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service militaire obligatoire pour tous les hommes de i5 à 60 ans et même pour les femmes; il intervient dans toutes les questions de ravitaillement, de transport, de répartition des matières premières, de presse, de propagande, de répression des troubles révolutionnaires. Sa trace est partout et à peu près nulle part elle ne se confond, quand elle ne la traverse pas, avec celle du Gouvernement. Si sa popularité est grande, ce n'est ni dans les milieux gouvernementaux, ni dans les partis parlementaires qui donnent leur appui au Gouvernement.
Avec la fin de l'année 19 16 qui voit l'écrasement de la Roumanie, Ludendorff essaie de parler en maître dans le règlement de l'administration de la Valachie conquise, et il y parvient, mais en mécontentant Culgares et Autrichiens.
En même temps, se pose pour lui le problème de la campagne de 19 17. De l'exposé delà situation générale, il conclut que l'Allemagne ne peut rien faire de mieux que de rester sur la défensive en attendant que la guerre sous-marine sans restriction donne les résultats que le Grand Amiral annonce. Il ne craint même pas, en approuvant cette tactique, de provoquer l'entrée en guerre des Etats-Unis puisque les troupes américaines ne peuvent rien faire de sérieux avant un an et que, dans un an, les sous-marins, ayant fait leur
œuvre, l'Angleterre et par conséquent la France se rendroat à merci. En revanche, pour avoir la certitude que les armées allemandes du front Ouest dureront le même temps en face d'ennemis qui, sans aucun doute, s'efforceront de les battre, il prend toutes ses précautions pour éduquer les troupes dans les méthodes défensives, perfectionner toujours davantage les procédés en ce genre de combat, et édifier de puissantes positions de repli où, à l'occasion, ses armées, trop fortement pressées, défieront tous les assauts. C'est à partir de ce moment qu'on voit surgir du sol les fameuses positions aux noms tirés du cycle des Niebeiungen et dont l'ensemble constitua les lignes Hindenburg.
Au commencement de 1917, la Direction suprême n'ayant plus rien à faire dans l'Est — les grandes attaques à repousser devant se produire en France— Ludendorû fait transporter le Grand Quartier Général à Kreuznach.
L'année sera dure; il va falloir gagner une grande bataille défensive ; il serait sûrement plus prudent et plus économique de n'avoir à gagner que du temps. On ramènera donc le front, qui court actuellement d'Arras à ISoyon, sur la ligne Hindenburg (Arras-la Fère) qui est prête. Aveu de faiblesse sans doute, mnis certitude de quelques mois de tranquillité dans cette région et possibilité d'y prélever un certain
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bre de cIiYÎsinrjs qui l
• •ints iiK'iKicrs. il y p. rn.MipLMi>;iîion. Ee repli s'exécute en février et mars 1917, après exécution d'un plan de destruction systématique du pays abandonné.
En avril, les attaques anglaises de la région d'Arras icertent quelque peu LudendorlT, — les moyens matériels dont l'ennemi fait usage sont encore plus puissants, et par suite plus meurtriers, qu'a la bataille de la Somme, — mais il en prend bientôt son parti, car il réussit assez rapidement à aveugler la brèche.
L'offensive française sur l'Aisne, le 16 avril, ne le surprend pas. Depuis février, il a saisi un docu qui la lui a définie avec une suffisante précision pour qu'il ait eu tout le temps de se préparer à la bien recevoir. Et, en effet, cette attaque avorte dès les premiers jours pour expirer le mois suivant.
Ainsi se passent, non sans éprouves, mais finalement «ans désastre, les mois d'avril et de mai.
En Russie, la situation s'est considérablement améliorée, depuis Tannée passée, du. fait de la révolution. Une active propagande est exercée dans l'armée et dans le peuple russes. Au nombre de prisonniers que rapportent de simples combats locaux, à l'extension que prennent les colloques entre soldats au bord des réseaux d-" fils de fer, il devient évident que cette propagande porte ses fruits. Auresle, les Russes n'ont pas
attaqué en même temps que leurs alliés et c'est déjà un immense résultat. Ils s'y décident en juillet, mais il est trop tard. Si les Autrichiens ne s'abandonnaient de plus en plus et ne perdaient décidément toute combativité, cette attaque ne donnerait à Ludendorff aucun souci, car il a pris ses dispositions pour l'arrêter d'abord et prendre ensuite l'initiative des opérations. En août, malgré la faiblesse des Autrichiens, malgré l'appui donné aux Russes par les Roumain*, la contreoffensive de Ludendorff reconduit l'ennemi jusque sur le Pruth. Le rôle de l'armée russe (.st désormais bien fini. Encore un dernier choc et cette armée sera par terre, incapable de se relever. Ludendorff compte le donner bientôt dans la région de Riga, après quoi un simple effort en Moldavie condamnera les Roumains au même sort.
