‹ Lucrèce BorgiaChapitre 39 sur 227 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

DOXA LUCREZIA. DON ALPIKt.NSE

Dox vLi'Hoxsr:

Que me voulez-vous, madame?

DONV T.reuEzi.v

Ce que je vous veux, don Alphonse, c'est (jue je ne veux pas que ci' jeune homme meure.

DOX ALPHONSE

Il n'v a qu'un instant, vous êtes entrée chez moi comme la tempête, irritée et pleurante, vous vous êtes plainte à moi d'un outrage fait à vous, vous avez réclann^ avec injure et cris la tête du coupahle, vous m'avez demandé ma parole ducale qu'il ne sortirait pas d'ici vivant, je vous l'ai loyalement octroyée, el maintenant vous ne voulez pas qu'il meure! — Par Jésus! madame, ceci est nouveau!

:>« l.UCMKCE BuHlilA,

noNA i.rr.RKZiA

Ji' no veux pas quo co jouno lionimo meure, monsieur le duc!

noN Ai.i'HONsr:

Madame, les genlilshommes aussi prouvés que moi n'ont pas coutume de laisser leur loi en gage. Vous avez ma parole, il faut que je la retire. J'ai juré que le coupable mourrait. Il mourra. Sur mon âme, vous pouvez choisir le genre de mort.

DONA UCRKZIA, d'un air riaiil et plein de douceur.

Don Alphonse, don Alphonse, en vérité, nous disons là des folies, vous et moi. Tenez, c'est vrai, je suis une femme pleine de déraison. Mon père m'a gâtée, que voulez-vous? (In a depuis mon enfance obéi à tous mes caprices. Ce que je voulais il y a un quart d'heure, je ne le veux plus à présent. Vous savez bien, don Alphonse, que j'ai toujours été ainsi. Tenez, asseyez-vous là, près de moi, et causons un ])eu, tendrement, cordialement, comme mari et femm(>, comme deux bons amis.

r>0\ ALPHONSE, yirenanl do son colé un air de f;al;uileric.

Doua Lucrezia, vous êtes ma dame, et je suis trop heureux qu'il vous plaise de m'avoir un instant à vos pieds.

Il «assied près d'elle.

I)0-\A I.rCHKZIA

Comme cela est bon de s'entendre! Savez-vous lùen, Alphonse, que je vous aime encore comme le premier jour de notre mariage, ce jour où vous fîtes une si éblouissanltenirée à Rome, entre monsieur de Valentinois, mon frère, et monsieur le cardinal Hippolyte d'Esté, le vôtre? J'étais sur le balcon des degrés de Saint-Pierre. Je me rapjielle encore votre beau cheval Ijlanc chargé d'orfèvrerie d'or, el l'illustre mine de roi que vous aviez dessus!

Vous étiez vous-même bien belle, madame, et bien rayonnante sous votre dais de brocart d'argent.

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