‹ LudendorffChapitre 6 sur 25 · SON H 01. F · texte numérisé non relu

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intérieur et extérieur sont permanentes; nous aurons l'occasion d'y revenir.

Sous ses ordres directs, LudendorfT n'a pas seulement Tétat-major proprement dit, mais encore les plénipotentiaires militaires des nations alliées et les attachés militaires allemands dans les pays neutres. Des premiers, rien à dire; ce sont des agents de liaison dont on élude les services aussi souvent qu'il est possible de procéder à des ententes directes. Les seconds sont, en ce qui concerne les affaires militaires, indépendants de leur ambassadeur ; ils correspondent directement avec l'état-major. En principe, ils ne font pas de politique — témoin celui d'Amérique avant la déclaration de guerre ! — mais ils dirigent la propagande. On sait tout ce que ce mot cache de tentatives d'intimidation, de faits d'espionnage, de renseignements envoyés aux sous-marins sur le trajet des bateaux alliés, de machines infernales dissimulées dans les cales de ces navires, de distribution de fonds aux fauteurs de troubles, d'achats de journaux, d'organisation de dépôts de pétrole, de contrebande d'armes et de bien d'autres occupations incompatibles avec la neutralité des pays qui donnaient asile à ces singuliers représentants de l'Allemagne.

Le travail de Ludendorff est minutieusement réglé.

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11 arrive au bureau entce 7 et 8 heures du matin et y demeure jusqu'à midi. Ces quatre à cinq heures sont consacrées en majeure partie à l'audition des chefs de section ou de service de Fétat-major qui font leur compte rendu, apportent leurs propositions et, à l'occasion, les discutent. Car, avec les aides qu'il s'est choisis, Ludendorff admet la discussion ; il a confiance en eux et paraît avoir possédé la leur. On sent qu'en ce milieu règne une certaine unité de pensée et qu'on s'y exprime avec quelque liberté de langage. Il est même intéressant de faire le rapprochement entre ces entretiens et la conversation qu'Hindenburg, vers 9 heures, avait avec son adjoint. Ici, Ludendorff n'échange que quelques brèves paroles concernant les événements en cours ou les projets d'avenir. Il ne rencontre d'ailleurs jamais de contradiction. Hindenburg approuve toujours. C'est donc bien Ludendorff qui, en fait, commande, décide, exerce — comme il l'écrit — la conduite directe des opérations.

Tous les matins, il prend le téléphone, actionne les titulaires des grands commandements, écoute leurs soucis, reçoit confidence de leurs espoirs ou de leurs déceptions, enregistre leurs réclamations, les morigène aussi. Il est tellement considéré comme le chef que, s'il est en permission — il n'en prend qu'une seule, de quelques jours, en quatre années — il est relié à tous les fronts et à tous les quartiers généraux alliés, de

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manière à ne rien perdre de son action directrice I

je dans son train spécial — et il a coutume de le faire une fois par semaine — c'est comme si le Grand Quartier Général voyageait avec lui; c'est vers lui que dirigent rapports et comptes rendus, à lui que s'adressent les demandes, de lui qu'émanent toutes les directives. Le commandement est bien là où il se trouve et nulle part ailleurs.

A midi, il entre en conférence avec l'Empereur. De ce qu'il lui pouvait dire, pas un mot, sauf qu'il s'y agissait de faire un rapport et non de chercher des inspirations. Ce silence est plus significatif que de longues explications. Au surplus, il n'y a pas d'atomes crochus enirc ces deux hommes; le Premier Quartier- Maître Général ne peut avoir de réelle considération pour ce chef de guerre que la guerre effraie et qui n'est même pas capable d'imposer à son Gouvernement la politique nécessaire pour conduire la campagne à bonne fin. Mais Guillaume est tout de même l'Empereur, le chef de la glorieuse maison qui a fait la grandeur de l'Allemagne et pour qui tout Allemand doit se montrer respectueux et dévoué. Respect et dévouement sont quelquefois lourds à porter !

A i3 heures, on déjeune, rapidement. Hindcnburg est amateur de gais propos et d'histoires légères; Ludendorff évoque plus volontiers les questions de service hormis celles intéressant trop directement les

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opérations en projet. A table, on admet les visiteurs de passage, civils ou militaires. Ceux-ci fournissent d'intéressants renseignements sur l'esprit du front et ïes événements qui s'y passent ; leurs récits sont vérid [lies, à l'inverse des rapports officiels toujours plus oi moins freà&tés. Ceux-là sont souvent une charge, mais comment ne pas accueillir les membres du Gou vt rnement de Berlin ou des États Confédérés ! Comment repousser les parlementaires, les représentants de la grande industrie, du commerce, des associations ouvrières ! Et puis, ne faut-il pas les endoctriner, les faire entrer dans les vues du Grand État-Major? En revanche, devant des oreilles aussi indiscrètes, on se g;:rdc bien de parier sans réserves des choses des armées.

A i5 heures ou i5 heures et demie, après une promenade, Ludendorff se remet au travail ; il y consaci < tout son temps jusqu'au moment du dîner: 30 heures, pour le reprendre vers 22 heures et ne se donner q elque repos qu'à partir de minuit ou 1 heure du matin.

On conçoit que, dans ces conditions, ses tournées hebdomadaires, sans parler des avantages qu'elles prr sentent au point de vue de la connaissance des hommi et des faits, lui apparaissent comme des périodes dé détente. Il fait comparaître les chefs d'état-major d'armée qui lui exposent la situation de leur unité; les

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comioa idanti d'armée assistent à l'entretien et so -t

B0uv< ni amenée à j rendra la paroi». En t< ut cas, i i participent à la discussion qui succède. Eux ausâ subissent l'épreuve et il arrive qu'ils ne s'en tirent pa* toujours à leur honneur. Ludendorff avoue, qu'en ce taii»*. circonstances, il s pettt-être précédé avec dure; s et même avec injustice, mais des erreurs en ce se&l sont 01 ; jours préférables aux erreurs inversas; celles- i coûtent trop cher aux troupes et celui qui les a commises a trop de reproches à s'adresser par la suite. D'ailleurâ quand il a cru en devoir réparer quelquesunes, il a rarement eu à se féliciter de sa bienveillance.

