CHAPITRE XV
De retour à Palaouan, je repris l'exploration de la baie de Puerto-Princesa et des rivières qui viennent y déboucher, décidé à aller ensuite chez les Tagbanuas pour étudier leurs mœurs et leurs coutumes.
La baie de Puerto-Princesa, située sur la côte est de Palaouan, est profonde, dirigée du sud au nord, et ses bords sont découpés par des baies secondaires au fond desquelles viennent déboucher de nombreux cours d’eau. Puerto-Princesa est construit sur une langue de terre qui abrite la baie des vents de l’est. L'entrée de la baie est marquée par deux promontoires, la pointe Bancao-Bancao au nord et la pointe Banagtavan au sud. À marée basse, une partie du fond vaseux de la baie découvre sur la côte ouest. Parmi les nombreux rios qui se déversent dans la baie de Puerto- Princesa, nous ne signalerons que les principaux, le rio Caramuran tout au nord, le rio Panacan au nord-ouest, les rios Yguahit et Binuan à l'ouest.
Deux ou trois petites îles à noter, l’ile Caña au fond de
la baie et l’île del Rio à l'embouchure de l’Yguahit. . De la ville on aperçoit diverses chaînes de montagnes : vers le nord-ouest, les monts Pulgar (1208 mètres) et Beaufort (1121 mètres) ; vers le sud-ouest, la Cordillera de la Aldea et celle des tres Picos.
Le 8 avril, à 5 heures du matin, je partais pour le haut
de la rivière Yguahit, où j'espérais trouver un ou deux villages indigènes.
La rivière Yguahit se jette dans la baie directement à l'ouest du Pueblo, capitale de l’île; sa direction générale est ouest; elle n'est navigable que sur un parcours de 3 milles et demi à peine.
Les indigènes l’appellent la grande rivière; son eau est douce jusqu’à un mille de l'embouchure. Pendant l’espace d’un mille environ, elle coule à travers les palétuviers et les pandanus, puis les rives s'élèvent régulièrement et sont entièrement boisées.
Le terrain forme une plaine accidentée jusqu’au pied des monts Pulgar et Beaufort. Le sol, argileux et ferrugineux, est peu cultivé par les indigènes.
À 8 heures du matin, je m'arrêtais à la case du chef taghanua; elle est perchée sur la berge de la rivière à 3 mètres au-dessus de l’eau et près du confluent du premier affluent de gauche de l'Yguahit. En suivant cet affluent pendant environ 800 mètres, j'arrivai à la case de Torrés, Tagal qui exploite cette région et chez lequel je m'installat pour quelques jours.
Les cases des Tagbanuas, construites sur pilotis, comme toutes les cases indigènes des Philippines, sont petites el mal bâties ; les indigènes y couchent entassés les uns sur les autres, pêle-mêle avec leurs chiens et même des pores.
Les pilotis qui les supportent sont faits de forts madriers formés d'un arbre plus ou moins gros, suivant la grandeur de la maison, et plantés debout à des distances variant de 2 à 4 mètres. Ici, ces poteaux sont nombreux, mais tous très minces, sauf ceux placés aux quatre angles de la case. Dans le cas actuel, ils n’atteignent pas la grosseur du poignet; la case est toujours pourvue d’un toit, et parfois de murs faits de feuilles d'arbre, mais il y a rarement une porte ; d’autres fois, l'habitation se compose d’un simple plancher sur pilotis, à peine abrité par quelques branchages.
On m'a parlé de grands villages, dans le sud de l’île, où les habitations seraient mieux faites, mais je n'ai pu parvenir jusque-là. Partout où j'allais, je devais voir beaucoup d'ha-
bitants, de nombreuses populations ; une fois sur les lieux, je ne trouvais que quelques abris et peu d'individus.
Les Tagbanuas ou, comme ils l’écrivent, les Tabanuas, sont petits, et, bien qu'ils paraissent présenter le type malais, il y a lieu de les regarder comme des métis de Malais et de Negritos, de même que les autres populations métisses de l’archipel.
Malgré leurs répugnances et la crainte qu'ils éprouvaient à la vue de mes instruments, j'ai pu prendre quelques mensurations anthropologiques sur seize individus, dont quatre femmes : une de ces dernières, quoi qu’en dise sa mère, est une métisse chinoise, d’après ses yeux relevés en haut et en dehors.
