SUS
i que le Commissaire du ]>.
aku avait de et obtenu, qu'en cei;
- du (roui 'a comme zones de passage, un
■^établit entre soldats allemands et russes. Là éiait le danger, et Ludendûrff qui no l'ignorait pa
t 6a satisfaction diminua, mais il avait du coasentir i t : -qu'il voulait, à tout prix a une coiuii.sion rapide ».
Le Piaye — (Octobre-novembre igi?)- — L'attaque contre l'Italie débute lo s4 octobre. Les préparatifs en ont été longs dans une région montagneuse — cvile- de ïolmein — mal reliée à l'arriéra par deux roules étroites. Effectués dans le plus grand secret — en place de l'artillerie sous la seule protection de bataillons austro-hongrois, amener en ligne au dernier moment les six divisions allemandes constituant la i/ie Armée — ils n'avaient cependant pas échappé aux ; ns qui, sûrs d'eux-mêmes, avaient cru pouvoir supporter le choc. L'attaque proprement dite fut faite par les Allemands. Elle visait la ligne de hauteurs qui borde l'Isonzo et dont l'altitude, en un point, atteint i 6/jû mètres. Une 6eule division, pénétrant d'abord dans la vallée, devait tenter une action de flanc.
Le 2Ô octobre, les hauteurs furent conquises et, deux jours plus tard, une poussée dans la direction du haut Tagiiamento fit \ front italien. Ordre fut
donné au commandant de la i^e Armée de pousser ferme par ses deux ailes, afin de capturer toutes les. forces italiennes attardées sur la rive gauche du fleuve. Le 10 novembre, la i4e Armée fit effectivement 60 000 prisonniers. Le 1" décembre, le Tagliamento fut atteint sur tout son cours en aval de Talmezzo.
Si, à ce moment, les Autrichiens du Tyroî étaient descendus dans la plaine, les armées italiennes auraient couru un grave danger. Depuis longtemps, Ludendorff avait demandé que cette manœuvre fût préparée, mais elle ne put avoir lieu à temps. Pour y suppléer, les Allemands, franchissant le ïagliamento, poussèrent des forces importantes sur Feltre et le massif montagneux qui court entre Brenta et Piave ; elles se heurtèrent aux défenses du Mont Grappa qu'elles ne parvinrent pas à emporter.
Le Piave était atteint, mais ses eaux rapides rendaient une attaque de front d'autant plus hasardée qu'on était maintenant très loin de la base de départ et que des divisions anglaises et françaises étaient signalées en Italie. Ludendorff arrêta les frais.
Les plus clairs bénéfices de l'opération consistaient en ce que l'Entente avait dû détacher des forces en Italie et que l'Autriche, rassérénée, n'assourdissait plus la Direction allemande de ses craintes et se disait même capable de continuer la guerre. Minces b''né*
SES MANCEUVnBB 10-
; nt, car l'Allemagne n'était pas ^nroro on
i de l'affaiblissement m tané du
front frai . ';^. car l'armée autrichti ut-être
râpai' rcor une action de n'était
cependant pris restaurée au [-oint de pouvoir manier
la seule arme qui pût être utile à son allié : 1 attaque.
Première ruée allemande sur le front français — (Mars-avril) — Le but. que LudendoriY poursuivait depuis 191/i est désormais atteint : la Russie est à terre. Toutes les forces allemandes peuvent être concentrées contre les Anglo-Français. Jamais, depuis 191 4, la comparaison des forces en présence n'a été plus favorable aux Allemands ; jamais, grâce à leur transport opportun, les divisions n'auront été mieux et plus minutieusement dressées au genre d'action qu'elles vont entreprendre. L'année qui commence s'ouvre enfin sur la perspective d'une fin victorieuse de la guerre.
Ces divisions, doM le nombre dépasse deux cents, comment LudendorfT va-t-îi les employer et sur quels points? Remarque curieuse, cet homme qui, en Russie, professait si volontiers que l'art était de procéder par deux attaques au moins, n'en prévoit, sur le
igS LUDEXDOZFF
front de France, qu'une seule, grandiose il est Vrai, mais unique tout de même. C'est l'erreur initiale qui, à moins d'un hasard sur lequel un chef d'armée ne doit jamais compter dans le sens favorable, fera l'impuissance de tentatives gigantesques. Nous aurons à y re Venir.
