‹ Lucon et PalaouanChapitre 24 sur 27 · LS EE P\Y GE · texte numérisé non relu

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LA BAIE D'ULUGAN — LES ÎLES CALAMIANES 359

Ils tissent eux-mêmes leurs vêtements, soit avec l’abaca, soit avec du coton qu'ils achètent au dehors.

Leur industrie principale est la pêche du balete (trepang) et de petites crevettes minuscules, qu'ils font sécher au soleil et qu’ils vendent ensuite aux Indiens et aux Chinois, qui en font leur régal.

De temps à autre, poussés par la faim, ils vont s'engager comme travailleurs; mais, après deux ou trois jours, s’étant bien restaurés, ils converüssent en riz l'argent qu'ils ont . gagné et retournent dans leur ile.

Leur type, assez régulier, diffère de celui des Tagbanuas des Calamianes : ils semblent s’être conservés assez purs. Quoiqu'appartenant à l'archipel de Cuyo, ils parlent la langue des Tagbanuas des Calamianes.

Le 28, je pouvais enfin observer de près cinq Tagbanuas de Busuanga, dont une femme ; malgré tous les efforts de mon hôte, il avait été impossible jusque-là de les décider à venir ; ils avaient tous très peur, et, quand je les mesurai, leur frayeur augmenta encore beaucoup. Ils sont absolument semblables à ceux des autres parties de l'archipel.

Les accouchements sont faits par des matrones ; le cinquième jour seulement, la mère et l'enfant sont lavés avec une décoction d'huile appelée calibon. L'enfant est emmaillotté jusqu'au vint-cinquième jour, et on ne lui donne un nom que quand il est en état d'y répondre.

Pour le mariage, les vieux parents règlent d’abord les choses entre eux; puis les fiancés sont autorisés à se fréquenter, afin d’être certains de se convenir mutuellement. Au jour fixé pour la cérémonie, le futur époux est accompagné par ses invités jusqu'à la case de la future ; là, on entre en pourparlers avec les représentants de cette dernière, jusqu’à ce qu'ils accordent la permission d’entrer dans la case.

Les représentants des futurs s’assoient au milieu de la chambre et discutent avec ceux de la jeune fille sur le nombre de cothons, poules, marmites, vêtements, etc., que doit donner le futur aux parents de la jeune fille ; chaque parti a apporté à cet effet de petits morceaux de bambou qui servent à noter les objets demandés et accordés. Ajouter

ou retrancher un morceau de bambou, c’est-à-dire donner ou refuser tel ou tel objet, exige de longues discussions, chacune des parties, dans cette occasion, ayant beaucoup plus de souci de faire ressortir ses talents diplomatiques que de prendre les intérêts de celui ou de celle qu’il représente. Lorsqu'enfin on est tombé d'accord, les fiancés passent dans une autre salle ou dans un coin à l'abri des regards indiscrets, et, se mettant dos à dos, se frottent les épaules l’une contre l’autre ; puisils rentrent, et le mariage est conclu.

Quant aux morts, ils sont enlevés de la case et enterrés avec leurs armes el tout ce qui leur a appartenu. Le mode de sépulture varie ; quelques-uns, les catholicisés, enterrent réellement leurs morts, mais le plus grand nombre est resté fidèle à l’ancienne coutume que l’on retrouve chez tous les groupes tagbanuas, coutume qui consiste à suspendre ou à déposer les morts sur des branches d’arbre, Dans ce cas, quand le cadavre et ses supports sont tombés en pourriture, on rassemble les ossements et ce qui. a appartenu au défunt, et on dépose le tout dans une grotte ; quelquefois les ossements sont renfermés soit dans un petit cercueil, soit dans un tibor. Le Tagbanua, avant de mourir, dit comment il veut être enterré, en quel lieu il veut reposer. Toujours, et en dépit de tous les obstacles, la volonté du mort est exécutée, tant les vivants ont peur que le défunt ne se venge s’il n’était pas donné satisfaction à ses moindres désirs.

