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INNOVATIONS

Les esprits étaient à peine remis des émotions de cette trisie journée, et chacun travaillait à réparer les dégâts, lorsque, les # et 5 novembre, une nouvelle tempête, moins violente que la précédente, mais pourtant très forte, acheva de détruire ce que la première n'avait fait qu’ébranler.

À peine arrivé, je constate que des innovations très nombreuses et de caractères très divers se sont produites.

La culture du tabac, jusque-là obligatoire pour certaines provinces de Luçon, était libre de toute entrave, ainsi que le commerce de ce produit. Il y aura bien certains droits à payer; mais, pour encourager le développement de cette industrie, devenue publique, le gouvernement a accordé six mois de trafic libre sans aucune espèce d'impôts.

Ce changement donne pour l'instant un grand mouvement à Manille, tout le monde voulant profiter de cette liberté, de ce laisser faire, laisser passer. C’est à qui fabriquera le plus; aussi vous offre-t-on tous les jours des cigares, tous meilleur marché les uns que les autres : seulement, beaucoup sont faits avec de mauvaise paille recouverte de quelques feuilles de tabac.

Outre tout le monde, plusieurs maisons sérieuses, non seulement fabriquent les cigares, mais ont établi de grandes plantations dans l'intérieur. Le principal de ces établissements est, sans contredit, celui de la Compagnie générale des tabacs.

A côté des compagnies espagnoles, il y en a de suisses, de belges et d’allemandes.

Les feuilles de tabac sont aplaties par des hommes et des femmes assis autour de tables basses. Pour amincir les nervures, on se sert de galets plats. Le bruit de toutes ces pierres retombant sans trêve sur les tables forme un roulement qui rend le voisinage de quelques maisons impossible, et ceux qui visitent la fabrique restent assourdis pendant plusieurs heures.

Les Philippines, entrées depuis 1870 dans une période de progrès très marqué, semblent vouloir en accélérer encore la marche, en donnant plus de liberté au commerce, en le dégrevant des charges, des vexations qui en arrêtaient

l'essor, et aussi en essayant de doter le pays de lignes ferrées reliant les plus riches provinces de Luçon à la capitale *.

Jusqu'à présent, bien que l’on ait mis à deux reprises différentes la principale ligne, de Manille à Dagupan, en adjudication, il ne s’est pas présenté de capitalistes acceptant les conditions du cahier des charges; il n'y a encore (1885) qu’une seule ligne de tramways qui dessert l’un des faubourgs de Manille.

Un autre projet d’une grande importance, la création d’un port fermé à Manille, a déjà reçu un commencement d’exécution. Les navires du plus fort tonnage trouveront un abri sûr dans les bassins et pourront s’y réparer, au lieu de retourner à Hong-Kong ou à Singapore, les chantiers les plus rapprochés et bien outillés.

Un autre progrès, dont le besoin se faisait impérieusement sentir, a été la construction d'un châäfeau d’eau qui distribue l’eau potable dans la ville. Cette eau vient d’une petite rivière située à quelques lieues de Manille. Amenée par une machine élévatoire sur une petite montagne dans laquelle on a creusé des réservoirs, l’eau arrive de là à Manille par une canalisation. Cela a permis de faire quelques embellissements ; au bout de la promenade de San- Miguel on a établi un jet d’eau ; des fontaines et des bouches d'incendie sont réparties dans tous les quartiers de la ville et des faubourgs.

Grâce à ces diverses améliorations, Manille, qui progresse de jour en jour, semble appelée à prendre un développement encore plus considérable : un grand mouvement de navires, tant à voiles qu'à vapeur, se fait dans la baie, alors qu’il y a une vingtaine d’années à peine il n’existait qu'un seul vapeur faisant le cabotage des îles.

Parmi les innovations récentes, mais de moindre impor-

4. Le gouvernement des Philippines avait projeté un vaste réseau de chemins de fer qui aurait sillonné l'ile de Luçon du nord au sud. Manille aurait été le point central de tout ce réseau de voies ferrées, divisé en lignes du Nord et du Sud, donnant ensemble un parcours de 1760 kilomètres, 1193 kilomètres pour les lignes du Nord, 567 pour celles du Sud.

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