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son favori entrer dans la voie de la sagesse, le combla aussitôt de ses bienfaits. Il commença par le nommer maître de la musique de la famille royale {3 juillet), puis régla la question délicate de la succession éventuelle de Lully en fixant à 30.000 livres la somme à payer à ses héritiers et à ceux de Lambert 1 .
Louis XIY ne s'en tint pas là. Il voulut affirmer par un acte solennel la haute estime où il tenait le surintendant de sa musique. Le 14 juillet, il apposa son nom au bas du contrat. Après lui, signèrent la Reine-Mère, Marie-Thérèse, le duc de Rochechouart, Colbert et sa femme et plusieurs autres grands personnages.
Pour la circonstance Lully n’avait pas craint de s’attribuer des titres de noblesse. Il se disait «fils de Laurent de Lully, gentilhomme florentin et de deffunte damoiselle Catherine del Serta ». Les parents de sa fiancée ne pouvaient se targuer d’une si brillante origine : en premier venaient les grands-parents de Madeleine Lambert, Michel Dupuy, le cabaretier du Bel-Air et sa femme Madeleine Briolle. La future recevait une dot de 20.000 livres, somme assez ronde pour l’époque.
Le mariage fut célébré à Saint-Eustache le 24 juillet 1602. Six enfants allaient naître de celte union au cours des six années suivantes, trois filles et trois fils 2 . Il ne semble pas que Madeleine Lambert ait jamais tenu
' Lambert avait consenti à la survivance de sa charge de maître de la musique de la chambre en laveur de Lully et de scs enfants.
* Catherine (mai 1663), Louis (août 1601), Jean-Baptiste (août 1666), GabrieUe-Hilaire (oct. 1666), Jean-Louis (sept. 1667), Louise-Marie (sept. 166S).
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beaucoup de place dans le cœur de Lully. Cependant il lui témoignait une grande estime et appréciait ses qualités d’excellente ménagère. Peu mondaine, un peu grondeuse, elle préférait rester dans son intérieur avec ses enfants, plutôt que de paraître à la Cour aux côtés de son mari. Par respect, sinon par amour, pour elle, Lully mena désormais une vie moins scandaleuse. Benserade ne fut pas le dernier à le féliciter de son mariage et de sa conversion. 11 profita de ce que Baptiste figurait dans le Ballet des Arts déguisé en chirurgien pour risquer cette allusion.
J'estois perdu moi-même et tous ceux que je voi Qui sont aux Incurables Perclus et misérables
Ne s’aidoient pas si mal de leurs membres que moi.
Dans mon infirmité ne sçachant plus que faire,
Le Dieu du mariage à qui je fus contraire,
L’auroit on cru si bon pour un estropié ^
M'a guéri tout à fait et mis sur le bon pié.
Cette divinité, ma chère protectrice,
N'en ayant pas laissé la moindre cicatrice.
Le poète avait raison. Le mariage avait remis Lull\ « sur le bon pié ». 11 allait faire preuve au cours des années suivantes d'une inlassable activité. C'est le temps des grands ballets oii la musique coule à Ilots, où les symphonies, les récits, les airs, les dialogues se succèdent comme dans un opéra. C’est le temps des motets et du sublime Miserere. C’est enfin le temps des exquises comédies-ballets 1 écrites en collaboration avec
1 Les Fâcheux , joués à Vaux, le 20 août 1601, avaient été le premier exemple des comédies-ballets. Beaucliamp en avait éciit la musique.
Molière où la musique, sans ralentir l’action, lui prête le charme voluptueux des danses et des chants.
Le Mariage forcé avait ouvert la série le 29 janvier 1664; présenté le mois suivant au grand public sur la scène du Palais-Royal, il n’avait pas été moins applaudi qu’à la Cour. Tour à tour, la Princesse d'Élide , Y Amour médecin et le Ballet des Muses consacrèrent la réputation des « deux grands Baptiste ». On sait ce que fut ce dernier divertissement sans cesse remanié, qui commença le 2 décembre 1666 pour finir avec le carnaval de Tannée suivante. II comprenait, outre les traditionnelles entrées de ballet, des comédies, des mascarades, des concerts 1 , etc. Lully écrivit à cette occasion les délicieux intermèdes du Sicilien et s'essaya au genre nouveau de la comédie en musique. Le succès de la Pastorale comique l'engagea à composer d’autres œuvres du même caractère. La Grotte de Versailles , représentée peu après, les bergeries de Georges Dandin et des Amans magnifiques attestent l’intérêt qu'il prenait, dès cette époque, aux essais de musique récitative 2 .
Le 7 avril 1GÜ8, Lully, qui ne perdait aucune occasion de plaire au Roi, fit exécuter un grand motet, Plaude , lœtare , Gallia , qui célébrait le baptême du Dauphin. La récompense ne se fit pas attendre. Le 20 avril,
1 Ainsi l’entrée où Lully déguisé en Orphée exécutait un véritable concerto de violon.
4 La plus ancienne comédie en musique connue est Le Triomphe de l'amour (musique de La Guerre), représentée le 6 mars 1657. La seconde est La Pastorale d'Issy, 1659 (musique de Lambert), célèbre par la réclame que lui lit le librettiste Perrin, qui n’avait pourtant pas grand sujet d'étre si fier.
Louis XIV signa l’arrêt par lequel la survivance des trois charges du Florentin était accordée à celui de ses fils qu’il voudrait désigner.
