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CHAPITRE PREMIER SINGAPORE ET POULO-PENANG

J'avais formé le projet depuis longtemps déjà, avant mes explorations en Afrique avec le marquis de Compiègne et de Brazza, de faire connaissance avec le bel archipel des Philippines. Dès 1869, je prenais la route de ces régions, mais, avant d'y arriver, je m'arrêtai quelques mois dans la presqu'ile de Malacca. Là vint me surprendre la nouvelle de nos premiers revers, en septembre 1870.

Je décidai aussitôt mon départ, voulant prendre ma part des luttes de la patrie. Après la guerre franco-allemande, je repris mes projets de voyage, mais les circonstances ne me permettant pas de reprendre la route des Philippines, ” j'allai faire connaissance avec l'Afrique équatoriale.

Je me sentais donc heureux, le 20 juillet 1879, quand je mis le pied sur le Tonquin, transport de l’État, qui allait me débarquer à Singapore, en route pour ces mêmes Philippines.

Je partais chargé d’une mission scientifique par le Ministre de l'instruction publique. Ce n’est pas une sinécure

qu’une mission scientifique dans un pays neuf. Bien que depuis l'occupation de cet archipel par les Espagnols on se soit plus ou moins occupé de ce qu'il renferme au point de vue scientifique, il est encore neuf, mal connu, et je sais qu'après mon passage je laisserai beaucoup à récolter. Je dois m'occuper de tout : ethnographie, histoire naturelle, mensurations anthropologiques, recherche de crânes, de squelettes, d’urnes, vases, bijoux funéraires, de spécimens d'animaux, de plantes. Je dois être un véritable connaisseur pour bien collectionner, mais j'ai foi en l'avenir et je n'épargnerai pas mes peines pour réussir. J'ai d’ailleurs déjà pris quelques leçons en Afrique, je les mettrai à profit.

L'Afrique occidentale m'avait singulièrement fatigué ; de ma première expédition de découverte sur l’'Ogôwé, avec le marquis de Compiègne, mon ami toujours regretté, de mon second voyage sur ce fleuve en compagnie de Savorgnan de Brazza, j'avais rapporté de petites misères et ma santé n’était point en parfait équilibre. J'espérais me refaire dans le bon air des Philippines.

En 1869, j'avais voyagé sur la Creuse, un des bateaux de la ligne de Chine, un vieux transport suant la fièvre et la dysenterie, dont l'aménagement laissait fort à désirer ; une véritable baille à braie, comme l’appelait son commandant, M. le capitaine de frégate Lacombe, aujourd'hui officier général; pendant ma traversée de retour, en 4870, alors que j'allais prendre rang dans l’armée de la Loire, nous jetämes à la mer, de Saïgon à Toulon, quarante-cinq morts, pas un de moins.

Quelle différence avec le Zonguin, et seulement dix ans après, sur cette même ligne de France en Cochinchine!

Le Tonquin, un des nouveaux transports-hôpitaux faisant le service entre Toulon et l’Indo-Chine française, est admirablement construit, tant au point de vue de la vitesse qu’à celui du confortable à bord. L'hôpital est vaste et très bien aéré ; des manches à vent font circuler l'air jusqu’au fond des cales, et bien que l’on soit presque toujours obligé le fermer les sabords de la batterie basse, on y respire

rement, dans une température supportable.

Aussi ne perdimes-nous qu'un seul homme, lors de ma traversée de retour sur ce même Z'onquin en 1882, — merveilleuse amélioration, qui tient aussi à d’autres causes, notamment à l'assainissement graduel de la Cochinchine, à la moindre durée du voyage (vingt-huit à trente jours au lieu de quarante à quarante-cinq), et à l’embarquement des hommes pour la France avant épuisement complet ; auparavant, on ne rapatriait les malheureux malades, marins et soldats, que lorsque leur état de maladie était arrivé à la période la plus critique, quand il leur restait à peine le souffle.

Partis le 20 juillet de Toulon, nous naviguons à partir du 2 août dans la mer Rouge, accablés par une température de 36 degrés, sous une atmosphère affreusement lourde. Nous étions tous plus ou moins malades, et cependant peu d’entre nous en étaient à leur première traversée.