Au cours de ses voyages, Ludendorff convoque aussi des officiers, généraux ou autres, servant dans les unités combattantes, et sollicite leur opinion sur différents sujets. Il reçoit volontiers ceux qui croient avoir quelque [lainte à produire, mais il est placé très haut et, pour l^tteindre, les doléances prennent souvent un autre chemin; elles lui parviennent par Pintermédiahe du Gouvernement qui les tient lui-même de membres du Reichstag.

Ses sorties sont fructueuses en enseignements : poir lui, qui clarifie ses idées; pour les autres, qui retrouvent ( es idées clarifiées dans les règlements publiés par la Di e< ion suprême.

Son [ remier voyage au front français, bien court cependant (5-q septembre 191 6), mais exécuté à un

moment où, accédant au pouvoir, il doit évidemment rapporter le maximum d'observations, donne lieu à une réorganisation du commandement (création d'un nouveau groupe d'armées) et à toute une série d'instructions nouvelles ou refondues. BMes concernent: l'occupation ténue des secteurs tranquilles afin de donner des disponibilités pour le renforcement éventuel des secteurs actifs; la relève méthodique des divkions engagées dans la bataille ; l'abandon des parties du terrain qui n'ont aucun intérêt pour la défense et qu'on ne s'obstine à conserver que parce qu'on les possède ; l'emploi de l'artillerie par masses et la concentration des feux qui en est la conséquence ; l'organisation de la lutte contre l'artillerie franco-anglaise très supérieure en nombre et fort efficace; la liaison entre batteries et aviation ; l'étalement de l'infanterie de la défense en profondeur; la suppression des abris profonds de la première position qui ne sont que pièges à donner des prisonniers à l'ennemi ; la réhabilitation du tir au fusil et la réaction contre l'emploi abusif des grenades à main. Il a vu tout le parti à tirer des engins défensifs à tir rapide et se propose d'en multiplier le nombre et la légèreté (mitrailleuses, lance-mines, lance-grenades, etc.). Il songe à doter son infanterie d'un cuirassement portatif. Il réglemente le service et l'emploi des troupes d'assaut dont il veut se servir comme de moniteurs pour les autres unités. Il ordonne la sup-

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pression des vastes et épais réseaux de fils de fer, très visibles sur les photographies d'avions et par conséquent très faciles à détruire par l'artillerie, et leur substitue des clôtures planes, disposées en tous sens et se complétant les unes les autres.

Tout cela d'ailleurs ne suffira pas pour forcer la victoire si le Gouvernement ne s'efforce de foarniv toujours plus d'hommes, plus de matériel de guerre, et surtout ne trempe lame du peuple au point qu'aucun sacrifice ne lui paraisse trop grand pour vaincre. Et < si là que gît la difficuké î Comment espérer surexciter la nation alors que, dans sa tournée même, Ludendorff a rencontré deux princes — les kronprinz de Prusse et de Bavière — qui en sont arrivés à ne pas repousser l'idée d'une paix boiteuse ! Il croit que le Gouvernement peut fabriquer du moral à la manière de Krupp qu'il voit aussi et qui lui promet de satisfaire à toutes les commandes de matériel sous la seule réserve qu'on lui donne la main-d'œuvre nécessaire. Le Chancelier était bien incapable de produire cette denrée spéciale quelque prix qu'il y attachât lui-même et quelque indispensable que la déclarât Ludendorff.

Durant plus de deux années qu'il fut à la tête des armées, Ludendorff' fit rédiger une série d'instructions secrètes que les troupes avaient ordre de ne pas emporter en première ligne — mais qu'elles y emportèrent

quand même — destinées à éclairer les différentes armes sur leur rôle dans la guerre défensive et offensive aind qu'à uniformiser les méthodes et procédés de combat de toute l'armée. Au fur et à mesure que ces méthodes ou procédés perdaient de leur efficacité en face d'un adversaire averti, les divers règlements étaient refondus et mis à la hauteur des constatations nouvelles faites par les ce*» battants. Il serait trop long de rapporter ici les modifications successives subies par ces documents et les raisons qui inspirèrent la refonte des instructions en vigueur; on en trouvera d'ailleurs un résumé dans notre conclusion ; mais pour donner une idée de l'activité de Ludendorff en ce domaine ainsi que de! la rapidité avec laquelle les procédés évoluent à la guerre, nous citerons quelques exemples.

On sait que Ludendorff prit le commandement à la fin d'août 1916, à un moment où, par force, il dut se résoudre à la défensive. C'est donc sur les prescriptions concernant ce genre de combat qu'il porta tout d'abord son attention. Il trouva un texte relatif à l'organisation dôi positions qui ne datait que du mois de juin 1916, il l'abrogea pour le'remplacer par trois antres: « Généralités sur l'organisation des positions » du io novembre 1916, revues le i5 août 1917 et le 10 août 1 9 1 8 ; a Détails d'organisation des positions » du 1 5 décembre 1 9 1 6 ; a Principes pour la conduite de la bataille défensive » du Ier décembre 1916, révisés le Jer mars

1 <) 1 7 et 1 1 1 suivant. Ces document!

Bont complétés par une série d'annexés: oonstru

des positions (i3 novembre 1-916) rééditée le i5 août 19 17 et le 10 août 1918; engins de combat rapproché ( Ier janvier 1917) ; utilisation eUôle des aviateurs d'artillerie (10 février 1917) revisée le 10 janvier 1918; liaison de l'infanterie par avion et par ballon (i*r jan vier 19 17) refondue le Ter septembre delà même année ; instruction sur les minen-werfer (i5 novembre 1916) refaite le 1" juillet 191 7 et le 6 mai 1918 — cette fois en vue de l'offensive ; — instruction sur le service des liaisons (1 5 juillet 1917), etc., etc.

