendent tous. Ce petit reptile, me flgurais-je, pourra quelque jour devenir un Alexandre; cet autre une Faustine ; celui-ci peut-être un Cicéron, et celui-là un danseur de corde, ou moins encore s'il est possible *. D'autres fois, je me frappais d'admiration en considérant combien de bons citoyens, combien de héros, de législateurs, de monarques même, étaient peut-être en ce moment sur ma feuille de papier, eux dont les grandes âmes dans l'âge futur trouveraient le monde entier un théâtre trop res-
1 Les danseurs de corde ont bien augmenté de valeur depuis Abraham Johnson. Je ne sais si aujourd'hui ils ne sont pas mieux payés que ne le serait un Cicéron, et s'ils ne font pas beaucoup plus de conquêtes qu'un Alexandre.
serré pour leur vaste ambition. Ces idées, trop dans le cas de se confirmer, me rappelaient avec émotion ce fameux sarcasme de Juvenal dont l'application est aussi juste ayant la vie qu'a* près la mort *, et je proférai avec enthousiasme ces excellents vers du merveilleux poëme du docteur Garth 8 , intitulé le Dispensary :
1 Expende Annibalem : quot libras in duce summo Invenies? Hic est quem non capit Africa mauro Perfusa Oceano Niloque admota tepenti!
Juv.,sat. x, y. 147.
Unus Pellseo juveni non suffîcit orbis :
iEstuat infelix angusto limite muodi,
Ut Gyar» clausus scopulis parvaqoe Scripho.
Quum tamen a flgulis munitam intraverit urbem,
Sarcophago contentus erit. Mors sola fatetur
Quantula sint hominum corpuscula....
Juv., sat. x, v. 168.
* Le D r Samuel Garth, médecin, poète, philantrope, né en 1671, mort en 1718. Son poëme, le Dispensary, a été souvent réimprimé. C'est une satire contre les mé* decins et les apothicaires de Londres, qui s'opposaient aux consultations gratuites qu'il avait fondées en faveur des pauvres.
ce Voici donc que la nature me dévoile ces atomes enfantins, brûlant de marcher à la vie! Je ne les vois que comme un misérable point d'entité qui commence à étendre sa forme nouvelle et à devenir homme. A quelle mince origine devons-nous le jeune Ammon, César et le grand Nassau?»
Enfin, Messieurs, pour ne pas abuser plus longtemps de votre patience par une trop ample digression, je reviens directement aux procédés de ma découverte.
Cette dernière expérience, par laquelle j'avais réussi à me rendre maître d'un certain nombre de ces petits animalcules avait bien, il est vrai, confirmé tout mon système ; mais il m'en restait encore une à faire, assurément la plus importante et bien capable, je pense, d'embarrasser un collège entier de médecins, et qui certes aurait mis en défaut tous les consultants de Warwik-Lane.
En effet, les points préliminaires de ma pre-
nrière hypothèse se trouvaient établis à mon entière satisfaction ; mais il me restait encore à faire dans ma découverte deux pas presque d'une aussi grande importance que les premiers, et sans doute encore plus difficiles.
D'abord il me fallait savoir si ces animalcules, dont je pouvais me mettre en possession, pourraient acquérir la maturité nécessaire & leur existence, en passant seulement dans les vaisseaux séminaires et dans la matrice de la femme. Cependant, comme cette première difficulté semblait être levée par l'observation du poète d'Auguste, au sujet des juments, elle ne m'affectait pas essentiellement ; mais il fallait toujours que je m'en assurasse par l'expérience, et que je trouvasse occasion de la faire avec certitude : or, hoc opus, hic labor est.
Il était effectivement très-difficile de savoir au juste quand une femme aurait imbibé toute la semence nécessaire pour qu'un de ces animalcules de notre espèce pût parvenir par les
vaisseaux séminaires jusqu'à la matrice, s'y établir et en quelque sorte y prendre racine, à l'effet de s'y développer, et au bout du terme convenable d'en sortir à ma satisfaction.
Il y avait encore pour le moins autant de difficultés à m'assurer que la femme sur laquelle je ferais mon épreuve, n'eût aucune sorte de commerce avec les hommes, jusqu'à ce que l'expérience eût eu le temps de produire son effet, et que j'eusse pu le constater bien évidemment. Le sexe est si fragile que je ne pouvais ni ne devais me fier à ses promesses.
Ainsi j'avais tout à craindre, si je mettais cette femme dans ma confidence, ce qui d'ailleurs eût été de la plus haute imprudence dans le cas actuel. Il fallait donc que le sujet que j'y emploierais n'en eût aucune connaissance, et aussi que je le préservasse comme malgré lui de la moindre habitude avec quelque être de notre &exe. Jugez quel devait être mon embarras. Si je choisis une femme mariée, me disais-je, que
cTinconyénients de toutes parts. Les difficultés deviennent innombrables. Si je prends une fille dans sa première jeunesse, serai-je plus sûr de sa virginité ? De tout temps cette marchandise a passé pour bien équivoque et bien fragile ; et si je ne me trompe, elle n'a pas beaucoup changé de nature en se rapprochant de notre âge.
Quelquefois il me venait dans l'esprit d'épouser une femme dont je ferais tout le bienêtre, et sur laquelle j'aurais pu m'arroger une autorité absolue, et ainsi la tenir dûment renfermée jusqu'au moment de ses couches.
Mais m'objectais-je ensuite, elle me désespérera quand elle verra que je ne l'ai, épousée que pour faire librement quelque expérience sur elle ; d'ailleurs elle ne cherchera qu'à me contre-carrer, et précisément parce qu'elle aura reconnu qu'il m'importe qu'elle soit comme une vraie recluse, ainsi elle fera tout ce qui sera en elle pour jouir du commerce des
hommes, et quand il serait vrai, que ce serait le plus innocemment du monde, en devrai-je être bien convaincu, et dès lors serai-je assuré de mon expérience?