Le 5, vers quatre heures du soir, je vois passer l’aumônier du bord, M. l'abbé Boirain : il peut à peine se traîner; je l'engage à prendre de l'exercice. « Impossible, me dit-il, je ne puis plus respirer; je vais dans la cabine du lieutenant voir si j y trouverai un peu d'air. »

A la prière du soir, pas d’aumônier. On le cherche, il est sur son lit, agonisant, et dix minutes après, mort : mort asphyxié, comme disent les hommes de l’art; d’un coup de chaleur, comme disent les marins.

Or cet abbé n'était pas un efféminé, un douillet, mais, tout au contraire, un vaillant. Il avait suivi partout ses marins pendant la campagne de France ; deux fois 1l avait été blessé sur le champ de bataille, où 1l consolait les écloppés, les mourants, et, malgré ses blessures, 1l n'avait pas voulu quitter l’armée. La guerre finie, il avait repris, justement décoré, son service de paix.

Deux heures après l’aumônier, mourait aussi de manque d’air un de nos passagers, un médecin ; et le lendemain le « coup de chaleur » faisait une troisième victime, la dernière heureusement, car nous sortions de l’étuve, pour aller mouiller en grande rade d’Aden, par une rafraichissante brise du sud-ouest.

L'état général de tous les passagers serait devenu fort mauvais et le nombre des morts aurait rapidement augmenté si une petite pluie bienfaisante et la brise n'étaient venues à point rafraichir l'atmosphère.

À Aden, on était joyeux, les morts étaient déjà oubliés, on pensait à l'avenir. Après l'arrêt habituel dans la rade, on se remet en route.

Le 10 août, à 8 h. 40 du soir, par 13° de latit. N. et par 51° 18’ de long. E., nous tombons dans la mer de lait.

La mer de lait, c'est comme un brasillement des flots : des milliards de milliards d’animalcules phosphorescents brillent quand la lune est voilée ou lorsqu'il n’y a pas de lune. On croirait naviguer sur une onde embrasée, l'effet est étrange, on ne se lasse pas de regarder.

Au-devant du navire la mer se dresse à pic, en une muraille blanche pareille à un talus de neige qu'éclaireraient les rayons lunaires ; puis, quand on est au centre du phénomène, si vive est la lumière qu’on n’aperçoit plus le vaisseau ; on ne voit plus que le ciel noir, avec ses étoiles, et la mer phosphorescente, et la trainée lumineuse sur le sillage du navire.

Quand on entre dans la mer de lait, il semble pendant quelques instants qu'on navigue sur une moitié de vaisseau, car l'avant est dans la lumière et l'arrière dans l’ombre ; quand on en sort, l'avant est dans l'ombre, l'arrière dans la lumière, sur le sillage étincelant, et l’on dirait que le navire va s’engloutir dans un vide obscur.

Le silence à bord du navire et la nuit rendent ce spectacle plus imposant, on se croit sur un gouffre de feu.

Vers dix heures, nous avons franchi la mer de lait, et, au lever de la lune, nous ne voyons plus que les flots calmes et le ciel pur éclairant notre route de ses plus belles constellations.

Le 23 août, nous arrivons à Singapore, que je me garderai bien de décrire, car on l’a trop décrit : là je quittai le Zonquin.

L'île de Singapore, placée au sud de la presqu'ile de Malacca, était couverte de vastes forêts quand les Anglais s’y

établirent. Depuis lors, les cultures l'ont transformée ; plusieurs routes la traversent, et on peut la parcourir facilement dans toute son étendue.

Le port, parfaitement abrité par de petits îlots qui forment une belle rade, est un des plus sûrs de ces parages

La mer de lait,

et le point central du commerce de l'Orient avec l'Europe ; Chine, Japon, Cuchinchine, îles malaises, etc., tout converge là ; les courriers de toutes les lignes s’y arrêtent, les charbonniers de l'Australie ou d'Europe suffisent à peine à fournir le charbon nécessaire à tous les vapeurs qui s'y arrêtent.

La ville comprend deux ou trois grandes artères et une quantité de rues étroites où se tiennent les commerçants, Chinois, Sinmois, Indiens et Malais.