A tous ceo règlements intéressant plus ou moins toutes les armes vinrent s'ajouter une série considérable d'opuscules destinés à chaque arme en particulier. La bibliothèque technique de l'officier allemand, comme celle de l'officier français, s'est augmentée pendant la guerre d'une manière dont l'importance ne peut être justement comprise que par les snuls gens informés. Ceux-là sont seuls aussi à apprécier ce que la confection de cette œuvre considérable, en dehors de bien d'autres occupations, représente de science, d'expérience, d'heures de veille, de remises au point après correction, pour les officiers de l'État-Major Général à qui leur chef, après aveir tracé les grandes lign sujet à traiter, confia la réiaclion de ces nombreux travaux.

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Politique intérieure. — La Direction de l'armée, incarnée à tort ou à raison en Ludendorff, ne se borne pas à diriger les opérations militaires. Elle a beaucoup à demander au Gouvernement et le Gouvernement ne donne que ce qu'il peut ou ce qu'il veut, car, pour le Grand Quartier Général, vouloir c'est pouvoir.

Qu'est-ce donc que ce Gouvernement? Déjà, en octobre 19 i£, après la Marne, LudendorrT avait compris que la guerre serait longue puisque la première condition de sa brièveté — rabattement de la France d'un premier choc — n'avait pas été réalisée. L'Allemagne devait donc avoir à traverser des périodes critiques. Or, s'étant rendu à Berlin, il était entré en relation avec le monde gouvernemental et n'avait rencontré que des gens insouciants de la gravité de l'heure ; il s'en était allé consterné.

Depuis cette époque, le Gouvernement et ses aides ne *e sont pas modifiés aux yeux de LudendorfT. Il n 'çocie avec eux alors qu'il leur devrait parler en naître ; il doit les pousser sans cesse pour les faire sortir « des ornières du temps de paix », leur faire violence pour vaincre leurs prétentions ridicules et leur amour-propre hors de saison. Par une pente naturelle, il en vient à leur dicter ce qu'ils devraient faire et qu'ils ne font pas. car il se considère comme « 1p du peuple en armes » et pas seulement comme le chef de la partie du peuple qui est sous les armes. Il em-

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sur les attributions gouvernementales en dirigeant la Presse et la propagande que le Gouvernement ne veut pas organiser selon ses vues ; il fait faire des campagnes de conférences; il soutient des ligues qui, sous prétexte de patriolism2, prêchent les doctrines pangermnnistes; il fait circuler des listes de souscription à son nom ; il traite de la rééducation des mutilés, des secours aux proches des combattants, des biens de famille, des logements, de la repopulation, de la fondation d'usines pour la fabrication de membres artificiels et de la répartition des produits ; il n'est pas une question dont il ne s'empare parce qu'il n'en est pas une qui, de près ou de loin, ne lui semble toucher aux intérêts de l'armée. Il dirige la censure, surveille les menées révolutionnaires, combat l'espionnage, demande l'arrestation des mauvais Allemands — tel Lichnowsky — dont les .écrits répandent dans le monde — ce qui lui est peu sensible — mais aussi en Allemagne — ce qui le touche infiniment — l'idée perverse que i'Allema ^ne a voulu la guerre. Pour beaucoup des sujets qui pr .èdent et pour bien d'autres encore, il doit s'adresser aux commandants de région lesquels, à leur tour, se retournent, pour l'exécution, vers les autorités civiles. Des questions de compétence se posent, alors que les attributions sont mal définies; des conûits surgissent. La population se fâche d'être traitée différemment ici ou là; ses représentants s'émeuvent et exhalent leur

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araertune à la tribune du Parlement à moins qu'ils ne portent plainte au Gouvernement; le Reichstag approuve presque toujours et le Chancelier cède souvent.

Ludendorff « qui ignore les artifices de langage », qui ne croit pas à la fatalité, mais seulement à la volonté des hommes forts, n'en devient que plus pressant. Il ne cache pas son opinion sur les gouvernants et la manière dont il s'exprime ne tarde pas à franchir les limites du Grand Quartier Général. Il fait même écrire Hindenburg pour attirer l'attention de l'Empereur sur la politique suivie par son Chancelier : elle va juste à l'encontre de celle qu'exigerait la guerre — celle de Ludendorff, cela Ya sans dire; — le Gouvernement mène l'Allemagne à sa ruine; il commet faute sur faute.

Ce sont fautes du point de vue de Ludendorff qui ne conçoit d'autre paix que celle de la victoire pleine et entière alors que le Chancelier se leurre du vain espoir de voir les peuples de l'Entente imposer leurs vues pacifiques à leurs propres dirigeants. Ce faisant, le Chancelier n'aspire qu'à la paix, sans plus ; c'est à peine s'il la désire « raisonnable », sans d'ailleurs définir ce qu'il entend par ce vocable énigmatique. Il paralyse la guerre. Sa veulerie est telle qu'il donne au peuple allemand « la concupiscence d'une paix boiteuse, dite de conciliation, sans en inspirer le désir à ses adversaires * . Ce n'est pas cette « paix d'ilotes »

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qu'il faut aux Allemands, mais bien celle qui les garantira désormais de toute nouvelle agression — car l'Entente a déchaîné la guerre! — et Ton sait d'autant mieux ce que cela signifie que Ludendorff s'appuie ouvertement sur la droite, c'est-à-dire sur les pangermanistes. Il est leur homme et même un peu plus.

Le Chancelier n'est pas sans connaître ce qu'on pense de lui à la Direction de la guerre. Le différend prend une forme de plus en plus aiguë à mesure que le Gouvernement, obligé d'autre part à tenir compte des indications du Parlement et de l'opinion, s'éloigne davantage des directives du Grand Quartier Général. On en arrive aux mots durs — Ludendorff s'en excuse, trop tard — et l'antagonisme dans les conceptions incline de plus en plus vers un conflit entre personnes. On s'offense par simple bouderie1. Les relations finissent par devenir impossibles.

i. Quelques exemples entre beaucoup d'autres. Le premier gouvernement révolutionnaire russe était en majorité partisan de la guerre, mais quelques-uns de ses membres penchaient pour une paix sans annexions, ni indemnités. D'autre part, la propagande pacifiste faisait peu à peu son oeuvre parmi les soldats. C'est sur elle que comptait le Chancelier potir parfaire la décomposition de la Russie. Il s'opposait en conséquence à toute provocation militaire. Une petite opération, bien conduite, ayant proc\iré un nombre inaccoutumé de prisonniers, il prescrivit de la passer à peu près sous silence afin de ne pas nuire à sa propagande. Les

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Ludendorff fait demander par Hindenburg la tête du Chancelier Bethmaim et propose même un remplaçant: Bulow. L'Empereur ne cédant pas à l'injonction, il pèse sur sa décision en offrant sa démission et en entramant son chef dans sa démarche. Finalement, il amve à ses fins, mais c'est Michaëlis et non Bulow qui succède à Belhmann.