Si la deuxième partie de l'année 19 17 qui voit les terribles attaques des Anglais dans les Flandres, la surprise inquiétante de Cambrai, les violents coups de boutoir français de Verdun et de la Malmaison, vaut à Ludendorff bien des heures d'angoisse ; si la conquête de la Palestine par les Anglais le peine ; il triomphe cependant sur d'autres points ; il triomphe de l'abattement à peu près définitif de la Russie et de la grande victoire remportée, grâce aux Allemands, en Italie. C'est sur l'Italie, en efiet, qu'après l'exécution des Russes à Riga, il a dû diriger les forces primitivement
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destinées à la Moldavie, sons peine d'assister, au premier choc, à r écroulement de l'armée autrichienne. Mais, ayant consenti le sacrifice, au moins en avait-ii voulu tirer le plus grand bénéfice, en attaquant. Il avait ramené les armées italiennes de l'Isonzo sur le Piave.
La Russie, tombée en déliquescence révolutionnaire, est vouée à une soumission piochaine que Ludendorfl hâte par des interventions où une fois de plus son action n'est pas toujours conforme aux voeux du Gouvernement. En tout cas, la Russie n'est plus un obstacle. Le moment va donc venir — et il faut qu'il soit proche à cause de l'Amérique — 011 la presque totalité des forces allemandes pourront être appliquées sur le front français. Que la guerre sous-marine, qui d'ailleurs marche à souhait, réalise ou non ses promesses, il n'importe ; elle ne sera désormais qu'un adjuvant. Ce n'est plus sur elle, mais sur lui seul que Ludendorff compte maintenant. C'est par les armes, avec ses armées, qu'il terminera la guerre ainsi qu'il l'a toujours rêvé.
Les temps sont proches, mais, si proches qu'ils soient, le peuple allemand aura-t-il le courage d'attendre qu'ils soient révolus ? Ludendorff est soucieux quand il se pose cette angoissante question. L'idée de paix a fait en Allemagne d'inquiétants progrès ; un
Reichstag sans autorité n'a-t-il pas eu l'audace de voter une motion pacifique; un Gouvernement sans volonté n'a-t-il pas suivi lâchement le Parlement ! A Beriin, on court d'abdication en abdication, tant la peur est grande d'une révolution analogue à celle de la Russie. Tous les actes du Gouvernement le prouvent: il a fait adopter en Prusse le suffrage universel ; il des délégués sans mandat pérorer sur la paix à kolm; il n'a pas eu la force de réprimer comme elles le méritaient les grèves qui se sont produites dans les équipages de la marine ; il suit l'impulsion mauvaise des partis extrêmes au lieu de la réfréner ! Hindenburg et Ludendorff se mêlent à ces luttes politiques ; ils refusent leur appui au Chancelier Bethmann- Hollweg, aspirent à son départ, font pression sur l'Empereur qui le garde en offrant leur démission, proposent même un successeur de leur choix — le prince de Bulow — et arrivent finalement à renverser leur adversaire, mais sans pouvoir imposer leur candidat. C'est Michàëlis qui prend le pouvoir.
Cette intrusion dans le domaine politique vaut à Ludendorff la haine des politiciens. Or, les politiciens trompent le peuple qui les croit 1 Le peuple aura-t-il la ténacité d'attendre P Décidément le temps presse.
Aussi Ludendorff prépare-t-ii avec ardeur la grande offensive de 1918 sur le front français. Pendant tout l'hiver, divisions ^ur divisions sont acheminées de
Si
ié, de Roumanie et d'Italie vers la France1. Avant comme aj i '- leur transport, elles ne perdent point leur temps et s'exercent au genre d'attaque qu'elles vont avoir à livrer avec le même entrain qu'elles mettaient, un an auparavant, à étudier les procédés déFensils.