L'aspect en est curieux, pas très propre, et on y respire toutes les odeurs possibles, surtout celle des cuisines chinoises en plein vent qui empestent l'air.

À Singapore il y a des églises catholiques et protestantes, des temples de tous les cultes possibles; on n’y compte pas moins de trente monuments élevés à autant de divinités différentes, et tous sont placés sous la férule anglaise.

Parmi les désagréments de la position de Singapore, il faut tenir compte du voisinage de la presqu'île de Malacca.

Parfois un tigre traverse le détroit qui sépare l’île du continent ; l’animal signalé, on organise aussitôt une chasse ” avec battue, et il succombe presque toujours; cependant il lui arrive de regagner le continent, non sans avoir toutefois commis des déprédations plus ou moins importantes en bestiaux et en hommes.

Le nombre des individus dont on attribue la mort au tigre est toujours assez élevé; mais, d’après la police, les trois quarts de ces malheureuses victimes ont été simplement assassinées. Le tigre, qu'il soit tué ou qu'il s'échappe, est le bouc émissaire. La police retrouve habituellement les véritables coupables, et le plus souvent c’est un Malais ou un Chinois qui a fait le coup. Pour donner le change et laisser croire que le fauve est l’auteur de la mort, on fait, à l’aide d’un couteau, sur le corps de la victime, toute une série de blessures imitant les coups de griffe.

Nous avons vu pareil procédé usité au Gabon.

La police découvrit un jour dans les environs de la ville le cadavre d’un malheureux ayant pour tout costume un vieux pantalon, et, au dire des indigènes, il avait été tué par un tigre. L'enquête révéla que la veille au soir le mort avait été vu vêtu d’un pantalon neuf en compagnie de son beau-frère. On arrêta ce dernier et sa femme, et une perquisition à leur domicile amena la découverte du pantalon neuf taché de sang. Pressée de questions, la femme avoua que son mari avait assassiné son frère, mais que, pour ne pas laisser perdre le pantalon neuf de ce dernier, le meurtrier lui en avait mis un vieux hors d'usage.

On pourrait citer des centaines de faits analogues, tous mis à la charge du tigre.

De Singapore à Poulo-Penang, deux jours de mer ! ; le 30 août 1879 je débarquai dans cette île.

L'ile de Penang avait été donnée au capitaine Light par le rajah de Kedah en 1766 comme prix du concours qu'il lui avait donné pendant une guerre que ledit rajah avait à soutenir contre le roi de Siam, son suzerain.

A ce présent royal le rajah aurait ajouté celui d’une de ses filles.

Le capitaine offrit à la Compagnie des Indes cette nouvelle possession, qui fut agréée avec bonheur, sans même examiner au préalable si le chef de Kedah était propriéaire de l’île et pouvait en disposer.

On apprit par la suite, si toutefois on ne le savait pas d'abord, que l'ile et Kedah lui-même dépendaient du roi de Siam; mails, comme cette nouvelle possession était d’un grand intérêt pour la Compagnie des Indes, on passa outre, endormant par des lenteurs diplomatiques les Siamois et les gens de Kedah. Des traités habiles laissèrent assez de vague pour que la Compagnie des Indes pût être libre de faire ce qu’elle voudrait avec des apparences de droit très faibles, sans doute, mais suffisantes quand on a la force.

D'après une autre version qui paraît faite pour les besoins de la cause, le rajah de Kedah lui-même offrit spontanément au gouvernement de l'Inde de lui céder l'ile de Penang et le capitaine Light fut simplement chargé d'aller examiner l'affaire.

« Mais, comme le dit parfaitement un critique anglais, euton excusé le capitaine Light d’avoir cru trop facilement aux prétentions d'indépendance du rajah de Kedah et de ne pas avoir examiné d’une manière suffisante si elles étaient fondées? Le fait est que ses rapports portèrent le gouvernement à croire pour un temps que le rajah de Kedah ne

1. On doit se garder de dire Pile de Poulo-Penang. C’est une tautologie : Poulo, mot malais, veut justement dire fle.

dépendait d'aucun souverain, ou du moins qu'il pouvait céder une partie de son territoire.