Vers ce temps, un poète famélique nommé Perrin, qui s’était fait une spécialité de paroles destinées à être mises en musique, obtint du Roi h* privilège d’une Académie d'opéras , le 28 juin 1GG9. Ce fait dut frapper Lully. Cependant, il ne chercha pas à réaliser la tragédie en musique. Il s'appliqua seulement à perfectionner le genre de la comédie-ballet, pour lequel il délaissa le traditionnel ballet de Cour.
Monsieur de Pourceaugnac fut représenté le G octobre avec un succès considérable. Quand on lit les comptes rendus contemporains, on constate que la comédie avait disparu sous les intermèdes. Molière est fort oublié et P on ne parle guère que de Lully 1 . Pour la première fois depuis qu’il servait le Roi, le Florentin ne parut pas sous son nom parmi les acteurs de la pièce. 11 joua le rôle d’un médecin sous le pseudonyme du signor C/iiac chiarone . Baptiste était mort, on ne connaissait plus que « l’illustre monsieur de Lully ».
Au début de Tannée suivante, il donna la pleine mesure de son talent avec le divertissement des Amans magnifiques. Les spectateurs furent ravis parles symphonies, les entrées de ballet, la pastorale en musique du 111° intermède et surtout la scène des Jeux Pithiens où, en un formidable ensemble, trompettes, violons, llûtes,
* Lully avait collaboré à la rédaction de Vouvceauynac, puisqu’il avait écrit tous les vers italiens qui s’y chantent.
hautbois, timbales, timbres et tambours, s'unissaient pour soutenir et accompagner le chœur final.
La mode, à ce moment, était à l’Orientalisme, on se passionnait pour les Turcs. Le chevalier Laurent d Arvieux, qui revenait de l’empire du Grand Seigneur, lit mourir de rire le Roi en lui racontant ce qu’il avait vu. On résolut de combiner un divertissement tùrquesque, et Molière reçut carte blanche pour écrire une comédie qui en fut le prétexte. Le Bourgeois gentilhomme fut représenté à Chambord le l i octobre 1070. Molière avait multiplié les occasionsde musiquerleçon de danse, sérénade, pastorale, chansons à boire ; mais ce qui emporta tout, ce fut la scène où Monsieur Jourdain est ordonné Mania mouchi. Lullv joua le rôle du mufti avec un entrain endiablé qui lui attira les applaudissements de 1 assemblée. Le Roi fut enthousiasmé. 11 devait toujours conserver un faible pour celle boutfonnerie, el Dangeau nous le montre fort âgé ; aimanta entendre chanter par ses musiciens des airs du Bourgeois gentilhomme .
Si passionné qu'il soit pour l’art des sons, Lullv ne laisse pas de pratiquer à merveille celui de s’enrichir. Il n’est pas de ces Orphée qui meurent à l’hôpital ! Dès qu’il a mis quelque argent de côté, il le fait valoir avec une habileté étonnante. Spéculateur dans l’àme, il comprend l’avenir du quartier qui se construit sur les lianes de la Butte-aux-Moulins. 11 achète, le 2H mai 1070, un
1 En décembre 1712.
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terrain en façade sur la rue Sainte-Anne et presque en même temps un autre donnant sur la rue Neuve-des- Petits-Champs. Sur le premier va s'élever son hôtel 1 , sur le second une maison de rapport. Il n'épargne rien pour que sa future demeure soit digne de la haute situation qu'il occupe. Il fait dessiner la façade par l'habile architecte Gittard et répand à profusion les peintures et les dorures. Un moment Lully se trouve gêné pour achever les travaux en cours, il emprunte alors 11.000 livres sur hypotheque à Molière. La somme sera remboursée plus tard à la veuve du poète.
Toutes ces occupations ne ralentissent en rien la fécondité créatrice de Lully et, le 17 janvier 1071, on représente, dans la salle des Tuileries, Psyché , fruit de sa collaboration avec Molière et Corneille. C'est presque une tragédie en musique, avec le urologue bien consti¬
tué, les intermèdes formant de vér et les symphonies intervenant au comédiens avaient monté la piè extraordinaires, ils en furent rtc< fût au mois de juillet, la salle ne
tables scènes d’opéra :ours de l’action. Les 3 avec des dépenses mpensés : bien qu'on ésemplit pas. Durant
une année, les airs et les symphonies de Psyché furent chantés et joués dans toutes les réjouissances de la Cour et de la ville 2 .
‘ L’immeuble existe encore au n° 47 de la rue Sainte-Anne. Bien que défigurés par des écriteaux commerciaux, on peut encore admirer l’élégante façade et les attributs musicaux qui la décorent. M. Kadet lui a consacré une importante étude dans son beau livre sur Lully , homme (l-affaires , propriétaire et musicien.
i Le Roi ne pouvait se lasser de les entendre, il en ordonna même une singulière exécution ù. Dunkerque, le jour de l’inauguration des
L Académie d'opéras avait été inaugurée le 19 mars 1671. Pomone avait remporté un succès fort honorable, surtout si I on songe à la pauvreté du livret composé de couplets de chansons laborieusement mis bout à bout. On entendait les paroles avec dégoût, mais telle était la passion du public pour les spectacles en musique qu’on y allait tout de même. La partition de Cambert méritait jusqu’à un certain point cet empressement.
Lullv fut surpris de cette réussite. Il n avait pas cru le grand public capable de s’intéresser a une pièce chantée d’un bout à l’autre. Quand il vit que cette inepte pastorale attirait la foule, il regretta de n’avoir pas demandé pour lui-même le privilège.
