Hameau, bourg
glaner peut-être quelque chose, et je promets une demipiastre à celui qui m'indiquera une grotte.
À entendre constamment les indigènes parler des esprits bons et mauvais, de l’Asuan ou d'autres, on pourrait se croire dans un pays franchement idolâtre ; il n’en est pourtant rien : ils sont tous catholiques, mais d’un catholicisme relatif, ayant conservé sur les esprits toutes les croyances de leurs ancêtres.
Du reste, tous les curés indiens, à de rares exceptions près, enseignent concurremment les deux religions, et quelques frailes espagnols se disent que cela pourrait bien être vraiet qu'il n’y aurait rien d'étonnant à ce qu'il y eût des esprits et des revenants dans ces contrées, puisqu’en Espagne et en Europe beaucoup de gens sont persuadés qu'il en existe.
Cela dit à la décharge des indigènes, je dois avouer que j'ai souvent envoyé les esprits à tous les diables.
Je visitai donc le 20 mai sept grottes dans lesquelles je ne trouvai que des débris de poteries.
Le 21, nouvelle exploration dans cinq grottes sans plus de résultats. C’est réellement décourageant.
Une seule de ces grottes mérite une description. L'entrée en est située au sommet d’une petite montagne calcaire de 300 mètres d'altitude, et on y accède par un puits peu profond où je fis descendre tout le matériel nécessaire el préparer le déjeuner, car il v avait cinq heures que nous marchions sous un soleil brûlant, et les hommes, fatigués el à jeun, étaient heureux de trouver enfin un peu d'ombre et de fraîcheur.
Pendant que le déjeuner est en train, je pénètre dans h partie éclairée de la grotte; à quelques pas de l'ouverture. je me sens suffoquer ; mais, mettant cette légère indisposition sur le compte de l’ascension que nous venons de faire. je n’y prête aucune attention ; seulement, quand je veux allumer ma lanterne pour aller plus avant, toutes mes allumettes s’éteignent après avoir jeté une lueur faible et terne.
Enfin, me retirant près de l'entrée, j'allume trois bougies et m’avance avec deux hommes dans l’intérieur, mais après
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quelques pas nos lumières se mettent à vaciller, la flamme bleuit, et enfin elles s’éteignent et nous sommes dans l’obscurité.
Je recommençai six fois l'expérience, et je ne pus réussir à conserver la lumière allumée.
Je dus faire une torche avec de l'herbe sèche pour pouvoir aller à une distance de vingt pas ; là, je fus arrêté par un précipice dans lequel je jetai un morceau de ma torche, et il s’éteignit de la même facon que mes bougies dès qu'il fût arrivé au fond.
Il va sans dire que les indigènes m’avaient tous abandonné. Samy seul était resté à mes côtés.
Voyant que je ne pouvais garder de la lumière, je revins à l'entrée avec un fort mal de tête, tandis que Samy se plaignait d'étourdissements, qui du reste se dissipèrent promptement dès que nous fûmes revenus au grand air.
Cette grotte ne doit pas constamment rejeter des vapeurs asphyxiantes, puisque, à quelques pas dans l’intérieur, j'ai lrouvé un nid d’hirondelle, vieux il est vrai, mais qui a été néanmoins construit à une époque où l’air de cette caverne était respirable.
De toutes les grottes que j'ai visitées c’est la seule où j'ai observé pareil phénomène, mais à plusieurs reprises les indigènes m’avaient assuré que les esprits éteignaient leurs torches sans qu'ils sentissent le moindre vent.
N'ayant pas avec moi un appareil qui me permit de prendre des échantillons de gaz, je n’ai pu savoir exactement si j'avais affaire à de l’acide carbonique ou à tout autre gaz incomburant. Toujours est-il que les dires des indigènes et ce qui m'est arrivé ce jour-là me portent à penser qu'il y a là une quantité d’acide carbonique considérable.
