‹ LullyChapitre 17 sur 65 · Nuitter et Thoinan. Loc. cit., p · texte numérisé non relu

Nuitter et Thoinan. Loc. cit., p

2. Ch. Livet. Les intrigues de Molière, p. a3i (réimpression, 1877.)

Au dire de Lully plaignant, voici ce qui se seraitpassé *. Vers la fin de 1674? Guichard aurait proposé à Aubry diverses affaires avantageuses, et, entre autres, celle de l'Opéra; pour obtenir celui-ci, il suffisait de se débarrasser de Lully, en lui donnant « une prise de tabac qui le feroit crever ». Et Guichard d'acheter quatre tabatières identiques et de mélanger d'arsenic le contenu de deux d'entre elles. Comme Lully est grand priseur et qu'Aubry, en raison de ses fonctions d'employé à l'opéra, l'approche fréquemment, rien de plus facile que de lui offrir d'abord une bonne, puis une mauvaise prise ; l'emploi du poignard était même envisagé dans le cas où le musicien se montrerait trop récalcitrant. Si ce beau coup réussissait, Aubry recevait deux mille louis, la moitié du revenu du théâtre et la charge de son capitaine. L'opération paraissait donc tout à fait engageante. Mais Marie Aubry avertit Lully en janvier 1675 et le complot fit long feu. Qu'y a-t-il de vrai dans cette affaire obscure et embrouillée? Il est d'autant plus malaisé de le discerner, qu'en raison de la situation des deux adversaires, le procès prit de suite le caractère d'une cause célèbre et passionna tout Paris ; l'autorité ecclésiastique, à la

' 1. Copie de la Requeste servant de factum pour J.-B. Lully surintendant de la Musique de la Chambre du Boy, demandeur et con: plaignant. M. le Procureur du Roy joint, contre Henry Guichard et François Jacquin défendeurs et accusés. Bib. nat. Recueil Thoisy. 38a, P*. 36o, 366.

requête de Lully, ne prit-elle pas, dès juillet 1 676, un monitoire invitant tous ceux qui auraient quelques renseignements à donner à aller déposer en justice1? Du reste, ce long procès ne fit honneur ni à Lully, ni à Guiçhard, ni surtout à la justice. Si Guiçhard n'eut probablement jamais l'intention d'empoisonner le Florentin, il ne se répandit pas moins sur son compte en accusations calomnieuses et outrancières qui appelaient, de la part de Lully, une réponse montée au même ton. L'affaire, vraisemblablement, se réduit à une vengeance de femme et fut machinée par Marie Aubry, afin de se bien faire voir de Lully qui s'imagina, qu'avec de la décision et de l'aplomb, il écraserait immédiatement son rival ; peut-être regretta-t-il par la suite d'avoir eu le geste trop prompt, mais l'engrenage du scandale l'avait saisi et, pendant trois longues années, les deux adversaires se traînèrent mutuellement dans la boue. Sur le fond même de l'affaire, il ne semble pas excessif de considérer comme absurde la thèse de Guiçhard suivant laquelle Sébastien Aubry se serait mis bénévolement au service des rancunes de Lully; les témoignages invoqués par les deux parties, au cours de quatre informations successives, n'avaient rien de probant. Guiçhard, étrillait

1. A. Pougin. Les vrais créateurs de l'Opéra français, pp. 235, a36.

d'importance Lully qui le traitait d'assassin, de voleur et d'empoisonneur. Cependant, une déposition, celle deMarieVerdier, place Guichardsous un jour peu favorable ; elle montre que, dès 16-2, l'intendant des bâtiments du duc d'Orléans détestait cordialement Lully ; apprenant que celui-ci était malade, il se serait écrié en riant fort : « Ha ! que n'est-il déjà crevé M »

Le plaignant avait l'oreille du roi et, après cinq audiences, une sentence intervint, le 17 septembre 1676, qui déclarait Guichard « atteint et convaincu d'avoir fait malicieusement la proposition et formé le projet d'empoisonner J.-B. Lully ». Personnage baroque, brouillon, mais spirituel, Guichard ne devait imputer sa malchance continuelle qu'à lui-même et rien ne le disposait à jouer un rôle de justicier2. Véritable maniaque de l'opéra, il quitta la France en 1678 et se rendit à Madrid, à la poursuite de sa chimère. Plus tard, il semblait avoir oublié ses démêlés avec Lully et portait aux nues son ancien ennemi 3..