Quant au point d'application, Ludendorff hésite entre trois secteurs: i° Ypres-Arras; 2° Arras-Saint- Quentin avec prolongement sur la Fère ; 3° les deux rives de la Meuse en aval de Verdun. Le premier est stralégiquement favorable. Si l'on s'emparait de Calais et de Boulogne, le front serait réduit, l'Angleterre plus directement menacée et à plus cou rie portée, le Pas-de-Calais dominé, la Belgique effacée de la carte. En revanche, le terrain n'est réellement praticable qu'à partir d'avril — or, le temps presse — et les Anglais sont en forces. Le treisième secteur est également bien gardé et la nature montagneuse du pays est capable de ralentir sensiblement le mouvement ; la parade pourrait se produire à temps. Reste le front central qui offre uti terrain praticable à toutes les armes en toute saison et qui n'apparaît pas edmme très solidement défendu. Sans1 doute, il mené au shamp d'entonnoirs inhospitaliers de la bataille de la Somme, mais, en marchant d'Est en Ouest, il mène aUssi au point de soudure entre Anglais et Français ; il conduit encore à Amiens, véritable nœud entre les
SBB WÂfffÈtVVhBS 100
deux armées de l'I\ntent<\ et, d'Amiens, ft\ec un pi u df boftheur, on peut espérer rejeter l'arma.' butai»nique sur le littoral.
Au surplus, Ludendorff ne veut pas voir aussi loin. Il recherche d'abord le succès tactique ; les considérations stratégiques n'ont jv ur lui qu'une importance tidaire. Du moins, il Talfirme.
Cette affirmation surprend. Ludendnrff, en Russie, a toujours visé des buts stratégiques; il n'ignore pas que les premiers succès comme les premiers revers des Allemands en iqiA n'ont été que les conséquences de manœuvres stratégiques. Les armées françaises n'auraient pas été contraintes de reculer de Charleroi jusqu'à la Marne et au delà, si elles n'avaient été débordées sur leur gauche par un mouvement exclusivement stratégique et qui n'eut aucune victoire tactique à remporter. De même, la bataille de la Marne a été gagnée par les Français autant et sinon plus par la menace de l'Armée de Paris sur le flanc extérieur allemand que par la résistance opposée de front sur tout le reste de la ligne. Or, notre Armée de Paris eut encore bien plus l'air de déborder qu'elle ne déborda effectivement. Elle subit même un échec tactique et cependant sa position dans l'ensemble, sa position stratégique, développa chez l'ennemi une crainte si vive que les mesures prises pour y parer déterminèrent la retraite générale. Il est tout à fait vain de vouloir
ignorer la stratégie. Le dispositif stratégique porte en lui sa vertu propre ; c'est un fait dont on pourrait citer mille exemples.
Nous entendons bien, qu'en 19 18, il s'agissait de battre un adversaire dont les deux ailes ne pouvaient être débordées. Nécessairement, il fallait débuter par une victoire tuctique, mais c'est alors dans la direction donnée à cette attaque qu'il fallait viser la réalisation d'une situation stratégique qui mit le défenseur devant d'inéluctables et graves conséquences. On conviendra, par exemple, que si les Français avaient pu partir de la rive gauche de la Meuse et des abords de l'Àrgonne pour s'approcher, après une première victoire tactique, de la région de Mézières, ils auraient placé les Allemands dans la nécessité d'évacuer la Champagne et l'Aisne, et par retentissement d'autres points encore, parce que les communications des troupes de Champagne et de l'Aisne passaient précisément par la région de Mézières.
On conviendra encore que l'attaque française, en préparation pour le ik novembre — trois jours après Farmiéèice — à l'Est de Metz, avec direction vers la Sarre moyenne, aurait obl%é les Allemands, leur front rompu, à reculer toute leur ligne depuis Metz jusqu'à la Belgique. Le succès tactique n'aurait été, là encore, que l'amorce d'une situation stratégique désastreuse pour l'ennemi.
Au surplus, Ludendorfl" iw d consi-
dérations stratégiques autanl qu'il en veut avoir l'air, puisqu'il songe a séparer Anglais et Français et à reje- !• i les premiers sur la mer, puisqu'il veut atteindre Amiens qui est le point vital de jonction des deux Alliés. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'Amiens était Lien loin de la base de départ — Saint-Quentin — de l'attaque tactique qui y devait aboutir et qu'il eût été préférable de faire eboix d'une direction centrale d'attaque qui menât à la mer par un chemin plus court. Cette direction était, par Lens et Saint-Pol, vers l'embouchure de la Somme.
Au demeurant, si Ludendorfî parle peu ou même fait fi de la stratégie, ne serait-ce pas que les visées ambitieuses qu'il avait assignées à la sienne ne se sont jamais réalisées?
