BUAT. IO
l/)f> LUDENDOUFF
Direction suprême ne s'est pas transportée de Charleville à Posen pour assister en spectatrice aux manœuvres de Ludendorfï. Elle n'est pas d'humeur à se laisser traiter en quantité négligeable. Elle décide donc de poursuivre l'attaque en faisant déboucher de la Narew et de la Vistule en amont de Varsovie les 12e, 9e Armées et Armée Woyrsch. Quant à l'Armée du Niémen, elle s'en désintéresse. Libre à elle d'agir à sa guise, mais avec ses seules forces. Tout au plus trouverait-on quelque intérêt à ce que la 10e Armée s'emparât de Kowno.
Non sans complaisance, Ludendorfï s'étend sur les misères endurées par les troupes allemandes lancées en Pologne, à la suite des Russes, sans communications établies, séparées de leurs chemins de fer par des distances excédant en certains points les fatidiques 120 kilomètres au delà desquels les armées modernes ne peuvent plus vivre que difficilement, obligées de séjourner dans un pays méthodiquement ravagé et dépeuplé par les Russes — il n'est pas sûr, d'ailleurs, qu'à ce point de vue, l'attaque préconisée par Ludendorff eût été bien supérieure à celle de la Direction suprême.
Certes, les résultats obtenus ne sont pas négligeables — conquête dTvangorod et de Varsovie1,
t. 5 août.
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ment de rorgirwsk et d'Os^ow i<-[/ '
— mais lVimemi. f,ui se bat biVn, c«"»nlro-.'it laque avec fureur et. s'il rende, ne voit jamais sa situation stratégique compromiso ; or, là est le point capital.
A sa iKVrpîion de n'avoir pas été suivi, LudendorfT ajoute d'autres ennuis. De plus liant, on décide que la 9' Armée et l'Armée YVoyrsch formeront un groupe d'armées autonome aux ordres du prince Léopold de Bavière. Cette articulation du commandement, à coup sûr contestable car les opérations de la 12e Armée sont liées à celles de la 9% excite d'autant plus la mauvaise humeur de Ludendorff, qu'en lui enlevant la direction des troupes, on lui laisse toutes les cb arecs de leur ravitaillement, c'est-à-dire toute la responsabilité de la remise en état et du fonctionnement des arriéres.
Les commandants d'armée, d'autre part, ne sont pas sans s'apercevoir de l'éclipsé subie par son arçto En fin de juillet, avant la prise de Varsovie, (i.illyviu, commandant la 12e Armée, avait projeté de sp rabattre du Nord au Sud, en partant de la Narew, cjari^ l'espoir de couper les défenseurs de la capitale polonaise. LudendorfT essaya vainement de lui faire comprendre, qu'au premier signe de danger, les Russes se mettraient en retraite et qu'il donnerait un coup d'épée
1 . La première de ces places sera prise le 19 aoét ; la seconde; le 23.
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dans l'eau. Gallwitz, soutenu par Posen, s'obstina, mais les événements donnèrent raison à Ludendorff, et, le 10 août, il fallut redresser vers l'Est la marche de la 12e Armée. De son côté, Mackensen, encore plus indépendant, n'avait plus de rapports avec l'état-major cTHindenburg. Quelle différence avec les précédentes campagnes ! Alors, le commandement sur le Iront oriental opérait en pleine liberté. Quels efforts a dû faire Ludendorff pour traduire en ordres des conceptions si complètement en contradiction avec les siennes ! Il nous assure qu'il s'y appliqua avec un soia pkis grand que s'il avait dû mettre en pratique des idées personnelles ou simplement partagées. Croyons-l'en sur parole 1
Vers le i5 août, son heure finit par sonner. A ce moment, le front partait de Czernowitz, remontait le Bug jusqu'à Brest-Litowsk, suivait la voie ferrée de Brest-Litowsk à Ossowietz — qui sera pris le 22 — se prolongeait, par Augustow, jusqu'en face de Grodno. A partir de là, la situation antérieure s'était très avantageusement modifiée. L'armée du Niémen, encore bien faible malgré les quelques renforts reçus, avait réalisé cependant de grands progrès. Elle tenait maintenant une ligne convexe allant du Nord de Kowno, par Wilkomir, jusqu'en face de Friedrichstadt, puis bordait la Duna pour se replier le long de la tète de pont de Riga.