Je veux même, pour un moment, que cette femme ait assez de complaisance pour se prêter sans murmure au régime de vie qu'il m'est indispensable de lui faire tenir, le lien que j'aurai contracté avec elle est indissoluble. Qui me répondra donc de son attachement pour moi ? Ne se défiera-t-elle pas de la continuation de ma tendresse? Moi-même, puis-je me flatter d'en avoir pour elle quand je serai parvenu à mes fins ? Ainsi je rebutai un projet si hasardé, et après mille incertitudes je me décidai à tout tenter sûr une simple soubrette. La grande difficulté était d'en trouver une qui eût encore la simplicité, et si l'on peut s'exprimer ainsi l'innocence de son premier état: (nos jeunes villageoises, par la fréquentation des militaires, s'é» tant défaites depuis longtemps de cette réserve
et de cette ingénuité qui les rendaient autrefois si estimables) j'eus donc bien de la peine à me décider. Cependant, à la fin, mon choix fait, je fis venir chez moi le sujet, et sous divers prétextes je trouvai moyen de l'y tenir exactement renfermée pendant près d'une an* née. Après un laps de temps aussi long, pendant lequel j'avais tout lieu d'être persuadé qu'elle n'avait pas môme aperçu d'autre homme que moi, je me déterminai à commencer sur elle mon expérience. Dans cette vue je lui persuadai qu'elle était malade ; ce qui ne fut d'autant moins difficile que l'état d'inaction et de clôture où je l'avais réduite, lui avait donné une sorte de mélancolie.
Alors je lus cinq fois de suite mpn Jacob Bœhm d'un bout à l'autre ; puis mêlant quelque* animalcules dans une préparation chimique je la fis prendra à cette fille comme «ne médecine. J'avais déjà eu , comme bien vous pensez, la précaution de renvoyer mon valet
pénétrant que vous... Ainsi j'aime mieux tout vous découvrir sans aucun déguisement...
Vous saurez donc, Monsieur... qu'il y a effectivement environ trois ans, que... à la vérité, Monsieur, je n'ai pas toujours été aussi simple que j'aurais dû l'être. Hélas si j'avais été aussi sage que je le suis depuis ce temps! mais, Monsieur!... mon dernier maître, Monsieur, qui était... un ministre 1 ... que le bon Dieu lai pardonne et à moi aussi!... Je suis bien sûre de m'en être repentie plus de cent fois, et je pense qu'il en a fait de même...» Voilà tout ce que je pus tirer d'elle.
Je me flatte, Messieurs, que vous me pardonnerez de m'ètre arrêté sur des particularités qui paraîtraient peu intéressantes à des jeux moins clairvoyante que les vôtres. Elles sont,il est vrai, au-dessous de la dignité d'un philoflûphe,mais elles m'étaient bien essentieiles.Ea
* Vab. t on prètra*
effet, comme il m'importe absolument, dans une affaire de la conséquence de celle-ci et aussi intéressante pour le genre humain, de faire voir avec quelle précaution et quel scrupule j'ai suivi tous mes procédés, il m'était nécessaire de peindre, la naïveté et la simplicité de cette fille, qui m'étaient un sûr garant et une preuve sans réplique de sa bonne foi. Ceux qui n'écrivent que pour l'amusement de leurs semblables peuvent, à leur gré, choisir et retrancher telles circonstances que bon leur semble, selon qu'elles leur paraissent avantageuses ou inutiles, fondés sur l'exemple d'Homère, qui, selon Horace, abandonne et sacrifie tout ce qu'il ne juge pas pouvoir s'embellir entre ses mains*. Mais nous qui, par état»
sommes nécessairement attachés à la vérité»
Desperat tractata nitescere posée, relinqait : Atqaeita mentitur, tic veris falsa remiscet
Horat., De Arte poet, r. MO.
nous devons écrire comme si elle non* tenait à la chaîne, et comme ses vrais esclaves ; en sorte que nous devons toujours aller notre droit chemin, sans jamais nous détourner de côté ou d'autre pour jouir des différents coups d'oeil qui pourraient nous flatter. Aussi, vous ai-je rapporté ce fait intéressant, précisément tel qu'il s'est passé, sans y avoir rien ajouté et sans en avoir retranché la moindre particularité, sauf que j'ai cru devoir omettre tout ce que le début de cette fille m'avait occasionné de lui dire, et qui me donna d'autant plus d'agrément que j'y trouvais les marques les mieux caractérisées d'une simplicité et d'une bonne foi à toute épreuve ; en sorte que je vis bien que jamais je n'aurais pu trouver un meilleur sujet pour faire avec succès l'essai de ma découverte.
Au surplus, et c'est par où je finirai ce <[ui concerne cette fille, qu'il me suffise de vous dire que je la tranquillisai sur son état, en lui
croire que, par quelque cause parti-* caiîère et inconnue, la nature avait été chez éûe en défaut, oe qui avait occasionné un retard aussi singulier; en*orte qu'elle se retira bien persuadée que sa grossesse actuelle devait remonter jusqu'au temps où elle s'avouait coupable d'nne faiblesse, il -est vrai, passagère, mais qui a 9 en avait pas moins été suivie de l'effet qu'elle était dans le cas de produire.
Pour remettre son esprit dans la plus parfaite tranquillité et lui faciliter de plus en plus une heureuse délivrance, il n'y eut sortes d'attentions et même de complaisances que je ne misse en usage, au point que je parvins à lui faire reppendresa première gaîté, et qu'au boutdesneuf mois à dater de mon essai sur elle, elle mit au monde un gros garçon qui promit bien de vivre, et que j'ai élevé sous mes yeux comme mon propre enfant, malgré les caquets et les calomnies du voisinage ; et je ne doute aucunement qu'avec le temps il ne parvienne au grade ho-
norable de juge ou d'alderman, et peut être à quelque autre dignité plus éminente. En effet, que ne puis-je pas espérer d'un siyet vraiment neuf dans notre espèce, comme n'étant point dans le cas de tenir, en aucune manière, dés' vices et de l'inconduite de ses auteurs?