Perrin ne profitait d'ailleurs pas du succès de son entreprise. 11 avait commis l’imprudence de mêler à ses affaires deux chevaliers d'industrie qui lui en avaient imposé. Poursuivi par un.créancier impitoyable et sans cesse en prison, Perrin n arrivait pas à se faire rendre des comptes par ces deux escrocs, nommés Sourdéac et Champeron, et se voyait privé des bénéfices de son initiative. Les acteurs n’étaient pas payés; Cambert, qui avait composé la musique, n’était même pas indemnisé des dépenses qu’il avait faites. Bientôt tout le monde plaida. Quelques jours, les représentations furent interrompues, mais Sourdéac et Champeron réussirent à
remparts. Outre la musique de la chambre, tes fifres. les hautbois, les trompettes des régiments et 700 tambours prirent part à la fête, sans compter une salve de 80 pièces de canon qui partit sur le dernier accord. On comprend « le plaisir meslé d’effroy » dont parle le chroniqueur.
persuader aux chanteurs de continuer à jouer leurs rôles.
Dans le courant de février, on donna a Versailles un opéra qui avait déjà servi à l'occasion du mariage du duc d Orléans, au mois d’octobre précédent 1 . Le Triomphe de T Amour était l'œuvre de Guichard et du musicien Sablières. Ils faisaient tous deux partie de la maison de Monsieur. Le librettiste Henry Guichard était gentilhomme ordinaire de ce prince. Il excellait à faire I ii er les feuxd artifices et a organiser les illuminations et les décorations. II se piquait de littérature bien que dépourvu de tout talent. L opéra le tentait; son collaborateur Sablières ayant acheté à Perrin la moitié de son privilège, lui en rétrocéda une partie. Ces trafics laissaient indifférents Sourdéac et Champeron. La charmante pastorale des Peines et des plaisirs de T amour que venait de composer Cambert sur un livret de Gilbert laisait salle comble. Estimant que possession vaut titres, ils laissaient 1 infortuné Perrin se morfondre en prison et empochaient les recettes.
Colbert mit fin à cette situation en apparence
Le Florentin qui, depuis quelques années, s était réservé en quelque sorte le monopole des divertissements du Roi, en dut concevoir un sensible déplaisir. Ce n était cependant pas une œuvre qui pût lui porter ombrage, du moins si l’on considère seulement le livret. Ce n est qu'une suite d*airs et de dialogues sans queue ni tète. Quant à la musique de Sablières, elle est perdue. Mais ce compositeur devait être d’une rare médiocrité, à en juger par une chanson sur des paroles de Perrin, qui nous a été conservée grâce à Molière. C’est celle que chante M. Jourdain : Je croyais Jeanne ton aussi douce que belle... Klle est si ridicule que le poète l’a choisie tout exprès pour se moquer des ineptes vaudevilles qui faisaient alors lureur.
inextricable. Il conseilla a Lui K ^le traiter diiectement avec le poète. Se conformant aux instructions du ministre, le Florentin se rendit a la Conciergerie et demanda à Perrin s’il voulait lui vendre son privilège. Perrin, à qui l’opéra n’avait jamais rapporté un sol, accepta avec empressement. Il recul de Lull\ une ioile pension, put sortir de prison, désintéressa ses créanciers et vécut en liberté et en paix jusqu a sa mort. 11 connaissait de longue date le surintendant, puisque celui-ci avait a maintes reprises mis ses vers en musique. Aussi exprima-t-il, dans la procuration qu'il donna pour consentir à la révocation de ses lettres patentes, « toute sa joye que son prince ayt jeté les yeux sur Lully ».
Restait à faire approuver cet accord par le Roi. Lully se heurta à une cabale montée par lous les compositeurs de la Cour. On devait « laisser à tout le monde la faculté de composer des opéras, tant pour les paroles que pour la musique ». A en croire Perrault, c était aussi l’avis de Colbert. Mais, le Florentin « alla au Roi lui demander ce don avec tant de force et tant d'importunité que le Roi craignant que de dépit ilne quittât tout , dit à M. Colbert qu'il ne pouvait pas se passer de cet homme-la dans ces divertissements , il fallait lui accorde/ ce quil demandait, ce qui fut fait dès le lendemain 1 ».
1 D'ailleurs, quelques jours plus lard, Colbert déclarait à ceux qui se plaignaient : « Je voudrais que Lully gagnât un million à faire des opéras alin que l'exemple d'un homme qui aurait fait une telle fortune à composer de la musique engageât tous les autres musiciens à iaiie tous les efforts pour parvenir au même point que lui. » (Perrault, Mémoires.)
Dans un pamphlet célèbre publié après la mort de Lu 11 v, de Sénécé a accusé le surintendant d’avoir mal agi envers Molière. Celui-ci aurait eu le premier 1 idée de s’occuper de Y Académie de musique . Il s’en serait ouvert au compositeur pour s assurer sa collaboration. Lu 11 y, le devançant auprès du Roi, aurait obtenu poui lui seul le privilège. Il est dillicile d en croire sur parole un ennemi déclaré du Florentin. Mieux vaut considérer cette histoire que ne confirme aucun autre témoignage comme une légende 1 . Le privilège de Lully limitait de façon draconienne l’emploi de la musique dans les comédies et celte clause lésait profondément les intérêts de la troupe du Palais-Royal. Cela suffit à expliquer le désaccord qui survint entre les deux anciens collaborateurs.