Pour être plus près des champs de bataille, le Grand Quartier Général se transporte à Spa, tandis que Ludendorff, avec quelques officiers de son bureau des opérations, s'installe à Avesnes, en poste de commandement. Hiiidenburg est avec lui. Le i3 février, il annonce à l'Empereur que l'armée sera bientôt rassemblée et pi c la plus grande tache de son histoire » .
Le 21 mars 1918, l'assaut est donné par près de 80 divisions entre Àrras et la Fère. Dans un élan de quelques jours, les Allemands parviennent jusqu'à Albert, Moreuil et Montdidier, puis, un peu plus tard, jusqu'à Noyon. Mais, le 4 avril, il faut mettre un frein au mouvement, sous peine de le voir s'arrêter de luimême. On recommence en Flandre. Là encore, du 9 au 20 avril, on avance d'abord à grande allure, puis plus lentement ; enfin l'on piétine sur place et il faut
1. Le 21 mars 1918, 192 divisions sont s ur le frent français; i\ vont y arriver; il s'en trouvait i ^7 su Ier décembre 1917. En outre, |ous les homn les unités maintenues en Rus&ie-Rourudiue ont été ramenés et incorporés dans les divisions d« France,
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renoncer. Partout, de l'Oise à la Mer du Nord, Anglais et Français réunis sont parvenus à endiguer le flot.
Ludendorff ne désespère pas ; il fera une nouvelle tentative, mais elle ne peut pas être prête avant la fin de mai. Elle s'effectuera sur l'Aisne tandis que l'Autriche, quelques jours plus tard, se lancera à l'assaut du front italien du Piave. Tout est à l'espoir. Ludendorff s'est assuré la possession de la Gourlande, de la Livonie, de la Lettonie, de la Lithuanie, de la Pologne ; il domine l'Ukraine, négocie avec les Cosaques du Don ; il est installé dans le Caucase ; la Roumanie est asservie. Un seul point noir : la Palestine, mais qu'est-re auprès de telles acquisitions et des perspectives heureuses qui s'ouvrent devant l'armée allemande en France ? C'est lui qui dirige opérations et négociations, presse sur le Gouvernement pour faire adopter ses vues sur toute question ; il est partout.
Mars et avril 1918 ont procuré à Ludendorff des succès tactiques sans précédents ; cette fois, il croit tenir la décision que la première attaque ne lui a pas donnée. Il refait ses moyens, profite du répit pour apprendre à ses troupes les enseignements mis en valeur par la première expérience, et prépare une offensive sur l'Aisne, brutale comme les précédentes, secrète comme elles, sur un front où le succès est certain puisqu'il le sait insuffisamment défendu.
Son attaque débute le 27 maL Eilel« conduit dans
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un v; sto Baillant qui, des abords de Soissona, va su.
! bât iu -l hic. rv, remonte la Marne jusqu'en face de Dornan^et se dirige vers le nord de Reims. Encoru une lois, elle a réussi au delà de toute espérance, mai-» la décision n'est pa9 venue. Ludendorff a failli à sepromesses. Grand est \e désappointement dans tout l'Allemagne.
Alors, malgré les signes avant-coureurs d'une profonde désespérance du peuple allemand, malgré les indices certains d'un abaissement significatif du moral des armées, malgré la diminution constante d'effectifs dont il ne sait plus comment combler les vides, Luden dorff s'e bstine à tenter une troisième fois, dans !•: même style, une nouvelle et colossale attaque.
Elle commence, le i5 juillet au soir, sur un f ron t considérable, englobant largement le saillant de Reims, à l'ouest depuis Château-Thierry, à Test depuis les collines de la rive gauche de l'Aisne au sud d Vouziers. Dès le premier jour, elle s'effondre en Cham pagne devant nos deuxièmes positions. A l'ouest et ai sud-ouest de Reims, elle tombe sur une défense don les organisations sont à peine ébauchées et fait quelque; progrès, mais s'y heurte à une telle résistance que son élan est aussitôt brisé ; sur la Marne, elle franchit la rivière, conquiert quelques kilomètres de la rive sue. et, contre-attaquée, s'arrête, épuisée. A peine en action depuis deux jours, elle est déjà partout ligotée. C'est Buat. 3
alors que, soudain, sur son flanc droit, dans la région de Villers-€otterets, surgit une contre-attaque française.