D'après tout ce que je vous ai expliqué de mes divers procédés, je présume, Messieubs, vous avoir prouvé de la manière la plus incontestable toute l'étendue et la certitude de mon système ; en sorte qu'il vous doit, ainsi qu'à moi, demeurer pour constant qu'une femme est dans le cas de concevoir et de faire des enfants, sans avoir Commerce avec aucun homme.
Le monde a donc été pendant six à sept mille ans dans la plus grande erreur, et probablement il aurait continué d'y demeurer pendant six mille autres années et davantage, si je n'étais pas né tout exprès pour dissiper les préjugés ridicules dans lesquels nous avons tous été élevés, et pour détromper le genre humain sur
un point aussi essentiel et aussi intéressant. En effet, ma découverte n'est-elle pas bien aur dessus de celles d'Isaac Newton et de tous les autres astronomes systématiques? Toutes celles de ce grand lorgneur d'étoiles n'aboutissent qu'à une simple spéculation, au lieu que ma décou? verte est de la pratique la plus assurée, comme en quelque sorte de la plus facile, toutefois, moyennant les sages précautions que je me suis cru obligé de prendre et que j'ai si scrupuleusement indiquées. D'ailleurs, celles de Newton ne sont que des calculs propres à amuser quelques pédants de collège ; mais la mienne intéresse tout le monde en général et est faite pour son bonheur et sa tranquillité. Aussi me proposé-je de publier incessamment un ouvrage étendu, dont l'objet principal sera de démontrer que la manière la plus naturelle, et bien supérieure à celle jusqu'ici en usage pour la reproduction de notre espèce, est, sans contredit, celle que je viens d'expliquer, et, pour
vous en donner dès à présent quelque idée r la démonstration de mon système sera spécialement fondée sur un argument infaillible, auquel je me suis plu & donner la forme syllogi*tique, comme la plus concluante, et en même temps la plus propre à donner des preuves sans réplique de mes talents singuliers et rares en matière de logique; et comme c'est la méthode la plus ordinaire de raisonner du savant Warburton, je suppose d'autant mieux, par cette raison, sa grande habileté dans cette belle partie de la philosophie.
Tel est donc en abrégé mon raisonnement* La nature, disent certains auteurs d'une grande érudition, est une vieille dame des plus ménagères et bonne économe; die se donne le moins de peine qu'il lui eatt possible, et elle est attentive à faire tout avec le moins de dépenses, prenant toujours la voie la plus courte et la plus facile pour parvenir au but qu'elle se propose.
Or, les animalcules peuvent être aussi facilement fécondés et éclore parfaitement en pas* saut uniquement dans la matrice des femelles, qu'en prenant une route bien plus longue par les lombes des mâles»
Oono, celui-là est le vrai chemin pour arriver à la vie, qui est la route la plus courte; donc, la voie que j'ai employée est la meilleure, et préférable à l'ancien usage qu'il serait bon d'abandonner en faveur de notre pratiqua actuelle»
Voyons maintenant où cet argument me oonduit. Il arrive souvent que l'usage et la pratique d'une chose sont bien connus avant que la théorie en soit découverte. Par exemple, les vaisseaux de guerre pouvaient foudroyer des villes avec les bombes, longtemps avant qu'il fut démontré que les projectiles décrivent des lignes paraboliques. Des enfants s'étaient amusé» avec des ombres, bien avant l'invention d* la lanterne magique, et longtemps avant que
quelque grand philosophe se ftt avisé d'expliquer les mystères de cette sorprenante machine. Des écoliers et la plus turbulente jeunesse ont enlevé de tout temps dans les airs et conduit à leur gré des cerfs-volants, bien avant la téméraire invention des Montgolfier et des Blanchard, et aussi bien avant qu'on nous en donne quelque explication satisfaisante, et tendant à faire sentir ses avantages et son utilité , ainsi que de se mettre en garde contre les risques à courir en montant ces machines inconduisibles et toujours en butte au premier courant d'air qui les emporte.
Or, c'est précisément ce qui est arrivé quant à l'objet que je me suis fait un devoir de vous mettre sous les yeux. L'histoire en avait, quoique confusément, donné quelques exemples dispersés çà et là, et fort obscurs. Quelques philosophes de l'antiquité, les plus versés dans les connaissances physiques, avaient effleuré ce même sujet, mais par accident et comme en
passant» sans s'y trop arrêter, et comme s'ils n'avaient fait simplement qu'entrevoir cette grande vérité. Aussi, ai-je lieu de croire que rien ne me peut légitimement empêcher de revendiquer ici le mérite d'être le véritable auteur d'une première découverte et d'une invention originale. En effet, ne serait-il pas bien dur pour moi que des idées informes, semées au hasard dans de vieux auteurs dont à peine sais-je les noms, et qu'assurément je n'avais jamais lus avant d'avoir établi la théorie de mon système, fussent capables de me faire passer pour plagiaire, et ainsi de m'en* lever l'honneur d'une découverte aussi intéressante? En effet, il est, je ne le sais que trop, une classe de lecteurs méchants et mal intentionnés, qui prennent plaisir à publier à qui veut les entendre, que, depuis un certain Orphée, tous les auteurs se sont mutuellement volé leurs ouvrages. Quand cela serait, ce qui ne peut être, quel ne serait donc pas le bon
heur de cet ancien poète qu'on ignore le nom de ses prédécesseurs ! Mais, pour soutenir leur dire injurieux, ces lecteurs inconsidérés ont recours à ce reproche vague et usé, toutes lies fois qu'ils n'ont pas de prise sur un ouvrage, et qu'il ne leur est pas facile de détracter sa doctrine et le mérite de son auteur, et que, néanmoins, ils se sont proposé de le décrier, voulant, à quelque prix que ce soit, que l'auteur porte de leurs marques ; pour lors, ils attaquent de front sa réputation : « Eh bon Dieu ! s'écrient-ils, le grand mal qu'a eu cet auteur à rassembler tous ses matériaux I Le malheureux a tout volé S il n'y a pas seulement une page, une ligne, un mot, une syllabe, une lettre, une virgule, qui lui appartienne en propre; nous sommes en état de vous montrer les livres et l'endroit même où il a pillé toutes ces idées que vous regardez comme miraculeuses»»
Or, pour prévenir une aussi injuste et grar tuite censure, et pour épargner à, certains cri*
tiques la peine de chercher dans les vieux auteurs, (dont les mânes puissent reposer en paix I ) d'où Ton pourrait soupçonner que j'ai pris ce petit traité, je me suis déterminé & produire ici moi-môme le peu de passages que j'ai trouvés par hasard sur cette matière ; et, d'après cette explication» je laisserai décider, à qui le voudra, si c'est à tort que j'ambitionne le titre de seul et unique propriétaire de l'hypothèse singulière que je vous ai détaillée, et, au contraire, si le peu de passages qu'on pourrait trouver dans les auteurs qui ont vécu avant moi, est dans le cas de me faire renoncer à la primauté, ou plutôt & l'exclusif que je réclame. Oalien, dans son célèbre Traité de la rougeole ft , voulant donner à connaître l'origine de cette maladie, avance, comme un sentiment
* Ce passage de Galien ne se trouve pas dans son Traité de la rougeole, comme Johnson le dit ici, mais il se trouve dans son Commentaire mr le* denti do dragon de Cadmns,où U dfcnontre qull
reçu, que lé genre humain en fut infecté par l'entremise d'une femme née sans le concours d'un père. Cependant, à bien prendre, il semble qu'il regarde cette idée comme une fable, qu'il traite même d'erreur ou vision populaire.