Les mêmes raisons engendrent les mêmes effets. Les Chanceliers tombent comme capucins de cartes. Après Michaëlis vient Hertling, Hertling nommé avec l'approbation du Parlement — voilà où l'Allemagne en est tombée ! — Hertling qui n'est pas un Chancelier de guerre, car il est trop vieux et trop malade. Puisque l'Empereur s'abandonne, puisqu'il a refusé Bulow et même Tirpitz qu'on lui offrait aussi, pourquoi Ludendorff lui-même ne prendrait-il pas la direc-

troupes, et Ludendorff avec elles, se montrèrent très froissés qu'on parlât si peu de ce fait d'armes.

Quelque temps plus tard, à l'avènement de Kerensky, le Chancelier crut, au contraire, au triomphe du parti de la guerre et demanda d'attaquer en prélevant au besoin des troupes sur le front Ouest. Cette fois, Ludendorff opposa un refus formel en prétextant à son tour que cela pourrait nuire à la conclusion de la paix!

En septembre 1918, à une époque où les attaques contre l'armée se font nombreuses et ardentes, le Chancelier, qui cherche à calmer la colère populaire, demande à Ludendorffde faire manger à l'ordinaire les officiers de son état-major. Ludendorff répond que cela se fera quaad le Chancelier lui-même, les Sous-Secrétaives d'État et tout Berlin en auront les premiers donné l'exemple !

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lion des affaires publiques? On le lui a proposé, mais il est grand maître des opérations et il ne veut pas lus laisser tomber en d'autres mains. Or, il ne peut assumer deux lourdes taches à la fois ; il faut qu'il choisisse et il ne lui reste plus a qu'à continuer son formidable labeur et à lutter avec le Gouvernement ».

A Hertling succède le prince Max de Bade. Comme les autres, il est plus ou moins solidaire de l'opinion publique laquelle devient de moins en moins favorable à la guerre. Ludendorff, lui, ne voit de saîut que dans la guerre. La distance qui le sépare du Gouvernement augmente donc sans cesse; naturellement, ses empiétements et ses récriminations s'accroissent en conséquence.

On comprend, dès lors, que les membres du Cabinet et les chefs des partis de la majorité parlementaire — les pangermanistes n'en sont pas — prennent pour cible le Premier Quartier-Maître Général. C'est de lui qu'est supposé venir tout le mal. Si cet homme aussi ambitieux qu'encombrant n'était aux côtés d'Hindenburg, celui-ci se montrerait plus conciliant ; il n'est qu'un instrument entre les mains de son subordonné. On cherche donc à les séparer, mais sans succès. En vérité, Hindenburg et Ludendorff ont' des idées trop pareilles et sur la guerre et sur la paix.

Dès lors, Ludendorff assume le rôle de «paratonnerre»; on l'accuse de jouer au « dictateur ». Au

Reichstag, le 26 mars 19 18, Haase disait déjà: « Le Chancelier n'est que l'enseigne qui couvre le parti militaire. Celui qui gouverne, c'est Ludendorff. » En complétant plus loin le tableau de son action dans les domaines de la politique extérieure et de l'administration, nous verrons, en effet, jusqu'à quel point il prêtait le flanc à cette accusation. Aussi, quand les affaires se gâtent, il devient une victime désignée, et le Cabinet du prince Max de Bade menace l'Empereur de démissionner s'il ne congédie le Premier Quartier- Maître Général.

On se demande ce qu=; fait Guillaume 17 en ces conflits dont il entend au moins les échos. Il est chef de guerre, donc maître des armées; il est chef d'État, donc maître de l'intérieur. A la manière dont les choses sont organisées, sa maîtrise, sans doute, n'est que nominale, mais elle autorise au moins l'arbitrage à l'occasion de ces différends entre pouvoirs civil et militaire. Il semble même que ce rôle soit le seul qui lui convienne et, de droit, lui revienne. Hélas ! Il ne décide rien, et quelquefois même donne tort à Ludendorff. Un jour que celui-ci est venu tout exprès à Berlin pour se plaindre du Chancelier qui va laisser voter par le Reichstag une motion de paix, l'Empereur le prie de s'occuper des affaires militaires qui, seules, le concernent et de s'en retourner à Kreuznach. Qu'attendre de

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cet Empereur qui «a horreur de La ;} Certes,

ce monarque n'aurait pas été digne de vivre, comme

son illustre grand-père, à la glorieuse époque de Bismarck. Il n'est, conunelesautres, qu'un « post-bismarckien ». 11 apparaît bien que, cette l'ois, Ludendoiff ait h sinon en ses griefs, du moins en sa conclusion : l'inaction de Guillaume II a été néfaste à son pays.

Politique extérieure. — Le Sous-Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères n'est pas mieux traité que ses collègues du Gouvernement. Nous savons déjà que ses prédécesseurs n'ont pas su tirer de l'alliance autrichienne toutes ses conséquences — traduction libre : asservissement de F Autriche-Hongrie — . A tant faire que d'accoupler un peuple sain et vigoureux comme le peuple allemand à un semi-cadavre, encore devait-on tenter de ranimer ce moribond et d'exploiter les quelques forces récupérées par lui au profit de l'Allemagne. Encore maintenant il serait possible de le faire réagir, mais, pour cela, il faudrait parler haut eX le ministre s'en garde bien. Au contraire, il écoute d'une oreille bienveillante les doléances du gouvernement autrichien qui le sait bien et qui enjoué ; c'est toujours lui qui, à Berlin, l'emporte sur le commandement allemand. Que craint-on i* Que l'Autriche n'en vienne à une paix séparée? C'est pensée déraisonnable, car elle en eet bien incapable. Dans cette certitude d'impossibilité, on

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sent percer le genre de pression que Ludendorff est décidé à exercer si l'Autriche manifeste quelques velléités de séparatisme. Mais il est bien sûr que, de deux maux, son allié choisira le moindre. Exécuté pour exécuté, il préférera ne l'être que plus tard, s'il le faut, par le Russe ; l'Allemand est trop fort et trop proche.

