‹ Lucrèce BorgiaChapitre 223 sur 227 · MM. Casimir Delavigne et Scribe · texte numérisé non relu

MM. Casimir Delavigne et Scribe

PROCÈS DAXGELO ET D'HERXANI. 569

symijathiscnt pas avec la littérature officielle qui leur est imposée. »

L'avocat met sous les yeux du tribunal une statistique des diverses représentations du Théâtre-Français, et il examine dans (|ueile position se trouvent les quarante ou cinquante auteurs dont les ou\ rages sont au répertoire.

Voici un extrait de ce curieux document, qui excite quelques manpics d'i^lonnement dans l'auditoire.

(I En 1X7)4, sur trois cent soixante-deux re[irésenlalions, et déduction faite des représentations du vieux répertoire, les deux auteurs dont il s'agit en obtiennent cent quatre-vingts: pour tous les autres auteurs il ne reste que (|u;uante-cinq jours. En 1855 et 1850, ces deux auteurs ont cent treize, cent (piinze jours, tous les autres n'ont que cinquante et cinquante-fjuatre jours. Enfin, du 1"' janvier 1857 jusqu'à ce moment, ces deux autems ont obtenu cent douze représentations; tniite-quatre seulement ont été accordées aux autres. »

Après avoir fait ressortir tout ce qu'il y a de grave dans un pareil abus de la part d'un théâtre que son institution même doit ouvrir à tous les travaux, à tous les succès, après avoù' ajouté d'ailleurs que rien ne serait plus légitime que de jouer souvent des auteurs qui réussissent beaucoup, à la condition seulement de ne pas exclure d'autres auteurs qui ne réussissent ]ias moins, M' Paillard de Ailleneuve arrive à l'examen des traités en euxmêmes, et s'attache à justifier, dans une discussion Imiiineuse, les conclusions prises au nom de M. Victor Hugo.

(( Cette cause, dit-il en terminant, ne vous offre-t-elle pas un étrange spectacle? Depuis huit années, malgré de nombreux et éclatants succès, malgié la foi duc à des engagements sacrés, M. Hugo n'a pu s'ouvrii' les portes de ce théâtre, sur lequel cependant il avait jeté quelque gloire; et, tandis que la Comédie- Française luttait ainsi pour le condamner au silence et à l'oubli, M. Vicîor Hugo pouvait voii* ses œuvres traduites dans toutes les langues ; il pouvait apprendi'e que sur les divers théâtres de l'Europe, à Londres, à Vienne, à Madrid, à Moscou, ses ouvrages étaient glorieusement représentés, couronnés d'applaudissements... C'est seulement en France, dans son pays, qu'U ne lui a pas été donné d'en entendre l'écho. »

M' Delajig:lc. avocat de la Comédie-Française, prend la parole.

11 se refuse à suivre le défenseur de M. Victor Hugo sur le ti'iiain littéraire. H ne s'agit, selon lui, (pie d'une interprélalioii d'acleui". H reconnaît que îles trailés ont été échangés entre M. Victor Hugo et la Comédie-Française mais il plaide la nullité de ces traité's. Hs ont été signés sans doute par MM. Desmousseaux et .louslin de Lasalle, représentants de la Comédie; mais il manque à leurs signatures, pour qu'elles soient valables, l'approbation du conseil judiciaire et le visa du commissaire royal.

(( Les iiutciu's sont tenus de distribui-r en double a Ions les rôles (le leurs ouvrages ». Or, :i l'égard d'Heniaiti, M. Hugo ne ra pas fait. Une jiremière distribution fut faite en 1829; mais Michelot, qiii remplissait le rôle de Cliarles-tjuint, s'est retiré; Mlle Mars a renoncé au rôle de doua Sol. Depuis. M. Victor Hugo n'a fait aucune distribution nouvelle. »

M. Victor Higo : « Vous \ous trompez. La distribution a été faite en 18Ô4. Elle est écrite sur les re^iistres du théâtre, de la main même de M. Jouslin de Lasalle. Le rôle de Charles-Quint était donné h M. Ligier, qui me lavait vivement demandé. »

M" Delvngle : « J'ignorais le fait. Mais fùt-il exact, il n'y aurait là qu'une distribution de rôles seulement aux chefs d'emploi, et non en double, comme l'exige le décret.