Hippocrate veut nous faire entendre très-sérieusement que sa mère selon ce qu'elle avait coutume de lui dire souvent, « n'avait eu aucun commerce charnel avec son père pendant près de deux années avant sa naissance; mais que, se promenant un soir dans son jardin, elle se sentit tout à coup agitée d'une façon surprenante, telle qu'elle ne pouvait elle-même l'expliquer, et que c'était de ce moment qu'elle comptait pour la naissance de son fils * ; que,
n'est point surprenant qu'âne dent jetée en terre puisse produire un homme.— Note de de Sainte -Colombe.
1 C'a été de tout temps le faible des grands hommes d'ambitionner une naissance extraordinaire. L'émule du chantre d'Epicure, ce poète de la Vérité, rival de celui de U Nature (M. le cardinal de Polignac, auteur de l'Ant i-
d'un autre côté, son mari, peu indulgent et se croyant déshonoré, avait obtenu, d'après ce peu d'explications, son divorce avec elle, ce qui la fit tomber, mais bien mal à propos, dans le mépris, et succomber sous les reproches de tous ceux qui la connaissaient. » Quant à moi, j'espère que cet écrit vengera la mémoire de la mère d'Hippocrate de l'injuste infamie où elle a vécu, et que la tradition a pu y attacher pendant tant de siècles.
Si nous remontons aux figes fabuleux du monde, où tout s'embellissait , 'où même chaque chose paraissait comme s'agrandir par les or>, nements de la poésie, nous voyons diverses beautés de l'antiquité s'être trouvées mères par
Lucrèce), n'a pas été exempt de cette maladie. Il racontait souvent, et désirait qu'on le crût sur sa parole, qne, comme un second Romulas, A avait été enlevé de son berceau, peu après sa naissance, et allaité assez longtemps par une bête fauve, jusqu'à ce que mille recherches l'eussent fait retrouver. — Note de de Sainte-Colombe.
des moyens si étranges, que je ne cloute pasqu'elles dussent leur fécondité à ceux que jfr viens de décrire. D'où je me flatte qu'à l'avenir les commentateurs des anciens mythologistes adopteront mon système et se rendront à mes explications. En effet, comment une personne de bon sens pourrait-elle se figurer que Junon devint enceinte en mangeant un morceau de chou que Flore lui avait donné dans les plaines d'Oléine ? En effet, il est bien plus simple d'imaginer que Junon, en cet instant, avait avalé quelques-uns de nos petits animalcules, et que, par une suite nécessaire de cet événement, eHe devint mère de Mars *.
1 Johnson se trompe encore ici. Ce fat Hébé, et non Mars, qui dut sa naissance à des choux ou à des laitues. Junon devint mère de Mars par le seul attouchement d'une fleur que Flore elle-même lui indiqua.
L'endroit des Fastes d'Ovide auquel il fait allusion aurait dû le préserver de cette erreur :
« Protinus hœrentem decerpsi pollice florem : ■ Tangitur; et lacto condpit illasinu;
Gomment encore, sans l'aide de mon système, rendre compte de l'étrange conception de Danaé dans sa prison? Un ancien oracle avait prédit que son père deyait avoir la gorge coupée par son petit~fils. Pour rendre vaine
« Jamque gravis Thracen et laeva Propootidos intrat ; « Fitque potens TOti ; Manque creatus erat. »
Ovide, Fastes, 1. v, v.255.
Johnson aurait pu ajouter bien d'autres accouchements merveilleux qui, sans doute, lui ont échappé.
Vulcain, autre fils de Junon, dut le jour à un coup de vent ; Minerve sortit du cerveau de Jupiter à l'aide d'un coup de hache qu'il se fit donner sur le front ; Bacchus sortit de sa cuisse. Ce dieu affamé avait dévoré Métis» mère de Minerve, et Sémélé, mère de Bacchus. Ixion donna l'origine aux centaures pour avoir prodigué ses caresses à une légion de génies succubes, que les my-» thologistes ont jugé à propos de travestir en nuée. La naissance d'Orion fut accordée aux vœux d'un homme de bien, trop imbu des malheureux principes de l'Hippolytus redivivus. Cet homme, appelé Hiérée, reçut chez lui, le mieux qu'il put, trois dieux qui voyageaient ensemble. Ces dieux, pour récompenser leur hôte, lui firent à frais commun un héritier mâle, et trouvèrent pour cela le secret de se passer de femme : i n pe 1 1 embovinam semen injecerunt. Ce dépôt fut caché pendant neuf mois dans du fumier, et, au bout de ce terme, Orion parut. — Note de de Sainte-Colombe.
cette prédiction, Acrisius enferma sa fille unique dans une tour d'airain, sans portes ni fenêtres et ne prenant jour que par la terrasse. Il était donc impossible que qui ce fût pût approcher de cette tille infortunée. Le vent seul pouvait avoir accès auprès d'elle. Cependant, nonobstant tant de précautions, la belle devint enceinte du grand Persée, qui accomplit l'oracle en mettant Acrisius à mort. Les poètes, à la vérité, nous content sur ce fait une histoire peu vraisemblable, prétendant que Jupiter sut se glisser dans cette tour en forme de pluie d'or qui s'y introduisit par le toit. Or, on sent bien que ce n'est là qu'une fiction poétique in- * ventée après coup, pour rendre raison d'un phénomène embarrassant, au lieu qu'il eût été bien plus simple de recourir, pourcette explication, à notre agent naturel et universel.