Quoi qu'il en soit, quatre armées vont s'élancer à l'assaut du front franco-anglais qui court des abords Sud de Saint-Quentin à Arras1. Plus à gauche, une cinquième armée partira de la Fère et, au fur et à
i. Il était logique de mettre ces quatre armées aux ordres d'un même chef, mais alors le commandement de Ludoniorff eût été une superfétation. Son rôle aurait été réduit à celui de fournisseur supérieur de moyens, sans action directe sur les opérations. Ludendorff veut, au contraire, exercer personnellement la direction de la bataille, et, dans ce but, il place en plein milieu de la zone d'attaque la ligne de séparation de deux groupes d'armées,
mesure des progrès de sa voisine, s'avancera vers ChaUny et Noyon. Plus tard encore, on élargira les deux bords de la brèche en attaquant, d'une pari sur Àrras et plus au Nord, d'autre part au Sud de l'Oise en direction de Goucy. La moitié de l'armée allemande va se trouver impliquée dans ces vastes opérations1.
La fin des préparatifs qui ont été menés dans le plus grand secret a été depuis longtemps fixée au 20 mars. Ils sont achevés à cette date et l'attaque peut partir le lendemain. Faut-il attendre que l'emploi intensif d'obus à gaz que l'on compte faire soit favorisé par un vent plus favorable? Ludendor2 hésite puis se décide à prononcer le lâchez-tout.
Le 21, à L\ heures du matin, une formidable préparation d'artillerie écrase d'abord les batteries de la défense puis, continuant à 'es neutraliser, se reporte en majeure partie sur les tranchées à conquérir. L'assaut est donné à 9 heures, sous la protection d'un barrage roulant dont l'allure a été méthodiquement réglée.
Des quatre armées d'attaque, une seule — celle qui encadre Saint-Quentin — fait de très grands prose faisant ainsi directeur et arbitre nécessaire. Ce trait peint l'homme.
1. L'armée al'ermntîe, à celte lu-iire, compte 20G divisions ■Vint 4 de cavalerie à pied.
SBê I kes 3o3
gtfèd. Géllé* dtl centre n'ont pn I ' autant qu'.»n l'avait e- péfé ; i ■. Ile de droite est nettement . Sudd'Àrras. Dès lors, tout pivote autour de ce point fixe; l'armée de la Fère est entraînée par celle de Saint-Quentin.
Le 25 mars, les Allemands ont dépassé là 11 Péronno, Nesle, Chaiiny ; le 2-]x c'est Albert, Montdidier et Noyon qui sont atteinte. Partout les AÊgl&iâ sont en retraite, mais les divisions françaises cornent à faire leur apparition sur le champ de bataille.
Tous les efforts des Allemands s'appliquent alors sur Amiens dont les Français barrent la route. La force offensive de leur attaque s'épuise déjà ; leurs ravitaillements n'arrivent plus qu'avec difficulté. Us n'avancent ni dans la direction d' Aillions, ni dans une attaque donnée le 3o mars entre Montdidier et Noyon, du moins autant qu'ils l'espèrent. Le $ avril, une tentative, partant d'Albert et visant le débordement d'Amiens par le Nord, donne moins de résultats encore. La bataille est décidément terminée. Quelques soubresauts, et e!*e se calme.
Des deux essais d'élargissement de la zone d'invasion, celui dirigé contre Arras et le terrain au Nord avait eu lieu le 6 avril, mais l'armée qui le tenta n'agissait pas « sous une bonne étoile » ; il s'était soldé par un échec. Celui du Sud, sur îa rive gauche
de l'Oise, avait bénéficié de l'avance accomplie sur la rive droite ; il avait conduit les Allemands sur la basse vallée de l'Ailette.
En résumé, grand succès tactique dont Ludendorff, non sans raison, se déclare très satisfait. Il est fort possible que « ce brillant fait d'armes vive éternellement dans l'histoire du monde » ; il est même certain que « dans la quatrième année de la guerre, les Allemands avaient réussi à faire ce que ni les Anglais, ni les Français n'avaient encore pu faite » — du moins dans les mêmes proportions — , mais à quoi finalement menait ce bel ouvrage? Proprement à s'enferrer. La tactique, si brillante qu'elle ait été, n'avait pas poussé jusqu'au point de créer une situation stratégique avantageuse; on peut même dire qu'elle avait abouti au résultat inverse. Et Ludendorff le sent si bien qu'il avoue k sa grande déception stratégique. Amiens n'était pas pris ! » Peut-être ne doit-il s'en prendre qu'à lui-même. S'il avait fait un chemin égal à la distance qui sépare Saint-Quentin de Montdidier dans la direction de Lens, Saint-Pol, il aurait abouti dans la région au NowVEst d'Abbeviile ; c'est autant dire qu'il aurait coupé les armées anglaises en deux tronçons, et celui situé au Nord de l'embouchure de la Somme s'y serait vu assiégé dans une sorte de tête de pont, sans autre communication avec la France que par la voie maritime. Il s'y serait trouvé fort aven-
M.NCÊWVRB8 uo5
taré. Ceci prouve, s'il eu était besoin, que la direction de l'attaque tactique n'est pas stratégiquement indifférente.