Les lettres-patentes furent délivrées à Lully le ld mars 1672. Le Roi rappelait en commençant dans quel dessein il avait accordé le privilège de 1669. 11 espérait donner ainsi à la musique un grand essor. Mais Perrin n’ayant pas secondé pleinement ses intentions, il croyait prelérable de s en remettre à une personne dont 1 expérience et la capacité lui fussent connues. Lu conséquence, il permettait à Lully d'établir une Aca-
‘ Récit bien invraisemblable. Molière, dont les comédies-ballets recen aient un accueil triomphal, aurait voulu abandonner un genre créé par lui, pour un autre où il n aurait joué forcément qu’un rôle subalterne, où ses vers auraient disparu sous la musique? — Et puis, n’est il pas surprenant que seul de Sénécé ait connu cette aventure? que ni les nombreux amis du poêle, ni lui-môme quand il plaida contre Lully n y aient jamais lait allusion ? Molière était pourtant homme à se faire rendre justice et ne craignait pas, lui aussi, d'aller au Roi.
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demie royale de musique en sa bonne \ille de I aiis. afin de représenter devant lui des opéras « composés tant en vers françois qu’austres langues étrangères pareils et semblables aux Académies d Italie »•
Sourdéac et Champeron, qui croyaient bien s être emparés de l’Opéra, furent désespérés en apprenant que Lully avait traité avec Perrin. Ils formèrent opposition à l’enregistrement du privilège. Sablières et Guichard, qui avaient signé un accord avec le poète, en firent autant, et Molière, qui voulait obtenir des conditions moins rigoureuses pour son théâtre, suivit l'exemple. Les débats furent longs. Colbert multiplia les lettres à M. de Harlay, procureur général au Parlement, et au président de Lamoignon pour bâter la solution du procès et les prier d accorder au musicien toute la protection que l’autorité de leur charge leur conférait. En attendant, le Roi écrivit à M. de la Revintde faire cesser les représentations d'opéras. Le 1" avril 1G12, le théâtre de la rue Mazarine, où se jouait les Peines et les plaisirs de l’amour, fut fermé par la police. Ce furent alors de nouvelles complications, Camberl, les chanteurs et les musiciens de Sourdéac réclamant leurs gages impayés jusqu’à ce jour.
Peu importe à Lully que le procès s’éternise, puisque l’issue 11 e peut lui être défavorable; il veut seulement
1 Lully recevait l’aulorisation de donner au public tous ceux qu il écrirait même ceux qui seraient représentés à la Cour. Enlin, il était formellement interdit à tout autre « de iaire chanter aucuno pièce entière en musique sans la permission par cscnpt du sieur Lully. à peine tle 10.000 livres d'amende et de confiscation du théâtre, machines, etc... »
pouvoir s'occuper de son Académie « nonobstant opposition ». C’estce qui lui est accordé par arrêt du H avril. Sans tarder, il se met en mesure d'exploiter son privilège sans perdre de vue les débats qui traînent en longueur 1 . Le 3 juin, il écrit à Colbert une longue lettre où il dit être « dans la dernière désolation de sc voir condamné à combattre contre des fausset ez » au lieu de travailler à ce que le Koi lui a commandé. « Vous savez, Monseigneur , rappelle-t-il, que je nay pris d'autre route dans cette affaire que celle que vous m'avez prescritte. » il termine en lui demandant l’autorisation de faire répéter dans la salle du Louvre et lui annonce qu’il ira bientôt avec Quinault lui soumettre « quelque projet pour le retour du Roy ». Lullv eut enfin gain de cause. Le 27 juin 1072, un arrêt du Parlement ordonna l'enregistrement des lettres-patentes et contraignit Sourdéac et Champeron à indemniser Perrin, Cambert et les chanteurs de l’Opéra.
Une légende profondément enracinée veut que le Florentin ait dépossédé Perrin et Cambert de leur privilège par des fourberies indignes. On a vu que tout s’était passé fort loyalement : Perrin fut complètement désintéressé par Lullv. Quant à Cambert, il n’avait aucun droit. Musicien aux gages de Perrin, il ne pou-
1 Molière s'ôtait retiré après avoir obtenu satisfaction. Guichard et Sablières ne faisaient qu’une faible résistance. Ils comprenaient bien qu’ils ne pouvaient rien réclamer à Lully et que leur seul droit était de poursuivre Perrin. Mais Sourdéac et Champeron tenaient bon et rédigeaient d’interminables factums. A ceux-ci, Lully opposait des notes très brèves où il faisait valoir ses droits avec une lumineuse clarté.
vait que réclamer ses appointements aux tiers qui s’étaient substitués à lui, et véritablement Lully ne lui devait rien. Ce ne fut d’ailleurs pas la fermeture du théâtre de la rue Mazarine qui le ruina, puisque son travail de plusieurs années ne lui avait jamais rien rapporté.
Il alla tenter la chance en Angleterre et mourut surintendant de la musique de Charles 11.
Sans perdre un instant, Lully se met en quête d’un théâtre. Devant les exigences ridicules de Sourdéac et de Champeron, il renonce à celui qu'ils avaient fait construire et se venge en leur faisant interdire par une ordonnance royale* de louer leur scène a aucune tioupe de comédiens. Il choisit pour faire élever une salle d’opéra, le terrain du jeu de paume Béquet, situé rue de Vaugirard, et, le 12 août, il signe un bail de huit mois. H sait bien qu’avant Pâques ses adversaires capituleront. Le 2‘d, il conclut avec le célèbre machiniste Vigarany un « acte de société » pour l exploitation en commun du privilège de 1 Acculante voyelle de tnusiçite. Chacun d’eux mettra 10.000 livres dans l’entreprise et ils se partageront par moitié les bénéfices.