« Relativement à Anijelo, ajoute M" Delangle, la Comédie- Française a accompli toutes ses oliligations; elle a donné les dix représentations stipulées dans le traité de 1855, et, si elle a cru devoir interrompre les représentations de cet ouvrage, c'est que la dernière recette ayant été au-dessous de quinze cents francs, somme à laipieUe s'élèvent les frais de chaque jour, les règlements en autorisent le retrait.

« (juant à Maiioii de Loniie, cet ouvrage fut, il est vrai, en IS!21t, soumis au comité de lecture du théâtre, et reçu par acclamation. Vous savez que la censure en arrêta les représentations. En 1851, après l'abolition de la censure, la Comédie-Française voulut représenter cet ouvrage; mais M. Victor Hugo l'avait relire et donné au théâtre de la Porte-Saint-Martin, pour leipiel il avait alors une vive prédilection. Cette pièce fut donc souiuise au public. Mjùs, que M. Victor Hugo me permette de le lui dire, car il est un de ces hommes dont le t;dent, dont le génie n'est méconnu de personne, et auxquels on peut tlii'e la vérité, Muiiuii de Luitne n'a pas eu un grand succès. »

M. Yu;tou IIlgo : « Elle a eu soixante-huit représentations. » (Mouvement.)

M" Deuxgle : n Je n'en persiste pas moins dans ma pensée. » [On rit.)

Le di'fenseur du Théâtre soutient ijue Motion de Lorme, reçue il runaiiimité par le Comité en IS'i'.l, aurait dû être soumise à une seconde lecture pour rentrer à la Comédie-Française.

M^ Paillaid de Villeneuve réjilicjue avec force, et examine successivement les fins de non-recevoir apportées par la Comédie- Française. Quant à la nullité des traités pour défaut de Ciipacité du directeur, l'avocat soutient que c'est là un moyen de mauvaise

PRUCÈS b'AXGELO ET DHEflXAXf. 37 l

foi fjuc If trihunul ne {M'iit ;i(l:ii('llri'. Trois tniitrs ont rlr fjiils |iar k'S divers diri-cteurs. Tant qu'il s'affissait d'ohlijL'er M. Ilujio, on les liouvait ca|)altles d'agii', et leiii" prétendue incapacité n'est invo'jnée que loisqu'il s'agit do leurs propres obligations. L'avocat soutient d'ailleurs que les prétendues exigences rlu règlement de Moscou n'ont jamais été exécutées, pas plus en ce qui touche les droits du comité d'administration que la nécessité de distribution des rôles en double, etc. Ajirès avoir discuté en droit la validité des traités, le défenseur établit qu'à l'égard d'Heruaiii M. Hugo a fait tout ce qui dépendait de lui pour obtenir l'exécution du traité; et qu'à l'égard de Marion de Lonnc le traité de 185.") n'exige pas la nécessité d'une lecture, qui n'a jamais lieu d'après les usages du tln-àtre [tour les ouvrages di'jà représentés.

L'avocat rejjonsse ensuite le moyen qu'on cberche à tii'er des receltes A'Aïujeli) en rejiroiluisant un état des chiffres auxquels elles se sont élevées, et qui donnent une moyenne de deux m lie trois cents francs. L'avocat termine en demandant une condamnation qui soit tout à la fois une ré|iaration pour M. Hugo et un chàlimeut pour l'insigne mauvaise foi de la Comédie-Française.

M. Victor Hugo se lève. Vif mouccinenL de curiosité.)

« Messieurs, dit-il, je ne m'attendais pas à parler dans cette affaire. Mon avocat a complètement ruiné, dans son argumentation, tout à la fois si élorjuente et si précise, l'étrange système adopté par l'avocat du Tijéàtre-Français, et, s'il ne s'agissait que de moi dans ce procès, je ne prendrais pas la parole ; mais ce n"est pas seulement de moi quil s'agit, c'est de la littérature, dont la cause est en ce moment mêlée à la mienne. Je dois donc élever la voix. Parler pour son intérêt privé, c'est un droit, j'aurais facilement renoncé à un droit ; parler pour l'intérêt de tous, c'est un devoir, je ne recule jamais devant un devoir.

« Et, en effet, messieurs, l'attitude que prend le Tliéàtrc- Francais dans celle affaire est un grave avertissement pour la liltérature dramatique tout entière. Il y a là un svstrme qu'il faut signaler, une leçon dont il importe que tous les auteurs prennent leur part . La loyauté de la Comédie-Française mérite d'être connue. Mellons-la au grainl jour.

