DONA I.UC.REZ1A
Vivre, non. Heureuse, je le suis. Tu sais (pie je snis la mère, el je ne le lais pas reculer d'horreur, et tu m'aimes, et lu pleures aV(H' moi. .le serais bien difficile, le dis-je, si je n'c'lais pas heureuse!
GENNARO
Il faut vivre, ma mère!
DONA LUlREZIA
Il faut mourir. — Ma poitrine se remplit, je le sens. Mon fils, mon fils adoré!... — oh! comprends-tu la joie que j'ai à te dire tout haut et à toi-même : mon fils ! — mon fils, embrasse-moi ! Il l'emlirasse. Elle jette un cri.
Oli!... ma blessure!... — Quelle misère! Ce que je souhaitais le plus au monde, un tendre embrassement de mon fils, sa poitrine serrée contre ma poitrine, cela m'a fait du mal ! — C'est ("gai! embrasse-moi, mon fils! la joie passe encore la douleur!
122 F.lICl'.KCE HORCIA.
(IliN.XU'.d
(lli ' iiKiii Dieu! Iiiiit n'est |i;is (l(''sr's|i(''r!'' pciil-ètic. Le ciel iic ri;ifl |i:i-. jiisic de iir ikiiis n'iiiiir |MPiir ikmis s(''|i;iri'r |iliis cnicllciiiciil, cl (le vdiis rciiriMidrc loiil de siiilc. Mil inèrc. un |icii de secours vous s;iuver;iit. Laissez-moi eourir...
DONA Ll'CRF.ZlA
Xe uie quille pas. Ne gà(e pas mes derniers instants. Ri^stons seuls. Devant les autres, je ne pourrais pas t'appcler mon fils. — (Jnument |)eux-tu croire qu'aucun secours humain me sauverait? Est-ce que lu ne t'aperçois pas que ma voix l)aisse? Tiens, ma main est déjà froide. Toucho-la. — Gennaro! mon fils! je veux mourir dans tes bras. Je suis contente ainsi. No pleure pas, je ne soulïre presc[ue plus. Presque plus, je t'assure. Tiens, vois-lii, je souris. — Oh! j'ai été si à jjlaindre! ce moment où nous sommes, cette heure qui te semble à loi si affreuse et si luguhre. juui'. mon enfant, c'est l'heure la plus heureuse de ma vie!
OENNARO, nvf>c désespoir.
M:\ mère! • — (11: ! mon Dieu! mon Dieu! conservez-moi )na mèl'e !
noXA IX'CREZIA, ^:in^'lnl:iiit Imil ;i rn\\\i !•! |p siTlMiil ilaiis sos liras.
Ah' c'est vrai pourliuil ! hi'las ! lii-las! lu vas perdre ta mère, mon jiauvre enfant ! 0"'^ j'' 1'' plains, mon tils, de perdre la mère! Qu'est-ce (jue tu deviendras quand tu ne l'auras plus? (I mon Dieu, je voudrais que toutes les femmes fussent là pour le recouuuander à elles. Cet horrible duc de Valentinois! qui est-ce qui veillera sur mon enfant quand je serai morte? Est-il donc bien vrai que je vais mourir et te (piittei- pour jamais, mon Gennaro? Tout à l'heui'e, vois-tu, j'avais l'air résifjnée, mais je ne l'étais pas. Je ne voulais pas te briser t(mt à l'ail. Maintenant c'est plus fort (|U(> moi. Mon cœur éclate quand je songe que tu vas rester seul. C'est bien affreux de mourir quand on laisse son enfant après soi! Gennaro! mon Gennaro! je li' connais, tu as besoin d'amour, toi! Quand ma poitrine ne battra |)lus. qui est-ce qui l'aimera d'un cœur désintéressé, pour toi-même, pour toi seul, et sans autre pensée que celle de l'aimer? Hélas, on a beau dire, vous autres hommes, la femme (jui vous aime le mieux dans cette \ie, c'est toujours votre mère! Est-ce que tu crois vraiment aux autres espèces d'amour, uion Gennaro? — Tu j)leures, tu ne peux plus parler, mon enfant! — Adieu! Je sens que cela monte et
XdTES OK [.EDITIOX lŒ 188-.'. l'i.ï
i[iir je \;iis iircli.iHliL'. — Uli I un peu rl'aii! un |ii'U «l'air I — T;i main! ta niairil — (lli! j'étiniffe ! — Vit-ns, approche-toi. Tout
CENN.VRO
Mr voici, ma mrre.
DONA LL'CREZIA
Soulrvi'-moi. — Il me semlile que tout est cxpii'- mainlcnnnt r-t ipie je |)uis nie liasarder à lever les ycn\ au cii'l.
Elli' é(ond la main *ur lui.
H mon Dieu! si une femme comme moi a encore le ilroil diliénir quelqu'un, je héiiis l'enfant innocent de mes entrailles, mon (ii'nnaro! — Ailieu ! adieu, mon fils! aÎs longti'Uips et soi>. liruri'ux! — Ail! (pie \ien-;-lii de jeter el de hriser à ien-e?
OENNARO
l.e contre-ix)ison.
AUTRE VAm.L\TE DE LA SCÈNE FINALE
r.ENNARO
Je n'i'coule |ilus rien. Finissons-en.
Il la >ai>il par les rliovoiix ot la fra]>|io.
noNA LLir.EZIA
(iennaro! — Je suis ta mère!
GENNARO, Iri'inhhiiil et lai-innl ifimber le nmliMii. Ma mère ! oli ! vou*; laillez!
IlONA I.ICREZIA
Ta mère ! el tu m'as tuée !
GENNARO
Oh! non, cela n'est pas! est-ce que cela se peut? Vous, ma mère! Par pitié, dites-moi que vous n'êtes pas ma mère!
TioNA l.rf.REZr\, tirant \f >n poitrine un paquet île li'ttrc- ensanglantées.
Il v avait là sur mon cœur des lettres. Les voici. Pren<ls-les, Gennaro. Mon sing n'a peut-être pas tout elTacé. — I5econnais-tu
C(Mle ('■(■ fil lire?