Pendant que le décorateur pousse les travaux avec activité, Lullv se préoccupe du spectacle qu’il donnera aux Parisiens. N'ayant pas le temps, au milieu de tous ces tracas, d écrire une nouvelle partition, il fait coudre
1 Par la môme ordonnance, les comédiens recevaient permission de se servir (le 6 voix et de 12 instruments, mais défense leur était faite d'employer les danseurs et chanteurs de l’Académie de musique.
ingénieusement par Quinault divers fragments des grands ballets. Le tout forme un ensemble fort présentable où se trouvent les meilleurs passages de la Princesse d h/tde, du Hallet des Muses, de Georges Dandin , des Amans mag ni figues et du Bourgeois gentilhomme l .
Avec une ardeur incroyable, le musicien s'occupe de lout, il réunit une troupe, la forme selon ses vues, et dirige les répétitions dans la salle des Tuileries qu on lui a prêtée. Mais bientôt brisé, par. cette vie fiévreuse, il tombe malade et ses amis craignent quelque temps qu’il ne puisse « supporter les fatigues de l'opéra ».
Les préparatifs excitaient une vive curiosité. On n avait pas compris grand chose à la fermeture du théâtre de Sourdéac et on s imaginait de bonne foi (jue Lullv avait injustement dépouillé l'illustre mar- (/uis de son privilège. On le connaissait pour un musicien de génie, mais on n attendait pas sans anxiété ses débuts a l’opéra. Ce qu'on avait surtout admiré dans Poniône , c étail la mise en scène. Un gazetier le dit: « Son succès n’est pas dû à la musique puisqu’elle n’en faisait que la moindre partie. » On comprenait qu’il n'en serait plus de même à l'avenir et on n’était pas sans inquiétude. Les Parisiens voulaient bien un peu de musique accompagnant de beaux décors, des machines surprenantes et de brillantes entrées de ballet, mais il
1 On a reproché à Lullv d’avoir emprunté des scènes entières aux comédies de Molière. Ce dernier n'était pas plus scrupuleux puisqu'il continuait à faire représenter Psyché, dont les intermèdes étaient l’œuvre de son ancien collaborateur. C’étaient les mœurs du temps et personne n’y trouvaiLà redire.
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représentation dk La Princesse d'Élidé (D'après les lampe d’Israël Silveslre.)
ne leur en fallait pas trop. Rares étaient ceux qui disaient, avec le Mercure galant 1 : « Qu’importe de machines, de balets et mesme de belles comédies puisque quand la musique est dans sa perfection elle tient lieu de tout cela » Eu général, on estimait qu’à la longue elle « ennuie même quand elle est bonne », et l'on craignait <iue Lully ne fût trop bon compositeur.
C’est sans doute au mois de novembre que lut représentée la pastorale des Festes de l'Amour et de Bacchus. Les gazettes manquant presque toutes vers celte époque, nous n’avons aucun détail sur les premières représentations. Lully comptait que Louis XIV viendrait inaugurer son théâtre, mais la mort du duc d'Anjou, survenue le 4 août, empêcha le Roi de se rendre à l’opéra. Lully, tout en dirigeant les représentations, travaillait avec ardeur à mettre en musique la « tragédie » que venait d'achever Quinault. Cadmus et Hermione n’était pas une pastorale composée de couplets et de dialogues misérablement ajustés; c’était un opéra vraiment digne de ce nom, avec une intrigue suivie, des
airs dramatiques et passionnés.
C’est très probablement le 27 avril 1673 que cet opéra fut exécuté pour la première fois. Le Roi vint tout exprès à Paris avec Monsieur, Mademoiselle et Mademoiselle d’Orléans pour l’entendre. Il sortit de l’Opéra « extraordinairement satisfait de ce superbe spectacle ». Le lendemain même, il accordait à Lully la jouissance
gratuite de la salle du Palais-Royal. Les comédiens durent chercher asile ailleurs. Hélas ! ils n’avaient plus Molière pour les défendre. Le grand poète était mort en jouant le Malade imaginaire , le 17 février précédent.
Le succès fut éclatant. Pourtant, des critiques s’élevèrent. En dehors des ennemis de Lully et de Quinault, qui crevaient de dépit et cherchaient à rabaisser le mérite de 1 ouvrage, il y avait des gens de bonne foi qui préféraient à l’opéra le genre de la comédie-ballet et goûtaient peu la mélopée flottante du récitatif.
Malgré leurs plaintes la foule se pressait à l’Opéra et s’extasiait sur les beautés du spectacle. Le gazetier Robinet ne pouvait assez exprimer son admiration :
Comment parler de ces concerts Si grands, si doux et si divers ?
De cette aimable symphonie Sans nul bruit de cacophonie ?
De tous ces miracles enfin
Dont ce grand spectacle est tout plein ?
Chaque soir les recettes étaient magnifiques et la salle du Palais-Royal ne désemplissait pas.