« De la singulière défense k laquelle le TlK'àlre-Français a eu recours, il résulte deux tiioses. La première, la voici : c'est que le directeur du Théâtre-Français est un homme double. Le directeur du Théâtre-Français a deux visao^es, l'un pour nous, auteurs; l'autre pour vous, tribunal.

u Le directeur du Théâtre-Français... (Ici M. Victor Ihi:ro

se retourne vers le barreau, et dit : « Et je regrette de ne (( j)as le trouver à cette barre pour confirmer mes paroles. » Puis il continue :) Le directeur du Théâtre-Français a besoin de moi ; il vient me trouver. Ses recettes baissent, me ditil, il compte sur moi pour relever son théâtre; il me demande une pièce ; il m'oiïre toutes les conditions que je pourrai désirer; il me propose un traité; il a pleins pouvoirs; il est le directeur du Théâtre-Français. Jaccepte. .le consens à donner la pièce qu'on me demande. Le directeur écrit le traité en entier de sa main; je le signe, puis il le signe aussi. Voilà un engagement formel, complet, sacré, dites-vous. Non,, messieurs, c'est une tromperie.

« Vous l'avez entendu, je ne l'invente pas, c'est l'avocat du théâtre qui vous l'a dit lui-même, le directeur, qu'il s'appelle Védel ou Jouslin de Lasalle, peu importe, le directeur n'avait pas qualité pour traiter; le directeur est venu chez moi sachant cela: et pourquoi est-il venu chez moi? pour traiter avec moi. J'étais de bonne foi, moi, auteur; lui, directeur, mentait et me trompait. Il y avait derrière lui un décret de Moscou, un règlement des consuls, une ordonnance de 1810, que sais-je! J'ignorais ce décret, ce règlement, cette ordonnance. Le directeur savait que je l'ignorais, il a profité de mon ignorance. Grâce à mon ignorance, il a obtenu de moi des pièces pour lesquelles d'autres théâtres me faisaient des offres sincères. Quoique sans pouvoir pour traiter, il a traité avec moi; il m'a trompé, dis-je, et, vous venez de l'entendre, c'est de cela que la Comédie- Française se vante.

« Qu'est-il arrivé? Moi, auteur, j'ai exécuté religieusement les conventions; j'ai donné, aux époques convenues, les pièces promises; le théâtre, lui, n'a été fidèle qu"à violer ses engagements; il les a violés trois fois de suite. J'ai eu beau réclamer, je ne sais si c'est là ce qu'on appelle mettre en demeure, j'ai eu beau réclamer, le théâtre n'a fait que des réponses évasives, le théâtre a éludé, le théâtre a promis, le théâtre m'a trompé et promené d'année on année par des commencements d'exécution. Bref, le théâtre n'a pas exécuté. Pourtant, je dois le déclarer, aucun directeur n'avait jamais osé me faire entrevoir même l'ombre de ce système que l'avocat du théâtre vient d'exposer tout à l'heure, — exposer, c'est le mot, — à la face de la justice.

« Après sept ans d'attente, de bons procédés, de patience,

PROCÈS WAXGELO ET hHt'RXAXf. ôTô

lit' silence, de fn*aves dommages cl dans mes ou\ rages et dans mes intérêts, je me de*tidu à en appeler aux: tribunaux; j'ai recours à la protection de la loi, qui ne doit pas moins couvrir la propriété littéraire que les autres propriétés; jappille à votre barre, qui? Ir directeur du Théàtre-Franrais. Alors, ([u'arrivo-t-il? Messieurs, devant vous le directeur du Théâtre-Français s'évanouit. L'homme que j'ai vu, qui m'a écrit, qui m'a parlé, qui est venu chez moi, qui avait tout pouvoir, qui a traité et qui a signé, cet homme-là n'est plus qu'une ombre. C'est un être invalide, c'est un individu sans qualité, c'est un mineur. Il a traité, c'est vrai; mais il ne pouvait pas traiter, il y a le décret de Moscou. Il a signé, c'est vrai; mais il ne devait pas signer, il y a le règlement des consuls. Il a donné sa parole, c'est vrai; mais comment ai-jc pu croire à sa parole'.' c'est son avocat qui le dit. Voilà la défense du Théâtre-Français. N'avais-je pas raison de vous le dire en commençant, messieurs? le directeur du Théâtre-Français a deux visages. Ces deux visages sont deux masques : avec l'un on trompe les auteurs ; avec l'autre on trompe la justice. iSensalion.)

a Encore une fois, messieurs, quand^ je dis le directeur du Théâtre-Français, je n'entends désigner personne, pas plus monsieur tel que monsieur tel. Ce n'est pas l'homme (jui a occupé, qui occupe ou qui occupera la position de directeur que j'accuse; c'est la position elle-même, c'est cette situation ambiguë et inqualiliable que je vous signale. D'ailleurs, vous le voyez bien, le directeur du Théâtre- Français est une ombre qui échappe aux auteurs d'unr part, et à la justice de l'autre.