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Une aussi vaste progression ne pouvait manquer d'attirer l'attention sur cette armée de qui Ton n'attendait rien et qu'on avait à peu près livrée à son sort. Elle devenait d'autant plus intéressante que, partout ailleurs, le front, désespérément linéaire, ne se prêtait plus à aucune manœuvre de débordement. La ligne russe y cédait toujours et ne se brisait jamais. Ludendorff exulte. 11 a eu raison envers et contre tous. La Direction suprême elle-même doit se rendre à l'évidence. Elle comprend enfin que l'attaque en direction de Wilna-Minsk eût été infiniment plus fructueuse que la poussée directe en Pologne. Mais son repentir est tardif et toute journée qui passe rend le résultat de la manœuvre plus aléatoire.
Ludendorff pousse donc au renforcement rapide de la 10e Armée et de l'Armée du Niémen qui vont jouer dans l'affaire le rôle principal. On lui donne le corps de siège d'Ossowietz qui vient de tomber; on lui envoie des divisions tirées des 9% 12e et 8* Armées, lesquelles se pressent maintenant sur un front trop étroit pour les contenir.
Le 9 septembre, l'attaque part. A ce moment, la T0e Armée, dans des opérations préliminaires, a déjà enlevé Kowno et Grodno1. Le plan est simple. Les Russes disposent de cinq voies ferrées : deux venant
1. Kowno, 16-17 a°ût. Grodno, débordé par le Nord du fait de la prise de Kowno, ne fut pour ainsi dire pas défendu.
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du Nord et aboutissant à Riga et à Dunaburg; trois venant de l'Est et aboutissant à Dunaburg et Molodetsohno. Comme c'est sur Wilna et Minsk que l'on veut faire effort, on se couvrira par une flanc-garde face à Riga, le gros de l'Armée du Niémen marchera contre Dunaburg pour protéger Faction principale qui sera menée par la i oe Armée dans la région de Wilkomir. La situation est favorable car si l'ennemi est fort immédiatement au Sud de la Duna, il s'allonge au contraire en cordon dans la région à l'Ouest de Wilna. Une fois le front rompu, la cavalerie pourra s'élancer le long des voies ferrées menant à Poloîzk et à Minsk, débordant ainsi le flanc et les arrières du gros des forces russes attardées au Sud-Ouest de Wilna. On la place en conséquence entre les deux armées d'attaque.
Cette offensive est la dernière, à vues lointaines, qui ait été livrée en 191 5 sur le front oriental. Elle peut se résumer en quelques lignes.
L'Armée du Niémen réussit, non sans pertes, à remplir sa tâche; la 10e ne peut que très lentement s'avancer sur Wilna et au delà. Au centre, la cavalerie accomplit pleinement sa mission. Dès le il\ septembre, elle fait son apparition sur la ligne ferrée de Polotzk à Molodetschno, mais une grave faute avait été commise en ne prévoyant pas qu'elle aurait un urgent besoin d'être rapidement soutenue par de l'infanterie
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et de l'artillerie. Elle be
P'autre part, les Rtrodes ont tellëttièilt reciilë qu'ils*
maintenant des rapprochés du point dam ei en peuvent relativement vite renforcer les défenseurs ; les Allemands ont à soutenir de rudes combats. Leur Direction suprême s'était décidée trop tard.
