COUR ROYALE DE PARIS
Présidence de M. Scsriiier. premier président.
(iazrtlr des Trdjunmt.r (> et lô déceml)re 1807.
AirHENCE DU .3 DECEMBRE 1857
A iouverlure des portes, une foule cnnsidéral)le se précipite dans la .«aile, (h) remarque dans les ranjis liti public un jrrand nombre de lilléralenrs et darlistes dramatiques.
M. Vicliir Huico a quelque peine à se placer dans la tribune particulière qui lui a été réservée et qui est déjà envahie par des avocats.
M" Ûelangle prend la parole en ces lennes :
(( En 1829, M. Victor Hugo présenta à la Comédie }la)inn do Lorme: il était le chef de cette écfde qui, se fravant des routes nouv(dles, annonçait la prétention et manifestait l'espérance de raviver la littérature. L'ouvrage fut lu, reçu, le contrat était formé; mais la censure empêcha la représentation; celte intervention établissait la force majeure, et la pièce fut retirée.
(( En 18Ô0, Heyiidtti fut accepté et monté avec soin ; Mlle Mais y reinjjlissait le principal rôle; tout fut mis en œuvre pour exciter la curiosité. Un journal, donnant son opinion sur ma plaidoiiie devant le tribunal de commerce, a dit que je n'étais pas un homme littéraire. Je n'ai pas de prétention à ce titre; mais il me sera permis de rappeler, comme un fait notoire, que certains S|)ectateurs, à roccasion de la pièce nouvelle, déj)assèrent toutes les limites connues de l'admiration, et que, dans leur enthousiasme, ils voulurent imiwser leur sentiment d'ime façon peu littéraire; il faut le dire, on se hattit au parterre. (À' fut, du reste, un nouvel attrait pour l'avide curiosité du j)uhlic. Quarantehuit représentations produisirent de bonnes recettes.
PROCÈS 1»'.^.Y(,'£7.0 ET bHERXAM. 370
(( Survint la révolution do juillet (^t l'abolition de la censure. Les cfiniédiens se ra|i|iclôrenl la doeonvcnue de Marioii de Larme, ils la redeiiiandorcnt à l'auteur, qui refusa, par l'Iionorable motif (ju'on pourrait voir dans cet ouvrage des allusions à la récente expulsion du mi Charles \. Depuis, Maiiou de Loniie fut |iar lui donnée à la Porte-Saint-Martin, où elle eut soixante-huit représentations. Le contrat originaire, deux fois brisé, cessait donc il'cnchaîner aucune des parties à l'éganl de cet ouvrage.
« Le 12 août 18"»'2, te Roi .s'cniutse devint, entre M. Victor Hugo et M. Desuiousseaux, artiste du Théâtre-Français, agissant au nom du comité d'administration, l'occasion d'un traité spécial. M. Desmousseaux promettait de repreniire Ifeniniti pour le courant du mois de janvier 18,35. H était nécessaire de tlistrii)uer de niiuveau les rôles, Mlle Mars renonçant à celui de doua Sol, el Michelot, chargé de celui de Charles-Quint, ayant (piitté le théâtre. En outre, pour [)laire à l'auteur, on engageait Mme Durval; puis on lui accordait une prime avantageuse dès avant la lecture.
(( Il n'y eut aucun retard dans l'exécution de la })remière de ces promesses, le Roi s'amuse fut représenté; mais la pièce fut dé'fendue par la censure après la première représentation. Fut-ce par l'elîet d'une intrigue littéraire: Ce qui est certain, c'est qu'un ]»iicès, fait par l'auteur au Ministre de l'intérieur, devant le tribunal de commerce, demeura sans succès, et que les comédiens, qui avaient dépensé pour monter la pièce vingt mille francs e; beaucoup de temps, en furent pour leur temps et 1(MU" argent.
