I. LE PLUS AIMÉ DES DEUX
Mohamed était loin dans la brousse, ses outres étaient vides. Il se mit en route sur son cheval pour se rendre à une source éloignée de l'endroit où il se trouvait, comme le lever du soleil est éloigné de son coucher.
Donc, comme il était parti à Taube, il arriva à la source au crépuscule. Depuis deux jours son cheval et lui n'avaient pas bu, et le soleil avait été plus brûlant que de coutume. Mohamed se réjouissait de pouvoir enfin se désaltérer...
Or, la source avait été tarie par le soleil et ne pleurait plus une seule goutte d'eau.
Mohamed se remit à cheval et continua sa
route. Il savait qu'en trottant un jour encore il arriverait à une autre source.
Le soleil fut plus brûlant encore pendant le chemin. Mohamed arriva à la source en souffrant horriblement de la soif.
Et cette source était, comme l'autre, tarie !
Seulement, tout au fond du lit, demeurait un peu d'eau, la valeur d'une jarre. Mohamed s'en aperçut avec joie. Et il souffrait tellement qu'il se fit cette réflexion : ce A mon père mourant de soif je ne donnerais pas ce peu d'eau. Je le boirais. »
A ce moment, il vit son cheval tendre le cou. Il l'avait oublié,..
Sans hésitation, il cueilht la jarre d'eau, y trempa les naseaux de la bête, lui humecta l'intérieur de la gorge avec un linge — puis, comme il ne lui restait plus une larme à boire lui-même, il se remit à cheval pour se rendre à une autre source...