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liasses ont réaliué la plus grande avance, mais d'où, faute de communications suffisantes, ils ne peuvent descendre en forces dans la plaine hongroise. 11 ne crée pas la conviction. Le commandement autrichien a peur et la Direction suprême, qui ne résiste pas à l'idée des conséquences possibles de cette peur, s'obstine à diriger vers les Carpathes les troupes venant de l'Ouest dont Ludendorff aurait lui-même un si urgent besoin. 11 n'est pas jusqu'à un corps d'armée turc — on en est réduit à faire appel aux Turcs ! — qui n'aille en Galicie au lieu de rallier Linsingen comme il était convenu. Des trois divisions de nouvelle formation destinées au front de l'Est, une est encore donnée à l'archiduc Charles et les deux autres suivront bientôt la même voie.
Quoique très alarmé, Ludendorff rentre de sa tournée décidé à tenter l'organisation défensive du nouveau front et, en ce qui regarde les unités autrichiennes dépendant d'Hindenburg, à parfaire leur instruction.
En août, les armées qu'il dirige sont reparties sur un front de mille kilomètres et Punique réserve dont il dispose est une simple brigade de cavalerie renforcée en artillerie et en mitrailleuses ! Quelle occasion pour les Russes, si les R.usses savaient se battre en économisant leurs hommes et pouvaient se battre en prodiguant leurs munitions ! Mais ils ne savent ni ne peu-
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vent. Quand, plus tard, on connaîtra les déploi conditions matérielles dans lesquelles les Russes ont lutté au cours de l'année 19 15 et les pertes inouïes qu'ils ont subies de ce fait, on comprendra mieux et on admirera peut-être moins les succès allemands de cette année. On excusera aussi le manque d'instruction des troupes russes de 19 16, leurs formations désuètes, et l'on prendra plus de considération pour un soldat qui, malgré tant d'infériorités, se battit superbement.
En août, après s'être usé les dents sur le front allemand, les Russes n'attaquent plus qu'au sud de Pin>;k, mais ils donnent si fort que Ludendorff est obligé d'y envoyer sa dernière et petite iéserve de cavalerie. En même temps, ils continuent à marteler le front autrichien. Cette fois, il faut diriger sur Tarnopol les deux divisions de nouvelle formation qui étaient primilivementdestinéesaufrontallemand.Etdemêmeplusausud.
Dans la région de Czernowitz, le recul autrichien est d'autant plus dangereux qu'il livre le flanc droit aux attaques possibles des Roumains dont l'attitude est de plus en plus douteuse. Au fond, tout ne iient à peu près que quand l'armée autrichienne est « farcie » de troupes allemandes. Il est grand temps.
Le 27 août, en effet, la Roumanie déclare la guerre à l'Au triche-Hongrie qui recueille ainsi le fruit de sa politique pro-magyare tandis que les Allemands — dit Ludendorff, peu tendre pour les hommes d'État de
SES MA VCBUVA i « 7
son pays — récoltent aussi la moisson qu'An < nt semée autant d'incurie que d'absence de talent. Le leinlcnia \t, Ilindenburg et Ludendorfl,
sont convoqués d'urgence à l'iess, d'ordre de l'Empereur, pour y apprendre qu'ils assument désormais la Direction de la Guerre.
LuDENDORFF A LA DIRECTION DE LA GUERRE
(2<j août ioiO). — Au 29 août 191G, la situation allemande n'est rien moins que brillante. Battu en Italie, le Chef d'Etat-Major de l'armée autrichienne avoue que ses troupes sont peut-être encore capables de se défendre mais qu'elles ne peuvent plus attaquer. Sur le front français, Verdun — faute immense ! — coûte de plus en plus cher et rapporte de moins en moins ; le mieux est de suspendre ces dépenses aussi excessives qu'improductives — suspendre est un mot, car depuis le jour où retentit le premier coup de canon de la bataille de la Somme, le glas des ambitions allemandes sur Verdun avait sonné — . Nul ne sait, au Grand Quartier Général, ce que coûtera la lutte sur la Somme tant est grande l'usure physique et morale qu'elle occasionne ; les consommations matérielles y sont aussi inquiétantes et les munitions sont si rares que Ludendorff en est réduit à les affecter train par train à l'une ou l'autre des armées ; faute de mieux, on se bat à coup d'hommes.
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Ludendorff avoue que, s'il avait vu de ses yeux l'état des choses en France, il n'aurait peut-être pas osé donner les ordres préparatoires à la campagne de Roumanie.
Et cela était cependant bien nécessaire. Sur le front oriental, en effet — le prince Léopold de Bavière y a recueilli la succession d'Hindenburg et cédé la sienne à Woyrsch — seule la partie allemande est stabilisée; il n'en est pas de même dans la zone de l'archiduc Charles. Là, il faut s'attendre à ce que la poussée des Russes provoque de nouveaux replis. Or, c'est l'heure où l'armée roumaine s'achemine, par les passades des C< rpathes du sud et des Alpes de Transylvanie, ve^ le cœur de la Hongrie qu'aucune troupe ne défend, qu'aucune fortification ne protège, qu'aucune bonne communication ne dessert1. D'un bond, les Roumains ont franchi la crête des montagnes. Dès le 29 août, 0;«ova, Petroseny, Kronstadt sont occupés; des patr< lilles apparaissent aux abords d'HermannsUidt Si le aouvement continue, ce n'est pas seulement le groupe d'armée de l'archiduc Charles qui sera enveloj.'ûé, c'est Ruda-Pesth menacé, les communications avec la Bulgarie et la Turquie coupées, la défaite en perspective.