En un jour, le i8 juillet 1918, tout est compromis. Les masses de troupes aventurées sur la Marne et au delà sont obligées, leurs communications étant menacées, de se replier sous la pression de l'ennemi jusqu'à la ligne Aisne- Yesie. Les pertes sont considérables.
Le coup est dur, mais Ludendorff croit pouvoir le parer encore, car, prêtant à ses adversaires ses propres procédés, il pense qu'ils vont, comme lui, bienlôt s'arrêter. Il aura le temps de remettre de l'ordre dans ses unités mélangées ; il enverra au repos les divisions qui ont le plus souffert; il en dissoudra un certain nombre pour renforcer les autres ; il préparera une quatrième grande offensive. Ludendorff esj; aveugle : il ne voit pas que son dernier échec a porté un coup fatal au moral de ses armées qui croyaient, Je i5 juillet, partira la conquête de la paix; il ne veut P^s le voir; pour lui, c'est l'intérieur dont l'esprit est mauvais, qui démoralise les troupes 1
Au surplus, l'ennemi ne s'arrête pas, bien au contraire ; il ne s'arrêtera même plus. Le 8 août, Anglais et Français attaquent l'immense saillant d'Albert- Amiens-Montdidier et la conquièrent en quelques jours. Cette fois, le coup est si fort que Ludendorff en est
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désarçqnné. Il était en Flandre & surveiller les ; ratif* de sa quatrième a^tftqjiç quand In noir.elle lui en parvint. Il rentre 31 4 • s et pous-
investigations dans le détail afin de connaître les raisons d'une défaite contre laquelle il croyait bien sV'tre prémuni. Il apprend, à coté d1actes héroïques, des défaillances de troupes qui auraient dû lui en dire long sur TolTet moral produit par l'insuccès du i5 juillet. Ses yeux s'ouvrent à demi ; il sent le sol ferme fuir sous lui et ofl're sa démission. L'Empereur refuse en lui confirmant une confiance qui n'a d'ailleurs jamais été entière.
En tout cas, il ne s'agit plus maintenant d'attacruer ; trop heureux, au cas où l'ennemi persisterait dans ses offensives, si, avec les unités destinées à l'attaque, on arrive à résister simplement et à reconstituer quelquesunes des divisions les plus maltraitées.
Mais voici que, dans la deuxième quinzaine d'août, les Anglais étendent leurs assauts depuis Àlbertjusqu'à la Scarpe en passant parla Somme, e\ que les Alle- <is sont rejetés sur les positions d'où ils étaient partis le 21 mars. Encore une fois, leurs pertes sont infiniment sensibles. Donc tous les efforts, tous les sacrifices en hommes et en matériel si prodigajement consentis pendant cinq mois ont été dépensés pour rien ; toutes les espérances sont mortes et l'armée allemande s'en rend compte. Militairement, la guerre ne
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peut plus être gagnée, si elle n'est pas perdue. La parole doit passer à la diplomatie. A tout prix, dit le Gouvernement qui voit clair; au moindre prix, mais jamais à un prix inacceptable, dit Ludendorff dont les yeux ne s'ouvriront jamais entièrement, il faut faire la paix. H faut d'autant plus faire la paix que l'Autriche, plus frappée encore par les défaites allemandes que par la sienne propre, se déclare au bout de ses forces, incapable d'entreprendre une nouvelle campagne d'hiver ; elle parle même de paix sans conditions et de faire une démarche isolée auprès de l'Entente. La Bulgarie, toujours plus exigeante en subsides et en livraison de marchandises, excipe de l'épuisement de son armée pour ne plus rien faire et forme un ministère ententophile. La Turquie enfin, engagée au Caucase dans une guerre de massacres et de pillages, y contrarie sans cesse les projets allemands et répond avec le flegme et l'inertie bien connus des Orientaux à toutes les objurgations qui lui sont adressées.
Septembre voit se renouveler toutes les attaques depuis la Scarpe jusqu'à la Vesle. Le 12, les Américains réduisent, en une seule et brillante opération tout le grand saillant de Saint-Mihiel.
