Un VME
la lameuse victoire de Tannenberg (^^-2g août : i suivie de la première bataille de Mazurie i septembre).
D'aussi brillants succès excitent quelque peu contre lui l'envie des stratèges du front Ouest dont toutes les inaisons ont échoué jusqu'ici. On le lui montre en en l'envoyant tout à coup occuper le poste de chef d'élat-major d'une armée en formation en Silésie, . proximité des autrichiens battus et dont elle doit à relever le moral. Mais cette armée passe prétient aux ordres d'rlindenburg et les choses s'ar- .it d'elles-mêmes.
À la campagne de Prusse succède presque sans interruption celle de Pologne. Elle se subdivise en deux phases : l'une, en Pologne du Sud, dont le plan a été imposé par la Direction suprême et qui aboutit à un échec puis à une retraite jusqu'aux points de départ ; l'autre, en Pologne du Nord, exécutée selon les vues de LudendorfF, et qui, après bien des heurts, est finalement couronnée par un succès tactique incontestable (28 septembre-20 novembre 1914). LudendorfT est fait général de division.
Placé sur le front oriental, il est persuadé — ainsi qu'il est humain — que le Russe est l'ennemi principal et que sa défaite complète précédera de peu la fin de la guerre. Il ne reste donc pas inaclif avec les renforts
qu'il demande et obtient de la Direction suprême. En février et mars iqi5, il exécute par son aile gauche (Prusse orientale), en remontant le bas Niémen, une attaque dont le but est de déborder entièrement la droite russe et de faire ainsi tomber tout le front de combat du Grand-Duc Nicolas. Dans une deuxième bataille de Mazurie, il remporte encore de grands succès tactiques mais sans réussir à réaliser son plan grandiose.
En revanche, son étoile commence à briller d'un vif éclat et sa popularité croissante ajoute un poids singulier à ses propositions. La Direction suprême, se rangeant maintenant à son opinion, se transporte dans l'Est avec l'intention de réaliser sur la Russie une victoire intégrale qui mettra définitivement cette puissance hors de cause et permettra de reporter vers le front français toutes les forces des Empires Centraux. Pour appliquer dans l'Est le maximum de grandes unités, elle raréfie jusqu'aux limites de la prudence le front de France et constitue avec les hommes des dépôts le plus grand nombre possible de nouvelles divisions.
Seulement, elle entend que l'épithète « suprême » qui la désigne ne soit pas un vain mot. Elle veut bien battre la Russie, mais avec son propre plan et non avec celui de Ludendorff. Bien plus, l'homme de Tannenberg, s'il reste aux côtés d'Hindenburg, sera trop près d'elle pour que sa forte voix ne s'y puisse
L HOMME ai
faire entendre. On le désigne donc pour le poate de chef d'état-major d'une malheureuse petite armée (moins de deux corps d'armée) qu'on envoie dans les Carpathes afin d'y soutenir les Autrichiens défaillants. Mais Hindenburg est maintenant trop lié avec son associé pour accepter sans protestation cette désignation voisine de la disgrâce ; il adresse une réclamation à l'Empereur qui lui rend son chef d'état-major.
La Direction suprême a donc décidé de combiner, avec une attaque autrichienne qui doit se livrer en Galicie, une attaque allemande en Pologne. C'est cette dernière que Ludendorff réprouve parce qu'il pense qu'elle ne donnera jamais que de médiocres résultats. Et, en effet, les Allemands remportent de grandes victoires tactiques, ils repoussent les armées russes loin de leurs positions initiales, mais iis sont, une fois de plus, incapables d'en déterminer l'effondrement par une attaque débordante telle qua la préconisait Ludendorff.
Lorsque la Direction suprême se résout h venir à résipiscence et à adopter le plan de ce dern ;r, il est trop tard. A la suite de la « campagne de Russie de 191D », les Allemands ont gagné la Pologne, la Lithuanie, la Gourlande, une partie de la Livonie ; ils n'ont pas abattu l'armée russe.
Alors commence une période défensive de plusieurs
mois au cours de laquelle l'acharnement des attaqua russes, la dualité de commandement entre Autrichiens et Allemands avec toutes les faiblesses qu'elle implique, les défaillances des premiers et la nécessité pour let seconds d'accourir partout à la rescousse, de « farcir » pour ainsi dire les armées austro-hongroises afin de leur rendre quelque consistance, aboutit à une situation qui semble bien près d'être désespérée. Si, faisant flèche de tout bois, Ludendorff arrive à pourvoir à tout, c'est tant bien que mal, non sans peine, non sans tiraillements avec ses alliés, non sans froissements avec la Direction suprême qui vient de payer terriblement cher son attaque malheureuse sur Verdun et s'affole aux premiers résultats de l'offensive anglo-française sur la Somme. Or, mettant le comble au désarroi, survient, à la fin d'août, la déclaration de guerre de la Roumanie.
En cette extrémité, il faut à l'Allemagne un sau~ veur. Ludendorff est choisi. Naturellement, Hindenburg, en apparence, conserve le rôle principal et c'est à lui que revient le titre de Chef d'Etat-Major Général. A ludendorff on propose celui de « 2e Chef d'État- Major Général », mais il refuse, estimant, ajuste raison, qu'une organisation ne doit avoir qu'un directeur... au moins officiel, car, avec la qualification de Premier Quartier-Maître Général, il se fait attribuer de tels pouvoirs qu'il marche de pair avec llindenburg.