Une veuve ne sort de chez elle que sept ou huit jours après le décès de son mari et à une heure où elle ne peut rencontrer personne, Car l'individu ainsi rencontré serait certain de mourir prématurément. Afin de conjurer le sort et de ne pas causet la mort des gens qui se trouveraient par hasard sur son themin, la veuve, aussitôt sortie de chez elle, va donner un coup de pied à un arbre, qui, telle est la croyance générale, meurt au bout de peu de temps.

De leur religion je n’ai rien pu savoir, si ce n’est qu'ils sont fétichistes et qu’ils ont grand'peur des esprits et surtout de Manaloc. Ceux qui se sont faits chrétiens amalgament les croyances des deux religions ; du reste, cela est presque général aux Philippines.

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Le 20 août 1884, je pus enfin, profitant d’une éclaircie, tenter une expédition au nord de l’île Busuanga : à 6 heures du matin, je partis pour visiter d’abord l'ile de Penon, dans un bon canot que je devais à l’obligeance de mon hôte. À 8 h. 30, je mouillais au village de Coron, maintenant situé sur la côte est de l’ile.

Après avoir pris un guide pour doubler le cap qui se trouve au sud-est du village, j'allai visiter une source d’eau chaude qui sort au bas d’un gros rocher à peu de distance de la mer. Les naturels l’appellent la source Maquinit ; l’eau en est sulfureuse, et sa température est de 41° centigrades.

Je continuai ma route, et à 2 heures je mouillai devant Coron Viéjo, à l’île du Peñon de Coron, qui se trouve entre l’île Culion et l’île Busuanga. Elle est formée d’un massif de montagnes ayant l'aspect de volcans éteints; on y rencontre quelques blocs d’agglomérat, mais la masse est composée de quartzite.

L'ile possède un grand nombre de grottes et de crevasses où se trouvent en abondance les nids d’hirondelles, si recherchés des gourmets chinois.

Elle est habitée par des Tagbanuas vivant à l’état sauvage. Îls se construisent des huttes à peine fermées et peu élevées au-dessus du sol : le plus grand nombre vit dans les grottes.

Le Penon de Coron sert aussi de refuge à tous les voleurs, assassins, etc., de ces régions.

Au centre il y a plusieurs petits lacs, dont le plus grand, au dire des indigènes, communiquerait avec la mer; pourtant ils en boivent l’eau, que du reste aucun autre individu ne pourrait boire, tellement elle est saumâtre. Malheureusement l’accès du lac est assez difficile en temps ordinaire, et, par les temps de pluie, il devient très dangereux et impraticable même pour les naturels. Le chemin passe par-dessus les montagnes, et, à certains passages, il faut s’accrocher des pieds et des mains pour se glisser le long de profonds précipices.

L'ancien village de Coron était situé dans la baie où je venais de jeter l’ancre, et sur l'emplacement qu'il oceupait

je n'ai trouvé que quelques misérables huttes et cinq ou six indigènes qui s’enfuirent à mon approche.

Il est étonnant de voir ces gens si pauvres, quand on sait que ce sont eux, et eux seuls, qui récoltent les nids d’hirondelles comestibles, lesquels se vendent à Manille, la première qualité 5 francs l’once et la seconde 2 fr. 50. En outre, ils pêchent le balete (trepang), dont le prix est assez élevé; certaines espèces se vendent au prix exagéré de à francs la pièce. Je dois dire que ces malheureux sont indignement exploités par les Chinois et par les Indiens, qui leur avancent du riz et quelques lambeaux d’étoffe sur la récolle à venir ; insouciants autant que paresseux, les Tagbanuas sont incapables de solder leur dette arriérée, et les habiles commerçants arrivent à gagner 1000 pour 100 et à les dépouiller ainsi de tout ce qui pourrait constituer une réserve.

Le lendemain de mon arrivée à Coron, j'allai explorer deux trous qui s'ouvrent dans la falaise taillée à pic à la pointe est de la baie, et dans lesquels on m'avait assuré qu'il y avait des ossements humains; le fait était vrai.