En avril, Ludendorff revient d'ailleurs à une solution yenre. 11 décide, en effet, d'attaquer entre la e et Ypres. Là, les Anglais se sont affaiblis et le secteur central est occupé par les Portugais. En poussant fort, on peut espérer atteindre les monts de Flandre qui commandent toute la plaine de la Lys. L'aitaque se met en mouvement le 9 avril ; elle balaie les Portugais et s'avance sur Merville, mais elle ne progresse pas avec autant de facilité sur les autres parties du front. Comme toujours en pareil cas, l'avance la plus grande se répercute sur les parties voisines : Armen'iières et Bailleul tombent; les Anglais évacuent le saillant d' Ypres, mais, le 12 avril déjà, la progression se ralentit sensiblement. Le 25, dans un dernier effort, les Allemands mettent la main sur le mont Kemmel, mais ils ne peuvent pousser plus avant. Une fois de plus, des divisions françaises sont venues à temps pour mettre un terme aux progrès des attaques que Ludendorff arrête.
11 vient encore de remporter un succès tactique considérable, mais ses deux armées d'attaque n'en sont pas moins « dans une situation difficile » ; comme à Montdidier, elles se trouvent dans un saillant qui les rend, à leur tour, très vulnérables.
2û6 LU D EN DO RPF
Ludendorff se rend compte que les avantages obtenus résident moins dans le terrain gagné que dans l'usure des réserves de l'Entente. Des 60 divisions environ que possédait l'armée anglaise, 53 ont été engagées dans la bataille et quelques-unes s'y sont même battues plusieurs fois; c'est dire que l'armée britannique ne serait plus en état de supporter un nouveau choc. Quant aux Français, la moitié environ de leurs divisions sont venues au secours de leurs alliés menacés, et cela aussi est un immense résultat. On s'attend à ce que le Premier Quartier-Maître Général en tire la conséquence nécessaire, qu'd va, par conséquent, continuer ses menaces sur les fronts allumés et lancer de nouvelles attaques sur d'autres points afin d'attirer les dernières réserves françaises, après quoi, dans un ultime assaut sur une partie faible — et toutes le seront en dehors des points de friction — il entrera dans le cœur des positions françaises où rien ne l'arrêtera plus.
Cette tactique, Ludendorff est impuissant, par sa faute, à en faire l'application. Il n'a. pas assez épargné son infanterie ; il a cherché la décision avant qu'elle ne soit mure; il a dépensé ses forces avec prodigalité avant le moment d'une récolte qu'il ne peut plus ramasser. Il le voudrait, certes, attaquer tout de suite, n'importe où; il n'a plus ) M. Ses divisions de
mars et d'a\ril r • | as ivfaitôs, et beaucoup des
us
initia n'"il |'.^ <u' .1, .- .'.s en « (livUioiiM (J*,ilU.j Force lui Ml d'attendie Il 69 de niai. de mai, son ad\n -aire Be si-ra relait dans la oiêow proportion que lui. Les conditions de la lultc H EU teront assez semblables à ce qu'elles étaient à la lin de mars; elles conduiront près pie fatalement à la même conclusion, savoir, des résultats tactiques brillants et une situation stratégique sans issue.
Deuxième ruée allemande sur le front i kançais (mai-juin). — Ludendorff, une deuxième fois, va donc attaquer sans varier sa manière. Où? La direction de Cassel est bien tentante; celle d'Amiens ne l'est pas moins ; toutes deux se justifient stralégiquement par les grands avantages qu'elles procureraient, mais l'ennemi y est sur ses gardes, il y est même très fort, trop fort, et Ludendorff cherche ailleurs un front plus facile à briser, comme si la question était là tout entière! Il le trouve sur l'Ailette et dans la région au ?\ord-Ouest de Reims. Là, les divisions françaises sont étirées sur des secteurs de \?ste étendue ; certains sont même occupés par des troupes anglaises récemment sorties de la bataille et sûrement très fatiguées. Dès la fin d'avril, ordre est donné au kronprinz allemand de procéder aux préparatifs nécessaires.
A lire ces justifications, on se demande, en \ cri té, où Ludeiulorlï voulait en venir à la suite de celle
ao8 « LUÙENDORFF
attaque. Avec un peu de bonheur, elle arriverait sur la ligne : Aisne, Vesle, Montagne de Reims. Avec beaucoup plus de bonheur — un bonheur difficile à escompter — elle pouvait atteindre les abords de Soissons, Château-Thierry, la Marne jusqu'à hauteur de Dormans, la lisière occidentale de la Montagne de •Reims. La décision en serait-elle plu? proche?