Un tel danger prime tous les autres et il le faut conjurer. L'idéal serait de nsieux faire et de refouler
t. On y forme des bataillons avec les ouvriers des mines de Pelroseny 1
l'armée roumaine de telle sorte que la droite du front oriental put s'appuyer à la Mer Noire. On réaliserait ainsi, face à la Russie, une barrière, plus courte que le front actuel, impossible à déborder, vulnérable scu- Lement au moyen d'une attaque de rupture nécessitant des moyens matériels que ni la Russie ni la Roumanie ne possèdent et ne peuvent se procurer. On durerait on fui, car on s'emparerait des céréales et des pétroles roumains. En attendant, il faut empecher l'ennemi de continuer son avance.
On opérera donc des réductions sur tous les fronts — il suffit qu'ils tiennent — , on consolidera l'archiduc Charles et l'on opposera une digue à l'invasion roumaine sur la rivière Maros. Plus tard, on tentera, si l'on peut, d'atteindre la Mer Noire. Cependant, puisqu'on dispose de quelques forces en Bulgarie, on les lancera dans le dos des Roumains par la Dobrutscha, pour les eflrayer et les ralentir1.
I. L'Armée du Daoube, dont Mackensen prend le commandement à partir du 28 août, se réduit à peu de chose : une flottille opérant sur le Danube ; de vieux gardes-frontières bulgares essaimes le long du fleuve ; un petit détachement mixte allemand venu de Macédoine vers Rutschuck ; une division bulgare au même point ; quelques détachements également b îlgares, le long de la voie ferW b de Timova à Varna ; en cours de transport sur Varna, une division turque et quelques batteries allemandes d'artillerie lourde se déversant à la vitesoe de quatre trains par jour seulement. A.u total : moins de la valeur de deux corps d'armée.
Une opération de ce genre avait été prévue dans un plan établi par le précédent Chef d'Etat-Major Général, mais elle comportait le passage du Danube au sud de Bukarest et la marche consécutive sur cette capitale. Ce plan était mauvais. Si, pendant son exécution, les Roumains avaient débouché de la Dobrutscha, ils auraient coupé la petite armée bigarrée des Allemands et l'auraient réduite à la capitulation. C'est par la Dobrutscha qu'il faut agir et Mackensen reçoit des instructions dans ce sens1.
Tandis que s'effectuent les préparatifs contre la Roumanie, tandis que les divisions aguerries venant de i'Ouest s'embarquent ou roulent vers la Hongrie après avoir fait place à des unités de récente formation, Hindenburg et Ludendorff se rendent sur le front français qu'ils ne connaissent pas encore. Du 5 au 9 septembre, Ludendorff se livre à une vaste enquête sur la situation dans l'Ouest. Son effroi est grand des récits qu'il entend sur la bataille de la Somme, mais le vin est tiré — la campagne de Roumanie est décidée — il
1. L'archiduc Charles est peu flatté de cette solution; il espérait être dégagé personnellement par une marche sur Bukarest. Les Bulgares, au contraire, sont dans la jcie car ils convoitent la Dobrutscha. Gela compense leur déception de s'être vu refuser tout renfort allemand à la suits d'un récent échec à Florina où ils se sont heurtés aux Serbes (19 août) et leur mauvaise humeur du retrait do Macédoine du détachement mixte allemand actuellement à Rutschuck.
: le boire. En toui
; lient arrêtées — or. se dem d'ailleurs commefcl il les aurai! PU continuer en q temps que la résistance sur la Somme - — avons
dit plus haut quelle moisson d'observations Ludendorfï irty de ce voyage, nous n'y reviendrons pas. Au retour, il passe par la Belgique et s'entend avec le Gouverneur Général pour la réduction des Uoupes iipation et leur remplacement par du landsturrn.
Campagne de li . — (Septembre- Décembre
iqio). — Le mois de septembre 1916 marque l'apogée de la crise allemande au cours de cette même année. Les attaquos anglo-françaises sur la Somme se succèdent à brefs intervalles et gagnent chaque fois un terrain nouveau ; les Allemands en sont arrivés à ne plus toujours savoir aujourd'hui avec quoi ils se défendront demain. Les Italiens ont encore attaqué sur l'isonzo et il est manifeste qu'une nouvelle offensive se prépare. L'armée alliée de Salonique est passée à la contre-offensive et les Bulgares, rejetés vers le nord, n'ont préparé aucune position à laquelle ils puissent s'accrocher; il faut leur imposer un commandement allemand pour leur insuffler une nouvelle énergie1.
1. Von Belovv, ancien commandant de l'Armée du Niémen, devenue par la suite 8e Armée.
Ludendorff avoue qu'il est « en équilibre sur une lame de couteau » .