Les Tagbanuas ont une religion, et leurs dieux ou esprits sont au nombre de quatre. Le premier, le dieu d’en haut, du ciel, s'appelle Magnisda ou Nagabcaban ; celui de la mer a nom Poco et parait être le bon génie : il est invoqué dans les maladies; celui de la terre est Sedumunadoc, que l’on prie pour les récoltes, et le quatrième, qui réside dans les entrailles de la terre, est désigné sous le nom de Zabiacoud.
Les Tagbanuas ont deux espèces de prêtres : les uns, qui président aux fêtes et pontifient, sont les sacrificateurs ; les autres sont rebouteux et soignent les malades. Nous v reviendrons.
Les sacrificateurs, que l’on appelle quelquefois, mais. improprement, divata, sont les véritables prêtres. Tous les ans, lorsque la récolte du riz est achevée, les Tagbanuas célèbrent une grande fête. À l'appel du sacrificateur, tous les fidèles se hâtent de se réunir sur la plage, apportant des victuailles de toutes sortes. Tout le monde étant réuni, le prêtre prend les poules et les coqs apportés pour la circonstance, et, les attachant par les pattes à des branches d'arbre , il les tue à coups de bâton, mais il n’en peut donner qu’un à chaque animal; celui qui échappe au coup qui lui est destiné est aussitôt reläché et mis en liberté; le dieu Poco le prend sous sa protection, et personne ne peut désormais le tuer ; ceux qui succombent au premier coup sont assaisonnés, cuits et mangés.
Toutes les victimes étant tuées et le repas préparé, on consomme les vivres, on se livre à la danse et on facilite la digestion à l’aide de fréquentes rasades d’eau-de-vie de riz de fabrication indigène.
Vers minuit, au moment où l'étoile Zuntala (probablement la planète Jupiter) passe au méridien, le prêtre entre dans la mer jusqu’à mi-corps, tout en dansant et en poussant devant lui un radeau sur lequel sont placées les offrandes au dieu Poco.
Le radeau, fait en bambou, a environ 4 mètre 50 centimètres de côté et porte, dans des soucoupes ou sur des feuilles de bananier servant au même usage, du riz, du poisson, des poulets cuits, divers plats doux au miel, au coco el au riz. On joint à tout cela quatre petits poulets vivants de quatre ou cinq jours.
Le radeau est lancé à la merci des flots, et on attend avec une vive anxiété ce qui va advenir, car, si l’offrande esl ramenée par la mer ou par le vent sur la plage, c’est un mauvais signe, el le peuple est plongé dans la consternation et le désespoir; Poco refuse les offrandes et va châtier ses adorateurs. Mais si le radeau disparait, entrainé par les flots, tous se livrent à la joie ; l’année sera heureuse.
Les Tagbanuas ont encore des fêtes de commande, données par des gens assez riches pour offrir un grand festin. Celui qui donne la fête fait venir le prêtre; la fête commence à la nouvelle lune et se continue jusqu’au dernier jour de sa révolution mensuelle.
Le prêtre vient toutes les nuits chanter et danser ; mais le festin, le nœud de la fête, le great. attraction, n'a lieu que lorsque la lune est à son dernier jour.
La fête alors est complète : on mange, on boit à satiété jusqu’à ce que l'ivresse soit générale et qu'elle n’épargne ni les hôtes ni les invités. L’eau-de-vie de riz agit sur toutes les têtes.
Pour fabriquer leur eau-de-vie de riz, les imdigènes font fermenter du riz dans un grand vase en terre, puis ils se contentent d'ajouter de l’eau jusqu’à ce que la fermentation ne se produise plus.
Prêtre tagbanua faisant des offrandes à Poco.
Quand une femme grosse reconnait que la délivrance est proche, elle descend de sa case, et si la case est sur pilotis assez élevés, ce qui est fréquent, elle s’installe au-dessous avec son mari, qui servira d’accoucheur.
Toutefois, lorsque l'accouchement ne se termine pas spontanément ou quil se prolonge, on appelle à l'aide un voisin, rarement une voisine, à moins que ce soit une femme vieille, et, dans ee cas, on s’adresse toujours à une prêtresse. Au dire des naturels, tous les hommes sont plus ou moins accoucheurs.
