‹ LucrèceChapitre 83 sur 98 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

( Philippe-Auguste, l'épéc à la main , ranièue Agnès presque évanouie") PHILIPPE-AUGUSÏE , AGNÈS.

Ne craignez plus, Madame; et veuillez, pour un jour, Accepter un asile en votre ancien séjour. Qu'ils viennent maintenant ces assassins de femme ! Je suis là.

AGNÈS. Elle lui prend la main eu s'agenouillant. Monseigneur...

PHILIPPE

Que faites-vous , Madame !

AGjNÈS.

C'est donc vous, qui deviez me sauver, c'est donc vous! Ah! laissez-moi bénir cette main à genoux!

PHILIPPE , remettant son épée au fourreau.

N'en parlons plus , Madame.

AGNÈS

Oh ! si , parlons-en ! — Siie , Vengez-vous : dites moi tout ce que l'on peut dire; Ecoutez mes propos , sans vous en soucier ;

Mais ne m'cniin^licz pas de vous lemoicii'i'. Mon >ail!aiil (irrciiscur, vous qui m'avoz sauvée, A (|U('lli' moil , sans vous, (Hais-jc réservée! Ah! Dieu!... je savais bien que je faisais h(>rreur ; Je n'imaginais pas pourtant cette fureur. Saluée, en sortant, d'un sinistre murmure. Au bout de quelques pas , de mille cris d'injure , Puis poussée, assaillie, avançant, reculant. Éperdue, au milieu de ce cercle hurlant Qui , toujours rétréci , m'avait enveloppée , Et que Guillaume en vain coupait de son épée , J'avais fermé les yeux, attendant le trépas; Quand je les ai rouverts, j'étais entre vos bras. J'ai \u — que vous étiez superbe de colère ! — S'arrêter tout à coup le torrent populaire ; Entre la foule et moi , j'ai vu , comme un éclair, Descendre et remonter par trois fois votre fer; Et la place était libre; et, prompte à disparaître, La foule s'écoulait sous le regard du maître. C'était peu d'une armée; il a suffi du Roi. Vous seul le pouviez faire, et l'avez fiiit pour moi!

PHILIPPE

O mon aveugle instinct , comme je te rends grâces !

Si je ne m'étais pas élancé sur vos traces ,

Si je m'étais soumis au\ ordres que j'ai lus,

Si même je tardais un seul moment de plus.

Quel sp(»ctacle, grand Dieu!> C'est vous que j'aurais vue.

Vous, Agnès, massacrée au milieu de la rue!...

Il fallait bien avoir hiUe de me quitter,

Pour que tant de périls n'aient pu vous arrêter.

Madame ! vous deviez alors parler sans feinte.

Je ne vous voulais pas retenir par contrainte ;

Quel que fût mon chagrin, sans vous le témoigner,

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