C'est dans ces conditions qu'il veille aux préparatifs de l'expédition de Roumanie. Et tout d'abord, il organise le commandement. Le front oriental sera scindé en deux secteurs, tous deux soumis à sa direction : au nord, le prince Léopold de Bavière jusqu'aux Garpathes en face de Nadvorna ; au sud, l'archiduc Charles jusqu'au Danube. Celui-ci aura donc sous ses .ordres : la 7e Armée autrichienne, de Nadvorna à la frontière roumaine, la ire Armée autrichienne (von Arz) dont la zone de concentration est fixée autour de Maros- Vasarhely ; la 9e Armée allemande (Falkenhayn) qui se rassemble autour de Karlsburg, avec quelques détachements plus au sud jusque dans la région d'Orsova.
Ces concentrations ne s'opèrent pas sans peine. Dès la fin d'août, les Russes ayant exercé une forte pression en Galicie du sud et dans les Carpathes, un repli s'en était suivi. Comme la résistance de cette partie du front était indispensable pour la sécurité de l'opération contre la Roumanie, force avait été de diriger sur le Dniester trois des divisions venant du front occidental et destinées au Maros. On conçoit avec quelle amertume Ludendorff signe cet ordre, mais aussi quel mépris il professe pour ces Autrichiens incapables de défendre leur propre sol et qui périraient infailliblement si les Allemands ne se sacrifiaient pour leur
SRS MANŒUVRES ltf
salut! Mais le salut du fort est lié à celui du faible, ot 0*as4 i le cœur saignant » qu'il faut consentir toujours de nouveaux sacrifices 1
Pendant tout le mois de septembre, la concentration allemande sur le Maros se poursuit avec lenteur. Hien ne la vient troubler. Il suffisait cependant aux Roumains de marcher pour culbuter successivement ces divisions que le mauvais réseau ferré de Hongrie ne déverse que goutte à goutte. Mais l'armée roumaine n'avance « qu'à l'allure d'un colimaçon ». Son aile gauche se fixe entre Orsova et Hermannstadt ; seule, son aile droite, en liaison avec les Russes, débouche à l'ouest de Kronstadt. Que n'obtiendrait-elle si elle descendait vite sur Maros-Vasarhely et ouvrait aux Russes les portes des Carpathes ! Si encore les Russes attaquaient en partaxit de la Moldavie, d'accord avec les Roumains, mais ils s'épuisent en efiorts infructueux contre la crête des Carpathes I
Et, pendant ce temps, les Austro-Allemands continuent à se rassembler. Chaque jour que perd leur adversaire est un succès pour eux. Fin septembre, ils ont enfin terminé. La irc Armée autrichienne et la 9e Armée allemande1 se dirigeront droit à l'Est afin de rejeter les Roumains dans le fond de la boucle que fait la frontière hongroise entre la Moldavie et la Valachie.
i. Celle-ci forte seulement de 3 divisions, puis /j (cette dernière étant d'ailleurs prélevée sur la in Armée autrichienne).
L'axe de marche de la 9* Armée est sur Hermannstadl et Kronstadt. Le flanc droit, par conséquent, est exposé à toutes les tentatives qui pourraient venir du col de la Tour Rouge, de la région de Petroseny et même du col de Vulkan. Le premier souci doit donc être de s'assurer la liberté en barrant ces directions. Le 19 septembre, on s'empare de la région de Petroseny1 et, ceci fait, on y remplace les troupes allemandes par des Autrichiens. Le 26, le corps alpin allemand s'installe au col de la Tour Rouge. Dans la boucle de la frontière, l'armée roumaine avait atteint ou dépassé Szekely, Udvarhely, Fogaras. Depuis quelque temps elle ne bougeait plus à Hermannstadt. Tandis que le gros de l'armée Falkenhayn pousse droit sur cette ville et s'en empare, le 3o septembre, les Autrichiens de von Arz suivent le mouvement. On continue vers l'Est et, malgré un retour offensif bien conduit, les Roumains, en dix jours, sont ramenés sur la ligne : Campolung, Snya, Buzau, ce qui entraîne la retraite des éléments situés plus au nord et l'avance correspondante des Autrichiens.
Les Roumains sont cependant les plus forts, mais ils ne savent pas se battre comme les bandes aguerries de Ludendorff qui guerroient depuis deux ans contre
1. Le a5, les Roumains reprirent les cols mais ne poussèrent pas leur avantage.
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de plus rudes adversaires; d'autre part, ils sont inquiels pour leurs arrières.
nsen en Dobrutscha a . la marche en avant des armées du Maros. septembre, après une heureuse feinte sur Dobric, il a poussé son gros sur Tutrakan et pris, le 6, en ce même point, la valeur de deux divisions roumaines. Le 9, il s'est emparé de Silistrie puis a poussé hardiment de l'avant, la gauche collée au Danube, dans l'espoir de couper tout ce qui se trouvait encore attardé dans la région voisine de Dobric. La lenteur de mouvement des Bulgares ayant fait manquer cette manœuvre, les Roumains s'établissent, le i5 septembre, entre le Danube et la Mer Noire, sur une position^ ;sée à l'avance et jalonnée par : Rasova, Cobadinu et Tuzla.
Turcs et Bulgares n'étant pas de force à enlever de haute lutte des organisations de cette importance, Mackensen réclame une division allemande que Ludendoriï" ne peut encore lui donner. Il stoppe.
La situation est la même du côté de la in Année autrichienne et de la 9e Armée allemande; toutes deux frappent maintenant et en vain « sur le dur ». La première phase de la campagne de Roumanie est terminée.