Ce succès augmenta l’envie des ennemis de Lullv. Maladroitement il se mit à dos beaucoup de gens par la manière agressive avec laquelle il lit valoir son privilège. Les comédiens de Paris ne purent se servir de plus de 2 voix et fi violons. C’était presque la ruine de théâtres comme celui du Marais ou I on ne jouait que des pièces à grand spectacle; l’ancienne troupe de
.Molière dut renoncer aux superbes comédies ballets qui avaient attiré tant de monde au Palais-Royal. Bientôt les gazeliers, Bonneau de Visé en tète (il était 1 auteur d'un grand nombre de tragédies de machines), les compositeurs qui n’avaient plus d’autre débouché que la musique d’église, et les poètes rivaux ou ennemis de Quinault formèrent une cabale formidable qui éclata à la première représentation A'Alceste le 19 janvier 1G"4. Lully ne s’y attendait pas, car les répétitions avaient été triomphales. 11 avait lait chanter chez Je Monlespan à Versailles des fragments de son opéra avec un succès incroyable. Le Roi avait déclaré publiquement que, s il était a Paris quand on jouerait Alceste , il irait tous les jours l’entendre.
Le 8 janvier, M me de Sévigné écrit : « On joue jeudi l'opéra qui est un prodige de beauté , il y a déjà des endroits de la musique qui ont mérité des larmes ; je ne suis pas seule à ne les pouvoir soutenir, l'âme de M mc de Lafayette en est alarmée. » Le 19, la pièce est jouée et reçoit un accueil très froid. Le 29, M" ,c de Sévigné n’ose plus donner son avis : « On va fort à l opéra nouveau. on trouve pourtant que /'autre était plus agréable, Baptiste croyait l'avoir surpassé; le plus juste s’abuse. Ceux qui ayment la symphonie y trouvent des charmes
nouveaux! . » On voit le revirement. Les amis de
Sourdéac manifestaient grossièrement par des épigrammes de ce genre leur hostilité à Lully :
Dieux ! le bel Opéra ! rien n est plus pitoyable Cerbère y vient iaper d'un aboy lamentable
0 quelle musique de chien !
Chaque démon d’une joye effroyable
Y fait aussi le musicien
0 quelle musique de diable!
Indigné de celle cabale, dirigée, il faut le dire, surtout contre Quinault, un ami de celui-ci, Charles Perrault prit la plume et écrivit une spirituelle Critique de l opéra d'Alceste ou il mettait les choses au point. Entre autres le dialogue suivant est significatif :
>« Arisiippe : Tout le monde, crie contre cette pièce.
« C/éon : Tout le monde, c'est trop. Mais pour beaucoup de gens, je le crois. Je suis persuadé que les musiciens qui n’y chantent pas, les comédiens des trois troupes, les poètes qui composent pour le théâtre, les partisans du petit Opéra et les amis du marquis de Sourdéac trouvent l'Opéra mauvais, et comme ce sont tous gens d’esprit, bien receus chez toutes les personnes de qualité, je ne doute point qu’ils ne le fassent aussi trouver mauvais à bien du monde. »
En attendant, la musique est goûtée et quelques-uns des petits airs qui se trouvent dans la partition se chantent partout. Voyant que le grand public ne se laisse pas influencer, les ennemis de Quinault, Boileau entre autres, cherchent à persuader à Lully que son librettiste ne vaut rien. Le compositeur ne peut bouger de chez lui sans être accablé de remontrances. Soupe-t-il en société, il voit les convives se lever le menaçant de leur verre et criant : « Renonce à Quinault ou tu es
LILLY
mort. » Va-t-il à la Cour, M mc de Montespan et M~ de Tliianges l’entreprennent pour le faire collaborer a\ec La Fontaine. Il finit par accepter en principe. Le poète écrit Daphné. Lully lui déclare que sa pièce ne vaut rien. La Fontaine cherche à la corriger, mais Lully ne veut pas de pastorale, il veut une « tragédie ». Là-dessus les railleries pleuvent sur La tontaine.
Ah! que j’aime La Fontaine D'avoir fait un opéra !
On verra linir ma peine Aussitôt qu'on le jouera,
Par Ta vis d'un fin critique Je vais me mettre en boutique Pour y vendre des sifflets.
Je serai riche à jamais.
chante-t-on à la Cour. La Fontaine envoie le musicien au diable et pour se venger écrit Le Florentin.
Le Florentin Montre à la fin Ce qu'il sait faire
Il ressemble à ces loups quon nourrit, et fait bien:
Car un loup doit toujours garder son caractère Connue un mouton garde le sien....
« Je ne sais, dit M. Romain Rolland, si Lully était le loup, mais le mouton n’était certes pas La Fontaine. Il serait imprudent de croire sans contrôle aux malh.es que lui dicta sa vanité blessée. » Dès le début de l’année suivante, le poète demandait à faire la paix . « Retourner à Daphné vaut mieux que se venger », écrivait-il à M me de Tliianges. Lully, peu rancunier, oublia
les injures qui lui avait été prodiguées, mais né mit jamais Daphné en musique. Après avoir boudé quelque temps, le poète se consola. Il se réconcilia même si bien avec le Surintendant que pour l’obliger il composa les deux charmantes dédicaces « au Roy » qui précèdent les exemplaires imprimés d ’Amadis et de Roland.
C'est aussi vers ce temps qu’il faut sans doute placer l'essai de collaboration de Lully avec Boileau et Racine. Le sujet choisi était La chute de Pheu'ton. Si on en croit Boileau, tout marchait à souhait quand le Roi, sur les instances de Quinault, engagea Lully à revenir à l’auteur de Cad/nus. Le musicien tira peut-être prétexte de la volonté royale pour se défaire de collaborateurs avec lesquels il ne s’entendait pas. Le caractère entier de Boileau ne pouvait s’accorder avec l’humeur autoritaire du Morentin. Quoi qu il en soit, 1 auteur des Satires n oublia jamais cette aventure et par la suite ne manqua aucune occasion de se déclarer contre l’Opéra.
