‹ LudendorffChapitre 10 sur 25 · Dite « Armée du Sud » sous Liusingen · texte numérisé non relu

Dite « Armée du Sud » sous Liusingen

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son extrême aile gauche, avec une pensée d'enveloppement de la droite russe, qu'il les appliquera.

Cette leçon donnée à l'autorité supérieure n'est sans doute pas étrangère à la désignation subite de Ludendorlï pour le poste de chef d'état-major de l'armée allemande du Sud. Noire héros devenait décidément un personnage envahissant. Mais Hindenburg ne pouvait déjà plus se séparer de lui — Sur sa demande, l'Empereur le lui rendit. Dès lors, le plan d'attaque par la Prusse Orientale prévaut et les quatre corps de renfort sont accordés.

LudendorfT part de ce principe qu'on ne peut obtenir rien de grand si l'on n'attaque sur deux points à la fois. L'envergure de ce principe — nous le verrons par la suite — est encore bien modeste, mais, en Russie, contre un ennemi passablement inactif en son commandement subordonné et dont le commandement supérieur était en partie dépourvu du seul instrument qui permît de manœuvrer des réserves de toutes armes — un puissant réseau routier et ferré — , il gardait une réelle valeur.

Ludendorff, en ce qui le concerne, attaquera donc sur deux directions. Son aile gauche, formant la 10e Armée (3 corps environ) s'ébranlera sur l'axe: Tilsitt-Kalwarya ; elle coupera les Russes du Niémen, Plus au sud, l'aile gauche de la 88 Armée, forte de 2 corps et demi rassemblés à l'ouest de Johannisburg,

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se dirigera, par Bialla et Raigrod, sur Augustow. Son flanc droit sera protégé par une flanc garde postée face à la Narew1. Si les deux attaques sont couronnées de succès et si la flanc-garde tient bon, toute la ligne russe comprise entre le Niémen et Bialla peut être rejetée et prise dans les grands bois d' Augustow.

Une fois la gauche parvenue sur la ligne : abords d'Ossowietz, abords de Grodno, poussera-t-on plus loin en direction de BialystockP Autrement dit, cherchera-t-on à couper toutes les forces russes naguère encore en position à l'ouest et au nord de Varsovie ? Peut-être, car c'est an grand et beau rêve.

Si l'on avait les forces nécessaires, tout espoir serait permis. Des forces supplémentaires, il en faudrait aussi pour une attaque qui remonterait la rive droite de la Vistule versPlotzk au moment où la 10e Armée pèsera de tout son poids sur la droite russe. Ce serait une bien opportune diversion contre le grand danger qui menace toute la combinaison, à savoir une offensive russe qui, partant de la Narew, prendrait sa direction sur Koenigsberg. S'imagine-t-on l'ennemi dépassant la région d'Aliensteia dans le temps où la 10e Armée sera engagée dans la boucle du Niémen P Ce serait le désastre. Aussi Ludendorff concentre-t-il deux nou^-

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mais bien étiré, au Bud d'Allenstein. Ainsi le coup sera paré directement dans la mesure du possible. Quelle gène que d'avoir dû consentir un détachement dans les Carpathesl Combien peu . ate est la

I lion suprême qui ne comprend pas que le grand art est de jeter tout ce qu'elle possède contre laRusr ie, pour en linir, au lieu de s'user, en France, dans des combats sans issue ! Lorsqu'elle adoptera cette notiun, il sera trop lard î

Fort heureusement — ou malheureusement, selon le camp où Ton se place — rien de ce qui touche aux projets russes n'est inconnu des Allemands. Cette fois, Ludendorff ne nous dit pas si les intentions du Grand- Duc Nicolas lui ont été fournies par un imprudent radiogramme, ou révélées par la saisie opportune d'un ordre général sur le cadavre d'un officier — il est probable qu'il possède des sources d'information moins tires — en tout cas, il sait que le Grand-Duc, adoptant un plan inverse du sien, ?e propose de combiner une puissante attaque dans les Carpathes avec une autre en Prusse Orientale, ceiie-ci de moindre envergure, mais appuyée à gauche, sur la Narew, par des masses considérables de cavalerie. îi sait même qu'à l'État-Major russe, cela s'appelle « le plan gigantesque ». Quand on est ainsi documenté, on peut calculer juste et faire de l'ironie à peu de frais.