‘ « On ne peut s'empêcher de remarquer que le gouvernement des Indes, en employant le capitaine Light pour négocier ce traité, plaçait les desseins diplomatiques de ce dernier en opposition directe avec ses intérêts commer- Claux.

« L'occupation de Penang était pour ce gentleman, comme pour tous les autres commerçants, un point de la plus haute importance, et peut-être eût-ce été trop attendre, de quelqu'un placé dans de telles circonstances, qu'il employât son pouvoir à désapprouver les assertions du rajah, ou à en examiner la solidité qui pouvait tourner contre ses intérêts. »

Pour nous, nous sommes porté à croire que le gouvernement des Indes connaissait parfaitement la situation de ce pays, mais il se garda hien d'approfondir toutes les causes qui pouvaient s'opposer à l'occupation de Penang. Aussi bien à cette époque, comme maintenant, les Anglais savent parfaitement profiter de toutes les circonstances, bonnes ou mauvaises, pour agrandir leur territoire colonial, et en cela, malgré les moyens employés, nous ne saurions les blâmer.

Peu de temps après, le roi de Siam protesta bien contre l'occupation de Poulo-Pénang, mais le gouvernement des Indes n'en tint aucun compte et traita avec le rajah de Kedah.

« Sans doute, le rajah de Kedah, dit le même critique, essaya de stipuler que protection lui serait donnée en cas de guerre contre son suzerain, en retour de la cession de l'ile de Penang; mais le capitaine Light, tout en laissant croire au rajah que les choses étaient ainsi comprises, se garda bien de stipuler cette clause dans le traité. »

Le rajah signa avec les Anglais deux traités, mais aucun des deux n’était offensif ou défensif; du reste, ces faits ne sont pas très bien expliqués dans les archives du gouvernement de l’Inde.

Ni promesses, ni intimidations n’ont été nécessaires pour obtenir la cession de Poulo-Penang. Le rajah lui-même

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le poulo-peneng.

pressait les négociations, paraissant fermement convaincu que, parvenu à conclure un traité d’alliance offensive et défensive avec les Anglais, tous les avantages seraient favorables uniquement à sa cause. C'était envisager la question plus au point de vue pratique que spéculatif, et, dans des circonstances plus favorables pour lui, tout ce qu'il espérait aurait pu facilement se réaliser.

Le traité accepté et signé par le rajah lui laissait croire tout ce qu'il désira, et de plus lui allouait une rente annuelle de 10 000 piastres (50 000 francs), et c’est probablement cette dernière clause qui le décida à l’accepter.

La prise de possession de Penang par le capitaine Light eut lieu le 17 juillet 1766. Il débarqua à la pointe Parroga, où se trouvent actuellement le fort Cornwallis et la ville. On nettoya un coin de forêt, on éleva un mât de pavillon, et le 41 août on hissa les couleurs anglaises comme prise de possession de l’île au nom de Sa Majesté Britannique et pour l'usage de la Compagnie des Indes.

Le malheureux rajah ne tarda pas à s’apercevoir jusqu'à quel point il pouvait compter sur ses astucieux alliés.

On trouve cependant dans les archives du gouvernement un ordre du 22 janvier 1791, défendant au « superintendent (gouverneur) de Penang » de s’immiscer dans les disputes des first natives (principaux indigènes). Mais entre l'intervention directe dans les affaires du pays et l’action indirecte, souterraine, 1l y a de la distance : on respecte la première, issue d’une convention, pour abuser de la seconde et se faire imposer la première.

L'île de Penang, faite de montagnes basses (jusqu’à 600 mètres et plus), est séparée de la presqu'île de Malacca par un détroit de peu de largeur. Ses deux principaux avantages sont un climat suffisamment sain, et un port assez sûr pouvant abriter cinquante à soixante grands navires.

On y cultive le riz, la canne à sucre, le cocotier, le poivrier, le muscadier, le giroflier. Je dirai même qu'on cultive trop, puisque les Anglais ont dû interdire aux Chinois le déboisement du faite des montagnes ; partout ces « Jaunes »

industrieux abattaient les bois pour se faire des jardins. Pas de recoin perdu, si petit soit-il, pas de mauvaise roche, pourvu qu’elle ait un peu d’humus, où l’on ne fasse venir quelques légumes.