En dépit des jaloux, Lully accepta la tragédie que Quinault venait d’écrire pour lui. Thésée fut représenté devant le Roi à Saint-Germain le 1 1 janvier 1675 avec un succès qui consola le musicien et le librettiste de 1 échec d 'Alceste. Le 1 2 mai, Paris ratifia par ses applaudissements le jugement de la Cour.
L’est à ce moment qu’éclata l’affaire Guichard. Elle allait durant trois années défrayer les conversations. Lully était un personnage d’importance, il habitait un hôtel magnifique, et nourrissait trois chevaux dans son
écurie. Le dimanche, on le voyait à 1 église Saint-Roch, assis avec sa famille à son banc fermant à c/ef. On savait que le comte de Fiesque,le duc de Saint-Aignan, le chevalier de Lorraine et les princes de Vendôme en usaient avec lui familièrement. Aussi lut-ce une \raie cause célèbre que cette mystérieuse affaire.
11 y avait longtemps que Lully et Guichard vivaient sur le pied de guerre. Ce dernier, on s en souvient, avait tenté de disputer au musicien le privilège de l’opéra. Par la suite il avait cherché à profiter de la cabale dirigée cintre Quinault pour devenir son librettiste attitré 1 . Mais Lully, que ni La Fontaine, ni Boileau, ni Racine n’arrivaient à contenter, accueillit dédaigneusement cette offre. Guichard, furieux de ne pouvoir participer en aucune façon aux bénéfices de 1 Académie de musique, se vengea en colportant partout les plus méchants bruits sur la moralité du Florentin et sur son passé. Pour fêter les victoires du Roi en Franche-Comté, Lully avait imaginé de faire tirer un feu d artifice devant sa maison. Tout rata, les pièces ne voulurent jamais partir, bref, ce fut un échec piteux. Guichard, au contraire, réussit admirablement les illuminations qu il donna à cette occasion en spectacle aux Parisiens. U ne put se tenir de railler son rival avec les traits les plus méchants, prétendant que Baptiste avait mérité le feu pour ses mœurs honteuses... etc. Ces racontars eurent de l’écho, car on n’aimait guère le riche
1 Les pièces devaient être écrites par Guichard en collaboration avec M me de Villedieu.
musicien et «les épigrammes «le ce genre plurent de loule part.
Quitte Baptiste le caprice D'entreprendre mal à propos De faire des feux d'artifices Tu n'es bon qu'au feu de bigots
Lullv souffrait en silence ces moqueries, mais lorsque Guichard lui fil demander l'autorisation de se servir de musiciens pour exploiter une «Académie de spectacles 1 » tlonl il venait d’obtenir le privilège, il refusa tout net.
Les rapports étaient «les plus tendus quand brusquement Je scandale éclata. Henri Guichard avait pour maîtresse une chanteuse de l’Opéra, Marie Aubry dont le frère Sébastien était un homme de sac et de corde, coupable de nombreux crimes restés impunis. Marie Aubry, délaissée par son amant,résolut de se venger; elle alla raconter à Lully que Guichard avait à plusieurs reprises proposé à Sébastien de l’empoisonner en lui ollrant une prise de tabac mêlé d’arsenic. Sur-lechamp le Florentin courut se jeter aux pieds du Roi et lui demanda justice. Louis XIV très émului ordonna de porter plainte. Ce qu’il lit le 12 mai. Le H, le 13 et le 16, on entendit les témoins à charge et le 22 Guichard se constitua prisonnier au Grand-Chàlelet.
Nous ne connaissons pas la vérité sur cette ténébreuse affaire. On a trop légèrement accepté la thèse de la défense suivant laquelle Lully aurait tout machiné pour
1 11 s agissait d établir des cir«iues avec spectacles forains, carrousels, défilés, etc., à l’imitation des jeux de l'ancienne Rome.
se défaire d’un rival gênant. Sébastien Aubry n’avait aucun intérêt à attirer sur lui l’attention de la police et ce serait supposer chez ce bandit crapuleux une bien grande bonté d’âme que d’avoir consenti à être jugé comme complice pour faire plaisir a Lully. Guichard avait tenu bien des propos compromettants : Un jour ((u’on lui annonçait que Lully était malade ne s était-il pas écrié : « Ah! que n’est-il déjà crevé! »
Il est probable que Guichard ne songea jamais à empoisonner Lully, pas plus que le Florentin n imagina de toute pièce celle histoire pour le perdre. Sans doute Marie Aubry est seule responsable de toute l'affaire. Elle vit dans l’accusation qu’elle portait un moyen de se venger de son amant et de se faire bien voir de son patron. Lully la crut-il sur parole, ou bien préféra-t-il ne pas approfondir, avec l’espoir que sur ce seul témoignage le Koi le débarrasserait d’un concurrent redoutable? Il est impossible de le dire avec certitude. L affaire est trop embrouillée et les témoins des deux partis sont gens trop peu recommandables. Les débats furent interminables. Pendant trois ans on ne cessa de s’injurier et de s’accuser mutuellement des pires forfaits. De nombreux incidents se greffèrent sur le fond. Lully gagna d’abord son procès, mais Guichard ayant lait appel, la chambre des Tournelles le [2 août 1077 acquitta le gentilhomme ordinaire de Monsieur et condamma le Florentin aux dépens L
1 En fait Lully était le vainqueur. A la suite des débats, Guichard perdit ses places chez le duc d’Orléans et une décision royale du
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Durant ces trois années Lully avait produit quelquesunes de ses plus belles œuvres. Au mois d octobre 1G75. les préoccupations du procès ne lui laissant pas Je loisir d’écrire un opéra, il eut recours à quelques-unes des scènes burlesques qu’il avait composées pour les ballets et forma du tout La mascarade du carnaval. Pendant que cette bouffonnerie déchaînait les rires du public il mit en musique l’admirable poème que venait de terminer Quinault. Le 10 janvier 1076 on représenta Alys a Saint-Germain. La Cour fut dans le ravissement : « lt y a des endroits d'une extrême beauté , écrit M mc de Sévigné; il y a un sommeil et des songes dont l'invention surprend. La symphonie est toute de basses et de tons si assoupissants (ju'on admire Baptiste sur de nouveaux frais. » Séduit par la noblesse et la beauté racinienne de la musique, Louis X1Y adopta cet opéra et en ordonna de fréquentes reprises dans la suite.