Au début de l'hiver 1915-16, le front se stabilise sur la ligne : Sud de Riga, Sud de Friedrich si adt, Sud de Dunaburg — en chacun de ces points, les s ont des tètes de pont — lac Narotch, Baranovitsebi, Pinsk, Dubno, Ouest de Tarnopol, Ilorodenka, Est de Czernowitz.
Au demeurant, la campagne d'été contre la Russie s'achève, comme les précédentes, sans décision. Tout porte à croire que si le plan de LudendoriT avait été iidopté de prime abord, elle se fût autrement terminée. Mis à exécution quelques semaines plus tôt, les Russes, attardés dans les environs de Grodno-Brest- Litowsk, n'auraient certainement jamais pu arriver au secours de leur aile droite débordée.
Ludendorff affirme cependant qu'un grand pas fut fait, en 191 5, dans la voie de l'abattement de la Russie. Nous en tombons volontiers d'accord, mais nous différons sur la cause des désastres futurs de notre allié. Il ne les faut point attribuer à l'incontestable échec qu'il venait de subir, mais à Tune de ses conséquences : l'éloignement du poste suprême d'un gêné-
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rai de talent, d'un soldat à la volonté rude et tenace mise au service d'une ardente haine pour l'Allemand ; la disgrâce du Grand-Duc Nicolas. Son envoi au Caucase est le résultat capital de l'offensive allemande de 191 5 ; il marque le commencement de la fin de l'armée russe. Tombée entre les mains débiles d'un chef de gouvernement probablement sincère mais sans autorité réelle parce que sans volonté, cette malheureuse armée, de plus en plus ouvertement trahie par une faction puissante dont les menées extérieures et intérieures étaient jusque-là demeurées souterraines, va tenir son rôle quelque temps encore, puis rouler, de chute en chute, jusqu'à l'abîme où elle s'effondrera.
La défensive sur le front oriental (janvieraoût igi6). — La fin de l'année igi5 avait amené la rition de l'armée serbe du théâtre de la guerre. Écrasés entre une armée austro-allemande et les divisions bulgares, nos valeureux alliés étaient à grand' peine parvenus à gagner l'Albanie, puis la côte adriatique, à défaut du territoire grec, .la Grèce ayant trahi son alliance. Ils avaient trouvé un refuge à Corfou.
SBS HÂNOEUVBBS i53
De ces hommes physiquement et moralement déprimés, Bans matériel, sans armes et presque sans vêtements, la France, aidée par l'Angleterre, allait faire, en quelques mois, une admirable petite armée de six divisions d'infanterie et une division de cavalerie bien équipées, pourvues d'une artillerie puissante, assoiffées de vengeance, brûlant d'un désir ardent de reconquérir leur terre natale.
Dans le même temps, des troupes anglo-françaises, débarquées à Salonique, trop tard et en trop petit nombre pour prêter un utile secours à la Serbie, se renforçaient peu à peu et construisaient en hâte, autour du grand port de la Chalcidique, une série de positions capables de défier toutes les attaques. Elles ne songeaient point à attaquer.
Le passage de la Bulgarie dans le camp des Empires Centraux établissait une liaison directe et facile entre la Turquie d'Europe et même d'Asie. D'autre part, l'abandon par les Anglo-Français de la presqu'île de Gallipoli assurait la fermeture hermétique des Détroits. La voie la plus courte entre les puissances de l'Entente et la Russie était coupée. Du matériel nombreux et divers dont les Russes avaient le plus urgent besoin, ils ne pouvaient plus rien recevoir que par l'immense détour du Transsibérien ou par la Mer Blanche, praticable pendant une partie de l'année seulement. On construisait bien un chemin de fer qui, de Petrograd,
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devait aboutir à un port libre de la côte mourmane, mais quand serait-il achevé et quel serait son débit ?
Enfin, la Roumanie, encore neutre quoique bien disposée en faveur des Alliés, se trouvait aussi séparée de ses amis. Elle ne s'en montrait que plus hésitante à se jeter dans la mêlée et plus accommodante vis-à-vis des Empires Centraux toujours désireux d'acquérir les produits de son sol.