Je fis d'abord grimper un de mes hommes, qui eut toutes les peines du monde à atteindre l’orifice du premier trou: dès qu'il y fut arrivé, nous lui jetâmes une corde, à l’aide de laquelle je pus aller le rejoindre. Dans celte cavité, je trouvai trois crânes, dont deux assez bien conservés, et des ossements ; mais ces derniers étaient dans un état de composition tel, que je renonçai à les emporter.

Le même homme, qui était monté dans la première grotte, put grimper jusqu’à la seconde et me faire tenir encore deux crânes. Avec les débris humains, je trouvai aussi des restes de cercueil, des coquilles marines et des pierres trouées qui avaient dû être attachées à des filets en forme d'éperviers, filets dont les naturels se servent encore aujourd'hui. Cette sépulture devait être assez ancienne ; je nv vis pas trace de fer, mais seulement quelques tessons de poterie en terre commune. Au point de vue de la forme, de la matière employée, de la cuisson, les poteries que fabriquent les indigènes actuels sont semblables à celles qui se tanvent dans ces sépultures.

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Après avoir exploré d’autres excavations semblables et dans lesquelles je ne trouvai rien, je mis le cap à l’est vers une grande grotte dont on m'avait parlé ; mais le temps était

Exploration d'une caverne,

redevenu mauvais, et il me fallut chercher un abri au plus vite. À quelques jours de là je pus, au cours d’une nouvelle exploration, pénétrer dans cette grotte, où je pris une vingtaine de erânes et quelques objets ethnographiques, tels que

vases, marmites en terre commune, une ou deux lames de couteau, bois de lance et arc.

Les indigènes que j'avais rencontrés sur l'emplacement de l’ancien village de Coron m'avaient vu le matin me diriger vers les grottes et y grimper; seulement, comme j'avais prudemment mis mon butin dans des sacs, ils crurent que j'avais fait une simple visite à leurs ancêtres, ce qui leur plut beaucoup et les étonna davantage ; plus tard, ils dirent à mes hommes que les morts, contents de ms visite, avaient passé la nuit suivante à jouer du tam-tam et à battre le tambour. J'ai vainement cherché à savoir comment pareille idée avait pu leur venir, mais sans succès. Le vent, qui s’engouffre dans ces grottes et y résonne fortement, me paraît l’explication la plus naturelle qui ait engendré cette croyance.

Le 26 j'étais de retour à Malbalo, et le 27 j'allais explorer l’île de Mayo-Payao, où les Tagbanuas de l’île de Busuanga enterrent presque tous leurs morts.

Cette île, située à peu de distance de Malbato et près de la pointe nord du Peñon de Coron, est formée d’un groupe de montagnes rocheuses, recouvertes d’une luxuriante végétation jusqu’au bord même de la mer.

Presque toutes les sépultures sont massées dans une petite anse sablonneuse et disséminées sous les arbres, où l’on ne les trouve qu'avec peine, rien n’en marquant l’emplacement; deux ou trois ont seules conservé les pieux destinés à soutenir quelques feuilles formant toiture ; d’autres ont élé remuées de fond en comble par les porcs, et des T'abuns sont venus creuser le sable pour y déposer leurs œufs ; je dois dire que je trouve beaucoup plus d'œufs de cel oiseau que de crânes, et cela à la grande joie de mes hommes, qui comptent bien se régaler de plantureuses omelettes quand j'aurai terminé les fouilles. Je ne pus recueillir que trois crânes et un squelette en assez bon état.

Dans les premiers jours de septembre, je découvris enfin un véritable cimetière tagbanua, sur l'île de Dibatac, près de laquelle j'avais passé plusieurs fois déjà. Ce cimetière diffère entièrement de tous ceux que j’ai visités jusqu’à

“omeqIE 9P 2, SUvP enuvqÊn nom)

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ce jour, et me donne la solution d’une question qui m'occupait depuis longtemps, c'est-à-dire par quelles péripéties avaient bien pu passer les squelettes que j'avais trouvés, soit dans les grottes, soit dans les tibors enfouis en terre.

L'ile de Dibatac, de forme conique, est couverte de petits arbres assez rapprochés.

Là, les corps sont déposés nus sur une espèce de civière sans pieds, suspendue aux branches de deux arbres voisins et recouverte d’un léger toit de feuilles.