Ce n'est pas que LudendorfT attache une très grande importance au concours militaire de l'Autriche, mais cette puissance est le lien nécessaire entre la Bulgarie et la Turquie, et puis, la partie est commencée, force est bien de la jouer jusqu'au bout.

Ludendorff pense donc, qu'avec de l'énergie et de la volonté, on aurait pu réveiller le peuple des Habsbourg, quoiqu'il ait aussi mauvais esprit que son armée. Ceci, entre parenthèses, lui aurait dû montrer que, dans une guerre de peuples, la formule : tel peuple, telle armée, est toujours vraie, et l'inciter à quelques réflexions sur son cas particulier.

Mais volonté et énergie n'étaient pas les qualités maîtresses des conseillers de François-Joseph qui sont demeurés en place sous son successeur. Encore le vieux monarque étail-il un sincère ami de l'Allemagne et avait-il quelque autorité morale, mais l'Empereur Charles recueillit un fardeau trop lourd pour ses débiles épaules. Au lieu de lutter contre les prétentions égoïstes des Hongrois et de châtier les Tchèques

Mes, il a la faiblesse de reconnaître l'ex: le des nationalités. C'est une véritable abdication de pouvoir. Les tendances séparatistes en sont excitées ;

l'armée qui a vu tant de Tchèques passer à l'ennemi avec armes et bagages en est froissée ; l'Entente, à l'affût et d'autant plus obstinée dans la lutte, assiste i avec joie aux premiers craquements de l'édifice ; il n'y a vraiment plus que les hommes de race allemande qui soient, en Autriche, réellement fidèles à la cause, mais Ludendorfi'a beau payer leur presse, il n'en augmentera pas le nombre et ils sont trop peu.

Sans doute, l'Empereur Charles ne déserte pas l'alliance, mais il n'a aucune envie de faire la guerre et c'est la guerre seule qui importe. Il veut tellement la paix qu'il entame avec l'ennemi des négociations, louches autant qu'imprudentes, telles ses lettres au prince Sixte de Bourbon. Ce n'est pas tout. Bien loin de se soumettre aveuglément aux directions de Berlin, il est juché sur ses prérogatives de chef de l'armée impériale et royale. N'a-i-il pas eu l'audace de demander et d'obtenir l'atténuation des termes de l'accord qui le lie à la Direction suprême afin que sa subordination n'en ressorte pas d'aussi évidente manière !

L'impératrice qui le mène a une déplorable propension à s'occuper de politique. Or, elle est entre les mains des cléricaux et les cléricaux n'aimeni pas les Allemands. Qu'attendre de gens ainsi inspirés ?

Il y a bien le comte Czernin, un fidèle, non transcendant certes, tout de même supérieur aux diplomates qui trônent à la Wilhemstrasse, mais il n'a pas empêché son maître de commettre des sottises à propos des nationalités et c'est un bavard qui s'en va partout clabauder sur la dictature de Ludendorfï. 11 n'est pas exempt non plus de duplicité comme le montre bien son action à propos de la Pologne qu'il veut autrichienne tandis que LudendorfT la désire allemande, de crainte que, dans le cas contraire, Pologne russe et Pologne autrichienne réunies ne jettent les yeux sur la Pologne prussienne encore enchaînée.

Au débat de 1918, arguant de l'impossibilité pour la double monarchie de continuer la guerre au delà de l'automne, Czernin ne s'est-ii pas avisé de proposer la restitution de l'Àlsace-Lorraine à la France, en échange précisément de la Pologne? Ludendorff l'a rabroué. Qu'a-t-il lait pour surexciter l'énergie de son peuple ? Qu'il commence par là s'il ne veut, en cas de mauvaise fortune, endosser sa large part de responsabilités. Czernin a beau protester de son impuissance à réformer la mentalité des Austro-Hongrois, LudendoriT n'entend rien. Un Gouvernement qui veut une fin la peut toujours obtenir. Quant à l'Alsace-Lorraine, c'est une -affaire purement allemande et qui engage l'honneur allemand. La question n'a pas à être soulevée par un allié ; tout au plus en pourrait-on parler, entre Alio-

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manda, si la défaite était à la porto, mais on n'e là, Au reste, sur ce sujet, tous ses corn patriot

compris les social-démocrates, sont unanimes. Inutile d'insister, et Czernin s'en va,ù bout d'arguments,

el pourvu d'une mercuriale dont il ne tient probablement pas quitte le terrible Quartier-Maître Général.

Il le lui montre bien lors des discussions pour la paix avec la Roumanie. Ludendorff voudrait avoir quelques ménagements vis-à-vis de cet adversaire battu avec qui Ton traite u alors qu'on est en guerre avec le monde entier » et il s'oppose, en effet, aux appétits bu1 et bongrois aussi longtemps qu'il peut maintenir Mackensen à la présidence des négociations, mais, quand les diplomates s'en mêlent, c'est aux inspirations de Czernin qu'ils obéissent et leurs actes sont « en opposition fondamentale » avec les idées de la Direction suprême. Les préliminaires signés le 5 mars igi8 >:n-i faits qu'ils laissent Allemands. Hongrois et ires mécontents. Le traité de Bukarest du 7 mai suivant n'est pas meilleur; il ne tranche pas l'attribution de la Dobrutscba, il attribue à la Hongrie une bonne partie du territoire roumain, il ne fait rendre parla Roumanie qu'une partie du matériel de guerre et, s'il prescrit la démobilisation de l'armée, il consent au maintien d'un certain nombre de divisions pour l'occupation de la Bessarabie. Les conditions économiques quïl institue, ligotent la production roumaine sans

faire à l'Allemagne la part qui lui revient. Sans doute, laValacbie restera occupée par six divisions dont quatre allemandes, mais on pouvait, dans beaucoup de domaines non territoriaux, exiger bien davantage si l'on n'avait pas sacrifié aux vues autrichiennes.