Le i5 septembre survient l'offensive alliée en Macédoine suivie presque aussitôt de la débâcle bulgare. Ludendorff ne trouve pas de termes assez forts pour stigmatiser la conduite de deux divisions bulgares et
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de ceux dos chefs de cette armée « qui ne sont pas arrivés assez vite à leur gré à se jeter dans les bras de l'Entente ». La Turquie est maintenant menacée, la neutralité de la Roumanie compromise. Ludendorff perd pied ; il presse le Gouvernement de faire une immédiate demande d'armistice et propose de la faire passer par l'intermédiaire du Président des Étals-Unis. Il essaie cependant de parer à tant de désastres effectifs ou trop faciles à prévoir en dirigeant sur Soûa et Nisch les quelques divisions dont il peut enco re disposer dans l'Est ; il dérive même siir ces points des troupes en cours de transport vers la France, car il lui faut arrêter l'ennemi au moins sur le Danube, sinon la Hongrie, à son tour, pourrait être envahie et ce serait la fin de l'Autriche.
Le comble au désarroi est mis par l'extension subite de la bataille de France, d'une part à travers la Champagne jusqu'à la Meuse, et, d'autre part, de la Scarpe à la Mer du Nord. Le 26 septembre, en effet, les Américains attaquent entre la Meuse et l'Argonne, les Français en Champagne; le 27, les Anglais marchent à nouveau sur le front entre le Câtelet et Cambrai ;les 28 et 29, de concert avec les Français, sur le front le Càtelet-Saint-Quentin ; le 28, un groupe d'armées anglo-franco-belge débouche entre la Lys etDixmude. A peu près partout, les Allemands cèdent le terrain. Cela décide Ludendorff à accéder à l'idée de l'évacuation
des territoires français et beiges occupés par les armées allemandes, si telle est l'exigence du Président V/iison.
Le mois d'octobre est inauguré par la formation d'un gouvernement simili-démocratique présidé par le prince Max de Bade, lequel a été choisi par le Reichstag avec l'approbation de l'Empereur. La couronne elie-même s'abandonne !
Le 1 2 octobre, les armées allemandes sont rejetées sur la position de repli : Consenvoye, Grandpré, l'Aisne, la Serre, Valenciennes, Tournai, la Lys, Ecloo ; ils ont évacué leurs bases maritimes de Zeebruggeet d'Ostende. La Lys est même déjà franchie en plusieurs points par l'ennemi et l'aile droite de la défense par conséquent tournée. Or, sur tout le reste du front de bataille, les Alliés ne laissent pas aux défenseurs un instant de répit. Prolonger la résistance pourrait amener un désastre ; encore une fois, il faut se replier, prendre un front plus court car les réserves baissent à vue d'œil et aucun renfort sérieux ne vient plus de l'intérieur. Vers la lin du mois, le recul es! entamé vers la ligne : Anvers, Charleroi, Namur, la Meuse. Le point de jonction de toutes les lignes de défense situé sur la rive droite de cette rivière, en aval de Verdun, a même été entamé dès le 8 octobre par une attaque franco-américaine. La situation eat réellement désespérée.
Pendant ce mois, Ludendoiiï' n'est pas seulement aux
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prises .ni, mais encore avec un (loti
Élément qui, effrayé des responsabilité* k encourir, i . \i" de l'autorité militaire, avant de capituler, des précisions sur les chances de résistance que r' Allemagne possède encore. Dans ces conseils ministériels où LudendorfT apparaît à certains moments plutôt comme un coupable que comme un conseiller, il se contredit souvent parce qu'il ne veut abandonner rien de certaines de ses prétentions. C'est ainsi qu'il s'élève avec véhémence contre la dureté des conditions de Wilson quoiqu'il veuille capituler ; il cédera, mais le moins possible. Si l'ennemi est trop exigeant, quel' Allemagne, sûre de périr, périsse au moins les armes à la main ; elle ne doit déposer l'épée qu'à l'heure où elle lui sera arrachée. Il veut que le Gouvernement déchaîne les passions nationales et proclame la levée en masse, mais il n'attend luimême aucun grand résultat de cette mesure désespérée ! Devant une telle incompréhension de la situation militaire vraie ainsi que de l'état d'esprit du peuple allemand, le Gouvernement n'a plus qu'une ressource : écarter ce contradicteur gênant et dangereux. Il exige son renvoi. Et, le 26 octobre, llEmpereur et Hindenburg se séparent, sans manifester beaucoup de regrets, de leur Premier Quartier-Maître Général.
