‹ LullyChapitre 2 sur 11 · L UI. L Y · texte numérisé non relu

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laquelle il s’était adonné dans sa jeunesse », l'avait décidé à partir. Courlisanerie passablement ridicule si l’on songe qu’en 1644 te futur grand Roi était âgé de six ans.

Nous connaissons la vérité par un passage des mémoires de M ,le de Montpensier. Cette princesse apprenait l’italien. Désireuse de s’exercer à la conversation avec un natif ,elle pria son cousin, le chevalier de Cuise, de lui ramener de Toscane, où il vivait, un petit Florentin. Celui LulJv, qu’à, son retour au mois d’avril 1644, Roger de Lorraine présenta à Mademoiselle 1 .

Nous ne savons à quel titre celle-ci l’attacha d’abord à sa personne : ce fut sans doute en qualité de garçon de la chambre, office qu’il remplissait encore en 1652 et (pii convenait parfaitement à ce qu’on attendait de lui 2 .

Lully profita de cette situation privilégiée pour s’adonner à sa passion déjà déclarée pour la musique. A en croire Clioisy, il faisait dès lors de très beaux airs sans connaître les éléments de la composition 11 dut surtout étudier le violon, car lorsqu’il arriva chez le Roi il était un virtuose renommé.

1 On conta plus lard que ce gentilhomme lavait rencontré par hasard sur une place paradant au milieu de comédiens ambulants, et que, séduit par sa vivacité, il l’avait emmené. Le chevalier de Guise n eût pas choisi, pour converser avec sa cousine, un gamin ramassé dans le ruisseau. 11 devait connaître la famille de l’enfant, soit quelle eût fuit partie de la maison de son père qui s'était retiré en exil à Florence, soit qu’elle lui eut été recommandée par les amis qu’il avait en cette ville.

* Certains biographes ont prétendu qu’il avait été marmiton, d’autres ont dit valet de pied. Ce sont là des inventions fantaisistes. La lillo de Gaston d Orléans n aurait pas fait la conversation, fût-ce en italien, avec un galopin.

PO UT HAIT DE LU LL Y, PAR PAUL MIGNARD (Gravé par Koullel.)

La Cour de Mademoiselle était propice au développement d’un génie musical. Toute 1 année ce n’étaient que bals, concerts, sérénades et ballets. Les \irtuoses en renom se faisaient entendre aux 1 uileries. Mademoiselle pensionnait généreusement les artistes quelle préférait, entre autres « le nouvel Orphée» Lambert 1 et sa belle-sœur M ,,c Hilaire.

Baptiste cependant avait atteint sa dix-neuvième année sans (lue sa situation se fût améliorée. La charge de garçon de la chambre ne lui rapportait que 150 livres tournois et il aspirait à de plus hautes destinées quand le hasard le servit à souhait. Au mois de mars 1652. .Mademoiselle quitta la Cour, pénétra dans Orléans, et se mit à la tête des Frondeurs. Après l'entrée du Roi dans la capitale, elle s’enfuit et se réfugia a Saint-bargeau, ou, après de fâcheuses pérégrinations, les officiers de sa maison vinrent la rejoindre. On était à la lin de novembre ; le vieux château maussade lit regretter a Lully la vie brillante de Paris. « Il ne voulut pas demeurer à la

« Michel Lambert jouissait d'une double réputation de compositeur et de chanteur. D'une amabilité proverbiale, il était estimé de tout le monde pour sa bonne humeur, sa gaieté et son inlassable complaisance. Le jeune Italien ne tarda pas à devenir l’ami de celui dont il allait, quelques années plus tard, épouser la lille.