À côté ou au-dessous sont déposés les ustensiles et les armes du défunt. Au bout d'un temps plus ou moins long, les rotins qui attachaient le tout se pourrissent et les ossements tombent à terre ; alors on les réunit et on les dépose dans une grotte, après les avoir placés soit dans de petits cercueils en bois plus ou moins ornementés, soit dans de grands vases funéraires.

Ce genre de sépulture a dû être assez général aux Philippines, tout au moins dans la partie nord de’l'archipel, et il n'a disparu qu'après l'installation des Européens et la propagation du catholicisme.

Chez les Igorrotes du centre de Luçon, on dépose les morts à l'abri des rochers ; les Negritos les enfouissent à l'emplacement de leur case, ou parfois, comme à Bataan, sierra de Marivélès, ils les mettent dans une grotte; à Mindanao et autres lieux, on les dépose en forêt sous un abri de roches ou d'arbres touffus.

Le 15 septembre 1884, à 5 heures du malin, je montais à carabao (huffle) pour aller faire une excursion dans l'intérieur de l’île.

Le buffle est une monture que je ne recommanderai pas à des amazones; pour toute selle on met sur le dos de l’animal une couverture plus ou moins épaisse, ce qui n’empêche pas la colonne vertébrale de se faire vivement sentir; il n’est pas facile de se tenir à califourchon, vu la largeur des reins ; le mieux est encore de s'asseoir de côté comme les femmes. Une fois ainsi installé, on peut résister une heure ou deux; mais, quand il faut garder cette posture

toute la journée, cela vous brise et vous met dans l'impossibilité de vous asseoir pendant plusieurs jours.

Jl n’y a pas d’étriers, et la bride se compose d’une corde attachée à un anneau passé dans le nez du carabao. Sa marche est aussi dure que celle de l'éléphant, mais les secousses sont plus courtes et par conséquent plus pénibles. C'est un tangage rapide et continu quand il trotte. Après avoir traversé les ruisseaux qui entourent la propriété de mon hôte, nous nous trouvons au pied des montagnes qui entourent la plaine ; le chemin nous fait d’abord traverser un pelit bo. où les arbres se mêlent avec les touffes de bambous. Je ne sais si ce fut le soleil, que nous n’avions pas vu depuis longtemps, ou la beauté du paysage lui-même, mais ce coin de terre me parut le plus joli des Philippines,

Après une ascension de 50 mètres environ, nous sommes sur le versant opposé de la montagne et dans une autre plaine bordée de jolies collines en partie boisées, en partie couvertes de cogon.

Dons la plaine, des troupeaux de bœufs à demi sauvages marchent leur pas tranquille, sans s’émouvoir de notre approche. Il n'en est pas de même des petits chevaux ; aussitôt qu'ils nous aperçoivent, ils s’enfuient au galop. Puis. par-ci par-là, une case où habite une famille ; plus loin, un village placé au bord d’un joli cours d’eau.

De l’autre côté de la plaine, nous franchissons un autre monticule au pied duquel court un joli ruisseau décoré du nom de rivière ; nous passons ensuite auprès d’une grande mare que l’on appelle le « lac ». Cet endroit est très pittoresque ; les bambous avec leur feuillage sombre viennent se refléter dans l’eau du lac; les arbres qui le bordent le couvrent d'ombre, et, par cette chaleur, on est tenté de prendre un bain dans ces eaux si transparentes ; mais il faut se garder de céder à la tentation : ces eaux si limpides sont remplies de crocodiles, au point que mes hommes ne veulent pas aller chercher deux pigeons que je viens de tirer, qui se débattent au milieu du lac. Ils étaient destinés à notre déjeuner. Heureusement nous avons pu peu après tuer encore plu-

‘eurs de ces oiseaux, qui sont nombreux dans la région.

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A 10 heures, après avoir traversé plusieurs petites vallées et une rivière un peu plus large que les autres, nous nous trouvons sur la lisière d’une grande plaine qui a 4 à 5 kilomètres de largeur.