L'histoire de Borée, qui enleva une jeune héritière par la fenêtre d'un grenier, et qui lui fit un enfant, comme le décrit Ovide dans ses
Métamorphoses, est plus conforme à notre système et fixe absolument la manière dont cette fille conçut. On sait d'ailleurs que le privilège de la poésie est de personnifier tous les objets. Si donc une belle se trouva enceinte du vent, cet officieux agent méritait bien d'être divinisé '• J'avouerai néanmoins qu'il y a ici, selon les expériences constatées de mon système, sinon une erreur de fût par rapport au vent, du moins une méprise évidente sur sa qualité. Ce qui vient sans doute ou des né* gligenoes échappées aux poètes qui nous ont transmis ce fait important , négligences que Ton a consacrées sous le beau nom de libertés poétiques ; ou, ce qui est encore plus simple, de
* Cest dans ce même sem que l'on doit interpréter c§ qa*Orid# met dan»)* bouche de Flous, pour n«et dit» qu'elle fut ravie par Zéphyr :
«Ver erat, errabam ; Zephirum cbiwpexit; ablbam : t Imequitart fvgto ; ferttor flle frit. *
Ovzsb, Fa st, Ut. v, y. 901«
la faute de la dame même, qui put facilement se tromper touchant le côté du vent en racontant son aventure. En effet, il était naturel que l'agrément qu'elle avait eu lui eût fait tourner la tête, de manière à ne se plus rappeler d'où lui venait le vent.
Au surplus, nos principes bien établis, quand on lit les aventures de quelques nymphes engrossées par des fleuves, par des dragons, par des cygnes, des taureaux, des pluies d'or, on peut en conclure en général que ces faits n'étaient provenus que par le vent, plus ou moins singulièrement personnifié par les poètes, faute d'avoir bien connu les circonstances de chaque événement. Et, en effet, il est naturel de voir que, souvent, dans l'ignorance où étaient ces filles de la véritable cause de leur grossesse, elles en assignaient d'imaginaires, etles poètes, saisissant de leur côté un merveilleux si propre à faire fortune, les ont surchargées de tant d'anecdotes, ou menus de faits également dérai-
sonnables, qu'à la fin on n'a plus regardé de purs effets naturels que comme des fables et des romans.
Si de ces âges allégoriques nous descendons aux siècles suivants, où l'histoire avait pris un style plus simple et un ton plus raisonnable, se contentant de dire la vérité sans détour, nous trouvons encore quelques autorités confirmant notre découverte.
Diodore. de Sicile rapporte* suivant un trèsancien exemplaire de ses ouvrages qui m'a été communiqué. par. le savant et laborieux docteur T..., mon ami, qu'une certaine sorcière d'Egypte, parmi bien d'autres prestiges et opérations prétendues surnaturelles, se donnait pour avoir eu la faculté de devenir enceinte sans, le secours d'aucun homme, et qu'à la faveur de cette prétention, elle voulut se faire passer pour la déesse Isis. Mais, malheureusement pour cette femme, un prêtre de Tbol ou Mercure fut trouvé couché avec elle; d'où le
merveilleux s'évanouit et la sorcière disparut.
Polybe rapporte une histoire qui revient plus directement à notre sujet; mais comme il n'en parle qu'avec la plus grands défiance, je ne veux point m'en prévaloir en faveur de mon système, crainte de donner un air de roman à cet ouvrage 1 .
Enfin je terminerai oetartiolepar un exemple pris dans les historiens romains. C'est Tite- Iive qui me le fournit, concernant une femme que l'on disait être accouchée de deux jumeaux dans une lie déserte où elle avait fait naufrage* et où die n'avait aperçu aucune trace d'homme pendant l'espace de neuf ans avant sa délivrance. Cette histoire bous apprend que cette femme fut conduite à Rome, examinée par ke matrones, et interrogée en plein Sénat Ma»
comme les particularités de cette histoire sont
* Voit Polybe, liv. m, p, 3M : fcopov 81 wXtoç &*xepaivovcaç... Voyant que les Celles mêlaient avec peines, etc.i
trop longues et qu'elles pourraient paraître ennuyeuses à une porticde mes lecteurs, j*aime mieux renvoyer à l'original, livre cinquième de sa raste histoire.
Voilà tout ce que j'ai pu rencontrer dans le cours de mes lectures et ce que j'ai jugé le plus digne d'être rapporté sur mon objet, comme pouvant répandre quelques lumières sur ma découverte et en confirmer d'autant l'hypothèse.
liais ma plus puissante et ma meilleure ressource est l'illustre M. Warburton luimême. C'est à ce grand génie qui décide avec tant de sagacité les vieux problèmes ainsi que les plus modernes controverses, c'est à lui que j'en appelle comme à un juge souverain, loi qui sait si bien jusqu'à quel point les auteurs sont jaloux de faire passer leurs productions pour originales. Je m'en rapporte donc à lui, et je me flatte qu'il décidera sans aucune partialité, nonobstant les citations que j'ai eu
la bonne foi de rapporter, si je ne dois pas être regardé comme le premier auteur de la découverte de ce procédé merveilleux de la nature ; en un mot, si le mérite de cette invention ne m'appartient pas réellement et de plein droit.