Le soir, après plusieurs courses inutiles, je rentrai à Boac. Cette petite ville est toujours en fête. À mon arrivée, je trouvai une invitation à un mariage, faite dans toutes les formes. Le surlendemain, nous allons faire notre visite au futur et porter nos cadeaux à la future, car la coutume veut que chaque invité fasse son cadeau, soit en nature, soit
en argent. Comme il s’agit d’un mariage dans une riche famille, les cadeaux sont tous en nature. Le jour suivant, les parents du marié viennent nous chercher, MM. Bergara, Fochs et moi, musique en tête, pour nous conduire à l'église.
La cérémonie se fait comme partout, si ce n’est qu'au moment de l'élévation la musique joue l'air national espegnol, comme c’était, du reste, spécifié sur les lettres d'invitation. En sortant de l’église, on se réunit pour prendre une légère collation, et, pendant les préparatifs, on se mel à danser.
J'ai déjà expliqué le cérémonial usité dans ces agapes; je dirai simplement que la fête, bal et festin, s’est terminée le lendemain pour ceux qui aiment la danse.
Le 30 mai, visite à des cavernes point trop éloignées de Boac et à une prétendue mine d'or qui est une mine de cuivre. Notre suite est toujours fort nombreuse.
Quatre heures de marche nous conduisent au fond d'un ravin où se trouve la mine, qui, avec quelques bons travaux. serait peut-être productive, mais ici personne n’est assez hardi pour en entreprendre l'exploitation, ni pour avancer le capital nécessaire.
Le 2 juin, nouvelles recherches : il pleut à torrents, el. après plusieurs heures de marche à cheval, nous devons abandonner nos montures, qui n’avancent que difficilement sur un terrain détrempé, glissant. Nous sommes même obligés de quitter nos vêtements trop imbibés et d'aller en caleçon, comme nos Indiens. À midi nous sommes au piel d'une roche madréporique à pic, de 70 mètres de haut, dans les flancs de laquelle sont cinq ou six grottes. Dans les plus basses je trouve un crâne recouvert d’une mice couche de stalagmite et une petite gargoulette cassée.
Nous mettons près d’une heure à faire l’ascension de cette roche, au sommet de laquelle est une voûte élevée qui la traverse entièrement. De là on aperçoit plusieurs couloirs d’un accès difficile. Dans l’un d’eux il y a des débris de cercueils et de tibors.
La descente s'opère sans accident fàcheux.
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À quelques jours de là, je fus plus heureux au voisinage de Gazan.
Sur un petit monticule qui borde le rivage de l’île, des . terrassiers travaillant à la construction d’une nouvelle route avaient trouvé des vases funéraires. Sur une surface de quelques mètres ils découvrirent cinq vases, qu'ils s’empressèrent de briser, toujours dans l’espoir d'y trouver quelque trésor.
Heureusement ils ne songèrent à chercher ni à droite ni à gauche. Lors de ma première fouille, opérée à gauche du chemin, ainsi que je l’ai exposé déjà, je n’avais récolté que deux urnes brisées et des crânes tombant en poussière.
Cette fois, pendant sept jours de suite, les travaux furent exécutés à droite du chemin, du côté de la mer. Les deux premiers jours, pas la plus mince découverte ; le troisième jour, on retrouve la trace d’enfouissements, et deux vases de terre, aux parois extérieures unies comme celles des premières découvertes, et contenant chacun un crâne, un petit tibor et quelques perles.
Le quatrième et le cinquième jour, ayant fait débroussailler du côté de la mer, on met à jour une urne décorée d’un double serpent en relief ou dragon à quatre pattes.
Le sixième jour, je fais arracher quelques petits arbres el je découvre au-dessous des racines une urne contenant deux crânes, dont un d’enfant, quatre anneaux de bronze, une grande quantité de petites perles et deux ornements en or en forme d'étoile.
Le septième jour, mêmes recherches : une autre urne était encastrée entre les racines d’un grand arbre. Pour la retirer, je dus le faire abattre. Sur cette dernière urne même dessin en relief que sur les précédentes. Elle a pris place maintenant au musée de Madrid, ainsi que quelques crânes et des échantillons de l’industrie des populations dont je retrouvais les sépultures. -
Je me suis trouvé exposé dans cette série de recherches à toutes les duperies que les mensonges des naturels pouvaient imaginer ; connaissant leur travers irrésistible et la facilité extrême avec laquelle ils débitent sérieusement leurs
contes, j'ai évité, autant que possible, de tomber souvent dans le piège, mais je n’ai pu toujours éviter les longues courses à la recherche de grottes hypothétiques fermées par l’Asuan avant mon arrivée, et qui n’existaient le plus souvent que dans la cervelle des indigènes.
