LE ROI MAGE MELCHIOR
(Détail de la fresque précédente.)
aussi que partout, dans ses fig-ures idéales, Luini devait tiansloiinerdes éléments exacts, s'appuyer sur les données de la réalité la plus stricte pour composer les créatures de son rêve.
Il est bien vrai que cette grande œuvre, si lug-ubrement assombrie entre les colonnes de l'ancien cbapitre, baignée par les reflets livides d'une cour humide, ne charme pas autant que celles du Musée ou des rares églises ouvertes îi la vraie lumière. Mais n'a-t-elle pas l'avantage de montrer, grâce au document qui vient l'illustrer, Bernardin o Luini, dans son travail même et avec ses acolvtes ? Le « jeune homme à ses gages » l'aide en faisant ses onze séances sur quarante-neuf; il lui tient l'enduit bien mêlé, tout frais, afin que la peinture ne souffre ni retard ni dégât; le (( garçon » fait les gros ouvrages, il lui porte les couleurs, il les mélange, il nettoie, il range à mesure que l'esquisse, pièce après pièce, est appliquée à la muraille.
Peut-être le a jeune homme » a-t-il mis la main, toujours d'après la formule et suivant la composition du maître, à quelque partie de l'ouvrage, surtout au groupe du fond, à la Vierge et à Saint Jean, à Saint Joseph et à Sainte Madeleine; vingt et vingt personnages saints, que Bernardino Luini avait placés en tant d'endroits, et toutes les études que le maître conservait sous sa main, devaient guider le disciple ; mais c'est bien Luini qui faisait les portraits des douze confrères ; c'était la partie capitale de l'œuvre pour ceux qui payaient et voulaient se revoir là; des ressemblances parfaites n'y pouvaient manquer, il fallait la touche suprême.
Le cardinal Frédéric Borromée, que Manzoni devait glorifier, était un amateur fervent, non moins qu'un apôtre de la charité. Par ses soins, le Musée de l'Ambrosienne fut décrit, commenté dans un latin recherché. Ce précieux exemplaire, aux notes manuscrites, que la Bibliothèque Ambrosienne conserve parmi ses trésors, nous enseigne une tradition deux fois précieuse. Car elle rattache Bernardino Luini à Léonard de Yinci, non point en élève et en imitateur, mais en collaborateur et en égal; ceux qui veulent réduire Luini au rôle d'un André Salaïno liront ces pages avec profit. Le cardinal Frédéric aimait les Luini. A propos de la Z ingara peinte par le Corrège, il écrivait : « L'artiste même a souillé la gloire de cette œuvre, en violant les lois des convenances et en donnant à une larronnesse égyptiaque les dehors d'une vierge. Plus attentif à conserver les bienséances, fut ce Luini duquel on a dit : « Il a représenté le Sauveur dans la fleur de son « âge, sans diminuer en rien sa majesté, car il se montre « dans sa dix-septième ou dix-huitième année, sans que « sa majesté reçoive nulle atteinte. »
Après avoir si dignement loué le Christ au milieu des docteurs, que conserve l'église de Saronno, et, peut-être, le tableau qui appartient présentement à la National Gallery, le cardinal Borromée poursuit ainsi : « La salle par laquelle on entre, tout auprès de là, montre et offre aussitôt aux yeux l'art admirable de Luini le Vieux. C'est un tableau d'assez ample grandeur, que nous achetâmes à poids d'or assez grand, et les peintres estiment que rien de plus par-
Cliché Alinari.