Au point de vue commercial, Penang est un port franc comme Singapore ; mais, par sa position, ce dernier a attiré à lui tout le commerce de ces régions.

L'ile a pour habitants des Malais, des Siamois, des gens venus de l'Inde (Tamils de Dekkan) et surtout des Chinois, race ici fort envahissante. La plupart sont amenés comme travailleurs à gages et, durant deux ou trois ans, ils travaillent sans solde assurée, pour parfaire le prix de leur transport et de la commission que touchent ceux qui les engagent en Chine. Après ce temps, ils sont libres.

Is travaillent alors pendant deux ou trois ans afin de réunir un petit pécule. Puis ils s’établissent à leur compte et, aussitôt qu'ils le peuvent, ils achètent un petit terrain ou commencent un petit commerce.

Ils s'associent et font alors le négoce sur une plus grande échelle que ne pourrait le faire un seul. Grâce à cette solidarité, presque tout le commerce est passé entre les nains des fils du Céleste Empire. Partis de rien, ils arrivent à tout : à eux les plus belles maisons, les plus beaux domaines, les plus flambants équipages.

Les Chinois riches habitent dans la banlieue de belles et luxueuses villas, semblables à celles des Européens et environnées de beaux jardins, entretenus à grands frais.

Les Pères des Missions étrangères possèdent à Penang un vaste séminaire où ils instruisent des Siamois, des Chinois, des Japonais. J'eus le bonheur de retrouver là un ami, le père Mazeri, qui demeure tout près du séminaire à Poulo- Tikus : 1l m'avait offert l'hospitalité en 1869, il me l’offrit encore en 1879, et me soigna quand j'eus un « retour d'Afrique occidentale », autrement dit quand je fus cloué sur place par une attaque de mes vieilles et méchantes fièvres de l’Ogôwé.

C'est lui qui, apprenant la nouvelle de la guerre franco-prussienne, m’expédia immédiatement un courrier,

Cataracte dans l'ile de Penang.

qui vint me chercher dans l'intérieur de la presqu'ile et qui facilita mon retour à Singapore, pour rentrer en France.

Je lui renouvelle ici toute ma gratitude pour les bons soins qu’il m'a prodigués et pour sa constante amitié.

- Rencontrer le père Mazeri dès mon arrivée à Penang fut aussi pour moi une bonne fortune.

Quelques mois auparavant, deux Français, de passage, se livrèrent à toutes sortes d’excès, malgré tous les égards que l’on put avoir pour eux. L'un d’eux, porteur de lettres de recommandation probablement fausses, après avoir été choyé un peu partout, n'avait pas craint de faire des emprunts forcés à tous ses hôtes. Les Européens étaient devenus très froids vis-à-vis des voyageurs et, en particulier, vis-à-vis de nos compatriotes.

Grâce au père Mazeri, je fus cordialement accueilli par les Européens de Penang, lesquels n’habitent point la ville, mais la campagne voisine, dans des villas en bordure des routes qui mènent à l’intérieur. Leurs maisons sont charmantes, entourées qu'elles sont par de vastes jardins, où arrive à profusion l’eau douce, amenée de la cataracte par des conduits en fer.

La ville proprement dite renferme des rues larges, bordées d’édifices à un seul étage, parmi lesquels on remarque les quelques maisons de commerce appartenant à des Européens ; le reste est dirigé par des Chinois et des Malais ; ces derniers établissements sont d’une propreté plus que douteuse.

À Penang, pas de beaux édifices, un marché, des églises catholiques, protestantes, grecques, arméniennes, des temples bouddhistes et des mosquées.

La cataracte est la grande curiosité du pays et mérite d’être visitée; elle tombe d'environ 150 pieds de haut entre deux montagnes, sur des rochers où $es eaux se brisent et rejaillissent en flots d’écume. Au bas de la chute se trouve une petite bâtisse carrée où des individus appartenant à une secte hindoue viennent faire leurs ablutions avant de commencer leurs cérémonies religieuses. Près de

cet endroit se trouve la prise d'eau qui arrose et dessert la ville.

Bien que mon séjour fût contrarié par les fièvres d'Afrique, je n’en parcourus pas moins Poulo-Penang dans tous les sens, mais sans grand succès pour mes collections.

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