En tout cas, on installera en Valachie une administration militaire allemande ; c'est l'Allemagne, après tout, qui a fait la conquête. On ne pourra pas évincer complètement l'Autriche, mais or réduira sa participation au minimum. L'Autriche n'en est pas moins froissée.

On la froisse encore dans l'affaire delà navigation du Danube, car il faut « faire respecter les intérêts allemands ». A ses plaintes sur la modeste part qui lai t'ehoit des approvisionnements tirés de Roumanie, on répond qu'elle a tort et que l'administration allemande est la meilleure des administrations et qu'elle s'en doit contenter. L'Autriche fait mine de céder, mais elle intrigué, soit par des voies latérales auprès de l'Entente, soit* directement auprès de la Bulgarie qui n'est pas satisfaite d'avoir manqué la Dobrutscha.

Eu Ukraine — ce grenier où l'on espère trouver la nourriture de l'Allemagne et de l'Autriche, — c'est encore la première qui se taille la part du lion. L'autre proteste vivement, si vivement qu'on est bien obligé de lui altiibuer quelques bribes supplémentaires du 1 ; elle n'eu est pas reconnaissante.

Su.\ 71

Uni i.. 11 <jui succède à Ciernin n'eal pae plus maniable. î! m lien sur la solution autrichienne de b

i.iise, et, lorsqu'apiès les lettres compromettantes de l'Empereur Charles au prince Sixte, le premier vient à Spa faire amende honorable, Ludendorff ne propose rien moins que de le faire chanter pour régler enfin, dans le sens qu'il désire, cette épineuse affaire de Pologne. Mais Burian est assez malin pour s'en tirer avec une signature qui d'ailleurs ne l'engage à rien.

Dans les mauvais jours, le même Burian se met en opposition formelle avec le Chancelier allemand et surtout avec la Direction de la guerre. C'est lui qui propose de s'adresser directement aux belligérants et le fait, malgré les protestations de Ludendorfî qui tient pour l'intermédiaire d'une puissance neutre. C'est lui qui compromet la solidité de l'alliance aux yeux de •nte en n'en faisant qu'à sa tête. Finalement, les relations se tendent au point que l'Autriche, un beau jourj capitule pour son compte.

La Bulgarie, selon Ludendorff, ne fait la guerre que dans la limite de ses aspirations politiques. Sous prétexte de volonté populaire, Radoslavoff « fait marcher l'Allemagne ». Et quel fond peut-on faire sur ce Ferdinand qui aime « à avoir toujours plusieurs fers à sa orge » et élude toutes les décisions pénibles ? Au sur-

plus, ce n'est pas un soldat. Le système gouvernemental qu'il préside est « pourri ». La Bulgarie, puissance agricole par excellence, est à peine capable de se suffire à elle-même alors qu'elle devrait exporter chez ses alliés. Le ravitaillement de ses troupes, son service des étapes reposent sur des principes désuets. Son armée tremble devant les Serbes au point qu'il faut, pour la remonter et lui insuffler d'autres idées, la mettre sous la férule d'un commandement allemand.

Depuis que l'Amérique est entrée dans la guerre, la Bulgarie n'a pas suivi l'exemple des trois autres alliée ; elle conserve à Sofia un représentant des États-Unis et personne, en Allemagne, n'ose exiger le renvoi de cet espion qui, de connivence avec les Ententophiles, pervertit l'esprit de la nation et de l'armée. Au fond, la Bulgarie n'a jamais eu la compréhension des intérêts généraux de la Quadruple Alliance.

Ludendorff a décidé de ne pas lui laisser prendre pied en Dobrutscha. Deux des routes qui conduisent vers l'Orient — celle de Salonique ! et celle de Gonstantinople — sont déjà en son pouvoir, il ne faut pas livrer la dernière — par Constanza — à cette amie peu sûre. Il n'y a donc pas de zone d'étapes bulgare

i. Ludendorff parle en homme qui croit que la Macédoine restera bulgare.

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tu sud du Danube; c'est tout juste si l'on remet aux tnuipcs do Ferdinand la bande de terrain concédée à la Roumanie en igi3, encore les Allemands s'y réserv< iil-ils le droit d'y acheter des matières premières. Dos denrées en provenance de la Roumanie conquise, la Bulgarie n'a droit à rien. Elle proteste sans succès, mais Iîadoslavoff se venge en appuyant les prétentions autrichiennes et en soulevant mille difficultés à l'administration allemande. 11 se détache de plus en plus d'un maître aussi hautain qu'exigeant. Le mécontentement grandit au point de se manifester ouvertement. Avant la fin de la guerre, un nouveau Cabinet se forme qui est inféodé à l'Entente. Désormais, Ludendorff est convaincu que la trahison bulgare est imminente et, après le désastre de septembre 1918, il n'hésite pas à dire — contrairement d'ailleurs à la vérité — que l'armée bulgare n'a pas opposé de résistance, qu'elle a simplement dépesé les armes et s'en est allée chez elle, sans combattre.

Quant à la Turquie, elle ne fait aucun effort sérieux pour rompre avec son absurde politique anti-arabe. Ludendorff a bien insisté cependant pour qu'elle change de méthode; il n'a rien obtenu. Enver-Pacha, un ami. a paru convaincu, mais il n'a pas agi. En revanche, il s'entend à réclamer toujours plus de matériel de guerre, de charbon et de bien d'autres choses

encore, alors que, pour le combustible tout au moins, il pourrait se suffire à lui-même à la condition de tenter quelque essai d'organisation. Son agriculture aussi est préhistorique et il ne fait rien pour la réformer, produire et venir ainsi en aide à la cause commune. Et son peuple qui assiste à la lutte avec une indifférence aussi complète que bien .orientale, que ne le secoue-t-il de sa torpeur et ne lui fait-il comprendre que son sort est lié à celui de la grande Allemagne, donc qu'il doit se saigner pour elle aux quatre membres ?