Au moment où nous entreprenons de la traverser, nous sommes surpris par une pluie torrentielle ; nous n’en continuâmes pas moins à avancer ; mal nous en prit, car, arrivés au milieu de la plaine, qui a la forme d’une cuvette, nos buffles eurent bientôt de l’eau jusqu’au poitrail et refusèrent de marcher; le mien jugea même à propos de se coucher dans l’eau, sans se préoccuper de son cavalier; mais je pus sauter à temps sur celui qui portait les bagages et éviter ainsi un véritable bain de boue.

Après bien des efforts, en mettant pied non pas à terre, mais dans l’eau, nous parvinmes à diriger nos animaux vers un petit monticule : une fois là, nous étions aussi à sec que possible, par cette pluie tombant de plus en plus drue et . qui, poussée par un vent violent, nous cinglait le visage comme si c'eût été de la grêle.

Nous restâmes sur cette hauteur pendant plus de trois heures, sans abri, sans pouvoir allumer du feu pour cuire notre déjeuner et voyant notre butte de terre se transformer peu à peu en ilot. Enfin, vers 1 heure, un de mes hommes m'annonça qu'il avait trouvé un passage et qu'il fallait partir le plus vite possible pour ne pas être cernés complètement par les eaux.

Nous voilà de nouveau en route, transis de froid, traversés par cette pluie que nous recevions depuis 10 heures du matin. Nous suivions notre guide : tout alla assez bien pendant un certain temps; mais, arrivés auprès d'un rideau d'arbres, nous nous trouvâmes au bord d’un cours d’eau dont le courant, très rapide, était heureusement brisé par des arbres nombreux dans ce bas-fond; nous ne pouvions reculer : je remontai sur mon buffle, et nous entreprimes de franchir ce torrent.

Comme nous étions au beau milieu du courant, un des hommes cria : « Un crocodile! » À ce cri, l’homme qui ürait mon buffle par la corde grimpe sur un arbr

autres de limiter; moi, assis sur ma monture, j'armai mon fusil et regardai dans la direction désignée par mes hommes; je ne vis rien, mais tous m’assurèrent voir un très gros crocodile ; afin d’effrayer l'animal, si c'était vrai, et de rassurer mon escorte, je tirai un coup de fusil dans la direction indiquée ; mes hommes prétendirent que l'animal était tué ou pour le moins blessé à mort; je les laissai dans cette erreur ; j'avais tiré avec du tout petit plomb : j'étais assuré que ma victime se portait bien.

Devenus confiants par la mort présumée du saurien, mes guides descendirent de leurs arbres, et nous achevàämes la traversée du ravin. Une fois au pied des montagnes, nous étions certains de n'être pas noyés; mais nous nous étions égarés, el personne ne savait reconnaître la position que nous occupions. Après bien des marches el des contremarches, l’un d'eux retrouva un sentier qui devait, d’après -Jui, nous conduire en moins d’une heure à une ferme, propriété d’un des plus riches Indiens de l'ile.

Il était à ce moment 2 heures environ, et la pluie continuait de plus en plus forte; nous contournons les montagnes, tout en évitant les plaines inondées.

Quelle journée! tout est mouillé, armes et provisions: impossible de faire du feu; et même mes vêtements, que par précaution j'avais ôlés et roulés dans mon caoutchouc. ont été trempés en traversant les cours d’eau qui à chaque instant barraient la route. Enfin, à six heures et demi. nous arrivons à la ferme promise, mais il n’y a pas de feu. pas de bois sec; le propriétaire est absent, et je suis obligi de m'installer dans la cuisine; mes hommes parvinren! cependant à allumer du feu, et, pendant que l’on faisait bouillir un poulet étique, tout le monde s’accroupit autour du brasier pour sécher ses vêtements.

Vers dix heures du soir, nous pouvons enfin nous rhabiller, et après nous être réconfortés, non sans besoin, car nous étions à jeun depuis cinq heures du matin. Alors nou: nous étendons pour dormir. Nous avions un abri, c’étail l'important.

Le lendemain, dès l’aube, le soleil se montra, nous pro-

Malbato

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mettant une meilleure journée ; mais bêtes et gens, rompus par les fatigues de la veille, eurent beaucoup de peine à se décider à reprendre la route.