En novembre et décembre 19 15, l'Italie avait bien attaqué sur l'Isonzo, mais sans résultat décisif. Vers Noël, la Russie avait également entrepris, contre la partie Sud du front autrichien, une offensive dont les heureux débuts ne s'étaient pas poursuivis et qui s'assoupissait dès janvier 19 16.
Tout semblait donc indiquer que, manquée en 1916, l'exécution militaire de la Russie pouvait être favorablement entreprise en 19 16. C'est précisément l'année que choisissent, au contraire, Autrichiens et Allemands pour se retourner vers l'Ouest; les premiers s'arrêtent à l'idée d'une offensive contre l'Italie en partant duTyrol; les seconds décident d'attaquer à Verdun. L'attaque allemande doit avoir lieu en février; celle de l'Autriche ne se produira qu'à la (in d'avril ou au début de mai, car les chemins de fer du Tyrol n'en permettent pas une exécution plus rapide et surtout parce qu'on escompte déjà l'effet moral à produire par les succès allemands en France.
Quellei inspirent i
i epie^l'ai •>• annihilée, l'ariti ISfàà-
lée, l'armée de Saloniqu • considérée pour long comme peu redoutable, la Direction suprême crût puuvoir disposer du délai nécessaire à l'écrasement de là France avant l'apparition sur le front, en tant que d miVeetif, de la très grande année anglaise que promettait le vole du service obligatoire en Grande-Bretagne. Peut-être ses calculs se seraient-ils vérifiés si elle eût adopté un autre plan — nous en parlerons plus loin — que celui qui consistait à ne faire qu'une seule attaque : sur Verdun.
Quoi qu'il en soit, cette décision entraînait l'affaiblissement inévitable des armées de l'Est. Il y fàlldi puiser divisions et artillerie lourde au profit du front occidental. C'était, autant dire, abandonner toute idée de destruction immédiate de l'armée russe.
Aussi, toujours fidèle à son point de vue, Luden I ri! n'approuve- t-il ni l'une ni l'autre des deux oiïensives prévues. A tant faire que d'abandonner le plan de iqi5, mieux valait s'arrêter à l'attaque d'un seul front et norl de deux et y appliquer tous les moyens disponibles. Personnellement, il aurait choisi le front de France.
Et il s'efforce de justifier le choix de Verdun, mais il se garde bien de dire jusqu'où portaient les visées oiïensives de la Direction suprême. Où voulait-elle en venir après la conquête de notre forteresse ? Il ne le
dit pas. En revanche, il montre que notre présence sur la rive droite de la Meuse, en aval de Verdun, à courte portée de la grande artère ferrée : Mézières, Sedan, Montmédy, Longuyon, Metz, — la plus courte ligne de rocade entre la droite et la gauche du front allemand — à proximité aussi des communications routières des troupes des fronts de Champagne et de l'Aisne, constituait une menace dont il importait de s'affranchir.
Tout cela est théoriquement exact et pratiquement erroné. Ludendorff sait bien que le saillant de Verdun était la plus mauvaise hase de départ pour une grande attaque, style 191 6. Ce n'est pas là où l'on est déjà à moitié entouré, et par conséquent, inférieur au départ en moyens matériels et humains qu'on cherche son adversaire prévenu. Or, les moyens de l'époque ne permettaient que les procédés méthodiques de la guerre de siège, exclusifs de la surprise. Dans ces conditions, la crainte du saillant de Verdun était illusoire en 19 16.
Nous en sommes sortis, en 19 18, à la vérité, mais c'était à l'heure où l'armée américaine, parvenue face au nord jusqu'au delà de Montfaucon, avait libéré la rive gauche de la Meuse depuis nos anciennes lignes jusqu'aux abords de Dun- sur-Meuse. C'est alors la position allemande de la rive droite qui faisait un saillant à l'intérieur des lignes franco-américaines et non Finverse, comme en 19 16. Et c'est encore pourquoi nous avons attaqué par là.