C'est avec le plus profond respect que je nomme ici ce grand homme, auquel la nomenclature des historiens britanniques se fait honneur de donner aujourd'hui l'une de ses premières places. Quel service ne me rendrait-il pas, s'il voulait discuter ce sujet dans le premier volume de sa Légation divine, qu'il accordera au juste empressement du public, au cas qu'il daigne enfin obliger ses compatriotes en leur faisant part d'un ouvrage si fort attendu! Si cependant, par la fatalité de mon étoile, il ne lui restait plus de place pour moi, à raison des nombreuses digressions dont son livre sera rempli, (car enfin un volume ne peut pas tout contenir) j'ai la vanité de m'attendra
à une lettre de sa part, par premier courrier, dans laquelle il me remerciera, suivant l'honnêteté de son usage de l'honorable mention que j'ai faite de lui, et pour commencer à lier connaissance entre nous, il me fera quelques compliments sur mes découvertes *.
Mais pour rentrer plus particulièrement dans ion sujet principal, je crois devoir expliquer |i, avant de finir, les grands avantages que ►duira nécessairement la publication de cet |it, et c'est aussi ce qui me doit mettre h m du nom odieux d'homme systématique de faiseur de projets, et placer mon nom tac celui de ces hommes illustres qui ont in- Venté tant d'arts utiles à la vie pour l'agrément et la commodité de leurs concitoyens 1 .
* Warburton était le plus maussade des confrères, le plus acerbe des critiques et le plus hautain des juges* Johnson dut en être pour ses avances. 11 s'y attendait sans doute.
' Inventas aut qui vitam excoluere per artes.
Virg., JBneid., liv. vi, t. 663.
Ce que je ne cite ici que pour avoir une citation de
Bt d'abord, je me flatté d'avoir mérité ht reconnaissance de tout le beau sexe et ainsi d'en recevoir à l'envi les plus vifs remeretmente, comme ayant désabusé le genre humain sur les tomes idées qu'on avait eues, en général, sur la manière prétendue unique dont on imaginait jusqu'ici que les femmes pouvaient devenir enceintes, et pour avoir révélé à toute la terre comment une fille peut se trouver en cet état, sans avoir donné la pins légère atteinte à la pureté de sa vertu. En effet, qui pourrait empêcher dorénavant toute personne du sexe de dire comme Junon : a Pourquoi perdrais-je l'espérance de devenir mère sans mari et d'enfanter chastement sans avoir eu commerce avec aucun homme?»
Au lieu qu'avant cette sublime découverte, lorsque le monde était assez stupide pour supposer la conception une suite nécessaire d'un
plus et faire voir l'étendue et la sagesse de ma mémoire, (Note <ta pranier éditeur.)
commerce charnel, combien de béantes n'ont»
elles pas perdu bien innocemment leur réputation ? Combien d'infortunées victimes immolées à la raillerie, au mépris, an courroux, à la vengeance de leurs parents ou de leurs maris?
Combien d'aimables femmes, pour cette bagatelle, exclues des visites, bannies du jeu, leur si essentielle occupation, et montrées au doigt par des prudes laides, jalouses et ridicules, uniquement à raison "du mince inconvénient d'être devenues enceintes avant le mariage?
Mais cette découverte une foi répandue, (et combien ne sommes-nous pas tous intéressés à en étendre la publication 1) il sera facile à toute jeune et belle fille de perdre ce qu'elle a de plus fragile, et ce semble de plus cher, sans perdre sa réputation et son honneur. Cet événement ne la contraindra plus. Elle continuera à se montrer à son ordinaire dans les promenades et dans les cercles, sans craindre ni calomnies ni reproches, pour avoir joui d'un plai-
sir aussi innocent Aussi, est-ce bien le cas de se récrier avec le poëte romain : « Déjà Final* térable virginité, déjà l'âge heureux de Saturne, reviennent parmi nous; une race nouvelle nous est envoyée du ciel '• »
Un second et non moins grand avantage, qui viendra sans doute bientôt à résulter de ma découverte, est l'entière abolition du mariage, dont chez les peuples les mieux policés tout le monde se plaint depuis si longtemps, comme d'un fardeau insupportable, et comme d'un joug pesant opposé aux goûts variés de nos plaisirs modernes, et qui n'est propre qu'à détruire cette liberté que les gens de condition ont tant de raisons de revendiquer, et qui leur appartient de plein droit. C'est en effet à raison des entraves et des inconvénients si multipliés du mariage, que nous voyons tous
' Jam redit et virgo : redeunt Saturnia régna ; Jam nova progeniea cœlo dimittitur alto.
Virg., Egl. t.
les jours notre première noblesse, les lords et les ladys, se livrer sans aucun frein à la débauche, afficher publiquement la discorde et la désunion qui régnent entre eux, se prostituer mutuellement, faire des divorces déshonorants, employer le fer et le poison, chercher réciproquement à se faire mourir de faim, s'étrangler et mettre en œuvre mille autres sortes de gentillesses de cette nature pour se délivrer de leurs fers et se tirer d'un esclavage plus affreux pour eux que celui de l'Egypte ne Ta été pour le peuple hébreu. Or, moi qui suis l'un des plus sincères admirateurs des grands, qui leur suis entièrement dévoué, qui suis toujours prêt à regarder comme juste et légitime tout ce qui vient de la bouche d'un homme de condition, je me regarde comme très-heureux d'être l'auteur d'un système qui sympathise si naturellement avecleurs désirs. En effet, à l'aide des conséquences de mon nouveau système, ils se verront débarrassés de la plus perni-
dense institution qui se puisse et qui n'est appuyée sur aucune antre autorité que celle des livres saints ; autorité aujourd'hui si surannée et proscrite à bon titre parmi les gens du bon air*.
