POUR LA LIBRE CIRCULATION DE LA CARICATURE
des piqûres d'épingle, <it'^ grosses inconvenances, (ic\9 immoralités, des blasphèmes, des crimes de lèse-majesté, c'est aller bien loin, c'est dépasser le but.
Tarce que — vouloir édifier une muraille de Chine contre les caricatures qui affluent de toutes parts, qui partent de toutes les capitales, c'est vouloir l'impossible.
&n effet, les temps sont profondément changés.
Le Français du second Empire, même lorsqu'il voyageait — animal combien rare! — ignorait tout; il voyait les images, ce qui n'est pas peu dire, à peu prés aussi bien que Taine les Pyrénées!
L'Allemand sait, voit juste, raisonne et,... surtout, voyage.
Si bien que les caricatures que le gouvernement de Votre Majesté voudrait, en quelque sorte, supprimer pour tous les Buchholz germains, ce même bourgeois allemand les rencontre partout, et, partout, les ■regarde et les achète avec d'autant plus d'empressement qu'elles ont pour lui l'éternelle saveur du fruit défendu.
LBien plus : rentré che^ lui, il les montre aux amis, aux intimes; quelle que soit la surveillance de la Lœbliche Polizei, il y a là un fait qui échappe à tout examen, à toute recherche. Pure curiosité, simple amusette ; l'image passe de main en main.
D'oii propagande ; d'oii vulgarisation de ce que le gouvernement de Votre Majesté avait cru pouvoir faire disparaître, comme si, à une époque oii les frontières ne seront bientôt plus que des séparations illusoires, où devant l'Automobile, souverain par la puissance de la vitesse, il n'y aura plus ni douanes, ni entraves quelconques, on pouvait encore confisquer, poursuivre, arrêter, supprimer quoi que ce soit.
&t alors, puisque défenses, poursuites, procès, confiscations, tout est vain en la matière; puisque Frédéric II caricaturé a régné glorieusement pour S07Î pays; puisque, comme Charles X, comme Louis- Philippe, Napoléon III est tombé sous les coups répétés de ces satires crayonnées qu'il avait cru pouvoir arrêter, que reste-t-il à faire ?
POUR LA LIBRE CIRCULATION DE lA CARICATURE Ceci :
Uous êtes, Majesté, un souverain très moderne, très averti, très épris de tout ce qui est à l'opposé de la banalité. Déjà plus d'un de vos gestes a eu un retentissement universel. De celui qui réunissait à Berlin la Conférence internationale ouvrière, de celui qui appelait à Berlin les artistes français, de celui qui a su mettre en valeur les admirables morceaux de l'Ecole française du XVIII^ siècle, échoués dans les greniers des palais impériaux, de celui qui a su s'entourer de chefsd'œuvre signés Degas, Renoir, Sislej^, Manat, de celui qui, lors de l'assassinat du vénéré Carnot, usa de son droit de grâce d'une façon si magnanime envers des officiers français, prisonniers ; de celui-là, dis-je, il est permis d'espérer encore bien des choses hardies, encore bien des actes imprévus, marqués au coin de la sagesse et du désir de faire nouveau.
'Donc, que Votre Majesté abandonne les errements de la politique du second Empire.... français et qu'Elle revienne à la sage philosophie de son ancêtre, Frédéric II.
Jamais occasion, pour Elle, ne fut plus propice.
ên effet, en ce recueil constitué par un de ceu.v qui, depuis vingt-cinq ans, n'ont cessé de travailler passionnément à la réconciliation franco-allemande et au rapprochement de tous les peuples ; en cette sorte de Musée graphique des satires dirigées contre un impérial souverain, en ce véritable Livre d'Or des caricatures de Guillaume II, il y a de tout : de l'humour, de l'irrévérence, de la satire acerbe; peut-être mêtne — je l'ignore, n'ayant nullement fait un choix dans ce but, — des caricatures confisquées par la Lœbliche Polizei. Eh bien ! les voici, ces images dirigées contre Votre Impériale Majesté, jadis arme de combat, aujourd'hui document historique, débarrassées de tout caractère hostile par le fait qu'elles ont perdu l'âpreté que donne l'actualité; les voici colligées, annotées, expliquées, mises à leur place... véritable leçon de choses permettant de constater que les plus acerbes appartiennent à un passé déjà lointain.
POUR [.A LIBRE CIRCULA TION DE LA CARICA fURE
Le gouvernement de Votre Majesté a pu, jadis, les poursuivre, les confisquer.
Sa Majesté Guillaume II ne peut que laisser entrer librement le recueil iconographique de ses portraits satiriques, parce qu'il n'appartient à personne, pas même à un Empereur, de supprimer l'Histoire, parce qu'il peut être utile, pour la Paix européenne, que les Allemands sachent de quelle façon l'étranger conçoit la figure de leur Souverain ; parce que l'Allemagne de igo5,sous un Monarque -pacifique, d'esprit ouvert, ne peut se montrer moins libérale que la Prusse de lyjS, gouvernée par celui qu'on a appelé le Caporal Prussien.
Redouter et interdire la caricature de Votre personne et de Vos actes, serait vous rapetisser aux yeux de l'Europe. Si vous faisiez cela vous ne serie^ plus le Kaiser, l' EMPEREUR PACIFIQUE et TRÈS MODERNE.
oMajesté! mette^ à votre censure politique le veto du bon sens et de la raison.
oMajestél faites le geste libérateur que le monde attend de vous. Laisse:^ passer les images l
JOH^ GTi(i4V^T)-C(yl'JirETiET.
Conduisant le vaisseau de l'Empire
(Fan, de Londres 1891/
POURQUOI l'empereur n'est pas allé dimanche a l'exposition
iverle à Loiidr-cs en 1891.) — Parce f lion qui soil (linci lc \v (liiuauclic. {Moonshine, de Linulrcs, 11 jiiillel 1891.)
(Il s'agit tl'une exposition allemande ouverte à Londres en i8qi.) — Parce que miss BoollijrArmée du Salut) est la seule exposition qui soit (iinerle le (liiuauelie