Puisque les deux groupes de forces se sont heurtés
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à des obstacles difficiles à surmonter, Ludendorff va maintenant les faire manœuvrer dans leur intervalle. Le gros de la 9e Armée sera reporté vers le sud, hors du front actuel de combat, franchira les montagnes, puis, effectuant un vaste mouvement de conversion à gauche, amènera son aile marchante dans la région à l'ouest de Bukarest. Mackensen, de son côté, avec la division qui lui arrive, forcera d'abord la position roumaine de Rasova-Tuzla, puis, ne poussant que des avant-gardes jusqu'au bas Danube qu'il gardera avec peu de monde, transportera la majeure partie de ses forces en Bulgarie, passera le fleuve au plus près de Bukarest, marchera sur cette ville en liaison avec la 9e Armée.
L'un des mouvements peut aider efficacement l'autre. Par lequel commencer? Par celui de Mackensen, sans doute, car le franchissement d'un fleuve par surprise est plus facile que le forcement de passages montagneux sur lesquels l'attention de l'ennemi est attirée depuis longtemps et qui, au surplus, sont déjà couverts de neige. Mais Mackensen est faible ; la liaison avec la 9e Armée sera longue à établir ; il faut prévoir son isolement ; il serait bon, par suite, de le renforcer. Des renforts ? On peut encore en trouver en affaiblissant outre mesure la partie nord du front oriental, mais quand seront-ils à pied d'œuvre — les chemins de fer sont si mauvais ! — et parviendra-t-on à celer
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leurs mouvements à L'ennemi? Décidément, mieux vaut encore forcer les cols de la frontière de Valachie.
La concentration nouvelle s'opère à la fin d'octobre et au début de novembre. Pendant son exécution. Ludendorff « ferme les yeux » pour ne pas voir les dangers qui le menacent sur tous les fronts. En France; la Somme continue à battre son plein et les Allemands en arrivent à considérer comme un cordial à leur année, qui n'en peut plus, l'infime succès local de la Maisonnette! Et, le i!\ octobre, les Français attaquent encore à Verdun, s'emparant des forts de Douaumont et de Vaux, fournissant au monde la preuve irréfragable de la défaite allemande. En novembre débute une offensive italienne sur l'Isonzo. En Macédoine, les Bulgares, décidément démoralisés, reculent jusqu'aux environs de Monastir, et ce sont encore quelques bataillons allemands qu'il faut sacrifier pour limiter leur reculade. Enfin les Russes, à l'ouest de Lutzk, se livrent aussi à des assauts répétés ; ils attaquent également la iw Armée autrichienne qu'on doit, une fois de plus, renforcer avec des troupes bavaroises récemment arrivées.
Malgré tout, Ludendorfl qui ne peut d'ailleurs rien faire d'auire, car il faut que l'Allemagne vive l'hiver prochain et que le front atteigne le Sereth pour être plus court et donner quelques disponibilités, Ludendorff s'obstine dans son plan.
Le at la
A partir du 19 octobre, en trois jours, Maekensen enlève la position de Rasova-Tuzla. Le 23 et jours suivants, il atteint la ligne : Tschernavoda-Gonstanza, et veut poursuivre avec toutes ses forces selon sa coutume. Ludendorff lui envoie l'ordre impératif de préparer son passage au sud de Bukarest et de déboucher du Danube avec le gros de ses forces dans la seconde quinzaine de novembre. Mackensen fait choix, pour passer, de la région de Swistow-Zimnica, ce qui sourit à Ludendorff car l'Armée du Danube se rapprochera ainsi dans le moindre délai de l'aile droite de la 9e Armée.
Pendant ce temps, les deux armées de Hongrie ont marqué le pas. Il s'agit maintenant de les jeter au delà des montagnes. A la Tour Rouge, qu'on possède tout juste, les Roumains sont sur leurs gardes et ils s'y sont bien battus jusqu'ici. On passera donc plus loin dans l'ouest, quelque inconvénient que cela présente. En effet, à la fin d'octobre, une tentative est" faite sur les cols Szurduk et Vulkan ; faute de préparatifs suffisants, elle échoue. Le 11 novembre, on recommence avec des forces considérables et une organisation meilleure ; on passe et pousse rapidement sur Crayova qui est atteint le 21. Le 23, on est à l'Est de Garacal1.
t. Les Roumains aventurés a Orewa poseai les aimes api.- s un jiai de retraite et une brillante r'ublance.
Tout' ! lie, entraînée, sui a ntsur
Valcee, Ktirten.
Ce mémo jour, :>3 novembre, par un épais brouillard, kffteken tefiit le Danube à Zimnica et s'a va: la direction de Bukarest. Le 3o, il conquiert les passages de la rivière Njelow, en face de la capitale roumaine. Mais, à ce moment, la ye Armée est encore à 80 kilomètres en arrière de sa gauche. Le ier décembre, son flanc gauche est aux prises avec une forte contre-attaque roumaine et vivement repoussé ; les troupes qui ont passé la rivière Njelow sont menacées d'être coupées. Une division turque est seule à ralentir l'ennemi. Elle n'y suffirait pas si les Roumains, exploitant leur succès, marchaient plus vite. Mais ils tardent et l'aile droite de la 9e Armée qui se hâte est, le 3 décembre, en situation d'intervenir.