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Les opérations s'ouvrent le 8 février. Depuis plusieurs jours, une tourmente de neige fait rage ; les chemins, couverts de verglas ou de neige accumulée, sont à peine praticables ; l'artillerie n'avance qu'à grand renfort de chevaux ; puis, soudain, le dégel survient et l'eau envahit tout. Dans de telles conditions, les manœuvres, plus que les batailles — quoiqu'il se produisit sur certains points des combats acharnés — déterminèrent le succès.

Dès le 7 février, la gauche de la 8e Armée s'était mise en mouvement. Le 8, elle est à Johannisburg, mais bute bientôt sur Raigrod énergiquement défendu. Plus au nord, le reste de la fraction d'armée marche sur Lyck où il pénètre le i k . Dans la nuit du 1 6 au 17, il atteint Augustow. Le front d« combat se rétrécit donc alors que le flanc exposé s'allonge en proportion de l'avance. Trois divisions sont prélevées sur le premier pour renforcer le second face à Ossowietz-Lomsha où l'on sait — par pur hasard, sans doute — que se forment de gros rassemblements ennemis.

Raigrod pris, Ludendorff aurait bien voulu que le mouvement continuât vers l'Est afin de couper les routes allant de la région d' Augustow vers le sud. Le commandant de l'armée lui fit savoir, qu'en raison de l'état des chemins, son ordre était inexécutable.

Ceci se passait dans le temps où la 10e Armée accomplissait son mouvement de conversion dans la boucle

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du Niémen, après être tombée, par surprise romrn coutume, sur les arrières et les convois de vivres delà droite russe ; celle-ci se retirait partie vers le sud, partie vers le fleuve. Il ne restait donc plus aux Allemands qu'à profiter, pour se nourrir, de l'aubaine qui les avait mis en possession des approvisionnements ennemis, à se garer face à Kowno et Olita, puis à poursuivre leur enveloppement autour de la grande forêt d'Àugustow. Les i5 et 16 février, c'est-à-dire très peu d'heures avant que la 8e Armée n'arrivât ellemême en ce point, ils parvinrent à l'entrée sous bois de la route venant d'Olita et, de là, poussèrent un corps d'armée sur Lipsk.

Ce corps fit face à l'ouest pour arrêter les Russes abandonnant la forêt d'Augustow, mais, ce faisant, il tournait imprudemment et impudemment le dos à la forteresse de Grodno. Des Russes débouchant de la place, il fut pris entre deux feux. C'est miracle qu'il Boit arrivé à se tirer de ce mauvais pas en faisant face des deux cotés à la fois ! Dès lors, tout est fini dans cette région. Les Russes enfermés dans la forêt d'Augustow sont contraints de déposer les armes. En revanche, un front solide s'est formé derrière le Bobr supérieur, jusqu'à Grodno, et les Allemands ne font plus aucun progrès dans cet intervalle.

Vis-à-vis d'Ossowietz-Lomsha, la flanc-garde, dont la mission était cependant défensive, s'était portée en

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avant. Ludendorff connaissait trop bien le plan russe pour attendre que la concentration qui s'effectuait avec lenteur dans cette région fut en état de produire son plein effort. Il attaquait afin de battre l'ennemi en détail. Ses troupes eurent énormément à souffrir de la réaction incessante d'un adversaire finalement très supérieur; il fallut les renforcer toujours davantage par prélèvements sur la 10e Armée dont les succès allaient s'accentuant mais, au demeurant, le flot fut endigué.

Quant à cette 10e Armée ainsi diminuée, elle renonça à forcer le défilé entre le Bobr et Grodno, abandonna les marais où, disait-elle, la vie était impossible et se replia sur une position, ébauchée au cours de la bataille par des compagnies spéciales de travailleurs, entre Augustow et Jurborg sur le Niémen. Au sudouest d'Augustow, le front se prolongeait face àOssowiotz et filait sur Plotzk.

Il y a lieu, de signaler enfin, qu'à la suite de fluctuations diverses, toute la partie nord de la Prusse Orientale avait été libérée. La ligne allait de Jurborg à Memel ; elle était à peu près tout entière au delà des frontières.