Le pays parcouru dans ces deux j journées offre un aspect assez uniforme ; ce sont des plaines de toutes dimensions, ayant presque toutes la forme d’un fer à cheval plus ou moins fermé ; elles sont entourées de montagnes qui dépassent rarement 200 mètres d'altitude. Toutes les vallées, en forme de cirque, ont généralement une dépression au centre, de sorte qu'elles se trouvent dans d’excellentes conditions . d'irrigation.

Les montagnes sont en grande partie déhoisées par les indigènes, qui, tous les ans, défrichent de nouveaux terrains pour y semer le riz de montagne. Ces plaines communiquent ioutes entre elles par des passes étroites, peu élevées et généralement de niveau.

‘ile est sillonnée par de nombreux cours d’eau et par deux petits lacs. Quoique fertile, elle n’est presque pas cultivée, faute de bras ou, pour mieux dire, faute d’indigènes disposés à travailler. On trouve dans les plaines une assez grande quantité de bestiaux : la plus grande partie appartient à mon hôte, qui en possède plus de 2000 têtes. Les animaux prospèrent bien, malgré deux grands ennemis, les crocodiles et les boas, qui dévorent tous les ans un grand nombre de jeunes bêtes.

Le commerce des Calamianes consiste surtout en nids d’hirondelles et trepang ; puis viennent la cire vierge et l'écaille de tortue; on trouve aussi quelques perles d'un mauvais orient et souvent teintées.

S1 les habitants ne s’adonnaient pas à l’ivrognerie et n'élaient pas aussi paresseux, tous pourraient être riches, avec peu de travail, la terre produisant avec grande abondance.

L’archipel des Calamianes est mis en communication avec Manille par un petit vapeur qui touche à Culion une fois par mois.

Le 7 octobre, je prenais congé de mes hôtes, dont l’amabilité ne s'était pas démentie un seul instant pendant plus

de trois mois qu'avait duré mon séjour dans ces parages : ce n’est pas sans regret que j'ai dit adieu à mon ami don Bernardo et à sa charmante famille ; cela fait partie des misères des voyageurs, et ce n’est pas la moindre ; nous nous faisons des amis, nous les quittons parfois pour toujours, et cela au moment où nous commençons à les apprécier et à nous habituer à être entourés de leurs soins ; mais 1il faut, eomme le Juif errant de la légende, reprendre notre route et porter ailleurs nos pas.

Après avoir fait mes adieux à la famille Ascanio, je quittai Malbato à six heures du soir, dans le canot de don Bernardo, mettant à la voile pour aller attendre le courrier de Manille, qui devait passer à Culion. Jusqu'à dix heures toul alla bien; une brise légère nous menait doucement vers notre but, quand tout à coup une rafale nous chavire à moitié; le ciel, clair jusqu'alors, devient noir, et nous ne tardons pas à nous trouver perdus en mer, sans savoir où le vent nous pousse. Jusqu'à deux heures du matin nous restons ainsi; je bornai tous mes efforts à ne pas me laisser entrainer vers la haute mer; j'avais fait amener toutes les voiles, et, avec les avirons seuls, je maintenais le canot le nez au vent.

Parfois nous entendions près de nous les vagues se briser sur les rochers qui bordent les îles voisines, et, par moments, notre seul espoir était d’être jetés sur une roche quelconque. où nous aurions pu attendre la fin de l'ouragan.

Vers trois heures du matin, le temps s’éclaireit, et nous apercevons les feux du courrier, que nous avions dépassé; à la vue du vapeur, mes hommes, exténués, reprennenl courage ; une heure après, nous étions à bord du Gravina. où le capitaine, vieille connaissance, me donna de quoi me changer et m'offrit du café bien chaud, qu’il avait fait préparer quand il avait aperçu mon canot. Le navire avait eu aussi sa part de tempête, mais il avait pu se mettre à l'abri, tandis que nous luttions contre la mer furieuse.

Le lendemain, nous débarquions sur les quais de Ma-

nille.

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