SCENE l
Fi! n'avez-voiis donc point ici de chevalier Qui s'offre à la défendre en combat singulier?
GUILLAUME
Pas un ne s'offrirait.
ROBERT
Alors je suis cet homme 1
GUILLAUME
Il n'est pas de champ clos contie un arrêt de Rome; Et vous pouvez penser, s'il s'agissait du fer, Que dès le premier jour je me serais offert.
ROBERT
Elle est donc perdue?
GUILLAUME
Oui.
ROBERT
Point d'espérance?
GUILLAUME
Aucune.
ROBERT
Je reste confondu devant cette infortune.
Et moi qui viens ici, confiant et joyeux;
Qui promettais si bien cette fête à mes yeux
De contempler vos traits, ô glorieuse Reine,
Dont on vante partout la grâce souveraine,
0 vous, que les Trouveurs ne nomment dans nos cours
Que fleur de la beauté, que reine des amours!....
GUILLAUME
Qui l'a vue autrefois , la verrait bien changée : Sa beauté par les pleurs est déjà ravagée ; Elle est là, toute seule, au fond de ce palais. N'ayant, pour la servir, ni dames, ni varlets; On l'évite avec soin, comme un être funeste. Comme si dans son souffle on lespirait la peste.
:W ACTK II.
UOBEKT.
Miiis ceux qu't'lk' a f^uéiis. (luilliiimic, car je sais (Qu'elle a sauve la vie à niaiiil t'I maint blessés , Et ceux qu'elle a nounis de son ])ain, (aut-il croire Oue (le leur bienfaitrice ils aient perdu mémoire?
GLILT. AUMK.
Ils n'ont pas seulement oublié ses bienfaits,
Comte; ils tournent cncor ses vertus en forfaits.
Par ses soins dévoués les blessures guéries
Ne l'ont été , dit-on , que par sorcelbMies ;
Et , quant à sa largesse envers les indigents ,
Elle acbetait ainsi l'dme des pauvres gens.
Voilà quels sont les bruits qui courent par la ville.
ROBERT
0 peuple ingrat et làcbe! ù multitude vile! Que fait le Roi?
GUILLAUME
Le Roi défend madame Agnès.
ROBERT
Bien! Sire.
GUILLAUME
Et les excès répondent aux excès.
Il cbasse les prélats , leurs clercs et leurs chanoines ; H fait par des routiers piller leurs patrimoines; Car, tous ses serviteurs l'ayant abandonné, De routiers mécréants il s'est environné. C'est lui!
PHILIPPE, parlant du dehors à l'abbé de Saint-Denis. N'excitez pas encor(; ma colère, Sire abbé! le bercail ne vous importe guère. Pomvu que vous mangiez vos rentes en repos , Et buviez largement le vin de votre clos , Vous ne prenez pas garde à mon peuple en souffrance.