Peut-être par son intermédiaire iit-il la connaissance du grand Luigi Uossi. Go n’est pas impossible, car l'influence de ce compositeur sur lui est manifeste. Luigi était arrivé en F rance en 1047, à la suite des Barberini, accompagnés d’une importante troupe de chanteurs. Son opéra L'Ovfeo , sur un livret de l'abbé Buti, n'eut pas un très grand succès auprès des gens du monde, mais lit sensation parmi les musiciens. Lully avait alors quinze ans et, s il put assister aux représentations. il est probable que ce spectacle produisit sur lui une impression profonde.

campagne, raconte Mademoiselle dans ses Mémoires, il me demanda son congé , je le lui donnai et depuis il a fait fortune, car c est un grand baladin. »

C’est en effet comme baladin (le mot n'impliquait alors aucune idée défavorable) que Lully va d’abord briller à la Cour 1 . Le 23 février 1633, trois mois après avoir quitté le service de Mademoiselle, il figure dans le splendide Mallet de la nuit où il ne remplit pas moins de cinq rôles. 11 doit tout de suite plaire a Louis XIV, car celui-ci, quelques semaines plus tard, le 16 mars, lui accorde la charge enviée de compositeur de la musique instrumentale, en remplacement du feu sieur Laza rin 2 . Lully n’a que vingt ans.

Dès lors, il collabore régulièrement avec les autres musiciens de la Chambre. 11 danse dans les ballets, le plus souvent aux côtés du Roi, et fait admirer son agilité et ses mômeries. Peu à peu entre le jeune souverain et le baladin s’établit une sorte de camaraderie dont ce dernier à chaque occasion ne manque pas de profiter avec adresse.

Son talent de violoniste le servit aussi fort utilement à ses débuts. « 11 jouait divinement», assure La \ iéville. Bientôt il rivalisa ouvertement avec les virtuoses en titre de la Cour. C’étaient alors les vingt-quatre violons. Leur

* Nous ne savons pas exactement dans quelles conditions il fut reçu au service du Roi. On a prétendu qu'instruit de son mérite, le monarque l’avait nommé inspecteur de ses violons. Nous n'avons rien trouvé qui puisse continuer ce dire.

i L'Italien Lazarini était un musicien de valeur. Il s’était fixé depuis longtemps en France. Comme on le voit, Lully succédait à. un de ses compatriotes.

renommée était européenne. Les danses qu ils sonnaient au k liais et aux fêtes, accusaient une forme précieuse et tourmentée. Lully, dont les œuvres de jeunesse manifestent un grand désir de simplicité, ne tarda pas a entrer en contlit avec eux. On prétend même qu'il les injuriait, les traitant de « maîtres aliborons ». Uientot le Roi lui confia le soin de former et de diriger une nouvelle bande qu'on appela les Petits Violons. C’étaient des exécutants consciencieux et modestes. Le Florentin les mena à son gré et ils ne tardèrent pas à battre en brèche

le prestige des Vingt-Quatre.

Nous ignorons quelle part prit Lully à la composition des ballets antérieurs à 1655. Mais brusquement a celte date on n’entend plus parler que de ses ouvrages. On peut être surpris de l'obscurité relative où il était reste jusqu’alors : c’est que courageusement il s’était mis au travail pour compléter ses études théoriques. Ambitieux, Lully comprenait qu’il ne suflisait pasde faire rire la Cour par des gambades extravagantes, de composer de jolis airs de danse, ni même de jouer supérieurement du violon, pour parvenir à la gloire où il aspirait de toutes ses forces. 11 lui fallait encore acquérir une habileté

•technique qui lui faisait défaut.

11 eut recours à trois organistes français Gigaull, Métru et lloberday. Sous leur discipline, il se familiarisa avec les ressources de la lugue et acquit lapide ment une élégance et une facilité d écriture tout à fait remarquables. Leurs conseils n étaient entachés d au eun pédantisme. « Ce qui plaît à l’oreille, disait Rober-

<lav, doit toujours estre mis dans les règles de la musi- <|ue.» Gigault dut révéler a son élève les vieilles chansons françaises et les noëls qu’il aimait à prendre pour thèmes de ses développements. Lullv se livra aussi avec aideur a 1 éludé du clavecin qu’il avait jusqu’alors négligé pour le violon.

Lorsqu’après quelques années, il se sentit mieux armé pour la lutte, il commença à faire parler de lui. Le 8 mai 165o Loret dans sa Gazette nous vante...

. un charmant dialogue

De la guerre avecque la paix l T n des beaux qu’on chanta jamais Et dont l’air, presqu'à ^improviste Eut noté par le sieur Baptiste.

Le 30 du même mois dans le ballet les Bienvenus, Lullv débitait lui-mèine au milieu « de personnages bizarrement vestus avec quantité de postures et plaisantes actions du corps» un récit erotesque de sa façon ». L'année suivante, il composait pour le ballet de Psyché une longue scène infernale, et écrivait presque seul la partition de la Galanterie du temps.

