‹ Lucrèce BorgiaChapitre 34 sur 227 · SCENE II liU.N ALl'HU.NSE, DU.NA LUCKEZIA · texte numérisé non relu

SCENE II liU.N ALl'HU.NSE, DU.NA LUCKEZIA

IH)\\ l.reHEZlA, entrant a\ ce iiiiiiL'Iuosili'.

Muiis^irur. nmnsieur, eeri est indij^ne, ceci est odieux, eeei L'st infâme. (Quelqu'un de votre peuple, — savez-vuus cela, dun Alphonse'.' — vient de mutiler le nom de vulre fenmie uravé au-dessous de mes armoiries de famille sur la façade de votre propre palais. La chose s'est faite eu jjlein jour, publicpiement, par qui ? je l'ignore, mais c'est hien injurieux et bien téméraire. On a fait de mou nom un écriteau d'ignominie, et votre populace de Ferrare, qui est bien la plus infâme populace de l'Italie, monseigneur, est là qui ricane autour de mun blasun comme autour d'un pilori. — Est-ce que vous vuus imaginez, don Alphonse, que je m'accommode dé cela, et que je n'aimerais j)as mieux mourir en une fuis d'un eun}) de poignard qu'en mille fois de la piqûre envenimée du sarcasme et du quolibet '.' Pardieu, monsieur, on me traite étrangement dans votre seigneurie de Ferrare ! Ceci commence à me lasser, et je vous trouve l'air trop gracieux et trop tranquille pendant qu'on traîne dans le ruisseau de votre ville la renommée de votre femme, déchiquetée à belles dents par l'injure et la calomnie. 11 me faut une réparation éclatante de ceci, je vous eu préviens, monsieur le duc. Préparez-vous h faire justice. (7est un événement sérieux c[ui arrive là, voyez-vous? Est-ce que vous croyez par hasard ([ue je ne liens à l'estime de personne au monde, et que mon mari peut se dispenser d'èlre mon chevalier'.' Non, non, munseigneur, qui épouse protège. Qui donne la main donne le bras. J'y compte. Tous les jours, ce sont de nouvelles injures, et jamais je ne vous en vois ému. Est-ce que celte

Ai;TE II. — LE l'.OUPLE. 5-

liiiin- (Idiil on 1110 rouvre no vous érlabousso pas, duu AI|ilioMSf'? Allons, sur mon àuic, courroucc-z-vous donc un peu, ([uc je vous voie, une fois dans votre vie, vous fâcher à mon sujet, monsieur ! Vous êtes amoureux de moi, dites-vous quelquefois? soyez-le donc de ma gloire! Vous êtes jaloux? soyez-le de ma renommée I Si j'ai doublé par ma dot vos d(imaines hére'ditaires ; si je vous ai app(trtéen mariage, non seulement la rose d'or et la bénédiction du Saint-Pére. mais, ce qui lient plus de place sur la surface du monde, Sienne, l'iimini, Cesena, Spolète et Piomijino, et plus de villes que vous n'aviez de châteaux, et plus de duchés que vous n'aviez de baronnies ; si j'ai fait de vous le plus puissant gentilhomme de l'Italie, ce n'est pas une raison, monsieur, pour que vous laissiez votre peuple me railler, me publier et m'insulter ; pour que vous laissiez votre Ferrare montrer du doigt à toute l'Kurope votre femme plus méprisée et plus bas placée que la servante des valets de vos palefreniers ; ce n'est pas une raison, dis-je, pour que vos sujets ne puissent me voir passer au milieu d'eux sans dire : — Ha ! cette femme !... — Or, je vous le déclare, monsieur, je veux que le crime d'aujourd'hui soit recherché et notablement puni, ou je m'en plaindrai au pape, je m'en plaindrai au Valenlinois qui est à Forli avec quinze mille honmies de guerre ; et voyez maintenant si cela vaut la jieine de vous lever de votre fauteuil 1

fe'

•■^ Madame, le crime dont vous vous plaignez m est connu.

DON V II CKEZI.V

Comment, monsieur ! le crime vous est connu, et le criminel n'est pas découvert !

Le criminel est dé ouvert.

TlOW irCREZU

Vive Dieu I s'il est dt-couverl, comment se fait-il (|u'il ne <oit pas arrêté V

Il est arrêté, madame.

nO> A I.I CRF.ZIA

Sur mon Ame. s'il est arrêté, d'où vient qu'il n'est pa?

encore puni '.'

D0.\ AIJ'HDNSE

Il va l'être, .l'ai voulu d'abord avoir voire avis sur le ehàtiment.

nONA I.ICREZIA

Et vous avez bien l'ait, monseigneur! — Où est-il"?

rtoN ai.T'Iionsf:

Iri.

DONA I.ICREZIA

Ah, ici 1 — Il me faut un exemple, entendez-vous, monsieur ? C'est un crime de lèse-majesté. Ces crimes-là l'ont toujours tomber la tête qui les conçoit et la main (|ui les exécute. — Ah ! il est ici ! .le veux le voir.

C'est facile.

A)>iiolaiil.

— Bautista !

L'Iulissier roparail.

DONA LICREZIA

Encore un mot, monsieur, avant que le coupable soit introduit. — <jnel que soit cet homme, fùt-il de votre ville, fùl-il de votre maison, don Alphonse, donnez-moi voire parole de duc couronné qu'il ne sortira pas d'ici vivant.

Je vous la donne. — Je vous la donne, entendez-vous bien, madame '.'

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