SB8 MANŒUVRES ir>7
Ce qui est vrai, c'est qu'un simple succès d'estime des Allemands, une modeste occupation de la rive droite de la Meuse, était non seulement de nature à nous éloigner de communications importantes, mais encore à améliorer sensiblement la situation des unités enfournées dans la boucle de Saint-Mihiel.
En fait, la facilité avec laquelle, en Russie, on était venu à bout des fortifications de Novo-Georgiewsk, Ossowietz, Ivangorod, Grodno, Kowno, et autres places, avait exaspéré tous les espoirs et l'on comptait bien que Verdun ne résisterait pas davantage. La ville occupée, on déboucherait sur la rive gauche et l'effet de cette invasion serait l'écroulement de tout le front français entre Saint-Mihiel et la Champagne. Et ce ne serait qu'une première étape!
Ce plan magnifique n'avait qu'une faiblesse, mais capitale. Il ne tenait aucun compte des enseignements de plus d'un an de guerre sur le front occidental. La guerre, en effet, avait clairement montré qu'une attaque isolée, si puissante soit-elle, est plus ou moin tôt vouée à l'insuccès. D'abord, elle progresse d'autant plus loin qu'elle est plus inattendue, plus forte, plus étendue en largeur, mieux outillée en artillerie, niais elle ne s'est pas plutôt manifestée que toutes les réserves stratégiques du défenseur convergent vers le front menacé. En Russie où le réseau ferré et routier est très pauvre, cet afflux des réserves se fait avec len-
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teur, mais, en France au contraire, le danger n'est pas reconnu qu'il est déjà conjuré.
En ce pays, c'est prendre le problème à l'envers que de s'efforcer à rompre un front avant d'avoir au préalable épuisé les réserves de l'adversaire en les obligeant à se répartir sur toute la ligne. Or, on ne peut provoquer cet étalement que par une série d'attaques, soit indépendantes dans l'espace, soit juxtaposées sur un front de plus en plus vaste. Les réserves ainsi fixées, n'importe quelle attaque tombant sur une autre partie du front et qui réussit à l'enfoncer devient susceptible d'exploitation parce que l'ennemi n'a ni le temps, ni îe pouvoir de lui rien opposer.
Les Allemands, avant la fin de la guerre, n'arriveront jamais sinon à la conception, du moins à la réalisation de cette formule de la bataille. Il est juste d'ajouter que, pour la faire passer dans le domaine de la pratique, à Ja manière dont les Alliés en firent application à partir du j8 juillet 19 18, il ne suffit pas de la concevoir, il en faut encore avoir les moyens. Ces moyens, dès le moment où l'on possède un nombre suffisant de divisions, sont d'ordre matériel, mais ils doivent être extrêmement nombreux. Les masses d'artillerie légère et lourde, d'escadrilles, de ebars blindé?, de munitions, nécessaires à la mise en pratique d'une pareille tactique ne se créent qu'à force de temps, et quiconque ne les possède pas ne saurait prétendre à la
SES }r WBS i5g
[va, Pout-étré les Allemands étaient ils dans i n 1916,01 leur échec était fatal. A coup
sur, c'esl à peina si les Alliés étaient suffisamment pourvu*, après quatre années de lutte, à l'ouverture de la campagne d'été de 1918. Auparavant, l'arme n j rgée qui devait leur faire gagner la guerre.
Mais revenons à LudendorlT dont cette digression ne nous a d'ailleurs écartés qu'en apparence car nous le verrons, à la Direction suprême, incapable lui-même de pratiquer la véritable formule de la victoire.
