SCENE I
Je me serais otîert à vous accompagner. Vous auriez pu marcher, trancpiille, sous ma garde; Car, Madame, c'est moi que ce soin-là regarde. Votre père à moi seul a commis son pouvoir; C'est de moi seul aussi qu'il vous doit recevoir.
AGNliS.
L'éclat de son courioux me serait moins terrible. Cette douceur me tue.
Oh ! ciel ! est-il possible î Quoi ! voilà ces amours que vous juriez ici ! Quoi! vous, Agnès! c'est vous qui me trompiez ainsi!
AGIVÈS.
Mon Dieu ! soutenez-moi !
PHILIPPE
Non. Ce ne peut pas être, Après les sentiments que tu m'as fait paraître. Ta voix partait du cœuî'; non, tu ne mentais pas. Explique ton billet : dis ce que tu voudras. Je crois tout, excepté ce qui serait sans gloire. Comment même, un instant, avais-je pu le croire! Non. Parle, Agnès!
AGNÈS
Eh bien!...
PHILIPPE
Eh bien ?
AGNÈS
La vérité, Sire, c'est que mon cœur a longtemps résisté. Mais le ciel rigoureux condamne notre flamme. Il y va , Monseigneur, du salut de notre àme ; Et , triomphant enfin d'un amour criminel , J'ai songé pour nous deux au salut éternel.
72 ACTK IV.
PHILIPPE
Ohl elle me le dit! — C'est bien là votre idée?
Oui.
Oui.
PHILIPPE
C'est là le motif qui vous a décidée?
AGNÈS
PHILIPPE
Hieii, Madame! Hoimeur, fidélité, serments, \ Ous n'êtes que mensonge et que déguisements ! Puisque Agnès m'a trahi , toute femme est parjure. Ah ! je n'attendais pas cette dernière injure ! Ah ! c'est le coup mortel ! Venez , mes ennemis ! .Je ne résiste plus, et tout vous est peimis. Abandonné d'Agnès, il n'est rien qui m'étonne. Agnès ! Agnès î
AGNÈS
C'est faux! qui! moi! je t'ahiuidonne!
C'est faux! je t'aime. Enfin le silence est roni|)u. C'est assez m'efforcer; j'ai lait ce que j'ai pu. Je t'aime. C'est trop peu, Philippe; je t'adore, .fe t'adorais heureux , malheureux , ])lus encore. Va, le |)ape peut bien lancer les interdits, Désoler runi\ers, fermer le paradis; 11 p(!ut tout; il est maître et du corps et de l'âme; Mais il ne peut tarir l'amour chez une femme. Je t'aime , entends-tu bien , d'un amour absolu. J'aurais voulu mourir pour toi ; j'aurais voulu — Que Dieu qui nous entend pardonne ce blasphème! — Sacrifier pour toi jusqu'à mon saliil même. Mon repos! ce n'était qu'un motif supposé. Je savais que demain tu serais déposé.