Erich LudendorfT n'a pas encore 55 ans. Il est de stature moyenne, taillé à la serpe et bâti en force,
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trapu avec tendance à l'obésité. Vu de face, son visage est rectangulaire ; c'est à peine si le crâne et ïe menton sont incurvés. Le front est vaste et proéminent, les tempes bien dégagées. Front et tempes tiennent à eux seuls près de la moitié de la tête. Le nez, droit, est implanté sur une large base qui dit déjà la volonté ; il est encadré par deux yeux bleus, grands et profonds, qu'illumine une vive lueur d'intelligence. La bouche, surmontée d'une fine moustache blonde soigneusement iivisée en son milieu, serait belle si la lèvre inférieure ne venait déparer un ensemble puissant et songeur. Le double menton carré, les bajoues développées àl'excès, indiquent une inflexible ténacité, génératrice souvent de défauts essentiels autant que de nobles qualités. On *ent qu'une volonté implacable est mise, chez cet homme, au service d'une très vive et très profonde 'ntelligence, mais aussi d'une rudesse sinon d'une brutalité qu'aucune considération n'arrête, d'une décision que rien n'effraie lorsqu'il s'agit d'atteindre le but poursuivi, enfin d'un orgueil immense qui doit infailliblement faire perdre à son possesseur la notion exacte des rapports nécessaires entre la lin et les îaoyeos.
Nous verrons par la suite, en ne retenant que les aveux de Ludendorff lui-même, que c'est bien ainsi qu'il le faut apprécier et nous arriverons — croyonsnous — à pouvoir formuler en une seule idée maîtresse la psychologie de cet homme de guerre.
Dès son arrivée au Grand Quartier Général, Ludenderff, soit par fondions, soit proprio inotu, ne put se continer dans le domaine niililaire. Il fut intimement mêlé à toute* les questions de politique intérieure ou extérieure et d'administtaùon. Or, pour lui, être mêlé à une question, c'est, le plus souvent, en imposer la solution. Nous Talions maintenant observer dans ses différents rôles en les distinguant, autant du moins qu'il est possible.
Rôle militaire. — Avant son avènement, le Grand Quartier Général était resté à Charlevrlle, à proximité du front français. Il le rappelle immédiatement auprès de la Direction suprême établie à Pless, sur le front oriental1.
Placé en face d'une situation extrêmement difficile,
I. Pless est une petite localité de la Haute-Silésie , située au Sud de Gattowitz, près des confins autrichiens. La Direction de la gœrre, précédemnieai à Posen, s'y était transportée lors d'un premier essai d'unification du commandement sur le front oriental.
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Ludendorff qui, naguère encore, s'était fait le protagoniste de l'unité de commandement sur le front russe, se fait maintenant l'avocat de l'unité de direction sur tous les fronts. Il gagne sa cause, au moins en apparence. Hindenburg obtient le droit de signer « par ordre » — par ordre de l'Empereur, chef de la guerre — et sa signature vaut en Autriche comme en Bulgarie et en Turquie. En pratique, elle n est pas toujours obéie. Les Alliés de l'Allemagne, s'ils ont à recevoir, sont toujours d'accord ; s'ils ont à donner, c'est une autre affaire ; ils récriminent sans fin ; au demeurant, en ce cas, il faut à peu près toujours négocier. Cependant, la nouvelle organisation a l'avantage de servir de tribunal arbitral dans les litiges fréquents entre coalisés ; d'autre part, comme chacun d'eux ne consent pas volontiers à traiter avec son voisin, la Direction suprême sert encore d'intermédiaire.