Dès le moment où il se vit seul et faible sur le front oriental, sa pensée se porta aussitôt vers la Pvoumanie. Qu'allait faire cette puissance? Si, même à contre-cœur, elle se rangeait aux côtés des Empires Centraux, elle pourrait encore fournir l'appoint qui déciderait du sort de la Russie. Si, au contraire, elle prenait le parti inverse, il y avait lieu d'envisager de quelle manière, avec les seuls moyens disponibles sur le front oriental, on la pourrait vaincre ou contenir. LudendorfT ne manque pas de méditer sur ce grave problème et nous verrons qu'à l'heure où la Roumanie se déclarera en faveur de l'Entente, le pian sera fait qui doit la mettre hors d'état de nuire.
On sait qu'en mars, l'attaque allemande de Verdun, inaugurée à grand fracas le 21 février, commençait
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déjà à piétiner sur place. Le fait qu'elle ait été donnée exclusivement sur la rive droite de la Meuse, alors qu'une action semblable et concomitante sur la rive gauche aurait pu produire de si grands résultats, justifie l'épithète «d'étriquée» que lui donne LudendorfT.
En mars encore, l'attaque de Verdun provoqua non seulement une offensive italienne sur l'Isonzo qui, précédant les projets autrichiens en Tyrol, en bouleversa quelque peu les préparatifs, mais encore une grande action russe dont nous allons maintenant parler.
Elle débute, le 18 mars, après une solide préparation d'artillerie de quarante-huit heures qui paraît énorme pour le lieu et pour l'époque. Elle intéresse toute la partie des lignes allemandes comprise entre Jakobstadt et Smorgon. Son but — que les Allemands ont encore connu à l'avance — vise à mieux qu'une simple diversion ; il s'agit de couper du territoire prussien toutes les troupes aventurées vers la basse Duna, et, débordant le reste du front, de le faire tomber tout entier. Elle fait de sérieux progrès, notamment au centre dans la région dulacNarotch, mais, dès la fin du mois, elle perd beaucoup de son primitif élan. Les Russes sont très supérieurs en nombre, mais ils combattent en formations aussi épaisses que surannées et font de très fortes pertes. Ils s'arrêtent n'ayant fait qu'émouvoir un peu rudement leur adversaire.
Vers la fin d'avril, celui-ci met en œuvre son artil-
HA y ŒUVRES
leri.^ à la manière du (Vont occidental et reprend, aux environs du lac Naroich, une partie du terrain perdu en mars.
Malgré* tout, dès le mois de mai, la situation des Allemands redevient infiniment sombre. L'attaque de Verdun s'est muée en une terrible affaire où Ton « Mitasse hommes et matériel sans que la lutte fasse un pas vers la décision» ; l'attaque austro-hongroise du Tyrol, après quelques avantages, est venue buter sur le plateau dWsiago où elle s'épuise en vains efforts; les armées franco-anglaises se préparent manifestement à donner un vaste assaut ; les Russes conservent des forces formidables en face du front oriental allemand tout en fournissant des indices certains d'une action prochaine contre les lignes autrichiennes; la Roumanie enfin prend une attitude de plus en plus énigmatique. Que pèse la prise de Kut-el-Amara, dans la lointaine Mésopotamie, auprès de ces funestes présages 1
Le l\ juin, les Russes attaquent les Autrichiens sur tout le front compris entre le nord de Lutzk et la frontière roumaine. Tout de suite, ils remportent de grands succès. Sauf aux abords de Tarnopol, où se trouve l'Armée allemande du Sud ■ , la ligne autrichienne est
i. Von Bothmer commande actuellement cette armée. Linsinpen a été placé à la tète d'un groupe d'armées austro-allemand piact- plus au nord.
BuAT. II
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partout enfoncée. Elle a montré une si faible capacité défensive devant un assaillant cependant très peu supérieur, que le danger apparaît immédiatement comme très grave. Hindenburg et le prince Léopold de Bavière rassemblent, pour les envoyer vers le sud, la masse de leurs unités disponibles. La Direction suprême, non moins émue, fait expédier des renforts puisés dans l'ouest où la bataille de la Somme n'est pas encore ouverte. De son côté, l'Autriche arrête net ses tentatives en Italie et envoie des secours au front menacé.