(( Un nouveau traiti' intervint, le 24 fé-vrier 18")5, avec M. Jouslin de Lasalle. Quel était M. Jouslin de Lasalle?ll remplaçait le comité d'aduiinistralion jusque-là chargé de faire les marchés relatifs à r(>xploifation du théâtre, mais avec l'obligation de [)rendre l'avis du ct)nseil judiciaire et d'obtenir le visa du commissaire royal, tlé|ientlant lui-même du Ministre de l'intérieur. Le traité avait |ii)ur objet la repiisi' d'Heniaiii dans les six mois qui suivraient le 10 avril prochain, la réce[>tiitn de Marioii de Larme, la repr(''sentation d'Aïujelo, fijraii de Padoiie, et l'allocation à M. Victor Hugo d'une prime de quatre nulle francs payal)le même avant la lecture. (<e traité était-il légal'.' (Jn ri'connaîtra au moins que le passé était purgé et que la plainte n'était plus permise à l'égard ihi relard qu'avait éprouvé la reprise d'Heniani.
(( Aujourd'hui, procès, et assignation au tribunal de commerce; elle ne tenilait à rien moins qu'à des dommages-intérêts pour le passé, et à la reprise des trois pièces dans le plus bref délai. Le débat s'est agrandi devant le tribunal ; on a signalé le monopole exercé par certains auteurs et le favoritisme dont ils sont l'objet, tandis que la nouvelle école est l'objet de l'anathème et du dédain. M. Victor Hugo lui-même n'a pas dédaigné de prendre la parole.
cl lo loii(leni;iin les iini;itoiirs de comples lidèlenient rendus cint ]iu lire son disiours dans la Gazelle des Tribiniaii.v. La Comédie ié|(on(lait que le traité n'était pas olilijiatuire : que, si une oi)ligatiôn en résultait, il n'était dû néanmoins aucun'; dommnges-inté'réts pour le passé; enfin fpi'mi didai suffisant devait être accordé ]if)ur reprendre les trois pièces de M. \iclor ilu i;o.
(( La conlauion avant en quel(jue sorte gagné les juges du trilinual de conunerce, ils ont rendu, jiar des motil's moitié en droit, nioilit'' lilté'raires, le jugement sé'vère qui est fli'di'ré à la Cour. ))
(( Dans ce jugement, dit l'avocat, on rencontre à la fois la théo"rie littéraire et l'appréciation des actes et des faits. Toutefuis. bien qu'il n'y ait à s'occuper (pie des actes, un mot sur la tliéoiie. C'est le reflet des plaintes de M. Victor Hugo; mais il n'y a pas ombre de justice. Il suffit dé rajqieler comment l'illustre écrivain était accueilli au Théâtre-Français, et quelle belle part lui [était faite, y compris les quatre mille francs de prime qui lui étaient alloués, même avant la lecture de ses drames. Mais c'est ainsi que raisonne l'intérêt personncd. Lorsqu'à la Chambre des députés il fut question de la salivent ion à allouer au Théâtre-Français, on se récria contre la nature des ouvrages joués depuis quebjue temps sur ce théâtre. Je veux que ces doléances soient venues de ))ersonnages du eontrriire parti (on rit): mais enfin, après de telles jilaintes, après les préférences, on peut le dire, dont il était l'objet, .M. Victor Hugo n'avait pas le droit de se plaindre. Qu'on dise, connue l'a fait b" tribunal de conuuercc, (( qu'il est digne d'un (( peuple qui doit à la culture du firanie tragique et comique une (( de ses gloires les plus belles d'ouvrir à tous les systèmes de lit- (( térature, à tous les talents, un théâtre national où ils j)uissent, (( à leurs risques et périls, se produire devant un public éclaiié. (( et, par une lutte (le gloire plut(M que d'argent, concourir tous (( ensemlde à l'illustration des lettres françaises », c'est fort poeli(jue (>t fort libéral sans doute. S'il n'y avait risque et péril qu(> pour -les auteurs, passe encore; mais qui se trouve exposé? les comédiens, et c'est à lems dépens que se fait la poésie et le lihéralisme. »
M"= P,'ii!l;iiil lie Villeneuve prend lu p;iriile pour M. Victor Hiifjo.