Qu'on suppose, au contraire, les Allemands à Cassel. Toute la gauche alliée — Belges et Anglais — est aussitôt contrainte de reculer sur Calais, Saint-Omer, la Bassée, formant, entre ce point et Al ras, un saillant éminemment dangereux.
Mieux encore, qu'on imagine les Allemands maîtres d'Amiens et en voie de déboucher sur Abbe ville. Toute l'armée belge et toute l'armée britannique, menacées d'être coupées de la France, sont obligées de se replier en hâte — et comment l'auraient-elles pu faire ! — sur le pays au Sud de la Somme. Voilà des attaques tactiques dont les conséquences stratégiques méritent qu'on s'y arrête. D'ailleurs, les conditions tactiques de ces deux attaques n'étaient pas si mauvaises que Ludendorff le prétend pour les besoins de sa cause. Les Alliés y sont en force, il est vrai, mais ils n'ont pas encoie eu ïe temps de s'y sérieusement organiser. Ils ne possèdent ni deuxième, ni troisième position, ni même de première position solide, et cela eit tout de même favorable pour l'assaillant. D'autre paît, le
il'VRRS r>Oq
bond à faire pour atteindre Cassel et surtout Amiens
— c'est-à-dire le terrain dangereux pour le i
— est infiniment moindre que ceux de mars et d'avril, infiniment moindre que celui qui, sur l'Ailette, produirait des conséquences de même ordre.
Certes, si l'attaque sur l'Ailette succédait à une série d'oiîensives ayant attiré déjà sur les di verses parties du front la majorité des réserves anglo-françaises, la question serait tout autre. En un cas pareil, on peut attaquer n'importe où, encore qu'il soit plus fructueux de choisir une direction d'attaque à grand rendement stratégique ultérieur. Mais l'attaque sur le Chemin des Dames devait venir — Ludendorff le savait puisqu'il le dit — à une heure où l'armée française presque tout entière et l'armée britannique en partie auraient pansé leurs plaies des mois précédents, à une heure aussi où le nombre des divisions américaines débarquées sur le soi français ne serait sûrement pas négligeable bien qu'on ne le pût encore exactement apprécier.
De quelque manière qu'on envisage la décision d'attaquer, et notamment d'attaquer an Chemin des Dames, on ne lui trouve aucune justification satisfaisante. A moins cependant qu'une seule suffise : l'attaque, et l'attaque relativement facile, était la seule forme d'activité qui pût encore faire croire à l'armée allemande à la possibilité de la victoire. La défensive
2TO LVDENDORFF
alors, ou l'attaque sur un front trop bien gardé, lui él aient interdites. C'est la thèse que, timidement, avance Ludendoriï, mais alors il pouvait se dispenser de justifier militairement son attaque du 27 mai.
Donc, deux armées vont attaquer sur le front : Anizy — Berry-au-Bac — abords de Reims, avec l'intention de pousser seulement jusqu'à Soissons, Fismes et le nord de Reims. Ultérieurement, la brèche sera élargie à droite et à gauche ; à droite, l'élargissement s'effectuera en deux temps, d'abord sur la rive sud, puis sur la rive nord de l'Oise en direction de Compiègne ; à gauche, l'élargissement. visera l'occupation de Reims et de la Montagne de Reims. Plus tard, et si l'on peut, on reprendra les attaques en Flandre. Tout cela se fera successivement car la quantité d'artillerie disponible ne permet pas de conduire des attaques simultanées ou qudsi-simullanéiS.
De son côté, l'Autriche, devenue plus combative depuis les derniers avantages en Italie, renforcée d'aillëuis par Un grand nombre de prisonniers rentrés de Russie, accepte d'attaquer au début du mois de juin.
L'affaire du 27 mai est encore dans toutes les mémoires. Les Allemands y atteignirent en tpil jours des objectifs qu'ils n'avaient jamais osé n ter : Ouest de Soissons, lisière orientale de la foret rie
SB ail
Villers-Cntterels, Clinu-nu-Thiorry, la Manie justjueri • Iïmi m:;mis, la î.ii a lent aie dé le Montagne
dé Hëlttlfc. Lelit Ilot ('(ait venu se briser là conti
digue dos divisions françaises accourues au secours des quelques grandes unités auparavant réparties sur le IVonl d'attaque.
