SCENE III
Et vous n'êtes que trop propre à la diriger,
A'ous , par vingt ans d'affronts instruit à vous venger,
Instruit à commander aux passions des autres
Par vingt ans employés à commander au\ vôtres.
J'ai craint que cet appât ne vînt à vous tenter;
J'ai voulu vous armer à mieux patienter,
Eu vous faisant savoir que, moi, je vous estime
D'autant plus avili , d'autant plus magnanime.
BRUTE
Généreuse amitié! Rassurez-vous, pourtant.
Sans doute un jour viendra mais ce jour est distant.
Ah ! pourquoi la fortune est-elle si jalouse De m'avoir envié même une chaste épouse! Si celle qui flétrit encore un nom flétri, l!t qui, dans Thomme vil, avilit le mari, Eût été comme vous, Lucrèce; si mon âme Eût pu se retirer dans celle d'une femme. Et rencontrer , au sein des dieux intérieurs , La paix et l'amitié qui me fuyaient ailleurs ; Alors, ce houclier du honheur domestique M'eût fait invulnérahle à l'insulte puhhque, Et j'aurais entendu, tranquille en mon orgueil, Le bruit de l'infamie expirer à mon seuil. ]\[ais le sort, mécontent de son œuvre imparfaite, A couronné ma honte et l'a placée au faite. Cependant il me traite avec quelque douceur: S'il m'enlève une épouse, il m'accorde une sœur. Que les dieux , vous suivant d'un regard tutélaire , Réservent pour moi seul leurs regards de colère ! Qu'ils protègent vos jours
LLCRt:CE.
Silence. On vient par là.
Eaites votre visage.
1« ACTi: J.