Quand l’accouchement est terminé, la mère prend l’enfant, le porte à la rivière prochaine, et, après avoir lavé le nouveau-né, elle fait sa propre toilette. Alors seulement elle peut rentrer dans la case.
Lorsque l'enfant est arrivé à l’âge de un ou deux ans, s’il paraît bien portant et qu'on juge qu'il vivra, on lui donne un nom ; mais, s’il semble avoir une mauvaise santé, les mdigènes disent qu'il est inutile de lui en donner un.
Les Tagbanuas sont mariés très jeunes, vers huit à neuf ans. Le futur doit payer au père de la jeune vierge une valeur de 10 à 50 et mème 100 francs.
À Burlan, village tagbanua, les cérémonies du mariage ont lieu de la manière suivante. Les deux fiancés sont assis au milieu de la case ; le divata, ou prêtre, s'approche d’eux, une main remplie d’huile de coco, et, marmottant des paroles inintelligibles pour les individus présents, 1l prend de cette huile avec un doigt et trace une raie sur le bras de l'homme depuis l'extrémité de l’index jusqu'à l'épaule, puis, passant à la femme, il trace une ligne analogue en la prolongeant jusqu'au sein.
Les Tagbanuas peuvent avoir plusieurs femmes, mais les riches seuls profitent de la permission ; on m'a cité un indigène qui en possède quatre. Lorsqu'il y a plusieurs femmes, tantôt elles vivent séparées dans de petites cases, tantôt dans les chambres de la maison du mari.
Les disputes sont fréquentes entre ces dames, surtout lorsque les cadeaux faits par le mari à chacune d'elles ne sont pas exactement de même valeur,
Le mari habite pendant un certain nombre de jours avec l'une de ses femmes et doit consacrer un temps égal à ses autres épouses.
Celle qui a l'honneur de recevoir son seigneur et maître lui doit la nourriture et de bons soins pendant toute la durée de son séjour.
La durée du veuvage, pour l'homme comme pour la femme, est de trois années, pendant lesquelles ils ne peuvent se remarier ; Mais, en payant une dispense au prêtre ou à la famille du conjoint décédé, le survivant peut convoler de nouveau. Si la femme qui meurt appartient à un homme avant plusieurs épouses et que celui-ci reprenne une nouvelle femme avant les trois années révolues, c’est aux anciennes qu'il payera la dispense. Le prix de eette dispense est le même que celui que l'époux a donné au moment de son mariage avec la femme qu'il vient de perdre.
Lorsque les maladies se prolongent, les Tagbanuas font venir le prêtre, qui, suivant les cas, est mâle ou femelle. Quand ce rebouteux s’est renseigné sur le siège de la douleur qui affecte le malade, il le frictionne à sec avec la main, tourne trois fois autour du patient, en dansant, en appelant le divato (esprit), qui vient alors dans le corps du docteur sorcier et lui donne ainsi le pouvoir de guérir. Alors commence la cure.
Le sorcier jette d’abord par la fenêtre une poignée de riz et une poignée de perles en verre aux esprits (signe de richesse). Pour terminer la consultation, il prend une poule par les pattes et la sacrifie en la tuant d’un seul coup de bâton. Si elle meurt du premier coup, on la jette, car elle doit être chargée de tous les maux du patient; si elle ne meurt pas, elle est libre pour le reste de ses jours : présage funeste, car le divato a refusé le sacrifice et le malade doit mourir.
Les morts sont ensevelis dans un cercueil taillé dans un tronc d'arbre et fermé hermétiquement. On porte ce cercueil dans l’intérieur de la forêt et on le place sur les branches d’un arbre. Quelquefois on construit un toit en chaume au-dessus, et on l’abandonne ainsi. Avec le mort on ense-
velit ses armes, ses ustensiles et ses ornements les plus précieux.
Les Tagbanuas sont une population misérable ; ceux de l’intérieur sont peu ou point vêtus.
Les femmes ont des anneaux de cuivre et de rotin tressé aux poignets; la coiffure est dépourvue d’ornements; les femmes et quelques hommes qui ont de longs cheveux les attachent par derrière en forme de nœud.
Ils mâchent le bétel, sont généralement très sales et couverts de maladies cutanées.