D'un autre côté, comme je suis sûr que les femmes n'hésiteront point à se prêter à la propagation de notre espèce, suivant la méthode que j'ai tracée, de préférence à l'ancienne, qui sans doute sera bientôt hors de mode, je puis les as* surer qu'elles n'y perdront rien, et que le plaisir qu'elles recevront par la voie que j'indique sera tout aussi grand pour elles qu'il pouvait l'être par le commerce grossier de l'homme. En effet, je prie le beau sexe de remarquer, à l'a» vanee, le goût qu'il a de tout temps fait paraître pour le doux zéphyr. Jusqu'ici, les dames ignoraient la vraie cause de ce singulier attrait,
* On sent assez la sage ironie de cette tirade peur cju'il ne soit pas besoin d'en avertir le lecteur. — Note du premier éditeur.
tout en ressentant les impressions délicieuses de ee vent amoureux; que sera-ce donc lorsqu'elles se livreront à ses influences de plein gré et en toute connaissance de cause?
Mais il est encore un antre avantage bien essentiel, sans doute le plus considérable de tous pour le genre humain; pour le décrire la moins mal possible, il me faut tremper ma plume dans l'encre la plus forte comme la plus précieuse. Il me faut ennoblir mon style et me servir quelques instants du flambeau de Prométhée. Un ordre plus noble et plus relevé de choses vient s'offrir à mes yeux, je vais manier un sujet de toute sublimité I
M^jor rerom enim nasdtarordo, Itajfas opvs mots»-..
H est une contagion plus qu'épidéœique qui, dans ses ravages, a épuisé la spéculation et en* core plus la pratique de tous les empiriques, de toute la médecine et de loua ceux qui, pat
état, se sont le plus empressas de venir au secours du genre humain. Avec le médecin vous l'appelez lues venerea, avec les apothicaires mal vénérien, avec nos dames anglaises le mal français, pox ou tout simplement vérole, avec nos aimables petits-maîtres. Elle est généralement connue sous tous ces noms; mais on lui donne encore une infinité d'autres titres et qualifications subalternes, qui désignent les divers degrés de ce venin destructeur. Il a, comme Alecton, mille noms, mille moyens de nuire.
«.. nomma mille Miire nocendi artes.-.
Les uns nous disent quç Christophe-Colomb l'apporta de son Nouveau-Monde américain dans une boite; ceux qui ne veulent pas aller chercher si loin la source originaire de cette sorte de peste, croient qu'elle appartient à la France, et prétendent qu'elle a été apportée
dans nos trois royaumes avec tons ces colifichets, ces ajustements enfantins et ces modes désastreuses qui nous ont endettés comme nous le sommes, et nous rendent en quelque sorte tributaires de ce pays de luxe et de vaine coquetterie *.
Mais si la véritable origine de ce mal est obscure, ses effets sont trop évidents : que n'aije ici la plume de Fracastor * pour peindre les funestes ravages que cette sorte de peste fait dans le corps humain ! Venez à mon secours, vous tous libertins usés, perdus de débauche, pendant qu'avec l'encre la plus noire j'essaie de peindre les dégâts de cette honorable maladie dont sont morts tant de vos ancêtres, et
1 De Sainte-Colombe discute ces diverses origines dans deux notes assez longues. Nous les supprimons pour ne pas trop arrêter l'esprit de nos lecteurs sur un sujet qui n'est gai que dans Rabelais. Nous nous bornons à constater son opinion sur le rôle de Nessus : Nessus donna la vérole à Déjanire, qui la rendit à Hercule. Cette opinion n'est pas insoutenable.
* On connaît son poème, Syphilis.
dont, par une vanité si bien entendue, vous faites vous-mêmes aujourd'hui parade avec tant d'ostentation dans les tavernes et les cafés, pour le plus grand avantage de la vertu et de la saine morale.
Dites, illustres et perclus débauchés, car vous savez par expérience avec quelle rapidité le fatal poison de cette infâme maladie se répand dans le corps, dites-nous comment il mine les dents, ronge le nez, dévore les chairs, pourrit les os et empoisonne jusqu'à la moelle de l'épine. Instruisez-nous aussi, enfants du plaisir, vous à qui F expérience a sans doute appris comment ce mal se répand de toutes parte par contagion, et comment il opère par communication. Quelques maris le donnent à leurs femmes; plus souvent les femmes en font présent & leurs maris. Dans tous les cas, non-seulement il produit les plus mauvais effets pendant la vie, mais il ne s'éteint pas à la mort des pères. Il revit encore dans leur pos-
térité ; il y prend des forces nouvelles, il descend aux héritiers des grandes maisons par accroissement de succession, et il n'est même que trop souvent le seul héritage d'un sang noble et ancien, mais corrompu et dépravé. De là provient une race énervée, faible dans sa constitution, plus faible eocore d'esprit que dé corps, race efféminée, chétive, difforme, impotente, et qui porte tracée sur sa figure en caractères bien lisibles et ineffaçables l'empreinte des crimes de ses aïeux et l'arrêt irrévocalfle de sa propre condamnation. Ces faibles avortons qu'on renverserait d'un souffle, ont néanmoins la sotte arrogance de marcher tète levée dans le Mail armés d'un fer oisif et virginal, et ils se figurent être des hommes! Hélas I les femmes de chambre de leurs mères feraient des hommes qui leur seraient bien supérieurs. Aussi n'était-ce pas d'une pareille race qu'était sortie cette vaillante jeunesse
qui a teint la mer du sang de nos ennemis *.
En vain, pendant plusieurs siècles, les enfants d'Esculape ont-ils constamment attaqué cette maladie si terrible dans ses effets et si pernicieuse dans ses suites. Mercure * a épuisé sur elle tout son pouvoir. Ses divines influences n'ont pu surmonter celles de ce cruel poison, t^es salivations ont été sans effet, et Ward avec ses fameuses pilules est à Whitehall cloué tristement dans son fauteuil, au désespoir de se trouver lui-même vaincu par ce mal invincible : Infelix Theseus sedet, aeternumque sedebit.
Mais ce que ni les efforts de la médecine, ni les opérations des chirurgiens, ni les dragées,
* Non his juventas orta parentibus Infecit aequor sanguine Gallico,
Horat., liv. ni, ode G.