(( Messieurs, dit-il, on vous a dit que c'était une question comuierciale que vous aviez à juger. On a eu raison; car la propri(''té littéraire, quelles que soient la noblesse de son origine et la gloire de ses résultats, en l'absence de lois particulières qui la régissent, n'est autre chose, dans de pareils débats, qu'une marchandise. Soit donc, plaidons sur cette marchandise, mais au moins ne la rejetons pas au-dessous des marchandises les plus vulgaires. Plaidons sur cette question commerciale, mais n'oublions pas alors qu'en |iareill(^ mati(''re il faut, avant tout, bonne foi, lovaulé.
PROCÈS D'AXGELO ET D'IIERXAXr. ,381
|princi|ies incontestables et sacrés qu'il semble que dans toute celte discussion on ait voulu prendre à tàcbe de uiéconnaîtrc! et de vidler. Elaj^uons donc pour un moment de cette cause ainsi rétrécie et le nom glorieux de l'auteur que je représente et les graves conséquences que la liberté littéraire attend de votre décision.
(( Il s'agit de savoir si les traités que la Comédie-Française a demandés, implorés couune une grâce, doivent être exécutés :iu pi'olil de M. Victor Hugo, comme ils l'ont été au [irolit du tliéàtre. Telle est la seule (juestion du procès. Avant d'y arriver, (juebjues mots sur les laits.
(( En 1820, M. Victor Hugo composa Mariuii de Loime, dont les représentations lurent arrêtées pai' un veto de la censure. En transmettant cet ordre à M. Victor Hugo, M. le .Ministre de l'intérieur lui envoya, comme compensation, l'amplialion d'une ordonnance qui portait à six mille francs la pension de deux mille francs (pi'il tenait de la volonté spontanée de Louis XVIll. \\. Hugo refusa cette pension; quelles que fussent les insistances du ministre, il persista dans ce refus; et, ])lus tard, en 185!2, lorsiju'à l'occasion du Roi s'amuse il se vit contraint de plaider contre le Ministre de l'intérieur, il renonça de lui-même à cette pension de deux mille francs dont on semblait lui faire reproche pour l'arrêter dans la lutte qu'il soutenait. Ces faits me semblent de nature à être rap[)elés dans une discussion où l'on j)arait nous accuser d'élever des questions d'argent. Je puis rap|)eler aussi, au nom d'un auteur qu'on représente couime demandant à être joué par autorité de justice, que M. Hugo, en 1850, après l'aljolition de la censure, refusa de laisser jouer Mario» de Lornie, parce qu'il ne lui convenait ])as de faire servir une œuvre littéraire à des passions politiipies, et qu'il n'était pas dans sa pensée de spéculer sur un succès injurieux pour une dynastie tombée. »
L'avocat ra|ipelle les divers traités intervenus, et dont il rattache la violation à des intrigues de camar;:dene et à un svstème de monopole (pii ferme les portes du Théâtre-Français à un des genres de la littérature dramatique.
(( On a posé d'abord une question d'argent, poursuit l'avocat; il importe d'y répondre. Si la Comédie-Française, a-t-on dit, recule devant l'exécution des traités, c'est que cette exécution la menace d'un épouvantable déficit; tenir sa parole, ce serait pour elle une ruine inévitable. Voyons.
(( Il V a au théâtre, |)our les recettes, une espèce de Ihermomètre qui indique la situation la plus prospère. Ce sont les recettes de Mlle Mars. Or, pendant l'hiver de 1855, saison favorable, comme on sait, la moyenne de ces recettes a été de deux mille six cent dix-huit francs quatrevingt-quinze centimes ; je prends depuis la plus forte, celle du Misanthrope , qui est de quatre mdle trois cent vingt et un francs, jusqu'à la plus faible, celle de VEcole des vieillards, (jui n'est que de mille deux cent
Uenlo francs; ce (|ui prouve, soit dit en passant, que la Coméilie- Française n'exécute pas toujours aussi ri;,'iiureusenient le renflement qui repousse du théâtre toute pièce qui ne fait pas les frais.