Mais, dans la région de Lutzk et vers les Carpathes, les Russes « dévorent le terrain » . Les premiers renforts allemands sont entraînés dans la débâcle de la 4e Armée autrichienne qui, d'un bond, recule sur le Stochod. C'est là que les premières grandes unités allemandes la viennent relever et former trois détachements d'armée, panachés d'Autrichiens, qui se partagent le terrain entre Pinsk et Brody1. A partir de leur arrivée, et non sans peine, le front reprend jquelque consistance.
Plus au sud, sur le Dniester, le détachement Pflantzer-Baltin a été littéralement submergé. Là encore, il faut envoyer des troupes allemandes. Le groupe d'armées Hindenburg est épuisé au point de ne pouvoir se constituer de minces réserves qu'au moyen des ba-
i. Du nord au sud : Bernhardi, Marwitz, Lilzmatm; le tout sous Linsingen.
SES MANŒUVRES ïf>'»
taillons d'instruction et Ûé réclamer des renforts ou front de France. Ceux-ci n'arriveront que lentement à ice utile, cnr le^ communication* en Hongrie sont nui:;. ru nombreuses. En attendant, on recule
toujours. Les Carpathes sont atteintes par les Russes. iJothmer elle-même est obligée de quitter les abords de Tarnopol pour se conformer au mouvement rétrograde.
Or, tandis que se déroulent les attaques contre la zone autrichienne, le front proprement allemand, de plus en plus dégarni, reste sous la menace de forces russes considérables. En fait, à partir de juillet, à l'heure de la bataille de la Somme, tout le front allemand de l'Est s'embrase à son tour. Malgré que les Russes aient déjà transporté beaucoup de troupes dans la région sud, là où ils ont avancé et avancent encore, ils attaquent à la fois au lac Narotch, à Smorgon, au nord-est et au sud de Baranovitchi. Le 16 juillet enfin, ils débouchent de Riga.
A ce moment, les Autrichiens cèdent un peu partout : sur le Stochod, sur îe Styr, dans les Carpathes. Jetés à la hâte sur tous les points sensibles, au hasard de leur arrivée, les Allemands s'efforcent de parer aux défaillances de leurs alliés. Toutes les attaques russes sont ainsi repoussées à grand peine ou au moins ralenties, quand, le 20 juillet, apparaissent des indices d'attaques nouvelles de Baranovitchi au Styr et même jus-
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qu'à Brody. Ainsi, l'offensive russe sera générale de Pinsk à la frontière roumaine. C'est le moment où la Somme bat son plein et l'on sait avec quel succès, où l'armée autrichienne d'Italie est à son tour malmenée. <c II y a de l'orage dans l'air ; les nerfs sont tendus à l'extrême » écrit Ludendorff. Ils auraient pu l'être à moins !
A la fin de juillet, sous la pression des événements toujours plus forts que l'amour-propre des hommes et même des nations, se place le premier essai d'unification du commandement sur le front oriental. Il n'aboutit d'ailleurs qu'à une demi-mesure : le partage du front, sans distinction d'Allemands ou d'Autrichiens il est vrai, entre deux chefs ; au nord jusqu'à Brody : Hindenburg; au sud jusqu'à la frontière roumaine: l'archiduc Charles. La Direction suprême s'établit à Pless.
Ludendorff profite de ce remaniement pour visiter successivement toutes les armées qui ne dépendaient pas encore d'Hindenburg. Partout et pour cause, la situation lui est dépeinte sous les plus sombres couleurs ; partout les Autrichiens font l'objet des plus graves préoccupations. En résumé, « la crise de l'Est bat son plein » . Ludendorff ne manque pas non plus de visiter le commandement autrichien pour lui remonter le moral et le conseiller. Il tente de lui prouver que le vrai danger n'est pas dans les Carpathes où les