Les Roumains ne défendent pas Bukarest. Dès lors, la marche de L'envahisseur continue presque sans arrêts jusqu'à la ligne : frontière sud de la Moldavie, rivière Putna, bas Danube. Les Roumains se retirent dans le meilleur ordre possible, faisant très honorablement tête en certains points. Les Russes, trop tard, viennent les appuyer. Pour des raisons encore inexpliquées, ils n'ont pss jusque-là respecté les conventions établies *.
1. Ludendorff profite de la jonction de ses deux armées pour en constituer un groupe aux ordres de Mark en* en et indépendant de l'au bi
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Ainsi se termine l'année 1916. Partout l'armée allemande a résisté ou a conquis du terrain. Elle a un pressant besoin de repos. L'Allemagne va désormais pouvoir vivre plus largement grâce aux ressources prélevées sur la Roumanie vaincue. « L'Allemagne, l'Autiiche et la Turquie, dit Ludendorff, furent ainsi sauvées de la famine ». C'est bien en effet le principal avantage de cette brillante campagne où Ludendorff avait encore une fois démontré la valeur de ses conceptions stratégiques.
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Recul volontaire sur le front français. — Que sera la campagne de 191 7? Elle n'apparaît ni simple à concevoir, ni propre à fournir une solution encourageante. Pour tout dire, elle est sans issue, sans issue militaire tout au moins. D'où des tentatives de négociations, d'où la déclaration de la guerre sous-marine à outrance qui tranchera — on le pense — ce nouveau nœud gordien.
L'avenir est orageux, en effet. La France comble ses pertes et se fortifie même par le recrutement des indigènes de ses colonies. L'Angleterre complète son armée, grâce au service obligatoire. La Russie ramène ses divisions de 16 à 12 bataillons, dédouble ses batte-
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ries, crée des unités nouvelles qui augmentent considérablement la souplesse de ses manœuvres. La Roumanie est réduite, mais ce qui demeure de son armée est en bon état moral et Ton doit compter que les instructeurs français la remettront bientôt sur un piod très honorable, car les affinités de race bâteront le résultat. Veni.zelos s'efforce à former des unités grecqti dont s'enrichit l'armée de Salonique. Dans ie domaine matériel, l'Entente développe sans cesse sa production ; sa main-d'œuvre est abondante et les matières premières ne lui manquent pas ; la vie de ses peuples suit son cours normal ; le Japon et les Etats-Unis lui fournissent une aide quasi-illimitée.
En Allemagne, c'est l'image inverse. On crée bien i3 divisions nouvelles, mais il faut les prendre sur les unités existantes. On a tenté de faire une armée polonaise au service de l'Allemagne ; il a fallu bien vite y renoncer. Les usines nationales sont incapables de soutenir, même de loin, l'allure de l'adversaire. Il faudrait à la nation un formidable sursaut d'énergie pour se tirer avec honneur de cette angoissante situation. Le lui donnera- t-on ?
En tout cas, le danger peut être imminent. Les Alliés, avertis, attaqueront sans doute dès les premiers mois de 19 17. Il faut y pourvoir. En septembre, déjà, Ludendorfl' avait ordonné la construction de fortes positions de repli en arrière du front à ce moment
occupé1 ; des milliers de travailleurs y ont été appliqués. Il ordonne aussi de faire des économies sur la garde des secteurs et fait passer les divisions en réserve dans des camps d'instruction où il les dresse minutieusement au combat défon^if. Il veille à l'entretien matériel et moral des armées. Il réclame à grands cris du Gouvernement d'élever l'âme de ses compatriotes jusqu'à l'acceptation des plus durs sacrifices, car l'armée allemande est sûrement condamnée à recevoir désormais les coups sans les rendre.
Dès la fin de 1916, il a également fait un plan de recul sur la position Hindenburg. Ce plan comporte, en dehors de la destruction des voies ferrées, routes, canaux, ouvrages d'art et d'une manière générale de tout ce qui peut favoriser les opérations militaires, la dévastation complète et systématique d'une, bande de terrain, profonde de i5 kilomètres, en avant do la nouvelle ligne.
Aux yeux de Ludendorff, cette décision monstrueuse est d'une logique irréfutable. Et, en effet, une fois établie! sur la position Hindenburg, ses troupes y seront à beaucoup moins de 120 kilomètres des terminus des lignes ferrées françaises. En attendant la réfection complète de ses communications, l'ennemi
1. La principale va d'Arras, par Saint-Quentin et la Fère. à Vailly. Elle est généralement connue sous le nom de « position Hindenburg ».
SES HA WBUVRES i' 3
ra donc on situation dY-tiv ravitaillé en vivres,
munitions, matériel de Joule c<::' nvois automo-
011 hipp , c'est-a-dire de se créer,
relative rapidité, une nouvel le base d'attaque, s'il ne trouve lui-même surplace ni les movens de s'abriter, ni ceux d'organiser des ateliers, des parcs, dos dépôts, tout ce qui constitue enfin les nécessités de la vie quotidienne, si, pour se fortifier, il ne rencontre dans le pays aucun matériel utilisable, la durée de son inaction forcée sera singulièrement accrue. Et c'est pourquoi LudendorfT a le monopole d'élever le désert, fait de main d'homme, à la hauteur d'un procédé militaire courant. C'est tout juste si « l'on ne doit pas empoisonner les puits ».