(( Or la moyenne des quairevinût-cinq recettes de M. Victor Jlugo, toutes faites dans la saison d'été, est de deux mille neuf cent quatorze francs. Admet-on les cinq représentations iVAiiçielo, données en vue du jirocès et dans des circonstances que je signalerai plus tard, cette moyenne est de deux mille huit cent cinquante-six francs. Et, si nous défalquons les frais du théâtre, d'après le chilîre même (pi'il nous donne, il en ii'sultc que le bénéfice net sur les deux ouvrages de .M. Hugo, Aittielo et Uenianl, est de cent vingt-cinq mille six cents francs. Ce sont là, sans doute, de misérables détails, je le sais; mais enfin il faut bien répondre par des chiffres aux étranges lamentations de ce théâtre.
(( Nous aurions désii'é que la Comédie-Française nous mit, par la communication de ses registres, à même de comparer ce qu'en appelle la situation pécuniaire de M. ilugo avec celle des auteurs les jilus favorisés du théâtre. Celte communication a été refusée. Mais j'ai pu me procurer ce chiffre. Or la moyenne des recettes de l'un de ces auteurs est de mille neuf cent dix-sept francs ; celle de l'autre, poète tragique, est de mille huit cent trois francs; et, ce})endant, nous verrons de fjuelle singidièrc faveur jouissent ces deux auteurs, qui, lorstpril nous est impossible, à nous. d'obtenir l'exécution de nos traités, obtiennent de la volonté toute gracieuse des comédiens, en 18")(>, i)ar exemple, cent quinze représentations, et tous les autres auteurs cinquante-quatre seulement; en 1857, en dix mois, cent dix-neuf, et les autres trentre-qualre. »
M' Delaxgle : a Ccsl inexact! »
M' Paillvp.d DE Villeneuve : « On m'arrête... Ah! je sais (jue M. Védel, comme certain personnage d'un drame moderne, va vous dii'e : « Mais le Conslilnl'wniicl... i» [litres dans VamlUo'irc.) Oui, je Siiis que le Constitutionnel, (pii a voulu jeter dans celle question une intervention littéraire <pie je veux croire impartiale, prétend que j'ai, devant les premiers juges, annoncé un fail matériellement inexact, en soutenant qu'en 185tt ces deux auteurs avaient obtenu cent quinze représentations, attendu, ajoute ce journal, que l'un de ces auteurs n'avait eu que rjualrevingtlUx-huit représentations, et l'autre dix-sejtt. Or le journal en question trouve ridicule que j'ai additionné ces deux cliilfres par cent quinze. {On rit.)
(( .arrivons à quelque chose de plus sérieux; voyons les traités. Ils sont nuls, dit-on; ceux qui les ont signés étaient incapables. (On rit.)
ri'.UCÉS b'AXOLLO ET hlJERXAXI. r.83
(( Ainsi on s'csl jucsonlé chez M. Victor Hugo ;ivcc uno (|uiililc (|u'on n'avait pas, qu'on sav;iit ne pas avoir. Un lui a proposé des traités, on lui a imposé des obligations. Il les a, lui, exécutés fidèlement, loyalement; et, lorsqu'à son tour il en demande l'exécution contre le théâtre, on l'arrête. Tout cela n'était qu'un jeu; ces traités n'étaient que des mensonges; ces dii'ectems qui sont allés chez vous, ils ont trniiij)é votre bonne foi, c'étaient des couiédiens qui ont joué leur rôle ; c'étaient des signatures imaginaires, comme la veille, au théâtre, celle de Crispin... >'on, non, ce n'est pas ainsi qu'on se joue de la sainteté (les conventions ; ce n'est pas avec de tels moyens qu'on abuse de la justice ; et, je n'en doute pas. MM. Desmousseaux et Védel, tous deux hommes honoraldes. je me plais à le dire, gémissent, dans leur loyauté, d'en être réduits à de pareils moyens. »
L'avocat réfute de nouveau les moyens allégués par la Comédie- Française : fins de non-reci'voir pour des formalités, défaut de distribution en double, défaut de seconde lecture pom- Marion de Lonne.
(( A l'occasion (TAïu/elo, on e\ci[)e de cinq receltes inférieures, dit-on, au chilîre des frais. Il est des auteurs auxquels on n'()|qiose pas cette l'igueur du règlement. D'ailleurs, vous conn;iissez la moyenne des recettes de M. Victor Hugo; uiais. nous l'avons dit et nous le répétons, ces cinq représentations ont été données en vue du procès, et ii' thi'àtre a fait tout son pMssihle pour en annuler la ri'cetle.
