‹ Lucrèce BorgiaChapitre 69 sur 227 · ACTE III. — IVilES MOUTS. IH · texte numérisé non relu

ACTE III. — IVilES MOUTS. IH

Ail! je suis volro neveu! Ali! c'est ma mère, celle inforlunée duchesse de Gandia, que tous les Borgia onl rendue si malheureuse! Madame Lucrèce, ma mère me parle de vous dans ses leltres. Vous êles du nombre de ces parents dénaturés dont elle m'entretient avec horreur, et qui ont tué mon père, et qui onl noyé sa destinée, à elle, de larmes et de sang. Ah ! j'ai de plus mon père à venger, ma mère à sauver de vous maintenant ! Ah ! vous êtes ma tante ! Je suis un Borgia! Oh! cela me rend fou! — Ecoulez-moi, dona Lucrezia Borgia, vous avez vécu longtemps, et vous èlcs si couverte d'allentats que vous devez en être devenue odieuse et abominable à vous-même. Vous êtes fatiguée de vivre, sans nul doute, n'est-ce pas? Yjh bien, il faut en finir. Dans les familles comme les nôtres, où le crime est héréditaire et se transmet de père en fils comme le nom, il arrive toujours que cette fatalité se clôt par un meurtre, qui est d'ordinaire un meurtre de famille, dernier crime qui lave tous les autres. Un gentilhomme n'a jamais été blàiné pour avoir coupé une mauvaise branche à l'arbre de sa maison. L'espagnol Mudarra a tué son oncle Bodrigiie de Lara pour moins que vous n'avez fait. Cet espagnol a été loué de tous pour avoir tué son oncle, entendez-vous, ma tante? — Allons! en voilà assez de dit là-dessus! Recommandez votre àme à Dieu, si vous croyez à Dieu et à votre àme.

D0>A l.lCllEZl.V

Gcnnaro! par pitié pour toi! Tu es innocent encore. Ne commets pas ce crime?

GE>>Ano

Un crime! Oh! ma tète s'égare et se bouleverse! Sera-ce un crime? Eh bien! quand je commettrais un crime! Pardieu! je suis un Borgia, moi! A genoux, vous dis-je! ma tante! à genoux!

IM)\A I.n.IlFZI.V

Dis-tu en effet ce que tu penses, mon Gennaro? Est-ce ainsi que lu payes mon amour pour toi?

lOG LLCP.ÈCE liUlililA.

Amour 1

DO.\A UCREZI.V

C'est impossilile. Je veux te sauver de toi-raème. Je vais appeler. Je vais crier.

GE.N.N.VRO

Vous iiouvrirc'Z point cette porte. Vous ne ferez point un pas. Et quant à vos cris, ils ne peuvent vous sauver. Ne venez-vous pas d'ordonner vous-même tout à l'heure que personne n'entrât, quoi qu'on pût entendre au dehors de ce qui va se passer ici?

D0>A LICREZIA

Mais c'est lâche ce que vous faites là, Gennaro! Tuer une femme, une femme sans défense! Oh! vous avez de plus nobles sentiments que cela dans l'âme! Ecoute-moi, tu me tueras après si tu veux, je ne liens pas à la vie, mais il faut bien que ma poitrine déborde, elle est pleine d'angoisse de la manière dont tu m'as traitée jus(ju à présent. Tu es jeune, enfant, et la jeunesse est toujours trop sévère. Oh! si je dois mourir, je ne veux pas mourir de ta main. (x-Ia n'est pas possible, vois-tu, que je meure de ta main. Tu ne sais pas toi-même à quel point cela serait horrible. D'ailleurs, Gennaro, mon heure n'est pas encore veime. C'est vrai, j'ai commis bien des actions mauvaises, je suis une grande criminelle ; et c'est parce que je suis une grande criminelle qu'il faut me laisser le temps de me reconnaître et de me repentir. 11 le faut absolument, entends-tu, Gennaro?

Vous êtes ma tante. Vous êtes la sœur de mon père, (^u'avez-vous fait de ma mère, madame Lucrèce Borgia?

D0>A LICUEZIA

Attends! attends! Mon Dieu, je ne puis tout le dire. Et puis, si je te disais tout, je ne ferais peut-être que redoubler ton liorreur et ton mépris pour moi 1 Ecoute-moi encore un instant. Oh[ je voudrais bien que tu me reçusses repentante

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