La couleur de leur peau n’est pas très foncée ; leurs cheveux sont noirs, droits, lisses et très abondants. Les adultes sont très légèrement velus, la barbe est rare aux lèvres et au menton; ceux de race très pure ont les deux mâchoires très prognathes.
Le nez est souvent marqué seulement par ses lobules, qui s’élargissent et se gonflent.
Ils n’ont pour armes que quelques lances, l’arc et les flèches ; quelques-uns se servent de sarbacanes pour tuer de petits animaux.
Les Tagbanuas ont une écriture qui diffère de l’écriture malaise, mais se rapproche beaucoup de celle des Javanais de Pasangan. |
Ils écrivent de bas en haut à partir de la droite.
Je n'ai pu recueillir que quinze signes formant l'alphabet et ceux qui représentent les nombres. L’individu qui m'a donné ces renseignements et qui a tracé ces caractères n’a jamais voulu écrire le nom du chef, parce qu’il est son beaupère.
De même qu’à Balabac, deux ou trois de ceux que j'ai interrogés ont refusé de dire eux-mêmes leur nom. C'était un de leurs compagnons qui me le faisait connaître. Toutefois ce sont là des exceptions !.
1. Nous avons remis à M. Alphonse Pinart, très versé dans les questions de linguistique, les documents que nous avons pu recueillir au cours de nos explorations chez les Tagbanuas. Après un examen des plus sérieux, M. Alphonse Pinart nous a
Profitant de mon séjour dans l’intérieur, je continual d'augmenter mes collections; mes hommes me rappor-
communiqué dans la lettre suivante les résultats de ses études :
« Paris, le 22 novembre 1885, « Mon cher Marche,
« J'ai examiné avec grand intérêt l'alphabet tagbanua el les quelques mots de cette langue que vous m’avez fait l’amitié de me remettre : ces documents, malheureusement trop courts, ont un caractère scientifique exceptionnel, en ce qu'ils permettent d’élucider une question laissée jusqu’à présent en suspens, à savoir si les anciens habitants des Philippines écrivaient de haut en bas, de bas en haut, de gauche à droite, en lignes parallèles, etc. Nous allons à cet effet, si vous le voulez bien, passer en revue très brièvement les opinions des auteurs qui se sont occupés de la question, et je citerai presque mot à mot les paroles de mon excellent ami H. S. Pardo de Tavera (Contribucion para ilestudio de los antigquos alfabetos filipinos, Lorana, 1884).
« Sinibaldo de Mas (Informe sobre las islas Filipinas, Madrid, 4843, tome II, p. 26) écrit : « Le père J. de San-Antonio dit qu'ils écrivaient comme les Chinois, de haut en bas ». Le père Martin Zuïñiga ainsi que Le Gentil et d’autres écrivains ont répété les mêmes paroles. Le père J. de San Antonio (Cronica de la provincia de San Agustin a Sampaloc, 1131-44, tome I, p. 144) dit en effet : « Leur manière d'écrire propre était de haut en bas, en formant des lignes parallèles commencant à main gauche et continuant vers la droite ». Le Gentil (Voyages dans l'océan Indien, Paris, 1181, tome I, page 64) répète la même chose; mais Sinibaldo de Mas fait erreur en prêtant les mêmes paroles au père Martin Zuñiga (Historia de las ilas Filipinas, Sampaloc, 1803, p. 81), qui écrit que les habitants des Philippines avaient la même manière d’écrire que les Arabes, c’est-à-dire de droite à gauche.
« Le père F. Colin (Labor evangelica, ministerios apostolicos de los observos de la Campanñia de Jesus, Madrid, 1663, p. 54)attribue aux Taygals la manière d'écrire de bas en haut, la première colonne à la gauche et suivant ainsi vers la droite. Melchisédec Thévenot (Relation de divers voyages, Paris, 1696), donnant le témoignage d’un religieux qui, suivant P. de Tavera (loc. cit., p. 8), doit être le père P. Chirino, indique qu'ils écrivaient de haut en bas et ajoute plus loin qu'ils apprirent plus tard des Espagnols à écrire de gauche à droite. Ceci diffère des paroles du père P. Chirino, qui dit dans un important ouvrage (Relacion de las Ilas Filipinas y de la que in ellas han habajado los P. P. de la Campañia de Jesus, Roma, 1604, p. 41) : « Ils ont pris de nous la manière d'écrire les signes de gauche à
tèrent quelques spécimens intéressants, entre autres un superbe oiseau, le Polyplection emphanes ou Napoleonis Less, un éperonmier.