Cette œuvre de haute civilisation s'accomplit en février. À ce moment, on sait déjà, par un document saisi, que les Français attaqueront sur l'Aisne en avril ; on se doute bien qu'ils ne resteront pas inactifs entre la Somme et Noyon ; on connaît les préparatifs anglais dans la région d'Arras. Le moment est venu de se replier.
La retraite commence le 16 mars et s'effectue sans encombres, en quelques larges bonds. De ce côté, LudendorfT est donc libre pour quelques mois. Sûr de n'avoir aucune attaque à redouter sur sa nouvelle position, il va pouvoir la tenir avec le minimum de forces et appliquer les économies ainsi faites à repousser les attaques attendues.
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Attaques franco- anglaises d'avril et mai 19 17. — ■ Au début cTavril 191 7, Ludendorff a le plus ferme espoir de tenir. La situation extérieure est ici favorable, là défavorable, mais la bonne note domine. Le calme règne en Italie. En Macédoine, des attaques ont été repoussées. La Russie a fait une révolution qui la paralyse au moins pour quelque temps. Les Anglais se sont bien emparés de Bagdad et Enver qui veut reprendre cette ville demande un corps d'armée allemand, mais c'est une entreprise à longue échéance et il suffira de lui envoyer un général (Falkenhayn) et quelques bataillons; les embarras qu'on peut susciter là-bas à l'Angleterre justifient ce léger sacrifice. Le point le plus noir est la déclaration de guerre des États-Unis, mais l'orage est lointain. Si l'on tient en France, on tiendra donc partout.
En France, dans une attaque partielle près de Maisons de Champagne, vers le milieu de février, on a pris un ordre de la 2 e division d'infanterie, daté du 29 janvier et annonçant une grande attaque sur l'Aisne pour avril. Dès lors, Ludendorff se moque des bruits qui courent sur des projets d'offensive française en Lorraine et en Haute-Alsace, et prend ses précautions Il libère une armée — son front étant plus court, ii le peut facilement — et l'introduit de part et d'autre de Reims ; il met dans les secteurs calmes les divisions de création récente et les remplace aux bo<ns endroits
par celles qui rentrent de Roumanie ; il envoie en Russie toutes les unités peu aptes à la bataille et fait revenir de l'Est ses meilleures troupes ; il pousse l'instruction de celles au repos et les dresse à intervenir rapidement, en partant de l'arrière, contre un adversaire ayant forcé les défenseurs de la première position ; il utilise les innombrables travailleurs de la ligne Hindenburg à construire de nouveaux retranchements qui doublent ceux des zones menacées ; il constitue de vastes dépôts de munitions. Dans ces conditions, il espère bien tenir en France jusqu'à ce que la guerre sous-marine ait donné les résultats promis.
Le 9 avril, les Anglais attaquent à Arras et remportent un grand succès ; les divisions d'intervention, cependant placées à l'avance car l'affaire était prévue, ont mal joué. Anxieux, Ludenclorff se demande si sa théorie défensive supportera l'épreuve de la réalité ; il interroge les exécutants, acquiert la conviction que des fautes ont été commises et qu'il a raison. La brèche n'en est pas moins large de 12 à i5 kilomètres et profonde de six, et les Anglais frappent toujours. Le 1 2 avril, ils montent sur la crête de Vimy. Jusqu'au commencement de mai, ils pousseront avec une telle ardeur que l'armée qui leur fait face songera à reculer sur une position à 10 kilomètres en arrière, mais tout se tassera peu à peu.
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Cette défense avait déjà aspiré un matériel et des forces considérables quand, le 16 avril, s'était produite l'attaque française sur le Chemin des Dames et la basse Vesle. Le premier jour, on avait perdu le saillant de Vailly, mais en restant accroché aux pentes de l'Aisne. Sur la Vesle, les divisions d'intervention avaient bien manœuvré et les Français avaient été rejetés après une profonde pénétration dans la position.
Le 17, les hauteurs capitales de Moronvilliers sont perdues, les divisions d'intervention s'étant engagées prématurément. Ces hauteurs sont capitales, en raison de leurs vues étendues vers le nord; on tente de les reprendre le 19, mais l'échec est complet. Cependant, le point culminant de l'action est passé. Toutes les tentatives françaises du début de mai ne sont pas à craindre, le front est maintenant trop bien organisé et les troupes trop en ordre.
A ancun moment, la crise n'a eu l'acuité de celle de 19 16. Puisque les Russes n'ont pas attaqué au printemps, « leur révolution a sauvé les Allemands des pires calamités ».
Ludendorff s'attend à ce que la séance continue. Les Anglais, le 7 juin, s'emparent, en effet, de la boucle de Wplchae'te et cela pourrait bien déceler quelque projet ultérieur en Flandre, maison a foi dans la capacité de résistance du front et, jusqu'en juillet, on
arriva non seulement à constituer des réserves, mais 'aire quelques essai- plus ou moins heureux de rectifications partielles du iront.
Attaques russo-roumaines de juillet et août 191 7. — Le i*r juillet, les Russes attaquent en Galicie. Ils tombent sur les Autrichiens et rien ne les arrête. Leurs projets sont grandioses : ils veulent déboucher de Riga, de Dunaburg, sur le lac Narotch, à Smorgon, du front compris entre Tarnopol et l'extrémité des Carpathcs. Là sera leur effort principal.
