ACTE I. — AFFRONT SUR AFFRONT. 4o
peut bien te parler de oefle dame, puisque tu portes ses couleurs.
Que veux-tu dire ?
MAFFIO, lui moiilraiit l'écharpe qu'il porte.
Cette éeharpe?
JEFTO
Ce sont en effet les couleurs de Lucrèce Borjiia.
GF.NNARO
C'est Fiametta qui me l'a envoyée.
M.^FFIO
Tu le crois. Lucrèce te l'a fait dire. Mais c'est Lucrèce qui a hrodé l'écharpe de ses propres mains pour t(»i.
GF.w.vno En es-tu sûr, Maftlo ? Par qui le sais-tu ?
M.VFFIO
Par ton valet cpii t'a remis l'écharpe et qu'elle a gagn('.
GEN.NARO
Damnation !
Il arrafho l'édiarpp, la décliire oi la foulo ans i>ip(l~. DONA f.lCREZIA, à part.
Hélas !
Elle referme la jalousie et se relire.
MAFFIO
Cette femme est belle pourtant !
.lEPPO
Oui, mais il y a quelque chose de sinistre empreint sur sa beauté.
i6 I.UCIŒCE l!(iR(iIA.
MAFIIO
C'est un ducat d'or à l'eïlijiie de Satan.
GE.N.N.VRO
Oh ! maudite soit cette Lucrèce Borgia ! Vous dites qu'elle m'aime, cette femme! Eh bien, tant mieux! que ce soit son châtiment ! elle me fait horreur ! Oui, elle me fait horreur! ïu sais, Maflio, cela est toujours ainsi. Il n'y a pas moyen d'être indillV-rent pour une femme qui nous aime. Il faut l'aimer ou la haïr. El comment aimer celle-là? Il arrive aussi que, plus on est persécuté par l'amour de ces sortes de femmes, plus on les hait. Celle-ci m'obsède, m'investit, m'assiège. Par où ai-jc pu mériter l'amour d'une Lucrèce Borgia ? Cela n'est-il pas une honte et une calamité ? Depuis cette nuit où vous m'avez dit son nom d'une façon si éclatante, vous ne sauriez croire à quel point la pensée de cette femme scélérate m'est odieuse. Autrefois je ne voyais Lucrèce Borgia que de loin, à travers mille intervalles, comme un fantôme terrilde debout sur toute l'Italie, comme le spectre de tout le monde. Maintenant ce spectre est mon spectre à moi, il vient s'asseoir à mon chevet, il m'aime, ce spectre, et veut se coucher dans mon lit. Par ma mère, c'est épouvantable! Ah ! Maffio ! elle a tué monsieur de Gravina, elle a tué ton frère ! Eh bien, ton frère, je le remplacerai près de toi, et je le vengerai près d'elle ! — Voilà donc son exécrable palais ! palais de la luxure, palais de la trahison, palais de l'assassinat, palais de l'adultère, palais de l'inceste, palais de tous les crimes, |)alais de Lucrèce Borgaa ! Oh ! la marque d'infamie que je ne jtuis lui mettre au front à cette femme, je veux la mettre au moins au front de son palais !
Il monte sur le banc de pierre qui est au-dessous du bakon, et avec son poignard il lait sauter la première lettre du nom de Borgia gravé sur le rnur, de façon qu'il ne reste plus que ce mot : ORGIA.
MM I lo
Que diable fait-il".*
JEPPO
(iennaro, cette lettre de moins au nom de niadanle Lucrèce, c'est la tète de moins sitr tes épaules.