De plus, si nous touchons les Pastores, l’Asuan fera pleuvoir. Leur ayant fait remarquer que nous n'avons rien touché, je leur annonce cependant, grâce aux indications de mon baromètre, qui n’a cessé de descendre depuis le matin, que nous aurons de la pluie avant quelques heures. Deux heures plus tard, pluie torrentielle pendant une heure environ.
Ainsi le 44 juin, mon ami M. Berdote et moi nous partions pour visiter dans l’est de l’île des grottes où abondaient idoles, ossements, tibors, cercueils, etc. Deux hommes de confiance (il fallait en avoir une fameuse dose pour les croire), envoyés la veille en éclaireurs, confirmaient de la façon la plus péremptoire les renseignements pris antérieurement. Arrivés au lieu dit, plus rien, une grande roche perpendiculaire. M'’être ainsi déplacé pour rien me rend furieux. Je ne pus que traiter ces gens comme ils le méritaient avec un morceau de bejuco ; quelques mots bien sonnants du vocabulaire espagnol auraient été assurément insuffisants.
Le même jour j'eus une nouvelle preuve de leur entélement à mentir et à soutenir une chose qu'ils ont une fois avancée. On m'avait assuré qu'il y avait dans l’île une tourterelle coup de poignard qui, au lieu d’avoir la poitrine gris cendré foncé, était toute blanche.
J'avais promis une piastre à celui qui m'en apporterail une; un de mes porteurs m’annonce au cours de notre excursion qu'un Indien en a une blanche de la même race. mais qu’il en demande deux piastres ; je me fais conduire à la case pour voir l'oiseau. Parvenu là, je fais appeler le possesseur de la tourterelle, et, sur sa réponse affirmative, je lui dis de me la montrer. C’est une tourterelle grise de l'espèce ordinaire de ces régions, et, sûr mon observation. il répond sans s’émouvoir : « Tiens, vous avez raison, elle
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est grise. » Chez ces indigènes, le mensonge est affaire de race.
Revenu à Gazan, je m'occupai du périple de l'ile, que je projetais dès le commencemeni de mon séjour à Marinduque. La barque dont j'avais besoin fut assez vite trouvée
Fétiches trouvés à Pamine-Taan,
et louée ; mais le plus difficile était d'engager neuf hommes d'équipage, patron compris.
Les premiers auxquels je propose la chose trouvent le travail trop dur ; de plus, nous sommes en pleine fête, me répond l'un d’eux, et un Indien ne peut pas ne pas assister à la fête du corpus. Mais il y a un autre motif à cette inertie des naturels. Il y a quelques jours, le curé du village a dit en chaire aux Indiens « qu'ils feraient bien mieux d’aller à confesse que d'aller courir avec l'étranger à la re-
cherche de crânes et de squelettes ». Et ce curé prétend ètre mon ami!!!
Enfin, le 24 juin, grâce à M. Berdote, qui m'accompagne dans cette excursion, nous pouvons partir, mais seulement avec les deux tiers de l'équipage, que nous espérons compléter en route.
Nous contournons l’île par l’est et, avec le calme plat, nous sommes obligés de naviguer à l’aviron.
Nous atterrissons plusieurs fois dans la journée, mais sans rien trouver de convenable; partout des débris de vases funéraires et d’ossements, rien d’entier.
D'après les on-dit, il y avait jadis de nombreux crânes ‘dans les grottes, mais un Indien, possesseur de grands troupeaux, eut l’idée de placer autour de ses prairies des crânes plantés sur des perches, afin d’en éloigner les mauvais esprits, et il dévalisa toutes les sépultures.
Le 25, au matin, nous abordons au Castillo de Figui.
À 1000 mètres du rivage, en défrichant une partie de la côte, on a trouvé enterrés des plats, des vases, etc.