Tout cela est connu, comme de coutume, du commandement allemand qui prépare deux contreattaques : l'une sur Riga, l'autre en Galicie orientale, et demande les renforts nécessaires. La Direction suprême, désormais portée à accueillir favorablement les propositions qui visent à la destruction de l'armée russe, envoie six divisions qu'elle a péniblement arrachées aux commandants d'armée du front Ouest. Gela suffira-t-il ? Toute la question est de savoir comment se battront Russes et Autrichiens.
Or, le Ier juillet, les Autrichiens ont fui et se sont rendus en masses., et de même le k juillet. Les Allemands et les Turcs, au contraire, se sont bien comportés. Les 6 et 7, les Russes sont parvenus au sud du Dniester jusqu'à la Lomnitza. Bien qu'une division allemande, envoyée à la rescousse, ait été entraînée
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dans la débâcle autrichienne, les Russes n'ont pas eu très grand mérite. Néanmoins, la situation devient critique pour les Austro-Allemands.
Au prix de quelques unités purement allemandes un peu partout réparties, on parvient à ralentir sensiblement la progression de l'ennemi, et la contre attaque préparée est prête à déboucher.
Elle s'ébranle le 19 juillet seulement, retardée par le mauvais temps. Le 19 juillet I C'est le jour où le Reichstag vote sa résolution de paix, Quel dommage qu'il n'ait pas connu à temps la brèche de 20 kilomètres et le bond de i5 que l'armée vient de faire en un seul jour. Le 23 juillet, Tarnopol est repris ; la retraite russe s'accentue entraînant les défenseurs des fronts voisins. On pense alors à entamer une opération de grand style en mettant en branle toutes les troupes jusqu'à la Bukovine.
Le 23 août, Kimpolung et Czemowitz étant dépassés, le Pruth est atteint. Impossible de pousser plus loin : les Autrichiens, à bout de souffle, donnent un spectacle effrayant, et les Allemands sont vraiment trop peu nombreux pour agir seuls. Et puis, il y a aussi les Roumains qui, sous « l'impulsion d'officiers français, ont acquis une telle solidité que tout succès stratégique paraît interdit ». Les attaques s'arrêtent donc et le feu s'éteint progressivement.
Aux yeux du monde, la Russie est militairement
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battue. Pour la renverser, un dernier ébranlement suilira : le coup sera porte vers Riga afin que le bruit s'en fasse mieux entendre à Petrograd. Ceci fait, les troupes de Riga viendront en Moldavie terrasser sans difficultés les restes de l'armée roumaine. Alors, la tache qu'il rêvait depuis ioi4 étant accomplie, LudendorlT pourra concentrer toutes ses forces contre la France et l'Angleterre et terminer la guerre militairement, au lieu de s'en remettre pour la décision à l'action problématique des sous-marins.
Les attaques alliées de la fin de l'année — RigalePiave. — Au moment (3i juillet) où débute l'attaque franco-anglaise des Flandres, Ludendorff maintient obstinément son plan de battre la Russie et la Roumanie d'abord dans deux attaques prévues à Riga et en Moldavie. Il se refuse donc à renforcer les corps de l'Ouest au détriment des deux attaques en question. Et cependant les armées du front occidental sont soumises à de dures épreuves, L'attaque franco-anglaise est menée avec un luxe de moyens matériels dont les précédentes batailles n'ont encore jamais donné la notion ; les pertes en hommes et en canons sont immenses ; pendant ie mois d'août et une partie de septembre, les réserves fondent avec une effrayante rapidité. A Verdun, les 20 et 21 août, une nouvelle attaque française revêt la mècae forme implacable et le
même caractère méthodique qui rend vain le jeu jusque là si fructueux des divisions d'intervention.
Malgré « l'angoissante » usure de forces provoquée par ces rudes combats, Ludendorff persiste dans sa décision d'attaquer sur la Duna et donne les ordres d'exécution. En revanche, il est contraint d'abandonner son projet d^attaque en Moldavie. Les Italiens, en effet, ont attaqué une fois de plus sur l'Isonzo et l'Autriche crie désespérément au secours. Si elle n'est promptement appuyée par des troupes allemandes, la prochaine attaque trouvera ses armées à bout de résistance et elle ne répondra plus de rien. La mort dans l'âme, Ludendorff décide donc de porter en Italie les divisions qu'il comptait utiliser contre les Roumains, mais, à tant faire que de les y envoyer, ce ne sera pas pour y passer leur temps dans l'oisiveté relative d'une occupation de secteur : elles attaqueront.
Les préparatifs de ces diverses actions sont en cours lorsque le feu se rallume sur le front de Flandre. Les 20, 21 et 26 septembre, de furieuses attaques anglaises gravissent les hauteurs entre Ypres et Roui ers. Elles sont limitées de telle sorte que le système des divisions d'intervention fait définitivement faillite. Ludendorff interroge, cherche un procédé nouveau, hésite et expérimente à grands frais, puis finit par adopter l'idée d'une zone de combat avancée, tenue par de simples éléments mobiles, et qui sera
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1 de L'attaque pour d • reportée plus eu arrière. Il espère
mettre ainsi 1 lus longtemps se
le son canon et l'attendre, à peu près brisé déjà, sur la position arrière. Il organise aussi l'observation de l'artillerie, réglemente les cûncenlratior/s de feux dont ses batteries ne font encore qu'un usage malhabile, essaie, par tous les moyens, de limiter une dépense en hommes, qu'à ce train, il ne pourra bientôt soutenir.