(( Faut-il vous dérouler les mille intrigues, les misérables tracasseries auxquelles M. Hugo a été en butte? Vous ]iouvez, sur ce |)oint, vous en rapporter aux bureaux et aux comédiens, dont les misérables inimitiés s'acharnent contre lui. Ainsi, par exemple, on annonce Angplo; au jour indiqué, indisposition subite de Mme Volnys; le lendemain, rétablissement tout aussi subit (pii lui jiermet de jouer avec beaucoup de vigueur et de talent dans la Camaraderie; le surlendemain, AïKjelo es! encore annoncé; mais, tant la santé de ces d;unes est chose délicate et capricieuse [on rit), seconde indis[)(jsilion subite de l'actrice, qui force de remettre la représentation; et, le lendemain encore, second rétablissement subit qui jiermet au pui)liç de l'admirer et de l'applaudir dans Don Juan d'Autriche.
(( Je n'en finirais pas si, depuis les caprices des premiers sujets jusqu'aux maladresses du souffleur, je vous racontais ce qui se passe quand il s'agnt de nuire à l'auteur. 11 y a pour cela un terme en argot de coulisses... je l'oublie en ce iiiomenl. Ainsi on commence à six heures au lieu dr sept, de telle sorte qu'à moins d'arriver à jeun, le [lublic est menacé de ne voir que le dénoùment ; la seconde pièce sera ce (|u'on a|)pelle un repoussoir ; on jouera l'ouvrage, comme on l'a fait à l'égard d'Aïu/elo, le jour où (les réjouissances publi(iues appellent toute la population sur la
place publiquo ; on saura choisir les conditions les plus défavorables, afin de s'en prévaloir plus lard, lors du procès qu'on attend... Que sais-je?... Je le répète, fiez-vous-en pour tout cela aux comédiens I n
L'avocat, dont la brillante plaidoirie a constamment captivé au plus haut point l'attention des jujjes et de l'auditoire, s'attache ensuite à justifier chacune des dispositions du jugement quant aux dommages-intéiéts et aux délais fixés pour la rej)résenlalion des ouvrages de M. Victor Hugo.
(( A côté des motifs de ce jugement, qui consacrent les droits privés de M. Victor Hugo, il en est d'autres fjiii formulent en thèse générale les droits de la propriété littéraire, et rappellent au Théâtre-Français le but de son institution en proteslant contre le scandaleux monopole qui l'exploite. Vous accftrderez à l'une et à l'autre de ces pensées des premiers juges l'autorité de votre haute sanction; et, en donnant ainsi à la Comédie-Française une leçon de bonne foi, vous consacrerez, au profit de la littérature dramatique, un principe tutélaire de liberté. »
M= Delangle, en quelques mots de répiicpic. clicrchc à réiablir les chiffres des recettes qu'il avait représentés, et qui donnent lieu à de vives interpellations auxtjuelles prennent part MM. Viclor Hugo et Védel.
M. Victor Higo : « Je dénie formellement les chiffres présentés par l'avocat ; ils sont inexacts, et la Comédie le sait, le directeur m'a refusé communication des registres. »
M. Védel : o C'est vrai. J'ai cru devoir le faire. » M. LE PREMIER PRÉSIDENT, sévèrcmcnt : « Pourquoi avez-vous relu^r vci^ registres'.' Vous avi-z eu tort, monsieur. > M. Védel garde le silence.
)I. LE PREMIER PRÉsiDE.NT : « La parole est à M. I avocat général. »
M. Victor Higo : « Je prie la cour de me permettre
quelques observations. »
M. LE PREMIER PRÉsiLENT : Parlcz, monsicur Viclor Hugo, parlez. »
M. VuTOR HiGO (mouvement d'allenfion) : a Ainsi que je l'ai dit devant les premiers juges, si je prends la parole dans cette affaire, c'est qu'il y va d'un intérêt général. Ce n'est pas de moi seulement qu'il s'agit, messieurs, c'est de toute la littérature. Ce procès résoudra une question vitale pour elle. Aussi ai-je dû intenter ce procès, aussi ai-je dû ajouter