‹ Lucrèce BorgiaChapitre 221 sur 227 · JOURNÉE III. — LE BLANC POUR LE NOIR · texte numérisé non relu

JOURNÉE III. — LE BLANC POUR LE NOIR

y a là des chevaux tout prêts. Des habits d'homme pour elle. Partez tout de suite. En trois heures, vous serez hors de l'ëtat de Venise. Soyez heureux. Elle est déliée. Morte pour le podesta. Vivante pour toi. Trouves-tu cela bien arrangé ainsi?

RODOLFO

Catarina ! . . . ïisbe ! . . .

U tombe à genoux, l'œil fixé sur la Tisbe expirante. LA TISBE, d'une voix qui va s'éteignant.

Je vais mourir, moi. Tu penseras à moi quelquefois, n'est-ce pas? et tu diras : Eh bien, après tout, c'était une bonne iille. cette pauvre Tislje. Oh! cela me fera tressaillir dans mon tombeau! Adieu! Madame, permettez-moi de lui dire encore une fois mon lîodolfo! Adieu, mon Piodolfo! Parlez vite à présent. Je meurs. Vivez. Je te bénis!

Elle meurt.

558 AXGELU.

XOTE

La loi d'optiijuc du théàlre. qui oblige souvent à ne iirésenter que (les raccourcis, surtout vers les dénoùnients, exige impérieusement que le rideau tombe au mot : Par moi, pour toi ! La vraie fin de la pièce n'est pourtant jias là, conune on peut s'en convaincre en lisant. Il est évident aussi que, lors (ue Angelo Mali- }»ieri, à la jiremière scène de la troisième journée, explique aux pi-ètres le blason des Bragadini, il devrait dire : la croix de (liiciilrs et non la croix roiKje. Espérons qu'un jour un seigneur \(''nitien pourra dire tout bonnement sans péril son blason sur le tbéàtre. C'est un progrès qui viendra. A l'beure qu'il est, il n'est guère permis à un gentilhomiue de se targuer sur le théâtre d'autre chose que d'un champ d'azur. Si noplc ne serait pas compris; (jucules ferait rire; azur est charmant.

Pour tout ce qui regarde la mise en scène, MM. les direc'euis de province ne peuvent mieux faire que de se modeler sur le Théâtre-Français, où la pièce a été montée avec un soin extrême. Ajoutons que la pièce est jouée dans ses moindres détails avec un ensemble et une dignité qui rappellent les ])lus belles époques dila vieille Comédie-Française. M. l'rovost a reproduit avec une fermeté sculpturale le iirofil sondire et nivsterieux d'Honiodei. M. (ii'ffroy réalise avec un talent plein de nerf et de chaleur ce Uodolfo mélancolique et violent, passionné et fatal, frappé connue honnue par l'amour, comme prince par l'exil. M. Beauvallet, qui peut mettre une belle voix au service d'une belle intelligence, a posé jiuissanuuent la figiu'e haute et sévère de cet Angelo, tyran de la \ille, maître de la maison. La création de ce rôle place pour tout le monde M. Beauvallet au rang des meilleurs acteurs qu'il v ait au théâtre en ce moment. Quant à M"' Mars, si charmante, si spirituelle, si pathétique, si profonde par éclairs, si parfaite toujours ; quant à M"" Dorval, si vraie, si gracieuse, si pénétrante, si poignante, que pourrions-nous en dire après ce que dit, au milieu des bravos, des acclamations, des applaudissements et des larmes, cette foule immense et émerveillée qu'éblouit chaque soir le chec étincelant des deux sublimes actrices ?

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