LudendoriT se loue du grand succès tactique qu'il vient d'obtenir, mais il ajoute aussitôt avec mélancolie : « Stralégiqucment, il était bien fâcheux que nous n'ayons pu prendre ni Reims, ni la montagne de même nom ». Sa mélancolie se double de la conviction où il est que la France ne capitulera jamais devant des coups pareils1 et de la différence d'attitude qu'il remarque entre le Gouvernement français et celui de FAI le magne à la même heure !
Le i" juin, il tente de prolonger l'attaque au sud de l'Oise. Les Allemands y parviennent jusqu'aux lignes qu'ils occupaient de 191 5 au début de 19 17. Au nord de la rivière, l'offensive, remise pour diverses raisons, ft'à lieu que le 9 juin, sans liaison avec les précédentes. Elle s'avance jusqu'à l'Aronde, mais, le 11, elle est vigoureusement contre-attaquée par les
1. « Nous remporterons la victoire si les Pouvoirs publics sont à la hauteur de leur tâche. Je me bats devant Paris ; je me bats à Paris ; je me bats derrière Paris » avait dit le Président Clemenceau a la tribune du Parlement. Ces fièroâ paroles, LudendorfF les admire et les envie. Que n'est-il appuyé par un pareil chef d« Gouvernement I
Français et perd une partie de ses gains. Ludendorff comprend que toute insistance est inutile et prescrit, sous prétexte « d'éviter des pertes », de ne plus rien entreprendre.
« La situation stratégique, dit-il, n'étâR pas modifiés ». On peut même assurer qu'elle avait empiré, car les Alliés devaient naturellement songer à tirer parti des deux immenses saillants de Moreuil-Montdidier et de Villers-Gotterets-Château-Thierry-Reims, à l'intérieur desquels la marée allemande était venue s'étaler.
Le i5 juin, l'armée autrichienne se porta à l'attaque des lignes italiennes du Piave. Son échec fut aussi complet que retentissant. L'écho s'en fit entendre au Parlement hongrois de telle manière que le moral de la nation et de l'armée austro-hongroises ne pouvait qu'en être très affecté. En fait, les Autrichiens n'étaient plus en état de prendre l'offensive ; aussi Ludendorff en profite-t-il pour obtenir l'envoi sur le front français de quelques divisions : deux, puis quatre qui, après quelques semaines d'instruction, iront en secteurs calmes libérer autant de divisions allemandes. Ce sera la préface à une réédition, vers la mi-juillet, des attaques du 21 mars et du 27 mai.
Troisième ruée allemande sur le front français {Juillet) — Car Ludendorff s'obstine à attaquer encore.
SES MANŒUVRES ai 3
Ses armées, déçues de ne voir rien finir malgré leurs victoire!, n'aigrirent cependant qu'à la fin de leurs épreuves. Les effectifs baissent: la grippe exerce des ravages, les séditions lof ît leur apparition, les Bavarois marquent un inquiétant esprit de particularisme en manifestant ouvertement leur impatience de se battre pour le roi de Prusse; Ludendorû0 attaquera quand même, sous la même forme que précédemment, dans l'espoir, dit-il, d'arriver à un résultat analogue. Malgré les deux expériences passées, malgré les solennels avis donnés par les chefs des gouvernements de r Entente, il croit que celle-ci, frappée encore, implorera la paix.
Au i5 juin, s'il sait que les réserves anglo-françaises sont extrêmement réduites, il sait aussi que 20 divisions américaines — de très fortes divisions — sont arrivées dans les camps français, que la France, depuis la belle saison, obtient un rendement de plus en plus grand de son recrutement colonial ; il sait encore que l'armée anglaise, grâce à d'énergiques mesures, se recomplète rapidement; il attaquera quand nême, car ses armées sont incapables de supporter une autre attitude, et il ne faut pas qu'elles soient devancées. Pour elles, ce sera l'offensive dernière, l'attaque pour la paix victorieuse ou pour la défaite. Ludendorff joue sa dernière cafte.
Où va-t-il la jeter? En Flandre? Les Français en
LUDEiXDORFF
sont partis, mais les réserves anglaises y abondent. Mauvaise zone pour y préluder par des opérations retentissantes. P'Amiens à Château-Thierry ? Là aussi l'abstention s'impose car le quadrilatère Oise, Seine, Marne est plein de troupes.
Plus à l'Est, au contraire, de la Marne à l'Argonne, la défense est moins bien garnie. C'est là que sera porté le coup, à savoir largement à l'Est et à l'Ouest de Reims, depuis Château-Thierry jusqu'aux falaises delà rive gauche de l'Aisne.