C'est donc en maîtres incontestés des armées allemandes, en inspirateurs plus ou morns écoutés des armées de leurs alliés, qu'Hindenburg et Ludendorff peuvent envisager le grave problème qui se pose à eux dès leur entrée en fonctions. Réduits partout à la défensive, placés sous. le coup d'une attaque roumaine imminente, menacés d'une attaque générale sur tous les anciens fronts, limités à leurs seuls moyens matériels alors que la France et l'Angleterre accroissent chaque jour l'importance des leurs — la bataille de lu Somme
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ta mobtté MUobonJamuienl — assaillis il ttloiis
et de demandes de toute nature de la part de leur* alliés, ils comprennent que pour vaincre ou plus simplement résister, il faut en venir aux mesures eitrèmeâ : ordonner la mobilisation de tous les hommes valide* de i5à6o ans, les lancer sur le front, les arrières ou le* usines; obliger les puissances alliées à recourir à de> moyens analogues ; organiser le recrutement féminin : construire toujours plus de canons, fabriquer toujours plus de munitions, d'avions, de mitrailleuses; £alva niser surtout l'esprit guerrier de l'Allemagne. C'est Uni formidable note à payer en hommes, matériel et forée morales que la nouvelle Direction de la guern offre au Gouvernement impérial en don de joyeux avènement.
Dans cette conception personnelle du but à atteindre — la victoire de son pays avec toutes les conséquences qu'elle implique en son esprit. — Ludendorff oublie déjà, et il l'oubliera plus encore par la suite, qu'au delà de certaines limites les sacrifices qu'on exige d'une nation, en hommes notamment, affectent à ce point son moral que rien ne le peut plus relever. Il y avait déjà trop d'Allemands reposant « sous le gazon vert » en comparaison des résultats obtenus, pour que les compatriotes de Ludendorff aient une foi bien ardente dans les promesses de leurs nouveaux maîtres. Ils leur faisaient crédit, mais à courte échéance ; ils pouvaient
avoir encore un sursaut d'énergie, une reprise d'espérances, mais, celles-ci déçues, leur désillusion n'en serait que plus profonde. En août 19 16, on sait fort bien en Allemagne que Verdun n'est plus qu'une inutile tuerie, que la troupe a horreur de ce champ de bataille, que le commandement lui-même n'y va qu'à contre-cœur, que le kronprinz, le coup manqué, a été des premiers à demander la suspension des attaques qu'on a continué le massacre quand même. Où cela s'arrêtera-t-il? Tous les hommes qu'on appelle vont-ils, comme les autres, s'enfourner, sans espoir de retour, dans la gueule de l'insatiable Moloch? S'il doit en être ainsi, que ce soit au moins pour eu finir, pour la conquête rapide de la paix.
A l'État-Major Général, dont il est l'âme et dirige le travail, Ludendorff traite d'égal à l'égal avec un certain nombre de hauts personnages. Les principaux sont le Chef d'Etat-Major Général de la Marine, le chef du Cabinet de l'Empereur, les ministres de la guerre prussien, bavarois, saxon, wurtembergeois ou leurs représentants, ks Gouverneurs généraux de Bruxelles et de Varsovie, le Chancelier de l'Empire ou son agent de liaison.
Du Chef d'État-Major Général de la Marine, il ne dit à peu près rien que la confiance relative qu'il attachait à ses pronostics. La question capitale qu'il eut à
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traiter avec lui fut celle «le la guerre sous-marine à outrance. Nous en reparlerons.
Le Chef du Cabinet de l'Empereur, spécialement chargé de l'avancement et des récompenses, est un travailleur qui travaille avec une désespérante lenteur. Il faut lui arracher les décisions et lui forcer la main pour obtenir qu'il se hâte quelque peu, notamment lorsqu'il s'agit d'honneurs à conférer à des blessés. Il ne connaît rien à la guerre et mesure tout a à l'échelle du temps de paix ». C'est un « arriéré ».
Avec les représentants des ministres de la guerre des quatre grands Etats Confédérés, Ludendorfl s'entend à peu près ; la lutte est cependant moins courtoise à propos de tout ce qui concerne la levée et l'utilisation de leurs effectifs nationaux, car, avec le temps, les appels se font de plus en plus pressants; Ludendorl] réclame des lois ou mesures draconiennes pour la poursuite des hommes en état de porter les armes et qui, par tous moyens, fuient le service actif, mais ces lois ne viennent ni ne s'amendent, parce que les gouvernements — et les ministres en sont — n'ont de puissance ni pour les faire voter, ni pour les faire appliquer. Ce sont gens « incapables de se libérer des idées en cours à l'intérieur » ; ils craignent toujours de trop promettre et, pour ne pas déplaire à l'opi-
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nion publique, donnent rarement ce qu'ils ont promis. De plus, lorsqu'il s'agit de la réputation de leurs troupes respectives, ils sont montés à un haut diapason et se jalousent à l'envi : tel contingent a subi trop de pertes et ce sont toujours les mêmes qu'on envoie se faire tuer; tel autre n'a pas été récompensé suivant ses mérites ; un troisième est systématiquement écarté des occasions de se distinguer. Vers la fin de la guerre, c'est la discorde au camp d'Agramant.
