POUR LA LIBRE CIRCULA TIO '•J DE LÀ CARICATURE
alors que, joignant le geste à la parole, il disait aux Genevois qui le harcelaient : « Vous voj^ej son devant et voici son derrière ».
Le XVIII<^ siècle, si délicat, si affiné, se plaisait volontiers en ces oppositions.
cAinsi donc, Frédéric II, roi de Prusse, à la fois très philosophe et très caporal, se laissa caricaturer à son ne^ et à sa barbe, s'il est permis de s'exprimer ainsi, et ne fut nullement gêné par les sarcasmes de la satire.
Laissons la Prusse, Majesté, et pénétrons un instant en France, si vous le voule^ bien, en cette France que, tant de fois déjà, vous essayâtes de conquérir... pacifiquement par la noblesse de vos actes.
Ici, Napoléon III régnant, se passa cette chose étrange : quinje ans durant, un journal à images, dont les traits furent toujours mordants — il parait à Berlin et s'appelle le Kladderadatsch (gare la casse), — amusa l'Europe en lui contant par le menu les hauts faits de ER, SIE, ES.
Er, Sie, Es, c'étaient /'Empereur, /'Impératrice et le Prince Impérial.
Quinze ans durant, on put ainsi rire à nos dépens, parce que, infatués de nous-mêmes, nous ignorions tout avec la plus parfaite inconscience, et parce que, pour laisser la Nation en cette douce ignorance, l'Empire — ce n'était pas le vôtre encore — avait eu soin de faire arrêter, confisquer à la frontière tous les journaux à images satiriques, allemands et autres — ils étaient légion, — qui se permettaient la même irrévérence.
Le rêveur couronné qu'était Napoléon III fut, en la circonstance, impardonnable, parce que, sachant l'allemand, connaissant l'Allemagne, s'étant de lui-même porté vers l'Allemagne de l'avenir, contrairement aux préférences d'un entourage borné, il eût dû, bien au contraire, ouvrir toutes grandes les portes du pays à ces plaisanteries