SCÈNE III
LES MÊMES, LUCRECE, couverte d'un voile noir jelé sur ses habillements.
LUCRETIUS, qui s'est levé, et s'est avance vers Lucrcce. Quoi ! les cbe\ eux épars ! les yeux baissés à terre ! Un noir habillement ! quel terrible mystère ! îla fdle! EUe se tait; des pleurs voilent son œil. Qui pleures-tu?
LUCRÈCE, .iprcs un silence.
3Ioi-mème, et je porte mon deuil, Le deuil de mon honneur.
COLL VTIN,
Lucrèce, quel langage!
LUCRÉTILS.
Je n'ose soupçonner les malheurs qu'il présage.
SGÈi>'E IIJ. 73
COLLATIN
Lucrèce, parle-moi, ma noble femme.'
Non , Je ne suis plus ta femme, et n'en veux plus le nom. Morte est l'épouse.
COLLATIN
Morte est l'épouse !
Qu'importe Que le corps soit vivant quand la pudeur est morte? Tu n'as devant les yeux qu'un corps déshonoré. Pourtant mon àme est pure, et je le prouverai. Ecoute, Collatin; écoutez, vous, mon père, (Elle prononce, avec une intention plus marquée, le nom do Junius.) Vous aussi, Junius, et vous aussi, Yalère. Jurez par ^otre droite, et donnez votre foi Que le crime a semé sa vengeance après soi.
TOUS , tendant la main droite.
Nous le jurons.
Sextus, Sextus est le coupable.
C'est lui qui déchaîna cet orage effroyable , Contre moi; contre lui, si vous avez du cœur.
BRUTE
Oh!
COLLATIN
Sextus !
YALÈRE.
Achevez.
Sous un motif trompe ui-, Hier, il est venu par l'heiu'e ténébreuse. Je l'ai reçu. C'était un hôte. 0 malheureuse!
7i ACTi: V.
L:i nuit, (juaïul je dormais, il \\n\ droit à mon lit. .k' mV'xcillc. Il a\ait une éprc, et me dit, A l'endroit de mou cœur portant la lame nue : « Si vous ne cédez pas, Lucrèce, je vous lue; « Et de ce même fer, dans votre sein plongé, « J'irai tuer en bas un esclave que j'ai, cf Je rajjporterai mort à côté de vous morte, « l'^t dirai qu'entendant du bruit j'ouvris la porte; « Qu'ayant surpi'is par là votre amour clandestin, « J'ai satisfait sur vous mon parent Collatin. « Ainsi, votre trépas faisant votre souillure, « Vous laisserez un corps privé de sépulture. »
BRUTE
Oli!
COLLATIN
Perfide Sextus!
LUCnÉTIUS.
0 déploral)le enfant!
VA LE RE
Détestables Tarquins !
Il s'en fut triomphant.
Je n'ai pas craint la mort; j'ai craint l'ignominie. 3ra mort à ce moment servait la calomnie, Kt, chargeant l'innocent d'un opprobre éternel. De son impunité flattait le criminel.
Voilà pourquoi je \\s. Une peine m'est due; Mais justice à chacun sera du moins rendue. J'ai \oulu ^i\re assez pour qu'on sût aujourd'hui Que la peine est pour moi, mais la honte pour lui.
COLLATIN
Que parles-tu de peine, épouse magnanime!
Ce n'est pas au malheur (ju'on la doit, c'est au crime.