DEUXIÈME PARTIE
Luis de Gamoëns est né à Lisbonne, en 1524(1), sous le règne du successeur d'Emmanuel, dom Jean IIL Les villes de Coïmbre, d'Alemquer et de Santarem disputèrent longtemps à Lisbonne la gloire de lui avoir donné naissance, mais on ne doute plus aujourd'hui que cet honneur ne revienne à la capitale du Portugal (2).
(1) On doit à Manoel Faria e Sousa la découverte d'un document qui est venu établir définitivement la date de la naissance de Camoëns. C'est un extrait des registres relatifs au gouvernement de rinde.<c Luis de Camoëns, y est-il dit, fils de Simon Yaz et Anna de Sa, demeurant à Lisbonne en la Mouraria (quartier des Maures), écuyer, &gé de vingt-cinq ans, de barbe rousse^ a donné son père pour répondant. Il part sur le vaisseau le Sam Pedro dos Burgalèzes, sur lequel le vice-roi dom Afonso de Noronha se rend aux Indes. » (Rimas Varias, commentadas, par M. Faria e Sousa, 2 vol. in-fol. 1685-1688, Vida del poeta.)
(2) Manoel Correa, ami intime du poète, écrit au début de ses commentaires sur les Lusiades : « L'au-
Sa famille étui origiiiaire de la Galice et tirait son nom d^on châteaa qo^lle possédait dans cette province : Gamanhos, nom dont les Portugais ont fait Gamoêns (i).
Sans remonter très-loin dans la généalogie du poète, nous dirons qa'aa temps du roi dom Ferdinand, yers i370, Yasco Pires de Gamoêns, par suite de sa participation aux luttes entre dom Pedro le Cruel et Henri II de GastiUe, se vît contraint de passer en Portugal, où il reçut du souverain portugais beaucoup d'honneurs et de bénéfices. Après la mort de dom Ferdinand, il appuya, par reconnaissance sans aucun doute, les prétentions du roi de Gastîlle à la couronne du Portugal. Yasco fut fait prisonnier à la bataille d'Aljubarrota et privé en grande partie de ses terres seigneuriales.
Dans une lettre du marquis de Santillana (2),
leur de ce livre est le portugais Luis de GamoSns, né et élevé dans la ville de Lisbonne. Ses pères étaient nobles et bien connus. »
(1) Sur les diverses origines attribuées an nom de Camoéns et sur le blason de sa famille, voir Faria e Sousa : Vida del poeta, en tête de ses commentaires sur les Lttsiades.
(2) Vicomte de Juromenha. Biographie du poète en tète de rédition de ses Œuvres complètes, 6 ^ol, in-8o, 1860-1869, Lisbonne.
cet aïeul de Luis de Gamoëns est cité comme un des meilleurs poètes du xiv® siècle (1). On pourrait ainsi expliquer par l'hérédité Tessor spontané du génie poétique de son successeur.
Vasco eut trois fils ; c'est du deuxième, Jean Vaz de Gamoëns, que descend notre poète.
Antam Vaz de Gamoëns, fils de celui-ci, se maria à dona Guiomar da Gama, alliée à la famille du grand navigateur, et en eut Simon Vaz de Gamoëns, qui, marié plus tard à Anna de Sa e Macedo, fut le père de Luis.
Gamoëns alla de bonne heure étudier à Goïmbre, dont l'université célèbre était alors en Portugal la dispensatrice des lumières de la Renaissance (2). Tout ce qu'on pouvait enseigner à cette époque, depuis la grammaire,
(1) Dom Pascual de Gayangos, dans son remarquable Discurso préliminar, qui précède Tédition d'ilmadis de Gaule, de la collection Rivadeueyra, cite Vasco Pires de Camo6D8 comme un de ceux à qui le père Sarmiento attribua ce célèbre roman de chevalerie.
(2) On n'est pas d'accord sur Tépoque où il aurait quitté Lisbonne pour aller étudier à Goïmbre. M. T. Braga croit que la peste de 1527 obligea le père du poète à suivre la cour à Goïmbre, et que Luis y resta après son retour pour Lisbonne. M. de Juromenha pense que Gamoôus demeura à Lisbonne jusqu'en 1539. Nous donnons l'opinion de M. Braga pour la plus probable.