Avec octobre, la lutte recommence. Les 2, 3, 9 et 12, la ligne allemande est encore soumise à de grands assauts. Sur plusieurs points, elle est enfoncée, et cela continue les 22, 26, 3o, les 6 et 10 novembre !
Le 22 octobre encore, les Français ont attaqué au nord de l'Aisne, à la Malmaison. Cette offensive était prévue et Ludendorff en eût voulu éviter les conséquences en faisant replier le front au nord de l'Ailette. Le commandant de l'armée intéressée crut avoir pris de si minutieuses précautions qu'il était sûr de résister. Il fut tout simplement balayé, fournissant une preuve nouvelle de l'impossibilité de défendre une position soumise au feu intense et prolongé d'une artillerie très puissante. Quelques divisions disparurent encore dans cette tourmente dont la conséquence fut l'évacuation forcée du Chemin des Dames. Ludendorff avoue que l'abandon de cette position dont la garde
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lui avait coûté si cher, lui fut particulièrement pénible, mais le fait le plus grave était l'épuisement vers lequel marchaient ses troupes du front Ouest. Il avait beau procéder à de vastes échanges d'unités avec le front oriental — où les affaires de Riga venaient de se terminer heureusement — les troupes aptes à la bataille n'arrivaient jamais ni assez vite, ni en quantité suffisante.
Une de ces divisions retour de Russie tenait le front de Cambrai. On l'y avait mise parce que ce front était calme et qu'elle était composée d'hommes de vieilles classes. Une attaque était improbable, la défense étant étalée et sans profondeur. Le 20 novembre, sans aucune préparation d'artillerie, les Anglais l'assaillent avec une ligne mouvante de chars d'assaut, l'enfoncent et pénètrent profondément dans la position. Ludendorff éprouve un grand émoi. Fort heureusement pour lui, les Anglais ne sont pas suffisamment en force pour exploiter leur succès initial. Des renforts allemands, un peu partout puisés, sont acheminés en toute hâte vers la brèche. Le 2 2 au soir et le 23 au matin, ils mettent une digue à l'invasion anglaise. Le 26, ils la contre-attaquent bien qu'elle soit elle-même renforcée, et regagnent une grande partie du terrain perdu. La bataille de Cambrai se termine le 6 décembre, — nouvelle expérience de l'impossibilité d'exploiter une rupture quand le défenseur est encore en possession
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de se> Ile permet à Ludendorft
d'enregistrer un succès offensif, ce qui ne lui était pas advenu depuis un an et demi sur le front occidental. Sa satisfaction se double de la connaissance des victoires remportées par ses troupes de Russie et d'Italie.
Riga — (Septembre-octobre igif)- — La campagne de Riga se fit en deux temps, sous la direction de von Hutier. Le Ier septembre, les Allemands franchirent la Duna au sud-est de Riga. Ils n'y eurent pas grand mérite car, depuis longtemps, de nombreux conciliabules se tenaient entre soldats des deux camps et les Russes n'opposèrent pas une bien héroïque résistance. Ceux de Riga évacuèrent à temps leur tête de pont. Les Allemands organisèrent aussitôt une position entre la Duna et le golfe de Riga.
Le ii octobre, la flotte allemande, transportant une division d'infanterie et une brigade cycliste, mit la main sur les îles dudit golfe ; le flanc gauche de la position terrestre se trouva ainsi protégé.
L'avenir s'étonnera peut-être que l'expérience de Riga ait servi de modèle aux attaques de 19 18 sur le front français. Les procédés n'ont aucune valeur intrinsèque ; leur réussite exige qu'ils soient adaptés à la fois à ceux qui en font usage et à ceux contre qui on les emploie. En Fiance, ni les conditions générales, But. \%
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ni l'adversaire n'étaient ce qu'ils furent en Russie à la fin de 1917.
Après cette double campagne, l'avantage remporté par T Allemagne était considérable. Sans même attendre que l'armée russe en décomposition ait imploré une suspension d'armes, on pouvait entamer les mouvements de troupes de l'Est vers l'Ouest. Vers la fin de novembre, en effet, les trains commencèrent à transporter sans arrêt vers la France plus de la moitié des 80 divisions que l'Allemagne entretenait en Russie. Ne fallait-il pas qu'au printemps de l'année suivante la presque totalité de l'a'rmée allemande put donner, sur le Iront occidental, son dernier et déci,t i effort!
Ludendorfï était prêt d'ailleurs à entrer en pourparlers avec les Russes. Il avait eu la précaution de rédiger son projet d'armistice et de le faire approuver. Les conditions en étaient douces parce qu'il les voulait rendre immédiatement acceptables. 11 avait d'ailleurs obtenu de conduire les négociations, de crainte que quelque imprudence ne les fit échouer. L'heure sonna le 26 novembre et l'armistice lut conclu le i5 décembre. Avec la Roumanie, on avait déjà signé le 9 du même mois.
Mais la médaille, si brillante au point de vue militaire, avait aussi son revers. Le prince Léopoîd de Bauère avait beau ivpondre de l'esprit de se* ti; 1