CYCLONES — INNOVATIONS — L'ÎLE PALAOUAN
Un séjour de dix mois en France m'avait permis de refaire ma santé, ébranlée par les rudes épreuves du climat des Philippines. Mais je n'étais pas pour cela resté oisif. Tout en profitant du bien-être que le climat tempéré de la France me donnait, j'avais mis en ordre mes notes et mes collections, j'avais recherché de quel côté devaient se porter mes investigations afin de combler les lacunes de tout ordre.
Je songeai alors à regagner les Philippines, et le 26 novembre 1882 je partais à bord du Myého, transport del’ État, qui me débarquait à Singapore à la fin de décembre.
J'étais de retour à Manille le 14 janvier 1883, après un voyage assez difficile. J'y trouvai la population encore fort émue de l'épidémie cholérique qui venait d’éprouver si cruellement la colonie. L'année 1882 laissera un triste souvenir aux Philippines : outre le choléra, un des plus terribles phénomènes de la nature, qui, à des époques malheureusement trop rapprochées, vient désoler ces régions, un cyclone ou typhon avait fondu le 20 octobre sur l'archipel, ravageant tout sur son passage.
Le 19 octobre 1882, à 3 heures de l'après-midi, le direc-
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teur de l'observatoire de Manille ‘ s’empressait de prévenir la population que vers le sud-est il y avait menace de temporal (ouragan), mais que pour le moment on n'avait rien à craindre à Luçon.
La vitesse de ce météore put être évaluée approximativement à 19 milles à l'heure; cette vitesse n'avait pas été encore observée aux Philippines. Les vieillards eux-mêmes ne se rappellent pas avoir vu un désastre semblable à celui que causa cet ouragan. Destruction presque complète des récoltes, la seule richesse du pays; des milliers de familles et d'ouvriers sans asile et sans travail, ateliers en ruine, telles furent les suites de ce phénomène. Les ravages furent épouvantables. Des villages entiers furent détruits; les habitations construites en planches eurent leurs toits de chaume enlevés en masse. À peine si quelques cases résistèrent. Manille fut particulièrement éprouvée.
À Hermita, un des faubourgs de la capitale, bâti sur les bords de la baie, toutes les constructions légères furent renversées pêle-mêle ; des maisons ne conservèrent que le rezde-chaussée, construit en pierre, et quelques eharpentes ; le reste, avec le mobilier, fut éparpillé par le cyclone. Les réverbères furent presque tous décapités. Les bâtiments couverts en zinc eurent pour la plupart leurs toits plus ou moins endommagés, et on retrouva dans la campagne des feuilles de tôle tordues, roulées en tire-bouchon. Les rues, pendant l'ouragan, étaient impraticables, et de nombreux accidents vinrent rendre plus pénible cette situation malheureuse. Un domestique de M. Villemer, ayant voulu traverser la rue pour aller voir un de ses camarades, eut le bras coupé net par une feuille de zinc enlevée à une toiture. Il fut impossible d’aller chercher un médecin, et le pauvre garçon mourut après avoir perdu tout son sang, faute d'une simple ligature.
1. L'observatoire de Manille est dirigé par le père Faura, qui. aussi bienveillant qu’instruit, a bien voulu me communiquer le résumé de ses travaux. C’est là que j'ai puisé les renseignements relatifs aux phénomènes météorologiques aux Philippines,
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