Le mâle de cette espèce a le plumage du paon; mais,
droite, mais auparavant leur manière d'écrire était de haut en bas, la première colonne à gauche (si je me rappelle exactement, dit-il) continuant vers la droite. »
« Le père Domingo Esguerva (Carta de la lengua Bisaya de la provincia de Leyte et Manila, 1141, p. 1) nous apprend que les Bisayas avaient l'habitude autrefois (et encore beaucoup aujourd’hui) d'écrire de bas en haut, plaçant la première colonne à main gauche.
« Voilà quelles sont les opinions des différents auteurs, et vous comprendrez combien les documents que vous m'avez fournis sont intéressants, puisqu'ils nous font connaître que les Tagbanuas, bien que depuis longtemps sous la domination espagnole, ont conservé leur manière d’écrire antique, et que cette manière d'écrire est de bas en haut en commencant à main droite et continuant en colonnes parallèles vers la. gauche. |
« L’alphabet ne contient que 15 lettres, se rapprochant en cela aux alphabets ilocano et pampango, et il lui manque le VV = pa et le CL/2 = ha des alphabets tagaloc et bisaya. Vous employez cependant le p dans les transcriptions que vous me donnez : ne serait-ce donc pas là un oubli de votre informant? Les voyelles employées en combinaison s’indiqueut au moyen de points-voyelles, à l’exception de l'a, qui, s’il n’est pas prononcé séparément, est inhérent aux consonnes.
Seul, a s'écrit : J = À; dj = li; O = bi; u (ou),
employé seul, est représenté par W ; combiné avec une
consonne, il s'écrit (c), ainsi @) = Ou; S = lu. Les sons e et 2: se confondent, ainsi que x et a.
« La lecture des textes écrits dans ces caractères est très
pénible, aucune des consonnes usitées n’y étant indiquée, non plus que la plupart des voyelles suivant une autre voyelle.
€ Ainsi WW = loueta, terre, s'écrit simplement luéa; x = aldao,
sS
soleil, s'écrit ada; X — makaïum, manger, s'écrit makau ;
comme il n'est pas plus gros qu'un petit faisan, je le trouve cent fois plus joli. Son corps est presque entièrement d’un vert métallique ; sur la queue, il a deux rangées d’'yeux, comme le paon; sa tête est verte et tachée de blanc; il est armé pour sa défense d’un double éperon : de là son nom. La femelle, plus petite de taille, est grise, tirant parfois sur le marron.
J'ai cherché à conserver vivant un aussi joli animal; mais, comme le chevrotin, il se tue en cherchant à fuir.
Pendant très longtemps les ornithologistes n’ont eu à leur disposition, pour étudier cette espèce d’éperonnier, que deux spécimens, dont l’un faisait partie de la collection da maréchal Masséna, et l’autre de celle du Muséum d’histoire naturelle. On considérait ces oiseaux comme originaires de l'ile de Bornéo ; mais les recherches de M. Everett et les miennes ont démontré qu’en réalité le Polyplection
7 « KL e A1 = inum, boire, inu; O = tagbanua, nom de la langue, | d
s'écrit fabanu, et ainsi de suite. La personne qui lit un texte se trouve donc obligée de tâtonner afin de trouver le son exact qui lui est donné par la signification de la phrase : il n’est donc pas étonnant qu’en raison de cette difficulté les habitants des Philippines aient presque partout remplacé leur alphabet national par l’alphabet lalin.
« Quant à la langue tagbanua, d’après les quelques mots que vous m'en donnez, elle paraît très voisine du bisaya. — Je donne ici comme comparaison les noms de nombre en tagbanua et en bisaya :
TAGBANUA BISAYA TAGBANUA BISAYA
1 usa usa 6 unome unum
2 dua dua 7 petou pit
3 toulo totlé 8 ualo ualo
À oucpol upat 9 siam siam
9 lina lima 10 isampoulo na polo.
« Agréez, mon cher Marche, l’assurance de mes sentiments bien amicaux.