(( Ce qui résulte encore de la plaidoirie du théâtre, le voici : c'est que si vous êtes auteur, si vous avez produit à la Comédie-Française quatrevingt-cinq recettes; si, en présence des frais du théâtre, qui sont de quinze cents francs par jour, ces recettes ont donné une moyenne de deux mille neuf cent quatorze francs, c'est-à-dire quatrevingt-cinq fois mille quatre cent quatorze francs de bém-fice pour le théâtre, cela ne signifie rien, absolument rien. 11 y a dans vos quatrevingt-cinq représentations bien des receltes qui dépassent trois mille, quatre mille, cinq mille francs; qu'importe? S'il s'en trouve dans le nombre une ou deux qui soient audessous de quinze cents francs, voilà celles que le théâtre déclarera, voilà celles qu'il dénoncera à la justice, et il

Ô7i ANGE LU.

poussera sur ces pertes de firauds gémissements! En vérité, cela ne fait-il pas pitié?

a Je n'en dirai pas davantage sur ces eliiffrcs, sur ces chicanes, sur ces misères. Je ne suivrai pas l'avocat du théâtre dans l'inextricable dédale d'arguties où il a essavé d'enfermer mon bon droit. Je dédaigne, messieurs, toute cette discussion ffui est complètement inaltendue pour moi, je le déclare, et que M. Védel désavouerait tout le premier, je l'espère pour lui, s'il était présent à cette audience... »

M'' Dei.angle : « .lo n'ai plaide cjiip d'après les iiislruclions do mon

i-liciil. «

M. Victor Hlgo : « Je le crois, mais cela m'étonne, car je connais la loyauté de M. Védel; il m'est pénible de penser qu'il ait pu consentir à invoquer contre moi à l'audience des arguments dont il paraissait si éloigné dans ses conversations particulières.

(( Il est un autre point, messieurs, je le dis en passant, sur lequel je m'étonne que l'avocat de la Comédie-Française n'ait pas de lui-même appelé votre attention : la moyenne des recettes à'Hernani est de trois mille trois cent douze francs. »

M'' Delvngle : « Jo n'ai pas ce cliitTi-c. »

M. Victor Hugo : « Trois mille trois cent douze francs, le chiffre est exact... et douze centimes, si vous le voulez absolument. (Sourires.)

« Je n'ai plus qu'un mot à ajouter, messieurs, j'ai été de bonne foi dans cette affaire; la Comédie a été de mauvaise foi. Chose rare! c'est elle-même qui le déclare et qui fait de sa mauvaise foi son système de défense. J'ai signé des traités qui étaient sérieux pour moi, et que j'ai exécutés; les directeurs successifs du théâtre ont signé des traités qui étaient dérisoires pour eux, et qu'ils ont violés. Ce théâtre a eu souvent l)esoin de moi ; il est venu me trouver, je ne cite ici ipie des faits, des faits que personne n'ignore. Je lui ai rendu des services qu'il ne nie pas ; il m'a répondu par des déceptions qu'il ne nie pas non plus. Vous êtes des juges d'équité, vous apprécierez celte façon d'agir et cette façon de se défendre. Vous apprendrez à ce théâtre, par une condamnation sévère, qu'il est immoral de faire des traités et de les faire invalides exprès pour pouvoir les violer ensuite.

PROCÈS lyAXOh'LO ET bUffiXAM. 575

Vous briserez le monopole qui conOsque ce théâtre au détriinonl do toute la littérature, à laquelle deux Théâtres- Français suffiraient à peine. Vous n'admettrez pas le système de la Cumédie-Franraise, par pudeur pour elle-même: vous lui apprendrez, puisqu'elle a besoin que la justice le lui appreinie. que la signature de ses directeurs est une signature valable, (pie la parole de ses directeurs est une parole sérieuse. Vous ne ferez pas à ces directeurs l'injure de leur donner gain de cause en déclarant leur signature nulle et leur parole menteuse. Et moi, messieurs, j'aurai à me féliciter de vous avoir donné une nouvelle occasion de prouver que vos jugements sont tout à la fois l'écho de vos consciences et l'écho de la conscience publique. »

Après cfUe liiillanlo improvisation, qui est suivie «tua murmure général il'approliation, M. le président amioncc que la cause est mise en (létil)éré pour le jugement être prononcé à quinzaine.