Tactiquement, la solution est bonne puisqu'on prend par ses deux faces Je grand saillant de Reims. Stratégiquement, elle n'est pas sans ouvrir de brillantes perspectives que Ludendorff ne nous révèle d'ailleurs pas, mais que les dispositions prjses nous disentassez clairement. Si les Allemands parviennent à border la Marne, de Château- Thierry à Châlons, par Epernay, ils pourront exploiter ce succès dans l'axe : Suippes, Bsr-le-Duc et faire tomber ton Le la défense de l'Argonne et de Verdun. Leur front s'alignerait alors de Château-Thierry, en remontant la Marne, jusqu'à Châlons, pour piquer ensuite sur Saiiii-Miluel. Incontestablement, la chute de Verdun, la prise de Châlons et d'Epernay auraient sur le moral de la nation française un douloureux retentissement.
Il apparaît bien que Ludendorff ait médité plus encore, et nous en voyons une preuve dans l'obsîina-
SB S M ui5
pj el Donna;)*. Ce mouvement, s'il
i', p;iii\aii à deux rabattements : l'un,
]>ur le sud et l'ouest de Chàlenu -Thierry, en vue de
;: tout notre front de Yillers-CcUerets — il
le qu'on n'y ait pas beaucoup compté au Grand
Quartier Général allemand — l'autre, vers le sud
d'Epernay et celui-ci a élé effectivement, tenté. ~Son
seulement il débordait le massif de la Montagne de
Reims, mais il tournait le fossé de la Marne où les
défenseurs de la montagne auraient pu s'accrocher. En
ce cas, la ligne de résistance : Sainî-MJhiel, Chàlons,
Epernay n'était plus permise aux Français. Sur
laquelle, plus au sud, arriveraient-ils à se rétablir ?
Ce mouvement par le sud d'Epernay, en dehors dp cet objet général, pouvait aussi prêter à un succès local mais déjà considérable, en mettant en fort mauvaise posture les défenseurs de Reims. La distance Reims- Epemay n'est, en effet, pas moindre que la distance Ûormans-Epernay, en sorte que les troupes de Reims et environs pouvaient avoir leur retraite directe coupée à Epernay. Si elles se rejetaient alors vers le sud- est, elles tombaient sous les coups de l'attaque allemande d bouchant par l'Est de Reims dans la direction de Chàlons ; de toute manière, elles étaient compromises.
Si l'on ne prête a Ludendorff des intentions de ce genre, il est impossible de comprendre pourquoi il fut
2l6 LUDENDORFF
si féru du passage de la Marne. Cette décision témoigne, en effet, d'un 1 népris vraiment trop profond de l'adversaire ou, si l'on préfère, d'un orgueil «immense autant que dangereux pour celui qui en est possédé. Comment? Des réserves françaises sont à portée de s'opposer au passage projeté — et on le sait — et l'on prétend passer quand même ! Mais elles ne sont pas frappées d'immobilité ; elles peuvent riposter ; elles peuvent même faire mieux à l'occasion et tomber sur le front de Villers-Cotterets qu'on laisse à peu près dégarni. On les considère cependant comme quantité négligeable ! La prudence voulait qu'au lieu de disséminer les forces en visant trop grand, on prît des précautions pour garer de tout malheur l'attaque principale qui n'intéressait que les deux laces du saillant de Reims. Les unités employées au passage de la Marne auraient mieux été sur le front de Villers- Cotteiets, soit en flanc-garde, soit pour y effectuer une attaque de diversion.
En laissant son flanc droit sans protection sérieuse, alors qu'il se lançait dans une attaque face au sud-est, aggravée par une autre face au sud par-dessus le fossé de la Marne, Ludendorff fut certainement moins bien inspiré encore que Moltke laissant défiler von Kluck, sans précautions suffisantes, devant l'immense écran de Paris. Encore Moltke, mal renseigné, pouvait- il cioire Paris dépourvu de troupes, tandis que Luden-
SES MANŒUVRES a 17
lorfl connaissait approximativement l'importance des réserves françaises réunies sous le couvert des grandes forêts de Compiègne et de Villers-Cotterets. C'est vraiment beaucoup de présomption que de croire son adversaire assez démuni de sens guerrier pour ne pas profiter de l'occasion qui lui est offerte depuis quelque temps déjà et que la nouvelle attaque va rendre encore | lus favorable à ses desseins1.
Comme action ultérieure, Ludendorff a encore prévu une attaque en Flandre. Il a les forces d'infanterie nécessaires, mais les moyens, en artillerie et en aviation notamment, lui font défaut malgré qu'il ait affaibli les secteurs tranquilles. Il les lui faudra prendre sur ceux déjà employés à Reims et «?nvirons. L'attaque de Flandre ne pourra donc théoriquement déboucher qu'une quinzaine de jours après celle de Marne-Champagne.
