‹ Lucon et PalaouanChapitre 17 sur 27 · L'ÎLE CUYO · texte numérisé non relu

L'ÎLE CUYO

poing jusqu’à celle d'un gros moellon ; au faîte, deux ou trois bloes de forme cubique dominaient les autres fragments de roche.

La tradition raconte que les anciens habitants, à certaines époques de l’année (probablement celles des récoltes), accomplissaient une sorte de pèlerinage sur cette montagne, et que chacun y apportait une pierre, qu’il déposait près des rochers qui sont au sommet.

Lors de la découverte des Philippines par les Espagnols, l’île de Cuyo, ainsi que les petits archipels voisins, était fréquentée par des Chinois, qui y avaient même des comptoirs pour l'achat de perles, nacre, trépang et nids d’hirondelles, très abondants dans ces régions. Les Indiens, en défrichant autour du mont Aguado, et après de grandes pluies, ont trouvé des ornements en or et de nombreux objets en porcelaine dans le genre de ceux que j'ai découverts dans mes fouilles de Marinduque; toutefois je n'ai pu me procurer, et encore grâce à mon ami Ascanio, qu’un seul petit tibor. Ces objets avaient sans aucun doute la même provenance. Quant aux bijoux en or, il m'a été impossible d’en trouver un seul exemplaire, tout ayant été fondu pour refaire des bijoux à la mode du jour en cette île.

Le lendemain de mon ascension, pris de violentes douleurs dans l'estomac et dans les reins, je dus garder le lit. Le 26, me sentant un peu mieux, je me rendis à la pressante invitation de don Pedro Martines, qui voulut à tout prix me donner l'hospitalité et me soigner chez lui. Grâce aux soins dont je fus entouré par lui et par son aimable famille, grâce aussi à mon ami don Antonio Jimenez Baena, médecin de la ville, je fus bientôt sur pied et en état de reprendre le cours de mes recherches.

Don Pedro Martines, ex-capitame de frégate, s’est établi à Cuyo; il y vit avec sa retraite. Il s’est construit une habitation fort confortable, luxueuse même, et s'occupe d'essais d'agriculture, que malheureusement il n'a pu mener à bien, faute de bras pour travailler. I] s’est heurté au grand obstacle qui attend presque tous les créateurs de plantations dans les régions tropicales, la paresse des indigènes, plus pénible

encore que l'absence des ouvriers. Il avait d’abord essayé de la culture du cacao, puis de celle du tabac, et nul doute que le succès eût couronné ses efforts s’il avait pu maintenir auprès de lui un noyau suffisant de travailleurs.

La ville de Cuyo, située sur la côte ouest de l’île, est bâtie sur le bord de la mer; elle possède plusieurs rues, bordées de maisons en bois et d’autres simplement en bambous et en paille. Elle est proprette, mais ne diffère en rien des autres localités des colonies philippiniennes. Cette ville est le cheflieu de la province de Calamianes, qui comprend, outre le groupe des îles Cuyos, celui de Calamianes, les îles Augutaia et Dumaran et le nord de l’île Palaouan.

L'ile a pour gouverneur le capitaine d'infanterie don Ramon Gonzales Pachero; il y a de plus un juge chargé de tout ce qui a trait à la justice, et, comme agent des finances, un promotor fiscal. Un seul médecin est chargé du service de toute la province, mais il est plus juste de dire de celui de l’île Cuyo, car, à de rares exceptions près, il ne peut aller dans les autres îles et dans le nord de Palaouan.

La force militaire est composée d’Indiens formant un corps appelé tercios civiles de policia, remplacé maintenant presque partout par la guardia civil.

Le sol de l’île Cuyo est presque entièrement cultivé: mais] les récoltes y sont peu abondantes, en raison de la mauvaise qualité de la terre, qui aurait besoin d’engrais, que personne ne songe à lui donner. On y trouve de nombreux bestiaux et des poules, qui forment le principal ou mieux l’unique article de commerce, que l’on exporte dans toute la province et même jusqu’à l’île de Balabac, à l’extrémité sud de Palaouan ; la faune et la flore de l'île Cuyo sont très pauvres.

La ville de Cuyo possède un fort. C’est un grand carré, flanqué de tours aux quatre angles; au haut des tours et sur le faîte du mur se trouvent des pièces de canon hors de service; un seul de ces canons, en bronze et relativement moderne, sert à tirer des salves les jours de fête ; le reste de cette artillerie hors d'usage est en fer.

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