SAINTE CATHERINE
(Eglise de Saronno.)
mer une cohorte de beautés ég^ales eiilic elles, une sainte à demi nue présente sa gorge, deux autres saintes en habits ondoyants se dressent sous les scènes de Thistoire contemporaine où paraissent les Bentivoglio ; et, derrière le mur ({ui ferme cette partie de l'église, des fennnes encore, à la fois diverses et pareilles par les i-ythmes de l'attitude et le charme de la figure, font une couronne céleste.
On quitte, on revient, on s'approche longuement, afin de mieux admirer les détails, après s'être longtemps placé à l'écart, dans l'ombre, pour comprendre les ensembles. Longtemps? le temps ne compte pas, l'heure s'en va sans qu'on le sache ! Il faut la mort de la lumière, pour avertitdu soir, dans cette église oij l'on est toujours seul. On surprend, de près, peu à peu, le secret de ce maître. La maliière se révèle, la technique apparaît; morceaux joyeux, brossés de verve en une journée, ou bien encore patientes reprises, du bon ouvrier qui, satisfait, retrouvera toutes les libertés, demain, pour un torse, une draperie, une épaule, mais qui s'attache, s'il le faut, dans un visage, dans un habit, aux plus minutieux détails. On croit, tant sa touche est vivante et franche, avoir vu comment il peignait.
Bernardino Luini, frescante avant tout, usait dans ses fresques de procédés que nous pouvons pénétrer. Quand on copie, ces recettes d'art se révèlent; d'abord, c'est une touche très forte donnée sur le calque, une touche presque rude, à l'aide d'instruments rigides, de brosses
extrêmement dures, longues, mais étroites ; le peintre modèle en plein, surtout les chairs, par des empâtements hardis, menés strictement dans le sens du mouvement, et qui donnent tout l'essentiel; des lumières prises dans les tons les plus fins et les plus fluides, les gris-argent, les rosepàle, les hleu-lilas, viennent ensuite se jouer sur des omhres d'ocre intense et de violàtre assourdi. Puis intervient un travail très scrupuleux, d'un fini extrême, qui reprend, repasse, toujours expressif parce qu'il va se poser sur des fonds puissants. Enfin, par la retouche à sec, lorsqu'il la juge nécessaire, avec de très légères brosses, dans une virtuosité prodigieuse, il va répandre une fantaisie d'ornements sur le& robes, un friselis de rayons sur les chevelures, un brillante de lueurs douces sur les corps et sur les visages ; la dernière fleur est mise, qui s'est conservée à miracle en cette œuvre -ci.
Dernier enseignement que donne le Monastère Majeur: ici se trouvait cette fresque peinte à l'huile par Bernardino Luini, d'après le procédé fameux que Léonard préconisait et qui causa la ruine de la Cène; en imitant les recettes du Yinci, Bernardino Luini suivait par un respect aveugle, — et comme Hans Holbein le fit à Bàle et à Lucerne à peu près dans le même temps, — les conseils de Léonard et les exemples du grand inventeur toujours préoccupé de faire une découverte. Cette docilité lui a coûté sa fresque; elle périt, elle s'émietta, comme la Cène^ plus encore, si c'était possible ! C'est désormais une œuvre morte.
Enfin, une date importante donne une lumière nouvelle
Cliché Alinaii.