La 3* ruée allemande sur le front français se produit
1 Ludendorff prétend qu'il s'attendait à une contre-attaque débouchant delà forêt de Villers-Cotterets. Dès le 11 ou le 12, serteurs l'en auraient même informé. À cette date, les déserteurs en question ne purent certainement pas parler d'une gra ,de action qu'ils ignoraient forcément ; toA au plus pouvait-il s'agir des attaques partielles auxquelles nous nous livrions, sur ce front, pour améliorer notre situation de départ. En tout cas, Ludendorff n'en est que plus coupable de n'avoir pas pris les précautions nécessaires.
2l8 LUDENDOR?F
le t5 juillet de très bon matin1. 4 droite, fo Marne est franchie et les Allemands s'efforcent de gagnera la fois du terrain vers le sud et vers le sud-est. Arrivés à 4 ou 5 kilomètres au sud de la rivière, ils se heurtent à une résistance qu'ils ne peuvent plus vaincre sans faire passer sur la rive gauche une grande quantité d'artillerie. Ils n'y parviendront jamais.
Au centre, entre Marne et Yesle, les positions françaises et italiennes2 son* entamées, mais, sur les pentes difficiles et boisées de la Montagne de Reims, les combats prennent un acharnement qui rend les progrès allemands — quand il y en a — d'une lenteur extrême.
ATEst de Reims enfin, depuis les monts de .Moronvillers jusqu'à la vallée de TAisne, l'échec est total. Les Français se sont systématiquement retirés sur leur deuxième position devant laquelle l'attaque est venue expirer.
Dès le 16 à midi, Ludendorff suspend les opérations au sud de la Marne et à l'Est de Reims ; ici, on s'établira défensivement et Ton remettra en réserve les
i. Trois armées participaient à l'affaire : une dans l'Est de la Champagne (3e), une à cheval sur le saillant de Reims (ire), une face à la Marne, sa droite à l'Ourcq (7e). Entre Ourcq et Oise, face à la fopèt de Yillers-Collerets, se trouvait une autre arm/o fue), récemment intercalée entre ;e au sud et 12e au npnl.
2. L'n corps d'armée il-ilirm, veau surle front français, occupait, sur les pentes occidentales de la Montagne de Reims, les deux rives de l'Ardre.
■ v la nuit du no au 21 juillet. I. ne sera plus continuée — on se
demande dans quel but ! — qu'entre la Marne et Ucims, sik les bords de la vallée de l'Ardre.
La 3e ruée allemande sur le front français, l'offensive pour la paix, aboutisfait donc à ce résultat : retraite partout sauf sur un front insignifiant ! On s'explique qn8 Ludendorff n'en ait pas dévoilé les vues lointaines.
Pariout où les Français possédaient des deuxièmes ions organisées, ils avaient répondu à la méthode offensive allemande, percée à jour depuis les expériences précédentes, par une méthode défensive nouvelle. Tant il vrai, qu'à la guerre, les formules qui ont la prétention de résumer un procédé infaillible sont sans valeur durable. Et la guerre nous l'avait déjà bien montré. Nos attaques à fond, sans limitation de portée, s'étaient ïl heurtées à la tactique allemande des divisions itioii. Celle-ci s'était montrée impuissante devant nos offensives à objectif limité. Aux attaques andes caractérisées par une véritable submersion de la première position préalablement détruite ou îiésiée par les explosifs et les gaz, nous venions de répliquer par le recul systématique sur la deuxième position. Il est infiniment probable que si la guerre s'était prolongée, il eût fallu bientôt imaginer autre
200 LUDBNDORFF
chose pour contrecarrer avec succès une forme d'attaque également nouvelle.
A la vérité, la défensive — comme l'offensive d'ailleurs — repose sur une certaine quantité de moyens particuliers bien connus, qui la renforcent incontestablement et que les troupes doivent être exercées à bien employer. Au commandement revient la tâche de combiner ces moyens pour le mieux, suivant les circonstances. Telle combinaison, valable sur un terrain et dans un temps, ne le sera plus sur un autre terrain et dans un autre temps. La valeur du commandement se mesure précisément à la manière dont il adapte plus ou moins heureusement ses combinaisons de moyens aux circonstances de lieu et de moment. Là gît la difficulté mais aussi le mérite. Rien n'est plus dangereux que de prêter foi à la pérennité d'un procédé.
La conthe-offensive française du 18 juillet 191 8. — Ludendorff pense à prendre en Flandre la revanche de l'échec qu'il vient de subir et se rend au quartier général du prince Ruprecht de Bavière, commandant le groupe des armées du nord ; il veut connaître l'état d'avancement des préparatifs de l'attaque. Il s'y trouve encore le 18 quand il est subitement rappelé à Avesnes1.