ACTE II. — PREMIÈRE PARTIE SCÈNE VI
DONA LUCREZL\, GENNAIiO
GENNARO
(J ma pauvre mère! ma mère bien-aimée! il me sendde qu'en présence d'une feimne semblalile. ton image me revient [ilus douce et jilus considante. Hélas, mallieureuse femme! on m'a arraché tout enfant de ses bras! tout nouveau-né! 0 infortunée (|ui n'aimait (]Ue moi au monde! idle ne m'a pas vu tout jielil jouer et rire sur son lit aux joyeux rayons du soleil levant. Les autres mères entendent les premiers bégaiements de leurs enfants, elles soutiennent leurs premiers pas, elles .sont la première chose qu'ils aiment, elles essuient la sueur de leurs jeunes fronts pendant qu'ils dorment sur leur sein, elles réchauffent
Ictirs petits pieds dans leur poitrine quand ils ont froid, les joies niatcrnplles font tressaillir leurs entrailles à clia(jue croissance de leur enfant, elles sont bien heureuses, les autres mères! Toi, hélas, ma mère, tu n'as rien eu de tout cela. Tu n'as pas le siiuviMiir de mon ciifancc pnur l'ayoniirr ;"t tnulc heure sur ta vie. nh ! oui. elle a hieri suulïert. cetti' misi'ialile créaline de Dieu!
r.'oNA I.UCRKZIA
Ta mère, si elle était là. fîennani. elle te dirait connue moi d'avoir pitié de moi! Elle te dirait (|ii'uHe femme est un e^re faible à qui il ne faut jamais refuser la compassion, si coupable qu'elle soit. Elle tomberait à genoux devant toi comme moi. el te demanderait grâce pour Lucrèce Burgia. Elle te conjurerait de me dire, avant de me quitter ])our janniis, quebjue douce parole. Et quand je dis : quelque douce parole, je ne demande pas (pie tu me parles comme quelqu'un qui m'aimerait, non, je ne suis pas si exige^mte, dis-moi que tu ne me hais pas, que tu ni' me maudis pas, que tu ne sens pas quand tu me vois le besoin d'écras<'r ma fête de ton pied comme celle d'un serpent, dis-moi cela, seulement cela, ce n'est pas beaucoup, n'esl-ce pas? eh bien, je serai conlenle. mon Gennaro !