1. Requête d'inscription de faux de Guichard contre Lully, p. 26 du factum. La littérature des facturas relatifs au procès Lully-Guichard ne comprend pas moins de neuf rapports des plus copieux.

2. Copie de la Requeste servant de factum pour J.-R. Lully Recueil Thoisy. 38'2, f-' 36o.

3. Dans un écrit intitulé : Lettre d'un lanterniste de Thoutouze a l'auteur du Ballet des Arts représenté sur le théàter

Malgré les tracas du procès Guichard, Lully continuait de vaquer activement à ses affaires. A la fin de 1675, de concert avec son beau-père Michel Lambert et sa belle-sœur Hilaire, il achète une maison à Puteaux *. Mais le temps lui ayant manqué pour écrire un opéra nouveau, il arrange, sous le titre de Mascarade du carnaval, quelques entrées des pièces de Molière, scène des avocats de Pourceaugnac, scène duMamamouchi du Bourgeois gentilhomme. On applaudit beaucoup cet ouvrage de fortune.

Atys (Saint-Germain, 10 janvier 1676) reçut à la cour un accueil enthousiaste ; Mme de Sévigné est émerveillée. « Il y a des choses admirables. . . il y a des endroits d'une extrême beauté ; il y a un sommeil et des songes dont l'invention surprend ; la symphonie est toute de basses et de tons si assoupissants qu'on admire Baptiste sur nouveaux frais 2. » Cependant, quelques grincheux préféraient Alceste, et Saint-Evremond, reflétantl'admiration provoquée par les machines et par les charmes enchanteurs du fameux « som-

de l'Opéra, par conséquent postérieur à 1701, « Dom Henriquez Guiscardi » disait de Lully :

Il faut avec Lulli qu'aucun n'égalera Toujours entretenir commerce.

i. Inventaire de Lully. L'acte fut signé le n octobre 1675, moyennant le paiement par les acquéreurs d'une somme de 8.000 livres.

2. Mme de Sévigné. Lettre 532 du 6 mai 1676, IV, p. 436. Lully. 4

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meil, » laisse percer quelques critiques. « A tout prendre, Atys aété trouvéle plus beau, mais, c'est là qu'on a commencé à connaître l'ennui que nous donne un chant continué trop longtemps. »

La scène du premier acte entre Atys et Sangaride fut proclamée un chef-d'œuvre, et l'air fameux : « Quand le péril est agréable » fort applaudi. En revanche, Boileau et ses amis s'indignaient de certains « lieux communs de morale lubrique » glissés à travers le « tendre mais monotone jargon » du poète1.

Justifiées ou tendancieuses, ces critiques ne purent nuire au succès triomphal à' Atys, et jamais les annales de l'opéra ne présentèrent d'exemple d'une fortune aussi persistante que celle de cet ouvrage tout nimbé d'une majesté tranquille et d'une sérénité racinienne.

Il" n'en alla pas ainsi avec l'opéra d'Isis (Saint- Germain, 5 janvier 1677), à propos duquel Lully n'était pas même épargné. Bénisseur impitoyable, Donneau de Visé reconnaissait bien que M. de Lully ne pouvait être comparé à personne, et que la symphonie d'Isis était belle, mais, avec l'admirable orchestre dont il disposait, comment une' symphonie ne paraîtrait-elle pas toujours belle ? 2.

1 . Boileau visait en particulier ces vers du duo d'Idas et de Doris :

Il faut souvent pour être heureux Qu'il en coûte un peu d'innocence.

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