Quant aux Autrichiens, leur offensive en direction de Przemyls avait piteusement échoué. C'était la condamnation de la forteresse assiégée par les Russes. Elle capitula, en effet, le 19 mars.

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Quoique fort brillants, los surcè< de cette campagne

d'hiver (iioooo prisonniers et plusieurs ron^tinos de canons) étaient i"in de satisfaire LudcndoilT. L'exploitation stratégique de la victoire, telle qu'il l'avait rêvée, et avec elle la décision de la guerre contre la Russie, lui échappaient une fois encore. Meurtri, le colosse russe n'était pas abattu et c'est le véritable but que Ludendorff assignait à ses visées ambitieuses. Cependant, les lauriers remportés par les armées du front oriental produisaient sur la Direction suprême une impression d'autant plus profonde que ceux récoltés en France étaient moins capables de leur être comparés. A partir du printemps de iqi5, la célébrité d'Hindenburg et de Ludendorff va croissant ; l'opinion publique s'en mêlant, la Direction suit. C'est aux idées du duumvirat du front Est qu'elle se rallie désormais et à l'abattement de la Russie qu'elle va officiellement prétendre.

Campagne d'été comtre la Russie en 19 x5. — L'attaque autrichienne en direction de Przemyls, après avoir été arrêtée puis contre-attaquée par les Russes, refluait lamentablement. Seule, è la droite du from% la petite armée allemande de Linsingen faisait bonne contenance. En mars, le Grand-Duc ne menaçait rien moins que de franchir les Carpathes, de descendre dans la plaine hongroise et de jeter bas l'empire des

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Habsbourg. Le haut commandement autrichien était dans le plus grand émoi. La situation lui semblait d'une extrême gravité. Tous les malheurs lui arrivaient à la fois ; l'attitude de l'Italie devenait douteuse et des sécurités étaient à prendre de ce côté ; l'armée serbe donnait de nouveaux signes d'activité. Tous les fronts étaient à renforcer simultanément. Hindenburg était assailli de doléances et d'appels au secours; il les transmettait à la Direction suprême.

Yers la mi-avril, le péril fut à son comble car les Russes dépassaient la crête des Garpathes. D'un moment à l'autre, tout l'ensemble, Allemands compris, pouvait être ébranlé. Le cas était donc pressant. Ludendorfï expédia sur le front autrichien une, deux, puis trois divisions qui arrivèrent juste à temps pour parer à un irrémédiable désastre. Il dut encore envoyer quelques troupes face à la Serbie.

Toujours angoissée par la crainte de voir l'Autriche défaillir, — ne disait-on pas à Vienne que l'Allemagne livrait l'armée austro-hongroise en proie à l'ours russe ! — la Direction suprême poussait à tous les sacrifices. Bien plus, elle prit à son comptt les idées de Ludendorff contre la Russie, et Ludendorff l'en loue hautement. A ses yeux — une fois n'est pas coutume — cette détermination révèle un grand esprit de décision et un profond amour des responsabilités. En revanche, la Direction entend diriger ; elle se charge

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d'établir le plan de l'offensive prochaine ; elle se transporto m^me sur le front oriental, à Posen, et cela, comi.ic on peut le penser, lui vaut moins d'éloges.

Son plan est simple, trop simple même, car elle n'en est pas encore arrivée à la conception de deux attaques simultanées, ou livrées à court intervalle de temp^, sur deux points différents du front. Il n'y aura donc qu'une seule attaque sérieuse. Elle sera dirigée par Mackensen avec une armée allemande (11e) encadrée par des Autrichiens. Elle partira de la région de Tarnow et visera d'abord le San aux abords de Jaroslau. On pense qu'elle sera en mesure de déboucher vers la fin d'avril. Entre temps, Hindenburg effectuera des démonstrations sur son front, dans le but d'empêcher les Russes de faire des prélèvements de forces en faveur de leurs troupes de Galicie. Ces démonstrations, la Direction ne laisse même pas à Hindenburg le soin d'en fixer l'importance et les objectifs. Elles seront effectuées, l'une par la 9e Armée1 à l'Est de Lodz, et l'autre par la 10e qui débouchera de Suwalki.

Cette conception n'est pas du goût de Ludendorff. Ces démonstrations contre des fronts très bien fortifiés ne produiront aucun effet. Il en pourrait être tout autrement si, sur un point du front, on pouvait inau-

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