‹ Lucrece tragedie en cinq actes et en versChapitre 10 sur 62 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

Non, non, vous n’ètes pas ce que l’on croit à Rome Junius est sous Brute , et le fou câche l’homme ;

Et plus vous descendez votre âme de hauteur,

Plus vous prouvez par là qu’on doit en avoir peur; Plus vous vous ramassez de hontes à contraindre, Plus, en se dévorant., la vengeance est à craindre.

Vous avez deviné, Lucrèce; et cet aveu,

A Lucrèce adressé, me doit alarmer peu.

Oui, j’ai quitté mon nom, mais pour mieux le reprendre; J’accepte tous leurs coups, mais pour mieux les leur rendre.

LUCRÈCE

O sombre profondeur de ce ressentiment !

Je n’y plonge pas l’œil sans un tressaillement.

Mais puisque l’amitié put percer votre ruse,

Gardez que l’ennemi ne sente qu’on l’abuse.

N’oubliez pas qu’en vous, par deux contraires sorts,

Le corps doit tuer l’âme, ou bien l’âme le corps;

Que, vivant sous Tarquin , vous vivez sous la hache ; Qu’une erreur la suspend , qu'un soupçon la détache ; Qu’un instant vous trahir c’est lui tendre le cou,

Et que vous êtes mort si vous n’ètes plus fou.

Quand je pense aux effets d’un seul propos, je tremble. Vous aviez trop raison aujourd’hui, ce me semble. Votre folie était l’ivresse du bon sens, .

Et vos traits contournés n’étaient que plus blessants.

Ce langage hardi

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