J'ai pu me procurer trois de ces plats; la journée se passe à faire quelques fouilles et à parcourir les environs; on me mène voir la {Vatalum Batu, pierre qui pleure, el les grottes d'Antipolo, où l’on voit los Pastores, petites slatues en bois, sorte de fétiches anciennement très répandus et auxquels on croit encore aujourd’hui.
J'en retrouvai encore deux, mais très mal taillés, ne représentant qu’imparfaitement la forme humaine.
Le 26, nous continuons notre route et nous visitons, toujours sans résultats, les grottes de Manochbæ et de Salombog.
Le 27, après avoir atterri à Balakassa, je pus prendre dix crânes, quelques morceaux de tibor, ainsi qu’un très grand plat, malheureusement cassé, dans la grotte de Lugukan.
Le reste de la journée fut perdu en courses inutiles.
Toutes ces terres, montagnes et grottes, d’origine madréporique, ont le même aspect.
Le 98, nous allons à Toriros.
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Le 30, nous poussons jusqu ‘auprès de Bonleu, à un kilomètre de Pamine-Taan.
Dans mes courses je découvris seul plusieurs grottes et excavations qu'on avait refusé de me faire connaître ; sous le sol, couche épaisse de guano, je découvris des débris de poteries et deux cercueils sculptés : sur le couvercle de l’un d’eux se voit, taillé en plein bois, un iguane à la queue dentelée ; sur l’autre sont représentés deux iguanes se tournant le dos et dont les têtes, dépassant le couvercle, servaient de poignées pour porter le cercueil. Le 3 juillet, nous arrivons, après deux jours et deux nuits de navigation, à la petite île de Moupon, dont les grottes ne renfermaient que des débris peu nombreux ; mais mes chasseurs y trouvèrent des œufs de tabun (Megapodius) de deux grosseurs différentes. |
À 4 heures, nous mettons le cap sur la baie de Santa- Cruz ; un vent furieux nous pousse, et nos marins perdent la tête. Le pilote se place à l’avant pour reconnaitre la passe, car la pluie tombe tellement intense qu'il est impossible de distinguer quoi que ce soit à dix brasses de distance.
Au moment où le timonier demande si nous sommes bien dans le chenal, et que le pilote lui répond affirmativement, nous arrivons à pleines voiles sur un banc de gravier où nous sommes presque à sec, bien heureux de n'être pas coulés sur place.
À 6 heures, notre embarcation peut reprendre la mer, el nous allons débarquer à Santa-Cruz, au milieu des bancs de vase. Le temps devenu de plus en plus mauvais, nous nous attendons à une nortada. Je fais débarquer mes collections pour les envoyer par terre à Boac, où je me rends par la même voie.
Le 4, de retour à mon quartier général, je m'occupai immédiatement à rassembler toutes mes collections, afin de profiter du courrier, qui devait passer d’un jour à l’autre.
Le 5, la nortada se déchaine avec violence; la rivière déborde ; tout ce qui était à la mer est jeté à la côte et brisé.
Le 6, j'appris que mon embarcation, jetée dans un champ
de riz, n'avait subi aucune avarie sérieuse. Mes hommes s'étaient attardés en route pour leurs propres affaires, et, à leur arrivée, ils n’hésitèrent pas à me demander 10 piastres comme payement des hommes et des carabaos nécessaires pour remettre le canot à flot.
Le 12, je pris congé de mes amis de Marinduque et m’embarquai pour Manille, où j’eus la bonne fortune d’apporter mes collections Intactes, et je ne tardai pas à transformer en un ossuaire l'habitation de mon hôte et ami, M. Warlomont.
Je quittais Marinduque avec regret : j'y avais fait de fort belles collections, mais j'y laissais de véritables amis, les trois Espagnols MM. Fochs, Bergara et Berdote. De plus, j'avais trouvé chez les Indiens notables du pays une grande affabilité et un empressement peu usité à me procurer toul ce dont je pouvais avoir besoin; dans cette petite ile, les Indiens d’une certaine caste ont l'éducation plus relevée que la moyenne de la population aux Philippines.