* Depuis César, les Bretons : • Deum maxime Mer- « curium colunt. n— Cette divinité n'a donc pas perdu de son crédit chez leurs descendants.
ni les bols, ni les pilules des empiriques n'ont pu faire jusqu'à présent, ce que les plus célèbres gradués de nos Facultés n'ont jamais pu obtenir, je le ferai moi seul, d'une manière sûre, aisée, effective, sans contrainte, sans effort (absit sûperbia dicto); on peut m'en croire sur parole. Rien, en effet, de plus facile, au moyen de mes nouvelles expériences, que de chasser pour jamais cette infâme contagion des États de Sa Majesté britannique. Pour peu que tout ce qui porte une figure femelle, car je n'ose pas donner à toutes les personnes de ce sexe le beau nom de femmes, enOn si toutes celles d'entre elles qui sont encore honnêtes, veulent consentir à se priver des caresses infectées des hommes, seulement pendant une année, ce que j'estime être une proposition d'autant plus modeste et plus raisonnable, que je leur offre, en échange de ce qu'elles peuvent perdre par cette privation, un dédommagement dont elles n'auront qu'à se louer, il est certain que
cette infâme peste cessera bientôt parmi nous.
Aussi demandé-je très-humblement et avec toute la soumission possible aux très-honorables lords du Conseil privé et je laisse à leur prudence consommée et à leur jugement à prononcer si ce ne serait pas ici le cas de faire rendre un Édit royal pour défendre tout commerce charnel de l'un à l'autre sexe, dans Tétendue des trois Royaumes pendant le court espace d'une année entière à commencer au premier mai prochain, afin d'arrêter le plus promptement possible les progrès et la simple communication d'une contagion plus fatale que celle qui emporte nos bêtes à cornes et qui mérite également l'interposition de l'autorité suprême.
Quelques-uns de ces censeurs fertiles en objections et déprimant à l'envi tout ce fui n'est pas de leur invention, pourront vous inspirer quelques doutes sur la meilleure constitution de la race future provenant par ma méthode.
lis demanderont si nos enfants deux fois distillés es passant à l'ordinaire par les vaisseaux se* minaires tant de l'homme que de la femme, suivant la voie actuelle de la génération, ne , doivent pas être nécessairement plus forts et plus vigoureux, comme participant des deux sexes, que ne le seront les enfants qui ne seront distillés qu'une seule fois et qui ne prendront leur première nourriture que dans la matrice de la femme dont le tempérament et toute l'habitude du corps ont des caractères de faiblesse si tien reconnus.
Pour démontrer le faux d'un pareil raisonnement, ou plutôt d'un si sot préjugé, il me serait facile de produire nombre d'arguments invincibles tirés des profondeurs de la philosophie ; mais je préfère répondre à cette question par une autre qui fera sentir tout le ridicule de cette objection de nos censeurs désœuvrés.
Je demande donc si la race actuelle des
pères, surtout de ceux d'une condition élevée ou qui ont une fortune assez considérable, en un mot, si la race énervée, dont j'ai, il y a quelques instants, ébauché les premiers traits, est bien en état d'avoir des enfants et de nous donner une postérité plus saine et plus robuste que celle de leurs propres pères ?
Au contraire, qu'on laisse les femmes engendrer d'elles-mêmes. Que le mal contagieux qui abâtardit notre race soit entièrement extirpé d'entre nous, on verra que nous pouvons espérer des descendants sains et vigoureux ; la valeur britannique reprendra son ancien lustre. De nouvelles journées de Crécy, d'Azincourt et de Blenheim viendront encore orner nos annales et le grand Henri ne sera pas le dernier conquérant qu'ait produit l'Angleterre.
Aussi comme je ne doute aucunement que mon système soit reçu avec empressement et que je suis assuré du plus prompt succès, je me propose de demander incessamment un privi-
lége exclusif, pour m'assurer seul les avantages d'une aussi précieuse découverte. Dans cette vue, j'ai même déjà loué une maison vaste et commode en Hay-Market. Là je -me ferai un vrai plaisir de recevoir toute personne du sexe qui sera curieuse d'engendrer seule et ainsi d'avoir des enfants par elle-même sans l'aide d'aucun homme. Pour la commodité du public, et surtout pour favoriser celles de nos dames qui rougiraient de tenter des premières mes expériences, je ne commencerai d'ahord à ouvrir mes séances que depuis sept à huit heures du soir jusque vers les deux heures du matin; et si celles qui me feront l'honneur de me venir trouver veulent se soumettre avec docilité à mes instructions J'assurerai leur grossesse pour le temps qu'elles désireront, en calculant depuis l'heure qu'elles m'auront favorisé de leur confiance.
Que nos femmes daignent donc une bonne fois réfléchir que l'honneur, la gloire et les vrais
intérêts de la Grande Bretagne sont actuellement entre leurs mains. Il ne tient qu'à elles de relever notre ancienne vigueur, et de renouveler et améliorer la race anglaise I Qu'elles se livrent à l'envi à ce grand œuvre, eHes deviendront célèbres dans l'histoire comme les propagatrices du vrai héroïsme et les fondatrices d'un nouveau peuple. Leur mémoire passera à la postérité avec encore plus d'éclat que celle de ces Spartiates et de ces Romaine» dont les faits galants pour l'intérêt de leur pa»trie dans des temps malheureux, ont mérité tant de louanges par les poètes et les historiens.
Cest donc à vous, Messimjrs, que j'ai cm devoir principalement m'adresse* pour donner faveur à ma découverte, en la prenant plus particulièrement sous votre puissante protection. C'est sur l'illustre Société, dont vous êtes membres, que tous les savants ont les yeux ouverts, comme sur de justes appréciateurs do
mérite des inventions vraiment utiles. C'est donc avec confiance que je soumets cet ouvrage à votre sagacité et à vos lumières. Sans doute, il aura l'avantage de vous plaire, tant par son but que par ses conséquences. Je me flatte que vous daignerez le consigner dans vos Registres et l'annoncer au public avec toute la chaleur qui convient aux Promoteurs des Sciences utiles, aux Patrons des Arts et aux Arbitres de la Vérité.
Je suis, avec tout le respect possible, etc.
Messieurs,
Votre très-humble, très-obéissant et dévoué serviteur.
Abraham Johnson.