LES MÊMES, BRUTE
BRUTE
Sextus, je rentre au camp, et viens vous avertir. M’accompagnez-vous?
SEXTUS
Non, je reste encore à Rome.
J’ai certaine œuvre ici qu’il faut que je consomme.
BRUTE
Les Romains feront bien de s’enfermer chez eux, Sextus. Un prince oisif est parfois dangereux ;
Mais un prince affairé! le danger est bien pire.
SEXTUS
Brute, retiens ta langue; elle en pourrait trop dire.
BRUTE
Laissez. Nous nous devons entr’aider : c’est pourquoi Je prends chez vous les traits dont vous riez chez moi. Nous composons à deux une folie entière :
L’un fournit le langage, et l’autre la matière.
Comme vous agissez, moi je parle; et jamais Je n’extravague mieux qu’en parlant de vos faits.
LUCRÈCE
SEXTl’S.
Félicite-toi donc; une bonne aventure
(Il montre la Siliylle.)
Au moment où je pars t’offre une autre pâture. Regarde cette femme, au ténébreux manteau,
Qui semble s’enfumer à tenir un flambeau :
C’est une folle errante : elle parcourt le monde,
Pour rencontrer sans doute un fou qui lui reponde. Vous pouvez faire assaut, l'un l’autre; et je ne sais Lequel des deux l’emporte en propos insensés.
(S'adressant à la Sibylle , et lui rendant le livre qu’il a gardé jusqu’alors.)
Et toi, reprends ton livre, esclave ou pythonisse,
(A Sulpice.)
Et fais-en de la cendre à ton gré. Viens, Sulpice.
(Il sort avec Sulpice.)