AUDIENCE DU 20 NOVEMlfRE 18Ô7

Une foule nombreuse, impatiente île connaître le résultat fie cette aiïaire, était encore réunie aujourd'hui dans l'enceinte du tribunal de commerce.

Voici le texte exact du jugement qui a été rendu, et qui, indépenilamment des questions spéciales élevées sur la nature des divers traités iiiviiqués par M. Hugo, pose dimpjrlanis principes en matière de littérature dramatique :

(( Le tribunal,

(( Kn ce qui touche les représent;itinns d'Heninni :

(( Attendu que, pnr les conventions verbales du 12 août 1852, Victor Hugo (l'une part, et. d'autre part, Desinousseaux représentant la Comédie-Française, se sont engagés, le premier à livrer à la (!onu''(Ue-Fran(:aise un drame intitulé le Boi s'amuse; le second, à faire jouer le drame, et, de plus, à pré})ïu'er la repiàse (VHernaiii pour le coinant du mois de janvier 1855;

(( Attendu (|ue Victor Hugo a salisfmt à celte conventioa par la livraison du drame le Roi s'amuse, tandis que la Comédie-Françiaise s'est Ijornée à jouer ce drame, et a négligé de remplir l'obliff-.ition relative à la rejuise d'Henuiiii ;

a Attendu qu'à la date du 25 janvier 1855, par un autre trai:é veri)al, intervenu entre Victor Hugo et .lousiin de Lasalle, alors directeur du Théàtre-Fran(^ais, traitant au nom de la Comédie- Fran(:a:se, il a été stipulé de nouveau qu'Hernani serait repris, et ce dans les six mois qui suivraient le 10 avril lors prochain, sans fjiie la Comé(lie-Fran(:aise ait rempli ce nouvel engagement ;

(( Attendu (ju'il résulte de la correspondance entre Victor Hugo

."70 ANGELU.

l't Véflol, directeur actuel du Théâtre-Français, que, le 2 avril 18/57. celui-ci s'est engagé à son tour à elîectuer la reprise d'Uernaui. et que ce troisième engagement n'a point reçu jusqu'à aujourd'hui l'exécution promise ;

« Que c'est à tort rpie l'on reproche à Victor Hugo de n'avoir jioint distriliué. conforuiémenf iiux rt-glemenls. les rôles d'Hrnuini f-n premier et en doulile. parce que. ilans l'usage, cette dlNliilmlion se lait de concert ]iar l'auteur cl le directeur, et que. dans l'espèce, il y a eu une distribution de ces rôles:

(( En ce qui touche la représentation de Mnrion fie Lorme:

n Attendu que. dans le traité verbal ci-dessus mentioimé entre Victor Hugo et Jouslin de Lasalle, Victor Hugo, en promettant de livrer à la (Comédie-Française un nouveau drame intitulé AiujeUi ou Parloue en 1549. ce qu'il a exécuté, a stipulé en sa faveur, non seulement quHeniani serait repris, mais encore que Mai ion fie Lorme serait joué deux fdis au moins par la Comédie-Française, dans l'année, à compter du mois de novembre 1855, lors ]>rochain;

« Attendu que jusqu'à ce jour aucune diligence n'a été faite ])ar la (Comédie-Française pour représenter Mfirion de Lorme; que si cette pièce, après avoir été reçue au Théâtre-Français en 18'2'.l, a l'té retirée et portée au théâtre de la Porte-Saint-Martin, où elle a eu soixante-huit représentations, on ne peut trouver, dans cette circonstance, un motif suffisant pour la (Comédie-Française de se soustraire à ses obligations, jniisque c'était longtemps aju'ès, et nonobstant les représentations de Marion fie Lorme sur un autre théâtre, que .louslin de Lasalle avait pris l'engagement de la faire jouer par la Comédie-Française; que vainement on objecte contre Victor Hugo sa négligence à provoquer une lecture de Marion tle Lorme devant le comité compétent ; que ce préliminaire, indisjtensable dans la nouveauté d'une œuvre dramatique, peut être omis dans l'espèce, puisque, dès l'année 1829, Marion de Lorme a été lue et reçue au Théâtre-Français; que, d'ailleurs, il n'est pas sans exemple, à ce théâtre, que des pièces représentées d'abord sur d'autres scènes aient été jouées ensuite sur la scène française sans lecture préalable;

