ACTE M. — LE COITI.E
DONA LICREZIA
Oh! ne me parloz pas de moi, monseigneur, quand je vous parle de vous. Il est certain que toutes les princesses de l'Europe m'envient d'avoir cpousé le meilleur chevalier de la chrélicnlé. El moi Je vous aime vraiment comme ^i j'avais dix-huit ans. Vous savez que je vous aime, n'est-ce pas, Alplionse? Vous n'en doutez jamais, au moins'? Je suis froide quelquefois, et distraite ; cela vient de mon caractère, non de mon cœur. Ecoutez, Alphonse, si votre altesse m'en grondait doucement, je me corrigerais hien vite. La Ixtnne chose de s'aimer comme nous faisons! Donnezmoi voire main. — embrassez-moi, don Alphonse! — En vérité, j'y songe maintenant, il est hien ridicule qu'un prince et une princesse comme vous et moi, qui sont assis côte à côte sur le plus heau trône ducal qui soit au monde, et qui s'aiment, aient été sur le point de se quereller pour un misérable petit capitaine aventurier vénitien! Il faut chasser cet homme, et n'en plus parler. Qu'il aille où il voudra, ce drôle, n'est-ce pas, Alphonse? Le lion et la lionne ne se courroucent pas d'un moucheron. — Savez-vous, monseigneur, que si la couronne ducale était à donner en concours au plus beau cavalier de votre duché de Ferrare, c'est encore vous qui l'auriez'.' — Attendez, que j'aille dire à liautista de votre part qu'il ait à chasser au plus vile de Ferrare ce Gennaro.
DON VI.PHONSF
Rien ne presse.
DO>A LICREZIA, d'un air enjoué.
Je voudrais n'avoir plus à y songer. — Allons, monsieur, laissez-moi terminer cette affaire à ma guise !
11 faut ({lie celle-ci se termine à la mienne.
DON A LICP.EZIA
Mais enfin, mon Alphonse, vous n'avez pas de raison pour vouloir la mort de cet homme.
<l(l I.IC.IU-CE liiiIlCIA.
DON M.I'im.NSE
Kl la parole que je vous ai donnée? Le serment d'un roi est sarré.
nONA I.rCRKZI.V
Cela est bon à dire au peuple. Mais de vous à moi, Alphonse, nous savons ce que c'est. Le Saint-Père avait promis à Charles VIII de France la vie de Zizimi, sa saintoti' n'en a pas moins fait mourir Zizimi. Monsieur de Yalentinois s'était constitué sur parole otage du même enfant Cliarles VllI, monsieur de Valentinois s'est évadé du camp français dès qu'il a pu. Vous-même, vous aviez promis aux Petrucci de leur rendre Sienne. Vous ne l'avez pas fait, ni dû faire. Hé! l'histoire des pays est pleine de cela. M rois ni nations ne pourraient vivre un jour avec la ri<,qdité des serments qu'on tiendrait. Entre nous. Alphonse, une parole jurée n'est une nécessité que quand il n'y en a pas d'autre.
l'iinrtnnt. doiin Lucrezia. un serment...
DO>A I.rCP.EZIA
Ne me donnez pas de ces mauvaises raisons-là. Je ne suis pas une sotte, llites-moi plutôt, mon cher Alphonse, si vous avez quelque motif d'en vouloir à ce Gennaro. .\on? Eh hien! accordez-moi sa vie. Vous m'aviez liicn accordé sa mort. (Ju'est-ce que cela vous fait? S'il me plaît de lui pardonner. C'est moi qui suis l'olïensée.
C'i'st justement parce qu'il vous a offensée, mon amour, que je ne veux pas lui faire grâce.
DJ.W LrCP.EZLV
Si vous m'aimez, Alphonse, vous ne me refuserez pas plus longtemps. Et s il me jilait d'essayer de la clémence, à moi? C'est un moyen de me faire aimer de votre peuple. Je veux que votre peuple m'aime. La miséricorde, Alphon.se, cela fait ressembler un roi à Jésus-t'hrist. Sovons des souve-