Désormais sa réputation est faite. Il n’est plus seulement le baladin accompli, celui dont les inventions burlesques font pâmer de rire le Roi et toute la Cour, il devient le premier des compositeurs de la Chambre, le seul dont le nom soit cité dans les gazettes, le seul auquel Benserade adresse des éloges versifiés. Tour à tour l’Amour malade , la Raillerie et Alcidiane consacrent sa réputation. Boesset, Mollier, Cambefort, sont

oubliés, seul Lullv est fêté et déclaré incomparable l .

En 1660, la mort de Gaston d'Orléans ayant empêché tout divertissement profane, Lullv fit exécuter le 26 août à la Mercy un motet « admirablement harmonique » sur le mariage du Roi et la Paix des Pyrénées - .

Ces deux grands événements furent célébrés par des réjouissances extraordinaires. Mazarin, pour qui il n y avait pas de fêtes sans opéras, lit venir de ^ enise le musicien Francesco Gavalü. Celui-ci demeura près de deux ans à Paris et dirigea les représentations du Serse (22 novembre 1660) et de YErcole Amante (7 février 1662). Nous ne savons pas quels furent les rapports de Lullv avec le nouvel arrivant. A coup sûr il collabora avec lui puisqu’il écrivit les entrées de ballet qui s’intercalent dans les deux opéras ; mais il est douteux qu il ait accepté de lui des conseils et des leçons.

C’était déjà un personnage d’importance que Lullv. Le 16 mai 1661, il avait hérité de la charge de surintendant de la musique détenue jusqu à sa mort par le vieux Cambefort. Cette faveur n’était pas pour diminuer l’orgueil du Florentin. Loin de s’abaissera être le disciple de Cavalli, il dut rivaliser avec lui et se poser en

» Un jour qu’il figure clans une entrée de « gens qui se centreront les uns les autres », Benseradc glisse à son intention ce compliment dans ses « vers pour les personnages du ballet » :

Chacun île nous a «lu mérite en soy

Et ce sont des talents différents que les nôtres;

Les autres quand je veux sont contrefaits par moy Mais je ne me voy pas contrefait par les autres.

5 Ce motet chanté devant la Reine eut un grand succès et fut repris quelques jours plus tard.

champion de la musi<| ue française. De ce jour il cessa de pratiquer avec autant d'assiduité le style italien 1 .

Nous sommes arrivés à la période la plus heureuse de la vie de Lully. 11 connaît la popularité. Ses airs sont chantés partout à la Cour, à la ville et jusque sur le Pont-Neuf. Louis XIV lui témoigne une admiration sans borne et accorde tout ce qu'il souhaite. Il fraye avec les grands seigneurs ; on lui passe ses boutades et on le recherche pour sa gaieté et son talent de conteur. Les mélomanes de la Cour le traitent en camarade

. Baptiste le très cher '

N’a pas vu ma courante et je le vais clwyftcr,....

déclare l’un d’eux mis en scène ^par Molière 2 .

Lully comprit que sa destinée était de vivre et de mourir en France, il sollicita des lettres de naturalité . Elles lui furent octroyées à titre gratuit au mois de décembre

I CCI dans les termes les plus flatteurs' 1 .

Jusque-là Lully avait mené une vie des plus dissipées ; à une époque où l’on était fort tolérant sur ce chapitre, il avait h maintes reprises scandalisé ses contemporains et encouru la désapprobation royale.

II résolut de se marier et arrêta son choix sur la fille unique de l’aimable Lambert. Le Roi, enchanté de voir

4 Brûlant ce qu’il avait adoré, il ue dcvail pas tarder à se signaler par son zèle à combattre ritalianisme et à faire renvoyer les virtuoses ultramontains qui faisaient partie de la Musique du Roi.

2 Les Fâcheux , joué le 20 août 1661.

3 11 avait « montré sa sul'iisance et capacité dans la musique en toutes manières, notamment en plusieurs beaux airs de ballets et de chants par luy composés en toutes sortes de langues »

Le Ballot de lu Nuit ( u N a u k u x )

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