(( En ce qui touche la reprise A'Anfjelo :

<( Attendu qu'il a été convenu, entre Victor Hugo et Védel. qiiAntielo serait repris et joué quinze fois au moins, du 2 avril au 22 septembre 1857 ; que. malgré cette convention, Angelo n'a été i-ejuésenté que cinq fois dans l'intervalle de temps susmentionné; que la médiocrité de certaines recettes, dont on excipe pour justifier la négligence de la CométUe-Française. peut avoir eu jwiur cause des circonstances étrangères au mérite de la pièce ; que d'ailleiu's, et quelles qu'en soient les causes, l'engagement est |iris par Védel. sans réserves ni restrictions, et que, s'il a fait un mauvais calcul, il n'en est pas moins obligé par son engagement.

PROCÈS B'AXGELO ET D'HEBXAX/. 377

l't no peut ni ne doit on imputer qu';r liii-mème les conséquoncos, surtout lorsque ces conséquences pèsent sur un théâtre subventionné par rfctat ;

Il Attendu que, si les diverses conventions verlndos invoquée^ p:ir \ ictor lluio n'niil pas ('té nccompaijnées de l'approliation du ciHUinissaire ru\al allaelK' au lliéàlre, il esl conslant pour le tiiiinnal que celte appntlialion n'était pas indispensable paur valider icsJiles ciinvenliiins; (pie l'usage prouve iju'on no s'y conforme pas toujours;

'( Attendu, d'ailleurs, ipir rapimibation est devenue superflue là ou il y a eu exécution commencée, et ipu- la Comédie-Fran- I aise, ayant laissé exécuter les traités dont il s'agit dans la partie «pii paiaissait la |)lus favorable à ses intt'réts, n'est (pie })lus mal fondée à en inviKpier la nullité lorsipi'il s'agit des clauses stipulées en faveur de l'auteiw;

(( Attendu (jue, si Victor Hugo n'a pas mis la Comédie-Française en demeure d'accomplir ses obligations, il résulte des faits de la cause que des réclamations noiubreuses ont été faites par lui dans ce but. et qxw d'ailleurs chacun des traités verbaux qui se sont succédé portent en eux-mêmes la preuve de l'inexécution des conditions imposées à la Comédie-Française, que. (li"'S lors, il n'v a lieu d'invoquer ni la nullité ni la péremption de ces traités, ni le défaut d'une mise en demeure par hiussier;

(( Attendu (pie la propriété littéraire, qui est le produit des plus nobles facultés de l'homme, dctit trouver devant les tribunaux une protecti(m é(piitable contre la violation des ciinvenlions où elle est intéressée;

(( Attendu qu'il est digne d'un peuple qui doit à la culture du drauie tragiipie et comique une de ses gloires les plus belles d'ouvrir à tous les systèmes de littérature, à tous les talents, un théâtre national où ils puissent, à leurs risques et périls, se produire devant un public éclairé, et, par une lutte de gloire plut(')t rpie d'argent, concourir tous ensemble à l'illustration des lettres fran(;aises ;

« Attendu que, par suite de l'inexécution de ses obligations, la (loiuédie-Française a causé à Victor Hugo un préjudice dont elle lui doit la réparation; que. de plus, il est juste (pie les engagements j)ris reçoivent pleine et entiéi'e exi'cution :

(( Par ces motifs,

(( Le tribunal, admettant, d'après les informations de la cause, le tort S(jufîert jiar Victor Hugo, et jugeant en dernier ressort ,

(( Condamne Védel, et par corps, à payer à Victor Hugo six mille francs à titre de dommages-intérêts;

(( Ordonne que, dans le délai de doux mois, à compter de ce jour, Véd(d, en sa qualité do directeur de la Comédie- Française, sera tenu de repn'senter Ift'riiani :

(I Qiio, dans le dt-liii (l(> trois mois, aussi à comjitt'r de ce jour, ledit \édcl sera tenu de représenter Mcnion de Lorme;

<( Que, dans le délai de cinq mois, Yédel complétera les qiiinze reprt'sentations iV Auçiclo;

(( Sinon, el fiiute par lui de le faire dans lesdits délais, condamne, dis à présent. Védei, par les voies de droit et même par corps, ."i payer à ^ictor Iluifo cent cinquante francs par chaque jour de retard;

(( Condamne ^l'di'l ;iu\ dépens; ordonne l'exéciilion provisoire sans caution, o

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