L'Empereur actionne directement les gouverneurs généraux de Bruxelles et de Varsovie. Si, au point de vue politique, ces grands seigneurs dépendent du Chancelier, ce qui les met souyent en opposition avec les vues de Ludendorff, ils sont, en bien des domaines, touchés par les questions militaires, car ils sont en partie pourvoyeurs des armées. Or, le Chef de l'Etat-Major Général ne peut que leur exprimer des désirs auxquels ils donnent satisfaction s'il leur plaît. Il fallut un jour un ordre spécial de Guillaume II pour obtenir une livrais< >n de chevaux du gouvernement général de Varsovie ! Aussi, lorsqu'étant le maître, il aura conquis la Roumanie, Ludendorff se gardera -t-il de laisser confier l'administration de ce pays à un gouverneur général. C'est un militaire, et même un homme \ lui, qu'il en chargera.
La froideur est la caractéristique des rejations de
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LudondorlTavc-cles ('Imnroiiors jucçeçsifç : l>«Miim;ina- {Jqllyveg, Mirh.u'lis, Hertling et Max de Bade. 11 prétend leur dicter leur devoir vis-à-vis de la nation. La note qu'il a présentée au premier, lors de sa propre accession au pouvoir, n'a pas reçu l'accueil qu'elle méritait; chaque fois que des intérêts militaires sont à débattre, on peut être sûr qu'ils seront sacrifiés à je ne sais quejjes préoccupations de politique intérieure ou extérieure. Le Chancelier n'est qu'une caricature de Bismarck ; ses propres agents dont il est incapable de coordonner l'action lui échappent ; sa main droite ignore souvent ce que fait sa main gauche ; il n'a pas la force de renverser les cloisons qui séparent les diverses branches de son administration ; tout son appareil gouvernemental est d'une lourdeur inconcevable. S'il s'agit de maintenir et d'exciter le moral du pays, il ne prend que des demimesures, quand il en prend ; les troubles intérieurs ne sont pas réprimés avec une suffisante rigueur et leurs fauteurs pas punis avec la sévérité qui les devrait al teindre. Les commandants de région, vice- rois sur leur territoire, n'ont sans doute pas appliqué de manière uniforme les lois et règlements, et il était judicieux d'unifier leurs méthodes, mais quand on s'y décide en créant à l'intérieur un commandant en chef militaire — en fait, le ministre de la guerre de Prusse — G'est sous la. pression de l'opinion populaire
écœurée des dénis de justice et de la strangulation politique dont les citoyens ont été victimes, si bien que cette concession tardive apparaît à tous comme une faiblesse et, au demeurant, est plus mauvaise que bonne.
On s'imagine facilement par ce qui précède en quelle estime Ludendorff tient tout ce personnel gouvernemental qui s'obstine à « ne pas marcher dans les mêmes voies que lui ». Aussi, à tout propos, ses g Souvenirs » témoignent- ils d'un mépris profond pour ce qui n'est ni l'armée, ni surtout le Grand Etat- Major. Pourquoi, par exemple, les colonies allemandes n'ont-elles pas été organisées, dès le temps de paix, en prévision de la guerre ? Parce que les Sous-Secrétaires d'Etat à l'administration des colonies ont été indépendants de cet état-major, parce qu'ils ont été des incapables et des imprévoyants tout comme le furent les hommes dits d'État qui, ayant conclu un traité d'alliance avec l'Autriche-Hongrie, n'ont pas eu la poigne nécessaire pour exiger une armée autrichienne à l'image de l'armée allemande, des voies ferrées stratégiques au tracé inspiré par l'autorité militaire allemande, des fortifications, un plan de concentration arrêtés par les Allemands, etc., bief, si nous comprenons bien, des hommes assez faibles pour n'avoir pas su faire de l'Empire des Habsbourg une véritable colonie allemande.
Les interventions de Ludendorff dans les domaines