Quand, après la débâcle russe, les Turcs réoccupent l'Arménie, pénètrent dans le Caucase et arrivent à la Mer Caspienne, ils se heurtent non seulement aux Anglais, mais encore aux Allemands qui ont un urgeni besoin des riches produits du pays. Les Turcs se soucient bien alors de l'intérêt commun — Ludendorfl entend de l'intérêt de l'Allemagne — ; ils font une politique exclusivement turque. Les protestations de Lu dendoriï auprès du Gouvernement allemand ne servem à rien. Dans « son incompréhension de la vraie politi que de guerre », le Gouvernement laisse faire. Cette politique, la Direction suprême est évidemment seule à l'entendre et à la soutenir I

En tout cas, celle que fait l'Allemagne en Ukraine n'est pas mieux appréciée. Depuis qu'on s'est emparé de Kiew (ier mars 19 18) et d'Odessa (13 mars), de

la (aimée (avril), le ministère du Commerce est oh des réquisitions. Il entre en conflit avec l'autorité militaire; les choses en arrivent au point que le Chancelier est obligé de télégraphier à l'Empereur pour lui signaler les menées du « militarisme » et le prier de réagir. Ludendorff réplique en vitupérant sur la « politique pacifique» du Gouvernement et sur l'esprit de Berlin si imprégné de « bureaucratisme a qu'il en devient ridicule de «schématisme».

Les négociations de Brest-Litowsk avec la Russie bolchevisle se sont ouvertes le 22 décembre 19 17. Ludendorfï fixe les conditions à exiger ; elles visent à résoudre le problème en faveur de l'Allemagne et de la Prusse, en éliminant le danger polonais.

Trolzky veut traîner les choses en longueur. Ludendorff qui le sait désarmé et qui veut pouvoir transporter dans l'Ouest une grande partie de ses forces, réclame des plénipotentiaires la dénonciation de i'armistice. Il ne parle de rien moins que de marcher sur Petrograd et Moscou. Comme le Gouvernement n'obéit pas assez vite à ses injonctions, il menace de se retirer, adresse des rapports à l'Empereur qu'il accuse de mansuétude et de « nuire aux intérêts de la couronne ». Avec des gens comme Troizky, on ne négocie pas, on impose sa volonté. Le général Hoffmann qui le représente frappe si maladroitement du poing sur la table que la presse

allemande elle-même s'en émeut. Jamais Clemenceau et Lloyd George ne songeront à faire la paix avec une Allemagne qui se laisse ainsi bafouer par une bande d'anarchistes ! L'armée elle-même dont Ludendorff, dans les grandes occasions, sait toujours invoquer l'opinion, ne comprend rien à l'altitude des gouvernants.

Pour impressionner les nouveaux maîtres de la Russie, les Allemands traitent directement avec l'Ukraine. L'aubaine est bonne de s'être garanti de ce côté ; il n'y a plus de raisons désormais pour ne pas parler haut à Trotzky et consorts. LudendorfT obtient que l'armistice sera dénoncé vingt-quatre heures après la conclusion de la paix ukrainienne laquelle a lieu le 9 février 19 18. Par surcroît, Trotzky commet l'imprudence de lancer un radiogramme qui excite les soldais allemands à la désobéissance. C'en est trop; l'occasion est bonne de reprendre les hostilités selon « la loi d'airain ». Elles s'ouvrent, aussitôt, en effet, avec l'intention de tirer de l'affaire quelques nouveaux avantages. Ce seront : l'indépendance de la Finlande et de l'Ukraine; l'abandon de la Courlande, de la Lithuanie et de la Pologne qui seront remises aux Austro-Allemands ; l'occupation provisoire (?) de la Livonie et de l'Esthonie. La, Ludendorff compte faire de la colonisation allemande et, allant au delà des exigences militaires les plus immédiates, préparer dans ces régions « l'avenir du germanisme».

Le 3 mars, Trotzky capitule. Non sans ramasser un immense matériel de guerre, les Allemands se sont avances jusqu'à la ligne Narva, Pskov, Polotzk, Orcha, MohileWj et y établissent une sorte de cordon sanitaire pour se préserver de la maladie du bolchevisme. En Ukraine, ils répriment avec rigueur les menées révolutionnaires et tentent même de lever des troupes (deux divisions) qui se débandent d'ailleurs à la première occasion. LudendorlT pousse jusqu'en Géorgie dont il veut s'assurer les pétroles et entre en différend avec les Turcs. Il entame aussi des négociations avec les Cosaques du Don pour les empêcher de se rallier à l'Entente, mais il est obligé pour cela de leur faire des promesses qui vont précisément à Tencontre do vues gouvernementales.

Maintenant que tout est terminé, les Bolchevistes lui font peur. Le Gouvernement, pour la même raison, les ménage; lui, ne connaît que l'argument de la force; il réclame l'expulsion de leur mandataire à Berlin — Jofîe — qui n'est qu'un agent de propagande révolutionnaire agissant de connivence avec les social-démocrates indépendants. Le Gouvernement, fidèle à sa ligne de conduite, lui répond que Jofle est mieux à Berlin que partout ailleurs puisqu'on l'y a sous les yeux. Malheureusement, dit LudendorlT, ces yeux sont aveugles et, de toute manière, il cherche à les ouvrir. Tardivement à son gré il y parviendra ; Joffe sera expulsé.

En Finlande, l'intervention de la Direction de la guerre n'est pas moins active que dans les autres pays baltiques. Avec des troupes allemandes et finlandaises, Ludendorfï s'y met en situation de barrer la route de Petrograd aux Alliés descendant d'Art angel et de Mourmanie. Il veut avoir aussi son mot à dire quand se posera la question de la désignation d'un roi.