Isis qui lui succéda le o janvier 1077 n’obtint pas le meme succès. Lully avait trop sacrifié la partie vocale. Les grandes fresques instrumentales impressionnèrent la foule, mais ne l’émurent pas autant que les plaintes amoureuses d’Atys. On trouva qu Isis était froid et surtout « trop savant 1 ».
14 juin 1678 interdit l'enregistrement de son privilège. 11 partit pour Madrid et chercha à y installer une Académie de musique. On le retrouve à Paris on 1701. Il réussit à faire recevoir un opéra de sa façon, Vinsse, musique de Rebel, qui tomba à la première représentation (janvier 1703).
1 La critique fut défavorable et de Visé dans le Mercure Galant écrivit un compte rendu qui est un chef d’œuvre de rosserie . « M. de Lully, disait-il, ne peut être comparé à personne puisqu’il est le seul dont on voit la musique en France... Le grand nombre d’instruments
Là-dessus, les ennemis de Quinault persuadèrent M me de Montespan qu’il avait voulu la présenter dans le personnage peu sympathique de Junon. Ce lui là, dit-on, l’unique cause de la disgrâce momentanée du poète.
Ce fut un dur moment à passer pour Lully : privé de son librettiste, en bulte aux attaques et aux coups d'épingle des gazetiers, condamné aux dépens de l’affaire Guichard, le Florentin connut des jours d’amertume et de découragement. Son secrétaire Lalouelle se vantait bien haut d’être l'auteur des meilleurs airs à’Isis; il le chassa. Usé par les préoccupations de toute espèce, les fatigues que lui donnaient l’administration de \ Académie de musique , les spéculations financières où il s’était engagé, et aussi, il faut le dire, par la vie de débauches qu’il menait, il tomba malade. Dès lors sa santé resta chancelante 1 .
En 1GG4, lors de la naissance du lils aîné de Lully, le Koi avait exprimé le désir d'être son parrain. Depuis, les circonstances ne s’y étaient pas prêtées, car a 1 âge de treize ans l'enfant n’était pas encore baptisé. Le Souverain vit sans doute là une occasion de témoigner à son fidèle surintendant toute l’estime qu’il avait pour lui. Il
touchés par les meilleurs maîtres île France a lait trouver des beautés dans la symphonie de cet opéra et il est impossible que tant d'instruments entre les mains de tant d'excellents hommes ne produisent pas toujours cet effet... »
1 11 n’en continuait pas moins à travailler. Son beau-père, Michel Lambert, qu'il venait d’obliger en achetant en tiers avec lui et M Uo Hilaire une maison des champs à Puteaux, lui conseilla de s adresser au poète Frontinière qui avait composé les paroles de la plupart de ses airs. Lully travailla quelque temps sur un livret de cet auteur mais ne tarda pas à abandonner l’opéra de Sarcisse.
ordonna, que;la cérémonie lui célébrée à Fontainebleau avec toute la solennité imaginable. Lully y lit chanter un Te Deitni de sa composition. Louis XIV le trouva si beau qu .il « voulut l’entendre plus d’une fois » et le lit exécuter au mois d’octobre de t année suivante pour le mariage de M lte d'Grlégns.
Quand on vit le Roi conserver sa faveur au Florentin, il v eut un brusque revirement et du jour au lendemain les articles élogieux succédèrent aux critiques. Lully réconforté se décida, sur le conseil de Quinault, paraîtil, à s'adresser à Thomas Corneille, qui transforma hâtivement la Psyché de 1071 en un opéra où les intermèdes de la première pièce se trouvèrent incorporés. Lully improvisa la musique en trois semaines et le 19 avril 1078 Psyché fut représentée avec succès. Le public applaudit surtout les scènes qu’il connaissait déjà, le prologue, les forges de Yulcain et la touchante plainte italienne.
Sans perdre de temps, Thomas Corneille s’était remis à l’ouvrage. Secondé par Fontenelle., il avait écrit Beller&phon, non sans peine d'ailleurs, car les exigences de Lully le mettaient à tout instant au désespoir. « Pour cinq ou six cents vers que contient cette pièce, rapporte La Viéville, M. de Lisle fut contraint d'en faire plus de deux mille. » Lully en composa la musique avec ardeur, mais, sans cesse arrêté par la maladie, il m put faire représenter l'opéra nouveau avant le 31 janvier 1079. Aussi l’attente était-elle grande car les rares privilégiés qui avaient assisté aux répétitions criaient miracle. Le soir de la première toutes les places furent prises d’as-»