Les affaires de Pologne sont également traitées avec l'intervention constante de Ludendorff. Il favorise la création d'un royaume de Pologne (5 novembre 1917) dont la Posnanie est soigneusement exclue. Naturellement, c'est à l'Allemagne qu'il le veut rattacher et non à l'Autriche, sous prétexte d'assurer la sécurité future de son pays. Il combat de toutes ses forces le mouvement pan-polonais ; il dicte la politique à suivre visà-vis des Lithuaniens qu'il veut incorporer dans une principauté indépendante, liée à l'Allemagne par l'origine de son prince qui sera un HoLenzollern. De la Gourîande, il fait un duché dont la souveraineté sera offerte à Guillaume II. Il fixe lui-même les limites de ces nouveaux Etats. Il aboutit ainsi à une solution qu'il ne manque pas de qualifier de claire quoique son principal défaut soit précisément l'obscurité, attendu qu'il s'agit de « germaniser», mais sans en avoir l'air et surtout « sans prononcer le mot », de faire de la politique anti-polonaise sans se mettre « en contradiction évi-

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dente» avec la politique de miel du gouverneur génér.i! de Varsovie.

De l'Alsacc-Lorraine, Ludendorfi veut faire un territoire prussien. Il paraît que cette annexion est militairement nécessaire. Il est résolument hostile à l'autonomie. Naturellement, il ne s'agit pas de « prussifier » le pays, mais plus simplement de germaniser le clergé et les fonctionnaires, de faire cesser le scandale du recrutement des prêtres dans des institutions françaises. Il va sans dire que tous les biens appartenant à des Français passeront en des mains allemandes et notamment dans celles des soldats-colons. Cette fois encore, a c'est la guerre». Dane toute cette question d'Alsace- Lorraine, Ludendorff propose des solutions, provoque des conférences, cherche à imposer ses solutions.

Toute la question de la paix avec l'Entente est ou sera aussi soumise à son tribunal ainsi que nous Talions bientôt voir. Dans cette occasion comme dans beaucoup d'autres, le Premier Quartier-Maître Général sera le plu3 souvent en opposition d'idées avec le Gouvernement et cette situation paradoxale ne cessera que quand le Chancelier Max de Bade exigera le renvoi de ce militaire encombrant.

Nous en avons dit assez cependant pour montrer comment, sur une foule de sujets, les membres du Gou-

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vernement allemand et les alliés de l'Allemagne étaient fondés à se plaindre de l'immixtion de la Direction de la guerre en leurs affaires. Les uns et les autres ne pouvaient ignorer d'autre part les opinions professées sur leur compte par LudendorfT. Or, les humiliations personnelles sont souvent plus difficiles à supporter que les insuccès professionnels. Rien d'étonnant dès lors à ce que Czernin, Burian, Radoslavoff et autres, aient, tout comme les dirigeants allemands eux-mêmes, parlé de dictature et cherché à s'y soustraire.

La guerre sous-marine. — En août 191 6, pour la première fois s'était posée avec netteté la question de la guerre sous-marine sans restrictions. Certes, si l'on pouvait, en peu de temps, affamer l'Angleterre, empêcher les transports de matériel de guerre et de charbon en France, ce serait un beau résultat. La marine allemande, incontestablement, n'a pas joué jusque-là le rôle qu'elle aurait dû remplir ; les services qu'elle a rendus à la cause commune en assurant la liberté de la Baltique et en fournissant un corps d'armée pour le front de Belgique sont minces en comparaison des sacrifices qui lui ont été consentis pendant la paix et des effectifs qu'elle absorbe pendant la guerre ; elle doit mieux faire. Seulement, le Chancelier est d'avis que la déclaration de la guerre sous-marine sans restrictions est de nature à jeter la Hollande et le Danemark dans

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les bras do l'Entente, Or, si les armées de ces deux \

Boni peu redoutables en temps ordinaire, op. n'a cependant rien, en 1916, à leur opposer; elles entreront en Allemagne bien avant que la guerre sous-marine ait produit les résultats qu'on attend de son action, et ce sera la fin. Donc, le 3o août 19 16, « avec un profond regret», Ludendorff opine pour la remise de cette grave décision à une date ultérieure. En attendant, des fortifications solides seront édifiées le long des frontières danoise et hollandaise. On verra plus tard si, grâce à elles, il n'est pas possible de passer outre aux protestations des deux malheureux petits Etats neutres accroches aux flancs de la grande Allemagne.

A la fin de l'année 19 16, toutes les propositions de paix de l'Allemagne ayant été repoussées par l'Entente, le problème vient de nouveau à l'ordre du jour. A cette époque, Ludendorff est déjà effleuré par l'idée qu'il ne reste plus que de bien faibles chances de vaincre et, qu'à défaut de victoire, il faudra périr.

Or, le Chef de TÉtat-Major Général de la Marine vient précisément de donner l'asurance que la guerre sous-marine à outrance est capable de donner cette victoire que l'emploi de tout autre moyen rend si aléatoire. Il affirme qu'en six mois, l'Angleterre et la France, coupées de leurs routes maritimes, imploreront la paix qu'elles* refusent aujourd'hui. Le Chancelier, d'autre part, est d'avis qu'il ne faut, de longtemps,

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s'attendre ni à la chute, ni à la défection d'une des puissances coalisées contre l'Allemagne; il assure encore que la Hollande, le Danemark, la Suède, la Norvège et l'Espagne, terrorisées par le sort récent de la Roumanie, n'élèveront aucune protestation sérieuse contre une mesure cependant si nuisible à leurs intérêts ; il fait bien quelques réserves sur l'attitude des États-Unis mais il pense pouvoir amadouer le Président Wilson par quelques concessions de pure forme et laisse, en tout cas, à la Direction de la guerre le soin de peser si les inconvénients d'une intervention, possible mais future, de l'Amérique contrebalancent les avantages espérés. En d'autres termes, il accepte dans les mots la responsabilité de la décision qui va être prise, mais il la fait dépendre de l'acceptation préalable des plus hautes autorités militaires. C'est une précaution à laquelle, dans l'avenir, il pourra toujours se référer.

Tout cela se passe en d'assez nombreuses séances qui ont lieu dans le temps même où l'on demande la médiation du Président Wilson ou qu'on fait à l'Entente des propositions de réunion d'une conférence dans une ville neutre. Il s'agit évidemment de montrer au monde que l'Allemagne a tout fait pour mettre fin au sanglant conflit et de rejeter sur l'ennemi la responsabilité de sa continuation.

Pour donner son avis, Lndendorffne pèse aucune autre considération que Je bénéfice à retirer par

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